Je quitte l’Inde

Bonjour à tous!

Je n’ai pas eu le temps d’écrire beaucoup récemment, en partie parce que mon frère est arrivé en Inde pour me rendre visite.

J’aimerais vous notifier de mon départ de l’Inde. Aujourd’hui je quitte Siliguri. Demain nous visiterons Agra, puis dans la nuit du 12 au 13 juillet, nous nous embarquerons pour Paris. Nous passerons près d’un mois à voyager.

Je n’aurai donc pas le temps d’écrire des articles avant le milieu du mois d’août. Mais je vous garderai au courant de ma progression sur la page Mon Tour de France.

Si jamais vous voulez nous rencontrer et que vous voyez que notre itinéraire passe près de chez vous, SVP contactez-moi.

Priez aussi pour le succès de nos distributions de tracts au cours du voyage et pour notre sécurité.

À bientôt!

Le Népal et le Manipour: dangers et bénédictions…

Le 25 avril 2015 restera pour trente millions de Népalais et pour bien d’autres, une tragédie difficilement oubliable.
Ce samedi, nous étions allés dans les environs de Chalsa, non loin de la frontière du Bhoutan, pour y offrir des médicaments gratuits aux habitants (appartenant à l’ethnie Munda) d’un village situé au cœur d’une plantation de thé. Quand je dis « nous », cela signifie Michaël Nightingale et Éthan Phelps accompagnés de votre dévoué serviteur. Nous rencontrerions plus tard deux docteurs bengalis, une infirmière, et quelques amis venus du Manipour, prêts à nous assister en auscultant les villageois, ou encore en organisant les flux impressionnants de patients attendant leur paquet de médicaments.

J’étais dons assis dans un bâtiment séparé de notre clinique de campagne, en train d’expliquer (en hindi) les raisons de notre aide humanitaire et comment Jésus nous a enseigné de faire cela par son exemple. J’avais avec moi une bonne réserve de traités en hindi et en sadri que je distribuais à ceux qui en voulaient bien. Parfois, nous donnions aussi des conseils d’hygiène aux villageois ainsi assemblés.

Soudain, je suis pris d’un léger vertige et je sens ma chaise vibrer légèrement. Une rumeur s’élève; les gens s’exclament भूकंप! भूकंप! (tremblement de terre). Nous sortons aussi rapidement que possible, mais dans l’ordre. La terre continue de trembler pendant environ 20 secondes. Il est midi moins cinq. J’étais loin de me douter qu’à moins de 400 kilomètres du lieu où je me tenais, plus de 10 000 personnes venaient d’être écrasées sous les décombres de leurs demeures. Les habitations de 200 000 ménages étaient détruites et 200 000 autres demeures étaient endommagées.

Ce n’est qu’après une heure environ que je me rendis compte en partie de l’ampleur des dégâts. Plusieurs personnes m’appelèrent ou s’enquirent de mon état par SMS. J’appris qu’on avait bien senti la secousse sismique jusqu’à Calcutta et Delhi. L’épicentre se trouvait au nord-ouest de Katmandou et on évaluait la magnitude du tremblement de terre à 7,9 sur l’échelle de Richter.

Sur le coup, je n’avais pas pensé que c’était un grave séisme. Je m’étais demandé où l’épicentre se trouvait, et si les journaux en parleraient le lendemain. Il est vrai que j’avais senti un peu de vertige et mes jambes étaient mal assurées pendant quelques minutes, mais je n’y avais pas prêté plus d’attention.

Le séisme fit quatre morts à Siliguri, notre ville.
Au fil des jours suivants (dimanche et lundi), nous ressentîmes deux autres secousses de manière marquée et quelques secousses non vérifiées. Le séisme du lundi 27 avril avait pour épicentre Mirik, à la frontière du Népal, à 30 km de chez nous à vol d’oiseau. Le dimanche, j’étais dans la maison à l’ordinateur lorsque la terre a tremblé, et le lundi j’étais dans la plantation de thé, en train de me promener juste avant le coucher du soleil.

À partir du lundi 27, un exode massif débuta à Katmandou : au cours des deux prochaines semaines, la ville allait perdre plus d’un million d’habitants (sur moins de trois). La crainte d’autres répliques, l’omniprésence de bâtiments partiellement effondrés, et le manque de terrains de foot offrant un lieu de campement sécuritaire étaient tous des facteurs de ces départs. Les écoles allaient être fermées pendant trois semaines, il n’y avait donc aucune raison de rester. Partout dans la région affectée il y avait pourtant d’autres problèmes, tels que la rupture des canalisations d’eau, un ingrédient qui semble être nécessaire à la vie. Les gens vivant groupés dans des campements de fortune ne jouissaient pas de conditions hygiéniques ni de médicaments suffisants, et on craignit le pire, surtout en voyant l’afflux de réfugiés venus de Katmandou. En même temps, l’aide humanitaire semblait trop souvent bloquée à Katmandou, parfois à cause de glissements de terrain, mais aussi à cause d’autres problèmes logistiques. Les nombreux avions lourds qui atterrirent à Katmandou vers la fin avril endommagèrent la piste de l’aéroport international. On dut à nouveau leur fermer la piste. Des secouristes étrangers s’évertuèrent à sauver quelques vies, une équipe française retrouvant même un homme vivant après trois jours sous les décombres.

