Je n’ai pas grandi dans un foyer chrétien, mais je suis reconnaissante au Seigneur d’être venu me chercher et de m’avoir attirée vers Son peuple bien-aimé.
J’ai été baptisée enfant dans l’Église catholique et j’ai fait ma première communion à onze ans, après deux années de catéchisme ; pourtant, je n’ai jamais connu de véritable refuge spirituel. À quinze ans, j’ai subi une petite opération et passé plusieurs journées solitaires à l’hôpital. Pendant mon séjour, j’ai commencé à comprendre que j’avais besoin de l’aide de Dieu. Le prêtre nous avait enseigné qu’il fallait passer par lui pour communiquer avec Dieu ; néanmoins, pour la première fois de ma vie, je me suis adressée directement à Dieu dans la prière. Par la suite, je me suis souvent tournée vers Lui pour demander Son aide.
Mon enfance a été merveilleuse. J’aimais mes parents, et ils m’aimaient tendrement. Leur mariage était beau, et notre foyer débordait d’amour. Cependant, on n’y priait jamais. Mes parents n’allaient jamais à l’église et avaient perdu confiance en l’Église catholique. J’entendais souvent mon père et son frère se demander l’un à l’autre : « Où est Dieu? »
J’ai vécu une enfance très protégée et j’ai toujours fréquenté une école de filles. À dix-huit ans, j’ai commencé à travailler dans un bureau. J’y ai brusquement découvert l’autre face du monde. J’y ai vu et entendu des gens qui ne servaient pas Dieu, mais leurs propres désirs. L’infidélité conjugale était courante, et on en parlait ouvertement.
« Dieu doit sûrement avoir quelque part un peuple au sein duquel règnent la paix, la confiance et l’amour », me disais-je.
Quelque temps plus tard, j’ai vécu une expérience dont le sens ne m’a été révélé que quatre ans après. Dieu m’a parlé clairement : « Un jour, tu seras différente des tiens. » Cette pensée étrange a troublé mon cœur. Cela voulait-il dire que je devais devenir religieuse? Je ne le voulais pas, et cette idée m’effrayait.
J’ai continué à prier, et j’ai bientôt rencontré des missionnaires qui faisaient une brève halte à Paris en route vers leurs champs de mission en Afrique. Je les connaissais peu, mais nos rencontres étaient chaleureuses et réconfortantes. Je crois que Dieu me conduisait peu à peu hors d’un passé froid et sombre.
Un jour, en rendant visite à une collègue de bureau, j’ai fait un autre pas important vers la lumière. J’ai remarqué qu’elle lisait un livre qui m’était étranger. J’ai voulu savoir ce que c’était et lui ai demandé où elle en était dans sa lecture. Elle m’a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un livre ordinaire, mais de la Bible, divisée en livres, chapitres et versets. J’avais dix-huit ans lorsque j’ai découvert la Bible pour la première fois. L’Église catholique en interdisait la lecture1, et on ne m’avait appris à connaître ni Jésus ni Son enseignement sur la repentance. J’ignorais donc tout du plan du salut.
Enfant, je m’étais souvent demandé ce qui arriverait si mes parents mouraient. Serait-ce la fin? Personne ne m’avait dit que nous avions, eux comme moi, une âme immortelle. Personne ne m’avait dit que Jésus était mort pour moi personnellement. Un jour, mon amie m’a invitée à assister à des réunions de Jeunesse pour Christ et à des réunions d’évangélisation. Ces rencontres étaient si différentes, si chaleureuses ! J’y ai entendu pour la première fois des cantiques comme « Quel ami fidèle et tendre nous avons en Jésus-Christ » et « Love Lifted Me ». La prédication était dans ma langue, le français, et je pouvais la comprendre. Elle a touché mon cœur, et quelqu’un m’a donné une Bible.
L’armée allemande occupait la France depuis près de cinq ans quand les Alliés ont libéré Paris ; huit mois plus tard, j’ai rencontré Roy. « Dieu agit par des voies mystérieuses pour accomplir Ses merveilles. » Nous n’étions convertis ni l’un ni l’autre, mais je crois fermement que Dieu nous a conduits l’un vers l’autre. Roy avait grandi dans un foyer mennonite chrétien, mais n’avait jamais donné son cœur au Seigneur.
Nous nous sommes mariés, si heureux d’être enfin réunis. J’avais quitté ma patrie, la France, pour venir m’installer à Winton, en Californie ; pourtant, mon cœur était troublé. J’étais inquiète : quelque chose manquait à notre vie. Qu’était-ce? J’aimais la famille de Roy et leurs amis chrétiens, et je ressentais leur amour. Je comprenais aussi que j’avais trouvé le peuple de Dieu que j’avais tant désiré trouver, un peuple où régnaient l’amour et la confiance. Pourtant, notre vie prenait un tour de plus en plus frivole : fêtes animées, spectacles, danses. J’avais peur. Je craignais que nous ne soyons entraînés toujours plus vite et qu’un malheur ne nous attende un jour. Par moments, je sentais que Dieu me conduisait avec tant de grâce et de tendresse. Roy avait beaucoup d’amis. Ils faisaient des projets et organisaient des activités, mais peu de ces projets ou activités faisaient une place au Seigneur ou aux promesses faites au cours des difficiles années qui venaient de s’écouler.
Roy prenait des leçons de pilotage, ce qui éveillait une grande crainte dans mon cœur. S’il lui arrivait quelque chose? Je me retrouverais toute seule dans un pays étranger. Un soir, Roy suivait des cours. Il se faisait très tard, et mon inquiétude grandissait. Soudain, Dieu m’a parlé très clairement en ces mots : « Le moment est venu de changer complètement ta vie. » Mais comment, et où?
Plus tard ce soir-là, je me suis dit qu’il fallait absolument que je voie quelqu’un et que je lui parle. Je suis allée chez John et Bertha Jantz et leur ai confié mes craintes et mes préoccupations. Ils m’ont parlé de leur désir de devenir chrétiens et de servir Dieu. Ces paroles m’ont profondément frappée. Voilà ce que je voulais.
Le mot « chrétien » a brillé comme une lumière dans les ténèbres. Il était évident que Dieu voulait mon cœur, ma vie et mon entière consécration. Mes simples prières, mes désirs et les expériences de mes jeunes années trouvaient-ils maintenant leur réponse et leur accomplissement? J’ai dit au Seigneur : « Je connais si peu Ta voie, Ton peuple et l’Église. » Il m’a répondu : « Avance un pas après l’autre. »
Lorsque Roy est enfin rentré, je lui ai annoncé ma décision de devenir chrétienne. Cette déclaration l’a stupéfié et pris au dépourvu. Il a simplement répondu : « Très bien. » Ma deuxième déclaration l’a encore plus surpris : « Toi aussi, tu vas devenir chrétien. » Il a répliqué : « C’est pas comme ça que ça se passe. On peut peut-être en reparler une autre fois. » J’ai insisté : « Nous ne pouvons plus laisser cette question en suspens ni la remettre à plus tard. » Il m’a répondu : « Il est tard ; on va se coucher et on en reparle demain matin. »
Je ne crois pas être naturellement hardie, mais ce que j’ai dit ensuite l’était assurément. Je lui ai déclaré : « Personne ne se couche avant que nous ayons tous les deux réglé cette question. » Des réunions de réveil se tenaient à Winton depuis déjà quatre ou cinq semaines. Roy savait que j’étais déterminée. Il m’a promis que nous assisterions à la réunion d’évangélisation et que, si Dieu l’appelait, il répondrait à Son appel. Cette promesse m’a rassurée, et nous sommes allés nous coucher.
Le lendemain soir, nous sommes allés à l’église et avons entendu le message de l’Évangile. Lorsque l’appel a été lancé, nous avons décidé de laisser Jésus entrer dans nos cœurs et nous nous sommes levés. Notre vie n’a plus jamais été la même. Nous nous sommes entièrement consacrés au Seigneur.
Quand la main du Seigneur nous touche, tout change. Nous avons écarté de notre vie toute impureté et laissé Dieu mettre Son amour dans nos cœurs. Nous avons été baptisés et reçus au sein de l’Église de Dieu en Christ (mennonite) le 9 mars 1947, deux mois après notre mariage. J’étais désormais libre et je me sentais si bien parmi le peuple de Dieu. Nous étions reconnaissants envers notre Père céleste, dont la sagesse est parfaite et qui connaît toutes choses, et nous priions pour que nos vies, nos actes et notre fidélité glorifient le Seigneur.
-Andrée Froment Toews
Station de l’Opéra en 1943, sous l’occupation allemande, moins de deux ans avant la rencontre de Roy et Andrée sur les lieux.
Andrée Froment, née à Paris en 1926, échappa de peu à la mort en août 1944, lors de la libération de Paris, lorsqu’un soldat allemand tira plusieurs fois sur elle, alors qu’elle regardait par sa fenêtre, attendant l’arrivée imminente des Alliés. Quelques mois plus tard, Dieu permit qu’elle rencontra Roy, un infirmier dans l’armée américaine, alors qu’il sortait de la station de l’Opéra, à Paris. Roy avait été élevé dans une famille mennonite-anabaptiste non-résistante, qui ne s’engageait pas dans la guerre. Mais Roy n’avait pas choisi ce chemin. Il ne savait pas que Dieu se servirait de sa rencontre avec Andrée pour l’amener à l’Église de Dieu en 1947. Plus tard, Roy et Andrée participèrent à la fondation de l’assemblée de Scio en Oregon. Ils furent aussi impliqués dans la mission de Mouscron (sur la frontière belgo-française) dans les années 1980 et 1990. Andrée enseigna aussi le français à plusieurs missionnaires en partance pour l’Afrique et traduisit plusieurs traités et livrets publiés par l’Église. Elle quitta cette vie en septembre 2025, quelques jours avant d’atteindre l’âge de 99 ans.
Cette affirmation n’est pas exacte, voir les commentaires en bas de l’article. ↩︎
1160 — C’est une année qui était autrefois célébrée avec joie par beaucoup de chrétiens pieux et zélés, qui abhorraient la papauté, et dans laquelle, jusqu’à ce jour, bon nombre de ceux qui craignent Dieu se réjouissent.
Car alors, et surtout peu de temps après, la papauté et ses superstitions reçurent le coup le plus sévère que nous ayons lu dans l’histoire ; et la vérité divine, qui, jusqu’alors, semblait, à bien des égards, avoir été piétinée de la manière la plus indigne, releva joyeusement la tête et triompha.
Les doctrines contre le baptême des enfants, contre la prestation de serments, contre la guerre, et contre presque toutes les mauvaises pratiques et le culte corrompu de l’Église romaine, dont personne n’osait parler auparavant qu’avec crainte et tremblement, et souvent uniquement en privé, furent désormais prêchées hardiment, fréquemment et publiquement défendues, et, malgré les menaces du pape de Rome, maintenues.
Cela commença principalement avec Pierre Valdo1 à Lyon, en France, et fut poursuivi par ses successeurs ; cependant, afin de traiter l’affaire de manière ordonnée, nous commencerons par la conversion de Pierre Valdo, pour ensuite passer à ses successeurs.
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DE LA CONVERSION DE PIERRE VALDO, ET DE L’ESSOR DES VAUDOIS, ETC.
Matthias Flacius Illyricus (Catalogus testium veritatis, entre les p. 263 et 277, d’après J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601), écrit : « Vers l’an 1160, plusieurs des principaux citoyens de Lyon étaient ensemble, s’entretenant de diverses choses, comme c’est l’usage durant la saison estivale, en Italie et en France. Comme ils se tenaient ainsi ensemble, l’un d’eux tomba tout à coup à terre et expira, sous leurs yeux.
Ce terrible événement, exemple de la mortalité de l’homme et de la colère divine, terrifia l’un d’entre eux, à savoir Pierre Valdo, un homme très fortuné. Il commença à réfléchir et résolut (poussé, sans aucun doute, par le Saint-Esprit) de se repentir, d’amender sa vie et d’être plus diligent dans la crainte de Dieu qu’il ne l’avait été jusque-là2.
Il se mit donc à distribuer des aumônes généreusement et en temps opportun, à disposer aux bonnes choses sa famille et les autres personnes qui venaient à lui, et à les exhorter à la repentance et à la vraie piété.
Ayant ainsi fait pendant quelque temps beaucoup de bien aux pauvres, et devenant de plus en plus zélé à apprendre et à enseigner les autres, et comme les gens venaient vers lui en nombre toujours croissant, il se mit donc à leur présenter, non ses propres opinions, mais les Saintes Écritures, les exposant et les expliquant dans la langue française3 vernaculaire.
Mais l’évêque et les prélats, qui, comme le dit Christ, détiennent la clé du royaume, et pourtant n’entrent pas eux-mêmes et ne permettent pas aux autres d’entrer, furent très vexés que cet homme du commun réputé sans instruction ose traduire les Saintes Écritures en langue vernaculaire et les exposer, et que déjà un grand nombre de personnes affluaient en sa maison, qu’il instruisait et exhortait.
Pierre Valdo était profondément résolu à promouvoir à la fois l’honneur de Dieu et le salut des hommes ; et le peuple était si avide de la Parole de Dieu, laquelle n’était prêchée ni purement ni ouvertement dans les églises, qu’il ne put être détourné par le commandement de ces pharisiens papistes et de ces souverains sacrificateurs ; c’est pourquoi l’enseignant et ses disciples répondirent qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Valdo résolut donc, malgré les commandements des méchants, de nourrir les chrétiens affamés non seulement de sa subsistance temporelle, laquelle, en raison de sa distribution libérale, diminuait de jour en jour, mais aussi de la Parole de Dieu, et de bonnes instructions et d’exhortations.
Comme les prélats, par leur tyrannie et leurs décrets non chrétiens, cherchaient à étouffer et à exterminer la prédication pure et simple de la Parole de Dieu, une raison suffisante fut ainsi donnée à Valdo et à ses adhérents de s’enquérir avec plus de soin de la religion et des desseins des prêtres, et de s’exprimer avec plus de hardiesse contre eux.
La lutte avec les prêtres devenant de plus en plus longue et violente, davantage de corruptions et de superstitions furent découvertes dans la religion papiste, et attaquées. En ce temps-là, Valdo lut également, en langue vernaculaire, certains témoignages tirés des écrits des pères, grâce auxquels il défendit ses disciples non seulement par les Saintes Écritures, mais encore par les témoignages des anciens, contre les ennemis de la vérité.
Lorsque l’évêque, ses pharisiens papistes et ses scribes, virent avec quelle constance Valdo et ses adhérents enseignaient la Parole de Dieu, et furent irrités de voir que leur propre infamie, leur ignorance et leur inconstance dans la doctrine, ainsi que d’autres absurdités, étaient attaqués par Valdo et ses disciples, ils les excommunièrent tous.
Peu de temps après, constatant que même l’excommunication ne pouvait les détourner de leur dessein, on les relégua dans la misère, on les persécuta par l’emprisonnement, par l’épée et par le feu, et on les traita très cruellement, de sorte qu’ils furent contraints, en raison de la détresse et du danger encourus, de quitter Lyon et de se disperser dans diverses contrées.
On peut présumer que les assemblées de Valdo, ou certaines d’entre elles, auxquelles il enseignait à Lyon, y demeurèrent quatre ou cinq ans, jusqu’à ce qu’elles soient totalement chassées de cette ville ; car Valdo était un homme d’une trempe exceptionnelle, et il est dit qu’il avait beaucoup de parents et qu’il ne pouvait donc pas être saisi ni réduit au silence du jour au lendemain ; d’ailleurs, il n’avait pas d’emblée attaqué les prêtres du pape.
Mais à la fin, ces pieux disciples furent poursuivis avec une grande fureur, dans toute la chrétienté; ils furent traqués çà et là par les inquisiteurs, ce dont nous devons rendre grâce à ces loups ravissants qui se promènent en vêtements de brebis et se font appeler moines. » J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601–604, d’après M. Flacius Illyricus.
Claude de Rubys rapporte que Valdo et ses disciples furent complètement expulsés de Lyon ; tandis qu’Alberto Cattaneo dit qu’ils ne purent pas l’être entièrement. Nous n’avons rien pu apprendre de plus sur cette première persécution, sinon que les vaudois, ainsi appelés d’après Valdo4, après s’être enfuis de Lyon, suivirent leur maître, puis se dispersèrent en groupes, dans diverses contrées. B. Lydius, trad./éd., De historie vanden Waldensen ghedeelt in drie deelen (Dordrecht, 1624), Iʳᵉ partie, liv. I, chap. 1, p. 3, col. 1, d’après Claude de Rubys, Histoire de Lyon, p. 269 ; A. Cattaneo, De origine Valdensium, p. 1.
NOTE : Pierre de Blois, un savant bien connu par ses écrits, enseigna, en l’an 1167, que Rome était la vraie Babylone dont Jean a prophétisé ; que les fonctionnaires de la cour romaine étaient de véritables harpies, et les prêtres, de vrais veaux de Béthel, des prêtres de Baal, des idoles égyptiennes, et qu’à Rome tout s’obtenait à prix d’argent. P. J. Twisck, Chronijck, p. 479, col. 1, d’après P. Merula, Tijdt-thresoor, p. 767.
Vers l’an 1170 — Pour l’an 1160, nous avons donné un exposé concernant Pierre Valdo et sa conversion, ainsi que du fait qu’il avait amené à la lumière du saint Évangile beaucoup de ceux qui étaient assis dans les ténèbres de la papauté. Il est rapporté de ces personnes que, dans leur doctrine, leur foi et leur vie, ils ressemblaient aux apostoliques, dont nous avons fait mention pour l’an 1155, où nous avons déclaré qu’ils étaient opposés au baptême des enfants, au purgatoire, etc. L’essor de ces personnes, appelées vaudois ou albigeois, est fixé vers l’an 1170, c’est-à-dire dix ans après que Pierre Valdo ait commencé à les enseigner. Nous traiterons de cela de manière plus complète et détaillée dans les prochaines pages. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 599, et H. Montanus, Nietigheydt van den Kinder-doop, p. 85 ; voir aussi, Introduction au Miroir des martyrs, p. 50, col. 1, 2, (bien que l’essor principal dudit peuple y soit fixé en l’an 1176) d’après C. Baronio, pour l’an 1176, n° 1–3.
NOTE : Il ressort de plusieurs auteurs anciens que les vaudois, ou du moins des personnes professant la même foi, existaient bien avant l’an 1170, et même avant l’an 1160. En effet, dès 1160, leur nombre s’était tellement accru qu’ils furent cités à comparaître devant un synode à Rome, où ils furent condamnés comme hérétiques obstinés. Jean d’Oppido le rapporte. La même chose se produisit en l’an 1163 ou 1164 au concile de Tours. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 676.
Par conséquent, lorsque certains auteurs fixent leur commencement vers l’an 1170, il ne faut pas entendre par là l’origine de ce peuple, mais plutôt l’époque de son essor, de son accroissement et de sa plus grande visibilité.
Une autre tradition concernant la conversion de Pierre Valdo est rapportée dans la Chronique universelle de l’Anonyme de Laon, rédigée vers 1218. Selon ce récit, Valdo aurait été profondément touché en entendant un jongleur chanter la vie de saint Alexis, qui avait renoncé aux richesses et aux honneurs. Il aurait ensuite demandé à un maître en théologie quelle était la voie la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Dieu, et celui-ci lui aurait répondu par ces paroles de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (Mt 19:21). Cette tradition et celle de la mort soudaine d’un ami, rapportée ici, ne s’excluent pas nécessairement : les deux événements ont pu contribuer, à des moments différents, à éveiller puis à affermir sa résolution. Il se peut également que chacune ne conserve qu’une partie d’un cheminement spirituel plus long. Faute de témoignage direct de Valdo, les circonstances précises et complètes de sa conversion demeurent incertaines. Voir Chronicon universale anonymi Laudunensis, à l’an 1173. — NDLT ↩︎
Cette affirmation, venant à l’origine d’auteurs catholiques et reprise par Jean-Paul Perrin puis Thieleman van Braght, doit être nuancée. Il n’est pas du tout sûr que le nom des vaudois soit dérivé de Pierre Valdo, ou Vaudès, de Lyon. Plusieurs historiens et linguistes l’ont plutôt rattaché aux vallées où vivaient ces croyants, à partir de formes telles que Vallenses ou Valdenses ; d’autres ont même soutenu que Valdo aurait reçu son surnom à cause de ses rapports avec eux, ou du fait d’origines remontant à ces vallées. Alexis Muston reconnaît que cette hypothèse ne repose pas sur des preuves positives, mais la tient pour défendable et plus naturelle que l’opinion commune. Il faut donc éviter de faire de Valdo le fondateur ou l’origine certaine du nom des vaudois. Notons que dans la Noble Leçon (Nobla Leyczon), célèbre poème vaudois datant probablement de l’époque de Vaudès ou même avant, le terme « vaudès » est déjà employé pour calomnier les vrais chrétiens : « Ilh diçon qu’el es vaudes e degne de punir » (Ils disent qu’il est vaudois et digne d’être puni, ligne 373). — NDLT↩︎
SEPT CENTS PERSONNES OPPRIMÉES ET PERSÉCUTÉES À BERNE
En l’an 16711, une persécution sévère éclata de nouveau contre les anabaptistes dans le canton de Berne ; cette persécution fut si rigoureuse et si prolongée qu’il semblait que les autorités ne cesseraient pas avant d’avoir complètement chassé ce peuple de leur canton ou de l’avoir exterminé. Il en résulta qu’environ sept cents personnes, petites et grandes, se virent contraintes de quitter leur demeure, d’abandonner leurs biens et, pour beaucoup d’entre elles, leurs proches, ainsi que leur patrie terrestre, et de gagner le Palatinat avec les autres, dans l’espoir que le Seigneur ferait en sorte qu’elles puissent y trouver un lieu de résidence.
Nous avons été témoins oculaires de ce qui se passa à leur arrivée en ce lieu, et nous avons visité un à un les lieux où ils s’étaient rendus pour chercher demeure.
Cependant, comme nous avions reçu, juste avant de nous rendre là-bas, de la part des persécutés eux-mêmes, ainsi que d’autres personnes qui écrivaient en leur nom en s’appuyant sur leurs dires, plusieurs lettres qui décrivent clairement les circonstances et les conditions de cette persécution, telles que nous les avions entendues de leur propre bouche, nous avons jugé opportun de les reproduire ici, afin que le lecteur chrétien, en les lisant, puisse s’imaginer qu’il entend le récit, non pas de témoins oculaires ou auditifs, mais des personnes mêmes qui ont subi ladite persécution. En voici la teneur :
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EXTRAIT DE LA PREMIÈRE LETTRE, DATÉE DU 7 AVRIL 1671, EN PROVENANCE D’OBERSÜLZEN2
Quant à la demande de nos amis concernant la situation de nos frères suisses dans le canton de Berne, le fait est qu’ils se trouvent dans une situation très triste, comme nous l’avons appris de la bouche des fugitifs qui sont arrivés ici, dont certains se trouvent encore dans ma maison.
Ils rapportent qu’ils sont quotidiennement traqués par les gendarmes et que tous ceux qui se font prendre sont emmenés prisonniers en la ville de Berne, de sorte qu’il y a environ quatre semaines, une quarantaine d’hommes et de femmes y étaient emprisonnés. On en a également flagellé certains et plusieurs ont été bannis du pays, dont l’un est arrivé ici.
On a également flagellé un ministre de la Parole, puis on l’a conduit hors du pays, en Bourgogne, où, à son arrivée, on l’a d’abord marqué au fer rouge, puis laissé partir dans les vallées.
Cependant, comme il ne pouvait se faire comprendre de personne, il dut marcher pendant trois jours avec son corps brûlé avant que ses plaies ne soient soignées et qu’il obtienne un peu de secours. Il était dans un tel état que, lorsqu’on le dévêtit pour panser ses plaies, le pus coula le long de son dos, comme me l’a raconté lui-même un frère qui aida à panser sa plaie. Cet ami est arrivé en Alsace avec deux femmes et un homme, qui avaient également été flagellés et exilés.
Ils [les dirigeants bernois] agissent avec une grande sévérité et, semble-t-il, ne renonceront pas à leur objectif tant qu’ils n’auront pas complètement banni de leur pays et exterminé ce peuple inoffensif.
Il semble en outre que rien de plus ne puisse être fait en faveur de ces frères persécutés ; car outre le fait que les amis d’Amsterdam et d’ailleurs ont travaillé pendant plusieurs années à cette cause, de sorte que plusieurs lettres de recommandation favorables des seigneurs des États de Hollande, et en particulier de la ville d’Amsterdam, ainsi que d’autres personnes de qualité, ont été envoyées aux magistrats ; par ailleurs, en l’an 1660, un messager nommé Adolf de Vreede leur a été envoyé ; cependant, il n’a guère pu agir en faveur de nos amis là-bas. Par conséquent, je ne vois pas comment nos amis pourraient actuellement faire quoi que ce soit qui puisse soulager nos frères persécutés là-bas. Il nous faudra attendre patiemment la délivrance que le Seigneur notre Dieu se plaira à leur accorder.
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EXTRAIT DE LA DEUXIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 23 MAI 1671
La persécution de nos amis continue avec la même rigueur qu’auparavant, si bien que nous sommes étonnés qu’ils ne se hâtent pas davantage de quitter le pays. De temps à autre, un ou deux arrivent au compte-gouttes ; mais la plupart restent encore en amont de Strasbourg, en Alsace.
Certains vont dans les forêts couper du bois, d’autres vont sur les coteaux travailler dans les vignobles, dans l’espoir, me semble-t-il, que la tranquillité reviendra peu à peu et qu’ils pourront alors retourner plus aisément dans leurs demeures abandonnées ; mais je crains que ce jour ne vienne pas si tôt et qu’ils ne se trouvent grandement déçus dans leur espoir.
Les magistrats de Berne ont fait enchaîner six des prisonniers, parmi lesquels se trouvait un père de neuf enfants, afin de les vendre pour être galériens entre Milan et Malte ; quant à ce qu’ils comptent faire des autres prisonniers, nous ne le savons pas. L’un des prisonniers, un vieil homme d’environ quatre-vingts ans, est mort en prison. Que le Seigneur les console dans leur chagrin et les fortifie dans leur faiblesse, afin qu’ils puissent porter patiemment la croix et lutter fidèlement jusqu’à la fin pour la vérité de l’Évangile, et ainsi obtenir finalement le salut promis et la couronne de vie. Amen.
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EXTRAIT DE LA TROISIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 13 OCTOBRE 1671
Hendrick de Backer, ami très estimé et frère bien-aimé en Christ, je te souhaite, ainsi qu’aux tiens, grâce et paix en abondance, de la part de Dieu notre Père céleste, par notre Seigneur Jésus-Christ, en guise de salut fraternel. Amen.
Pour répondre à ta demande touchant la situation de nos frères suisses persécutés : Le 11 du mois dernier, il fut décidé lors du conseil plénier à Berne d’envoyer les prisonniers masculins jeunes et robustes aux galères, comme cela avait déjà été fait pour six d’entre eux ; quant aux âgés et aux faibles, ils veulent soit les bannir, soit les garder en emprisonnement perpétuel.
Un certain gentilhomme de Berne, apprenant cette décision et ému de compassion, se rendit auprès des magistrats et leur demanda de bien vouloir surseoir à l’envoi des prisonniers, le temps qu’il se rende auprès de leurs frères dans la foi résidant en Alsace pour voir s’ils consentiraient à se porter garants des prisonniers et à promettre que ceux-ci, après avoir quitté le pays, n’y reviendraient pas sans autorisation.
Il obtint gain de cause. Se rendant en Alsace chez nos amis, il leur présenta l’affaire ; ceux-ci, dès qu’ils l’eurent entendue, acceptèrent sur-le-champ les conditions et promirent que, si les autorités de Berne consentaient à leur remettre les prisonniers, ils se porteraient garants d’eux et les aideraient à trouver un lieu de résidence.
Nos amis, si je ne me trompe, firent cette promesse au gentilhomme (il s’appelait Beatus Fischer), non seulement de vive voix, mais aussi par écrit. Sur ce, il leur promit à nouveau de faire de son mieux auprès des autorités de Berne, espérant obtenir d’elles qu’elles conduisent les prisonniers jusqu’à Bâle, d’où les amis pourront les emmener avec eux. Nous sommes donc impatients de les accueillir, attendant chaque jour d’apprendre qu’ils sont arrivés en Alsace ou qu’ils viennent ici nous rejoindre.
En ce moment même, quatre frères suisses sont arrivés chez moi avec leurs femmes et leurs enfants. Ils m’ont dit que beaucoup d’autres sont en route, car la persécution et les recherches s’intensifient quotidiennement.
Sur ce, je te recommande, avec une salutation chrétienne et fraternelle, à la garde du Très-Haut, pour ton salut éternel.
Ton ami affectueux et frère en Christ,
JAKOB EVERLING
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EXTRAIT DE LA QUATRIÈME LETTRE, DATÉE DU 2 NOVEMBRE 1671
Quant à nos amis suisses, ils arrivent désormais par ici en grands groupes, si bien que plus de deux cents personnes sont déjà arrivées, parmi lesquelles se trouvent maintes personnes âgées, aux cheveux gris, hommes et femmes, qui ont atteint soixante-dix, quatre-vingts, voire quatre-vingt-dix ans ; il y en a aussi un certain nombre qui sont infirmes et boiteux.
Portant leurs ballots sur le dos, des enfants dans les bras, certains de bonne humeur, d’autres les larmes aux yeux, en particulier les personnes âgées et fragiles, qui, dans leur grand âge, sont désormais contraintes d’errer dans la misère et de se rendre en des pays étrangers. Beaucoup d’entre eux n’ont rien sur quoi dormir la nuit, de sorte que moi-même et d’autres personnes avec moi avons dû, depuis environ deux semaines, nous donner pour mission régulière de leur fournir un abri et d’autres choses nécessaires.
Nous nous attendons chaque jour à de nouveaux arrivants, et nous espérons que, lorsque la plupart d’entre eux auront quitté le pays, les prisonniers seront également libérés. Adieu.
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Par la suite, de plus en plus de fugitifs expulsés descendirent de Suisse vers le Palatinat, près de sept cents personnes au total, jeunes et vieux, parmi lesquelles des familles de huit, dix et même jusqu’à douze enfants, qui avaient à peine pu emporter assez pour leurs frais de voyage, comme le montre l’extrait suivant :
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EXTRAIT DE LA CINQUIÈME LETTRE PROVENANT D’OBERSÜLZEN, LE 5 JANVIER 1672
Il est arrivé dans la région en amont de Heidelberg un homme, ministre dans le Nord, ayant douze enfants, pour la plupart très jeunes, mais qui n’avait, si j’ai bien compris, emporté avec lui que quatre rixdales en argent et un cheval en très mauvais état. D’autres ont apporté avec eux un peu d’argent, mais beaucoup d’entre eux n’ont rien du tout, de sorte qu’après un examen approfondi, on a trouvé parmi deux cent quatre-vingt-deux personnes, mille quarante-six rixdales. Et dans le bailliage d’Alzey, parmi deux cent quinze personnes, six cent huit rixdales. Dans le bailliage de Dirmstein, on a compté cent quarante-quatre personnes ; mais je n’ai pas appris quels sont leurs moyens ; cependant, à en juger par les apparences, je les tiens pour étant les plus démunis.
En somme, nous constatons que leur nombre se compose d’environ quatre-vingts familles complètes, auxquelles s’ajoutent des veuves, des personnes seules et des maris ou des femmes qui ont dû abandonner leurs conjoints, car ces derniers, étant attachés à la religion réformée, ne pouvaient se résoudre à partir. Au total, six cent quarante et une personnes, dont les fonds ne s’élèvent à rien de plus que la modeste somme déjà évoquée ; vous pouvez donc aisément concevoir qu’une aide considérable leur sera nécessaire. Par ailleurs, à ce que nous comprenons, une centaine de personnes supplémentaires séjournent en Alsace, que nous attendons également en début d’année. Adieu.
Fin des extraits des lettres.
Par la suite, les assemblées de frères résidant dans les Provinces-Unies, en mars de la même année 1672, envoyèrent certains des leurs dans le Palatinat, lesquels, voyageant partout auprès des frères persécutés, les écoutant et les voyant, non seulement constatèrent que ce qui précède était vrai, mais aussi que certains de ces derniers étaient déjà arrivés d’Alsace, qui, n’ayant pas apporté plus de fonds que les autres, furent aidés et consolés comme les précédents, par l’aide commune des assemblées fortunées des Provinces-Unies.
De plus, ils apprirent de la bouche même de certains des quarante qui avaient été prisonniers, que ceux-ci avaient tous été libérés et, conformément à la demande du gentilhomme susmentionné, conduits à Bâle, où ils avaient été remis à leurs frères, auprès desquels ils s’étaient ensuite établis.
Mais lorsqu’on demanda aux principaux d’entre eux pourquoi ils n’étaient pas partis plus tôt chercher des lieux où ils pourraient vivre plus librement selon leur conscience, vu que les autorités ne les empêchaient point de partir, ils donnèrent diverses raisons, dont les suivantes n’étaient pas les moindres :
1. Il semble que les assemblées s’étaient considérablement développées et multipliées, de sorte que, bien que sous la croix, elles avaient néanmoins prospéré comme une rose parmi les épines, et qu’on pouvait s’attendre à une accroissement quotidien encore plus important, car de nombreuses personnes se manifestaient, ayant vu la lumière jaillir des ténèbres, et commençaient à l’aimer et à la rechercher.
Les ministres, considérant cela dans leur cœur, étaient réticents à quitter le pays, craignant que cette moisson prometteuse ne soit ainsi perdue et que beaucoup ne renoncent à leur bonne résolution ; c’est pourquoi ils préféraient souffrir un peu plutôt que de partir, afin de sauver encore quelques âmes de la perdition et les amener à Christ.
2. Une deuxième raison était qu’ils ne pouvaient partir si aisément vers d’autres pays, parce qu’il y avait parmi eux beaucoup de familles divisées, dont le mari ou la femme était dans l’Église, tandis que le conjoint fréquentait encore l’Église publique [réformée]. Si ce dernier ne consentait pas à suivre son conjoint persécuté en abandonnant tout pour quitter le pays, cela causait de grands tourments et beaucoup de chagrin. Il y avait même plusieurs ministres qui n’étaient pas exempts de cette difficulté. Deux ministres dont les femmes n’étaient pas dans l’Église, se trouvaient là dans le Palatinat. Ayant été secrètement avertis par un bon ami, ils avaient également dû s’enfuir nuitamment, sans savoir encore si leurs femmes les suivraient, ou si, aimant leurs biens plus que leurs maris, elles resteraient au pays et abandonneraient leurs maris. Ces situations créaient davantage de chagrin et de difficultés, d’autant plus que les autorités accordaient au conjoint resté au pays, la liberté de se remarier et de chercher un autre époux. Ces raisons, entre autres, les avaient retenus de quitter librement leur patrie terrestre et les avaient portés à attendre jusqu’à ce qu’il leur soit impossible d’y demeurer plus longtemps tout en conservant une bonne conscience.
En vérité, il est déplorable qu’à cette époque, alors que la lumière de l’Évangile a brillé depuis si longtemps parmi les protestants, on trouve encore parmi eux ceux qui jugent bon de persécuter des sujets qui sont à tous égards bons et pieux, et qui ne diffèrent d’eux que sur certains points touchant la religion chrétienne.
Ah, comme on tient si peu compte, dans une telle conduite, de l’enseignement de notre Sauveur, qui nous dit de faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent. Et pourtant, ils [ces mêmes réformés] se plaignent des persécutions infligées à leurs coreligionnaires en France, en Hongrie et ailleurs. Mais qu’en pensez-vous, ne serait-il pas juste de leur répondre de la même manière que l’apôtre Paul répondit aux Juifs, en Romains 2:21 ? Assurément, de plein droit.
Nous concluons ce récit par cette prière sincère, à savoir que Dieu le Seigneur daigne diriger les cœurs de ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener sous leur gouvernement et leur domination une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Et s’il advenait que le grand Dieu juge bon de permettre la persécution de Ses croyants ici ou là, qu’Il daigne alors demeurer auprès d’eux dans Sa sollicitude et Sa consolation paternelles, et qu’Il accorde par Sa grâce que leurs afflictions soient accompagnées de patience, leur foi de persévérance, et leurs vertus de fidélité ; tout cela pour l’honneur de Son nom, qui ne saurait être assez loué, et pour le salut de leurs âmes, par Christ notre Seigneur et Sauveur. Amen.
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HANS HASLIBACHER, EN L’AN 1571
En lien avec le récit ci-dessus des persécutions qui s’abattirent sur les frères suisses, nous estimons qu’il n’est pas hors de propos d’ajouter ce qui suit, à savoir qu’un frère âgé et pieux (communément appelé Haslibacher, car il était né à Haslibach) fut arrêté pour sa foi et emmené à Berne, où il fut traité très cruellement en prison et gravement torturé.
Mais comme il demeurait, malgré tout, fermement attaché à sa foi, il reçut peu après, un vendredi, la visite en prison de plusieurs docteurs qui discutèrent avec lui ; il se comporta avec tant de courage, défendant sa simple confession de foi, qu’ils ne purent rien obtenir de lui. Sur ce, les docteurs revinrent le lendemain, samedi, lui parlèrent plus durement et plus sévèrement, le menaçant que s’il n’abjurait pas sa foi, sa tête serait posée à ses pieds.
Le bon vieil homme répondit courageusement qu’il n’abjurerait en aucun cas sa foi, mais qu’il s’y tiendrait fermement attaché, car il était parfaitement sûr que sa foi était si agréable à Dieu qu’Il ne l’abandonnerait point dans la détresse et la mort.
Il arriva alors, selon des témoignages dignes de foi, que dans la nuit suivante, du samedi au dimanche, il fut réconforté et fortifié par une vision divine, et exhorté à demeurer fidèlement attaché à la foi qu’il avait embrassée ; et que, même s’ils le menaçaient terriblement, au point même de le mettre à mort par l’épée, il ne devait néanmoins point en être terrifié, car le Seigneur serait à ses côtés et ne permettrait pas qu’il en ressente la moindre douleur.
Lorsque, le lundi, ces docteurs vinrent à nouveau le voir et discutèrent avec lui comme auparavant, s’efforçant de l’ébranler dans sa foi, ajoutant que s’il n’abjurait pas, il serait puni de mort le lendemain, Haslibacher répondit hardiment : « Je préfère qu’on me coupe la tête plutôt que d’apostasier ma foi. »
Sur ce, lorsque les docteurs le quittèrent, il tomba dans un profond sommeil qui dura jusqu’à minuit ; on raconte qu’il fit alors un rêve dans lequel il lui fut montré qu’ils allaient le décapiter (ce qui le réveilla brusquement), et il lui fut révélé d’une manière particulière qu’il serait puni par l’épée, mais qu’il y aurait trois signes particuliers par lesquels son innocence apparaîtrait aux yeux des hommes.3
1. Was wend wir aber heben an,Zu singen von ein’m alten Mann, Der war von Haßlibach,Haßlibacher ward er genannt,Aus der Kilchöri Summiswald.
1. Mais de quoi voulons-nous commencerÀ chanter, sinon d’un vieil homme, Qui venait de Haslibach,On l’appelait Haslibacher,De la paroisse de Sumiswald.
2. Da das der lieb Gott zu thät lan,Daß er wurd hart geklaget an,Wohl um den Glauben sein,Da hat man ihn gefangen hart,Führt ihn gen Bern wohl in die Stadt.
2.Quand le Dieu d’amour permitQu’il soit durement accusé, À cause de sa foi,Alors on le captura brutalement,Et on le mena dans la ville de Berne.
3.Und da er nun gefangen ward,Gepeinigt und gemartert hart, Wohl um sein Glauben schon,Jedoch war er beständig g’seyn,In seiner Marter, Angst und Pein.
3.Et lorsqu’il fut donc fait prisonnier,Tourmenté et durement martyrisé, Pour sa foi assurément,Il demeura pourtant ferme et constantDans son martyre, son angoisse et sa douleur.
4.An ein’m Freytag, thut mich verstahn,Thäten die G’lehrten zu ihm gahn, Wohl in die G’fangenschaft,Fingen zu disputieren an,Er soll von sein’m Glauben abstahn.
4.Un vendredi, comprenez-le bien,Les érudits vinrent auprès de lui, Jusque dans sa prison ;Ils commencèrent à disputer,Exigeant qu’il renonce à sa foi.
5.Der Haßlibacher auf der StättSie überdisputiret hätt,Da sprach er bald zu ihn’n,Von mein’m Glaub’n thu ich micht abstan,Eh will ich Leib und Leben lahn.
5.Haslibacher, sur-le-champ,Les surpassa dans le débat ; Alors il leur dit aussitôt :Je ne renonce point à ma foi ;Je donnerai plutôt mon corps et ma vie.
6.Und da es nun am Samstag war,Die G’lehrten gingen aber dar,Redten ihm heftig zu,Du mußt von deinem Glauben stahn,Oder man wird dein Haupt abschlan.
6.Et lorsque vint le samedi,Les docteurs s’y rendirent encore, Et lui parlèrent vivement :Tu dois renoncer à ta foi,Ou l’on te tranchera la tête.
7.Gar bald er ihn’n zur Antwort gab,Ich steh nicht von mein’m Glauben ab, Ich halt ihn festiglich,Dann mein Glaub ist vor Gott so gut,Er wird mich han in Schirm und Hut.
7.Aussitôt il leur répondit :Je ne renonce point à ma foi, Je m’y tiens fermement ;Car ma foi est agréable devant Dieu,Il me gardera sous Sa protection.
8.Und wie es war am Samstag Nacht,Ein Engel Gottes kam mit Macht, Zum Haßlibacher hin,Sprach, Gott hat mich zu dir gesendt,Zu trösten dich vor deinem End.
8.Et quand vint la nuit du samedi,Un ange de Dieu vint avec puissance Auprès de Haslibacher,Et dit : Dieu m’a envoyé vers toi,Pour te consoler avant ta fin.
9.Weiters thu ich dir zeigen an,Von deinem Glauben thu nicht stahn, Darauf bleib steif und vest,Dein Glaub der ist vor Gott so gut,Er hält dein Seel in guter Hut.
9.Je t’annonce encore ceci :Ne renonce point à ta foi ; Demeure ferme et constant en elle.Ta foi est agréable devant Dieu,Il garde ton âme sous bonne protection.
10.Ob man dir schon wird dräuen hart,Man woll dich richten mit dem Schwerdt, Erschrick du nicht darob,Ich will an deiner Seiten stahn,Kein Schmerzen wirst dardurch ampfahn.
10.Même si l’on te menace durement,Disant qu’on veut t’exécuter par l’épée, Ne t’en effraie point ;Je me tiendrai à tes côtés,Et tu n’en recevras aucune douleur.
11.Und da es an dem Montag war,Die G’lehrten kamen nochmal dar,Zum Haßlibacher hin,Fingen mit ihn zu reden an,Er soll von seinem Glauben stahn.
11.Et lorsque vint le lundi,Les docteurs revinrent encore Auprès de Haslibacher ;Ils commencèrent à lui parler,Pour qu’il renonce à sa foi.
12.Wo nicht, sagten sie ohne Spott,Morgen mußt du leiden den Tod.Der Haßlibacher sprach :Eh ich von meinem Glauben stahn,Eh laß ich mir mein Haupt abschlan.
12.Sinon, dirent-ils sans détour,Demain tu devras souffrir la mort. Le Haslibacher dit :Plutôt que de renoncer à ma foi,Je me laisserai trancher la tête.
13.Hört wie es am Montag zu Nacht,Der Haßlibacher hart entschlaft, Bis um die Mitternacht,Da traumet ihm es seye Tag,Man wolle ihm sein Haupt abschlagn.
13.Écoutez comme, dans la nuit du lundi,Haslibacher dormait profondément Jusqu’à minuit ;Alors il rêva qu’il faisait jour,Et qu’on allait lui trancher la tête.
14.Der Haßlibacher wacht darob,Da war es bey ihm heiter Tag,Ein Büchlein lag vor ihm,Ein Engel Gottes zu ihm sagt:Lies du was in dem Büchlein staht.
14.Alors Haslibacher se réveilla,Voici, il faisait clair comme en plein jour autour de lui, Un petit livre était posé devant lui ;Un ange de Dieu lui dit :Lis ce qui est écrit dans ce petit livre.
15.Da er das Büchlein lesen thät,Fand er daß es darinnen steht, Man werd sein Haupt abschlan,Drey Zeichen werd Gott sehen lahn,Daß man ihme unrecht gethan.
15.Quand il lut le petit livre,Il trouva qu’il y était écrit Qu’on lui trancherait la tête ;Dieu ferait paraître trois signes,Montrant qu’on lui avait fait injustice.
16.Und da ers ausgelesen hat, Da wurd es wieder finster Nacht, Gar bald er wied’r entschlief,Und schlaft bis an den heitern Tag,Daß man zu ihm ihns G’fängniß kam.
16.Et lorsqu’il eut fini de le lire,La nuit redevint obscure ; Bientôt il se rendormit,Et dormit jusqu’au grand jour,Lorsque l’on vint à lui dans la prison.
17.Da wünscht man ihm ein guten Tag,Gar bald er ihn’n gedanket hat, Darnach sagt man zu ihm,Das Göttlich Wort er hören soll.Sonst müßt er ess’n das Henkermahl.
17.On lui souhaita le bonjour ;Il les en remercia aussitôt. Puis on lui ditQu’il devait entendre la Parole divine,Sinon il lui faudrait prendre le repas du condamné.
18.Von mein’m Glaub thu ich nicht abstahn,Das Göttlich Wort ich selber kann, Mein Sach befehl ich Gott,Es ist mein’m Herz ein ringe Buß,Wann ich unschuldig sterben muß.
18.Je ne renonce point à ma foi ;La Parole divine, je la connais moi-même. Je remets ma cause à Dieu ;C’est pour mon cœur une peine légère De devoir mourir innocent.
19.Ins Wirthshaus führt man ihn fürwahr,Man stellt ihm Ess’n und Trinken dar, Dan Henker neben ihmDaß er soll in ein Grausen komm’nUnd noch vom Glauben gar abstohn.
19.On le mena, en vérité, dans l’auberge,On mit devant lui mets et breuvage, Le bourreau assis près de lui,Afin qu’il soit saisi d’effroiEt renonce encore à sa foi.
20.Der Täufer sprach zum Henker gut,Nun eßt und trinkt, seyd wohl zu Muth, Ihr werdet heutigs TagsHinrichten mein unschultig Blut,Ist aber meiner Seelen gut.
20.L’anabaptiste parla avec bonté au bourreau :Maintenant, mangez et buvez, et prenez courage. Aujourd’hui même,Vous répandrez mon sang innocent,Mais c’est pour le bien de mon âme.
21.Er sprach auch, Gott wird sehen lanDrey Zeichen, das thut wohl verstahn, Die wird man sehen bald,Wann ihr mir schlaget ab mein Haupt,Springts in mein Hut und lachet laut.
21.Il dit aussi : Dieu fera voirTrois signes, comprenez-le bien, Et on les verra bientôt :Quand vous me trancherez la tête,Elle sautera dans mon chapeau et rira tout haut.
22.Das ander Zeichen wird geschehn,Das wird man an der Sonnen sehn, Aufs dritt habt fleißig Acht,Die Sonn wird werd’n wie rothes Blut,Der Stadel-Brunn auch schwitzen Blut.
22.Le deuxième signe se produira,On le verra sur le soleil. Au troisième signe, prenez bien garde :Le soleil deviendra comme du sang rouge,Et la fontaine de la ville suintera aussi du sang.
23.Der Richter zu den Herren sagt,Auf die drey Zeichen habet Acht, Und sehet wohl darauf,Wann nun diß alles soll geschehn,So g’schicht es eurer Seelen weh.
23.Le juge dit aux seigneurs :Prenez garde aux trois signes, Et observez-les bien ;Si tout cela devait advenir,Ce serait pour le malheur de vos âmes.
24.Und da das Mahl nun hat ein End,Man wolt ihm binden seine Händ, Der Haßlibacher sprach :Ich bitt euch Meister Lorenz schon,Ihr wollt mich ungebunden lohn.
24.Et quand le repas fut terminé,On voulut lui lier les mains, Mais Haslibacher dit :Je vous prie, Maître Lorenz,De me laisser sans liens.
25.Ich bin gutwillig und bereit,Mein Tod mich heftig wohl erfreut, Daß ich von hinnen soll,Aber Gott woll erbarmen sich,Die zum Tod verurtheilet mich.
25.Je suis de bonne volonté et prêt,Ma mort me réjouit grandement, Puisqu’il me faut partir d’ici ;Mais que Dieu ait pitiéDe ceux qui m’ont condamné à mort.
26.Da er nun auf die Richtstatt kam,Sein Hut von seinem Haupt abnahm, Und legt ihn für die Leut,Euch bitt ich Meister Lorenz gut,Laßt mir hie liegen meinen hut.
26.Lorsqu’il arriva au lieu de l’exécution,Il ôta son chapeau de sa tête Et le posa devant le peuple.Bon Maître Lorenz, je vous prie,Laissez-moi poser mon chapeau ici.
27.Hiemit fiel er auf seine Kney,Ein Vater Unser oder zwey Er da gebetet hat,Mein Sach ist jetzt gesetzt zu Gott,Thust jetzt nur eurem Urtheil Statt.
27.Alors il tomba à genoux,Un Notre Père ou deux Là, il pria.Ma cause est désormais remise à Dieu,Exécutez donc votre sentence.
28.Darnach man ihm sein Haupt abschlug,Da sprang es wieder in sein Hut, Die Zeichen hat man g’seh’n,Die Sonne ward wie rothes Blut.Der Stadel-Brunn thät schwitzen Blut.
28.Puis on lui trancha la tête ;Elle rebondit dans son chapeau, On vit les signes,Le soleil devint rouge comme du sang.Et la fontaine de la ville suinta du sang.
29.Da sprach ein alter Herre gut,Des Täufers Mund lacht in dem Hut, Da sagt ein grauer Herr,Hätt ihr den Täufer leben lahn,Es würd euch ewig wohl ergahn.
29.Alors un vieux seigneur dit avec gravité :La bouche du baptiste rit dans le chapeau. Puis un seigneur aux cheveux gris dit :Si vous aviez laissé vivre l’anabaptiste,Il en eût été bien pour vous à jamais.
30.Die Herren sprachen insgemein,Kein Täfer wir mehr richten wend, Da sprach ein alter Herr :Wär es nach meinem Willen gahn,Den Täufer hätt man leben lahn.
30.Les seigneurs dirent tous ensemble :Nous ne voulons plus condamner de baptiste ; Alors un vieux seigneur dit :S’il en avait été selon ma volonté,On aurait laissé vivre l’anabaptiste.
31.Der Henker der sprach mit Unmuth :Heut hab ich g’richt unschuldig Blut. Da sprach ein alter Herr,Des Täufers Mund hat g’lacht im Hut,Das bedeut Gottes Straff und Ruth.
31.Le bourreau parla avec amertume :Aujourd’hui, j’ai jugé du sang innocent. Alors un vieil homme dit :La bouche du baptiste a ri dans le chapeau ;Cela annonce le châtiment et la verge de Dieu.
32.Der uns diß Liedlein hat gemacht,Der war ums Leb’n in G’fangenschaft, Den Sündern thät ers z’Lieb,Ein Herr ihm Federn und Tinten bracht,Er schenkt uns das zu guter Nacht.
32.Celui qui nous composa ce petit chantÉtait emprisonné, risquant sa vie ; Il le fit par amour pour les pécheurs.Un seigneur lui apporta plumes et encre ;Il nous l’a offert pour nous souhaiter Adieu.
NOTE : Lorsque l’édition allemande du Miroir des martyrs était sur le point d’être imprimée, un extrait fut reçu et inséré, que Hans Lötscher4 avait copié du Turm Buch5 à Berne et qui avait été conservé par Christian Kropf ; en voici la teneur :
Dans le canton de Berne, les personnes suivantes furent exécutées à cause de leur foi :
En l’an 1529 : Hans Seckler6, menuisier et chapelier, d’Aarau.
En l’an 1530 : Konrad Eicher de Steffisburg ; deux croyants de la seigneurie de Biglen ; un rétameur7 de l’Emmental ; Ulrich Schneider, de Lützelflüh ; un jeune garçon du Valais ; Högerli8, de la seigneurie d’Aarbourg.
En l’an 1536 : le 2 mai, Moritz Losenegger.
En l’an 1537 : Bernhard Wälti de Rüderswil, le 7 juillet ; Hans Schweitzer de Rüegsau, Jürg Hoffser d’Obergallbach, de la seigneurie de Signau, le 28 août, Ulrich Bichsel ; Barbeli Willer de Hasli ; Barbeli zur Studen de Sumiswald ; Catharina Friedli Imhoff ; Verena Issoli de Schüpbach, de la seigneurie de Signau ; Ulrich de Rüegsau.
En l’an 1538 : Cunas Seidenkohen de Constance, le 28 mars ; Peter Stucki, de Wimmis, le 16 avril ; Ulrich Huber de Röthenbach im Emmental, de la seigneurie de Signau ; Hans Willer, en août ; Elsbeth Kipfer de Sumiswald ; deux femmes, le 28 mai, l’une de Sumiswald, l’autre de Grosshöchstetten ; Peter Wessenmiller de Wimmis, le 17 septembre ; Steffen Rüegsegger, le 8 décembre, qui fut exécuté à Einigen ; un habitant de la seigneurie de Signau ; un habitant de Sumiswald ; Rudolph Iseli de Tannental.
En l’an 1539 : Lorenz Eberli de Grünenmatt, le 3 juin ; Hans Schumacher d’Argovie, de Wynstägen9.
En l’an 1542 : un habitant d’Oberbipp, le 1er mai ; Peter Ancken, de Siebenthal.
En l’an 1543 : Christian Oberlen, le 17 septembre ; Hans Ancken d’Amsoldingen ; Wälti Gerber10 du Streithalter, de la seigneurie de Signau.
En l’an 1571, le 20 décembre : Hans Haslibacher, de la seigneurie de Sumiswald, qui fut exécuté à Haslibach11.
Il s’agit ici d’un ajout de l’édition néerlandaise de 1685. Certains des faits évoqués ici datent donc d’un peu après la mort de l’auteur original, Thieleman van Braght, décédé en 1664. ↩︎
Petite commune dans le Palatinat, à environ 27 km d’Alzey. Ces lettres n’ont peut-être pas toutes été écrites par la même personne, le seul signataire connu étant Jakob Eberling. Elles étaient vraisemblablement destinées à Hans Vlamingh, diacre de l’assemblée mennonite d’Amsterdam (mennonite flamand zoniste pour être précis). — NDLT↩︎
Comme il est fait mention de trois signes, qui ne sont toutefois pas détaillés, mais qui figurent dans une hymne (la dernière du Gesangbuch der Taufgesinnten), nous insérons ici, afin de compléter le récit, cette hymne dans son intégralité. Nous ajouterons toutefois que ni cette hymne ni la liste des martyrs suisses, copiée par Hans Lötscher, qui le suit, ne figuraient dans les éditions néerlandaises du Miroir des martyrs, mais furent ajoutées par la suite dans les éditions allemandes. L’hymne, qui ne figure que partiellement en allemand, est ici donnée dans son intégralité. — Note des éditeurs de la version anglaise. Gesangbuch der Taufgesinnten: Recueil de cantiques des anabaptistes, plus connu sous le nom “Ausbund”. Ce cantique fut imprimé séparément à de nombreuses reprises en Europe. Il fut relié avec un Ausbund paru au milieu des années 1660, sans toutefois en faire partie (Wolkan, p. 154). En dehors de cela, il ne figure dans aucune édition européenne de l’Ausbund, mais apparaît dans la première édition américaine de 1742, sous le titre « Das 140. Lied » (cantique 140), ainsi que dans chacune des éditions américaines suivantes. — NDLT↩︎
Hans Lötscher (souvent orthographié Lörsch ou Latschar dans les archives de Pennsylvanie) n’était pas un historien, mais lui-même un prisonnier. Il était pasteur dans le Simmental et fut emprisonné le 26 septembre 1667 à l’orphelinat bernois (qui servait de prison). Pendant sa détention, avant d’être condamné aux galères, il réussit à accéder au « livre de la tour » (registre officiel de la Commission anabaptiste). Il copia secrètement les noms de 40 martyrs exécutés à Berne entre 1529 et 1571. Cette liste fut sortie clandestinement de la prison. Elle fut ensuite apportée en Pennsylvanie et, lorsque le Miroir des martyrs fut traduit en allemand au cloître d’Ephrata en 1748, on ajouta cette liste dans la marge. Hans Lötscher passa 4 ans en prison et 2 ans sur les galères, après quoi il mourut, vers l’an 1673. — NDLT↩︎
Le Turm Buch, le « livre de la tour » fait référence au registre de la Täuferkammer (la commission anabaptiste) ou aux registres pénitentiaires conservés aux archives de l’État de Berne. Ces livres étaient appelés « livres de la tour » car ils consignaient les noms, les interrogatoires et les condamnations des personnes détenues dans les différentes tours des remparts de la ville (comme la Käfigturm) ou à l’orphelinat (Waisenhaus). — NDLT↩︎
Hans Seckler (également connu sous le nom de Hans Hansmann, maroquinier) fut torturé puis noyé à Berne le 8 juillet 1529, avec Hans Dreier (Treyer) et Heini Seiler. Ils furent les premières victimes de la persécution des anabaptistes à Berne. — NDLT↩︎
« Wynstägen » désigne un lieu ou une ferme spécifique, souvent orthographié Wünistern ou Wüni- dans les documents anciens, situé à Safenwil, une commune du district de Zofingen dans le canton d’Argovie, en Suisse. — NDLT↩︎
Wälti Gerber, de Röthenbach im Emmental, aurait été exécuté le 30 juillet 1566. — NDLT↩︎
Hans Haslibacher – Le dernier nom sur la liste. Décapité le 20 octobre 1571 et non le 20 décembre. Hans Haslibacher fut exécuté à Berne et non à Haslibach. Après 1571, les autorités bernoises changèrent de tactique, passant de l’exécution à l’emprisonnement à perpétuité, aux amendes lourdes et au bannissement (y compris vers les galères) Ici se termine l’ajout de l’édition allemande. — NDLT ↩︎
Parmi les récits conservés de l’Église primitive, certains sont courts, presque anecdotiques, et pourtant d’une richesse singulière. Celui que rapporte Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (livre III, chapitres 19-20), en citant l’historien chrétien Hégésippe, en fait partie. C’est un épisode que l’historien Richard Bauckham, spécialiste des origines du christianisme, qualifie d’un des témoignages les plus éclairants sur la famille de Jésus à la fin du premier siècle.
Le contexte : Domitien et la peur d’un roi
Nous sommes entre l’an 81 et l’an 96, sous le règne de l’empereur Domitien. Ce dernier est connu pour sa méfiance et ses tendances tyranniques. Comme autrefois Hérode le Grand, il redoute toute prétention royale liée au Messie juif. Selon Eusèbe, il avait même ordonné la mise à mort des descendants de la lignée de David.
C’est dans ce climat de suspicion que deux hommes sont dénoncés non pour un crime, mais pour leur origine. Il s’agit des petits-fils de Jude, lui-même frère du Seigneur selon la chair (Matthieu 13.55 ; Marc 6.3). Des manuscrits anciens (notamment le Paris MS 1555A et le Bodleian MS Barocc. 142, conservé à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford) nous ont transmis leurs noms : Zokèr (Ζωκήρ) et Jacques (Ἰάκωβος).
Ces hommes sont arrêtés par un evocatus (un ancien soldat de l’ordre équestre rappelé au service) et conduits devant l’empereur lui-même.
L’interrogatoire
Hégésippe, écrivain chrétien du IIe siècle dont les Mémoires ne survivent que par fragments dans l’œuvre d’Eusèbe, rapporte la scène avec des détails très concrets.
Domitien leur pose trois questions :
Êtes-vous de la lignée de David ? Ils répondent simplement : oui.
Quelle est votre fortune ? Leur réponse est frappante par sa modestie. À eux deux, ils ne possèdent qu’environ neuf mille deniers, non pas en argent liquide, mais en valeur foncière. Leur bien se résume à trente-neuf plèthres de terre (environ quatre hectares), qu’ils cultivent de leurs propres mains pour payer les impôts et subvenir à leurs besoins.
Selon d’autres sources, ils habitaitent le village de Koukab, en Batanée, à 18 km au sud-ouest de Damas, dans la même localité où Paul aurait rencontré le Seigneur sur la route de Damas!
Cette carte montre le village de Kaukab ou Koukab, où auraient vécu les petits-fils de Jude. La croix rouge situe une église qui commémore la conversion de Paul. Les lignes bleues représentent les tracés probables (mais incertains) de la voie romaine Via Maris, reliant Damas à la Galilée.
Quelle est la nature du royaume du Christ ? Voilà la question décisive. Mais avant même de répondre par des mots, Zokèr et Jacques font un geste éloquent : ils tendent les mains devant l’empereur. Des mains dures, calleuses, la peau épaissie par le labeur quotidien. Rien de royal ici, sinon la dignité humble du travailleur.
« Mon royaume n’est pas de ce monde »
Leur réponse verbale est tout aussi limpide, et rejoint exactement l’enseignement du Seigneur (Jean 18.36) :
Le royaume du Christ n’est ni terrestre, ni de ce monde, mais céleste et angélique. Il sera manifesté à la fin des temps, lorsque Christ viendra en gloire juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres.
Tout est dit.
Ils ne revendiquent aucun pouvoir politique. Ils n’organisent aucune révolte. Ils n’attendent pas un royaume politique ici-bas. Ils vivent, travaillent, espèrent et témoignent.
La réaction de Domitien
La suite est surprenante. L’empereur, visiblement déçu et étonné par le caractère insignifiant de ces deux paysans, ne prononce aucune condamnation. Hégésippe note qu’il les traita avec mépris, les jugeant indignes d’attention, et les relâcha.
Mais il fit davantage encore : selon le même récit, il aurait publié un édit mettant fin à la persécution contre l’Église (d’autres sources soutiennent cependant que Domitien continua sa persécution jusqu’à sa mort par assassinat).
Après la libération
Zokèr et Jacques, une fois libres, retournèrent tout naturellement au service des Églises. Hégésippe rapporte qu’ils prirent la direction de communautés chrétiennes, ce qui était considéré comme normal pour des hommes qui étaient à la fois confesseurs de la foi et parents du Seigneur selon la chair.
Ils vécurent ensuite en paix jusqu’au règne de Trajan (98–117). L’historien Hégésippe lui-même, né vers l’an 110, appartenait à la génération immédiatement suivante, ce qui confère à son témoignage une proximité remarquable avec les faits.
Après Zokèr, Jacques et Siméon fils de Clopas (leur cousin, martyrisé sous Trajan vers 107), la famille terrestre de Jésus disparaît des sources historiques. Un dernier membre possible serait un certain Conon, jardinier sur un domaine impérial, martyrisé à Magydos en Pamphylie sous la persécution de Dèce, vers 250-251.
Ce que ce récit nous enseigne
Ce court épisode contient plusieurs leçons simples, mais profondes.
Le royaume de Dieu ne menace pas les royaumes de ce monde. Ce n’est pas un royaume politique. Ceux qui le cherchent comme tel, qu’ils soient empereurs romains ou chrétiens tentés par le pouvoir temporel, se trompent de nature. C’est là la conviction des vaudois et des anabaptistes également.
La simplicité protège parfois mieux que la puissance. Ces hommes n’avaient ni richesse, ni influence, ni armée, et c’est précisément ce qui les a préservés. Leur pauvreté était leur défense.
Le témoignage passe aussi par la vie quotidienne. Leurs mains calleuses parlaient autant que leurs paroles. On pense ici à la parole de l’apôtre Paul : « Travaillez de vos propres mains, comme nous vous l’avons recommandé » (1 Thessaloniciens 4.11).
Dieu conserve toujours un reste. Même après les persécutions, il reste des témoins fidèles, souvent inconnus du monde, mais bien réels devant Dieu. Zokèr et Jacques étaient de ceux-là.
Conclusion
À première vue, ce récit pourrait sembler secondaire. Il ne raconte ni un martyre spectaculaire, ni une grande controverse doctrinale.
Et pourtant, il met en lumière quelque chose de fondamental : la nature véritable du royaume de Christ et des vrais chrétiens. Un royaume invisible, humble, patient, mais bien réel. Un royaume qui ne s’impose pas par la force, mais qui se reconnaît dans la vérité, la simplicité… et des mains marquées par le travail.
Richard Bauckham, « The Relatives of Jesus », Themelios 21.2 (janvier 1996) : thegospelcoalition.org
Richard Bauckham, Jude and the Relatives of Jesus in the Early Church, Edinburgh: T&T Clark, 1990.
Manuscrits portant les noms de Zokèr et Jacques : Paris MS 1555A ; Bodleian MS Barocc. 142 (Oxford). Voir aussi la Catholic Encyclopedia : newadvent.org/cathen/07194a.htm