Au moment du séisme, il y avait entre 300 000 et 400 000 étrangers au Népal selon le gouvernement. Certains (surtout touristes) demandèrent l’évacuation immédiate. D’autres, touristes ou membres d’une ONG, se mirent tout de suite à acheminer des soins dans les villes et villages affectés. Quelques touristes continuèrent de visiter le pays, dont le cœur était en ruines (en tout cas selon les médias). Le mont Everest vit une vingtaine de personnes mourir sur ses flancs enneigés. La Chine décréta la fin de la saison d’alpinisme du côté nord, alors qu’au Népal les Sherpas refusaient de déblayer les cols obstrués par les avalanches, malgré l’autorisation du gouvernement local. On verra plus tard qu’ils eurent raison de se montrer prudents.

Nous nous mîmes donc à explorer les diverses méthodes d’aide humanitaire qui seraient à notre portée. Ceci fut en fait surtout du ressort de Michaël, car Éthan et moi avions déjà d’autres plans : nous évader dans le nord-est de l’Inde, aux confins de la Birmanie. Nous partîmes donc le mercredi 29 juillet à bord d’un train qui affichait déjà 6 heures de retard sur l’horaire. Au cours des premières heures à bord du train, j’eus l’impression que le train allait moins vite que d’habitude et que les rails n’étaient peut-être pas en parfait état. Mais le train accéléra après quelque temps, et nous arrivâmes à Guwahati après un trajet qui dura 8 heures. Le jour suivant, nous appelâmes quelques pasteurs locaux pour leur proposer des traités (nous avions pris une boîte de 4 000 traités avec nous) nous parvînmes à les distribuer et aussi à nous empiffrer au cours d’un délicieux « dernier repas » avant d’aller au Manipour. Le Manipour est à la limite de toute civilisation (un des critères est la présence de restaurants). La dernière victime d’un chasseur de têtes Naga remonte aux années 1990… C’est l’État le plus dangereux d’Inde. La guérilla y sévit entre les mercenaires du gouvernement indien (Assam Rifles) et les divers groupes « souterrains » associés au mouvement indépendantiste Naga.

MANIPOUR

C’est donc le 1er mai au matin que nous atterrissons à Imphal, capitale du Manipour. Nelson et Marilyn Dyck, missionnaires à Kabinam, nous attendent après l’interrogatoire des services de renseignement. J’ai trouvé l’atmosphère de l’interrogatoire plus relaxe que l’année passée. Ils ont même permis à Éthan d’aller chercher ses bagages avant la fin et n’ont pas passé de coup de fil pour vérifier mes dires. Nous avons visité l’unique attraction historique du Manipour : le fort de Kangla. Il contient un site de fouille archéologique, des urnes contenant les restes de plus sieurs rajas, plusieurs temples et des jardins de roses ainsi que plusieurs magnifiques frangipaniers et magnolias, flanqués d’orchidées. Apparemment, les rois du Manipour y vécurent pendant très longtemps : il y a eu un fort depuis 1632, lorsque des prisonniers chinois enseignèrent aux indigènes comment faire des briques… La dynastie des Ningthouja régna à Imphal entre 33 avant J.-C. et la guerre anglo-manipourie en 1891 et garda certains privilèges jusqu’en 1971.

Après quelques achats en ville et du curry de poulet thaï dans l’un des deux restaurants de la capitale, nous avons pris la route nationale 39 qui relie la cuvette d’Imphal au reste du pays. Ce fut une occasion de lire pour moi, en jetant parfois un coup d’œil vers les rizières et les montagnes. C’est ainsi que j’ai finalement terminé la lecture du livre (À mains nues) d’Alain Robert, l’homme-araignée. J’avais aussi terminé Métronome de Lorànt Deutsch à bord du train le 29. Je recommande le premier aux férus d’action et d’adrénaline et le second aux passionnés d’histoire de France.

Après deux heures de route, nous arrivons à Kabinam, où Nelson et Marilyn habitent et où quelques membres de l’Église résident aussi : Shangba et Rhina Maram et leurs (6 ou 7?) enfants et Kabijohn, jeune homme de 23 ans, chez qui nous passerons les trois prochaines nuits. Là, mauvaise nouvelle, Kabijohn ne comprend pas que nous ne mangions pas autant que lui (ce qui m’est absolument impossible) et nous forcera à nous empiffrer royalement au cours des prochains jours. Beueuhh… Enfin, il faut avouer que la nourriture était bonne et saine, mais bien trop abondante.

Pique-nique

Le samedi, nous descendons dans la vallée à bord du Boléro Mahindra de Nelson et Marilyn. Kabijohn est à bord ainsi que deux des fils de Shangba. D’autres jeunes hommes (étudiants à l’université Don Bosco) nous rejoignent bientôt. Plus tard Shane et Rachel viendront s’ajouter au groupe. Nous passons 6 heures dans la vallée, à cuisiner, éplucher des oignons et des gousses d’ail, papoter, laver les voitures dans la rivière… Enfin rentrés chez Kabi, nous prenons un peu de repos avant d’aller chanter chez Nelson et Marilyn. J’aime bien ce groupe de jeunes gens. Ils chantent très bien et j’adore leurs cantiques en Maram!

Le dimanche matin, premier culte à 7h30. Puis Éthan, Kabi et moi escaladons la pente escarpée sur laquelle étaient autrefois juchées les batteries nippones. Éthan raconte l’histoire d’Achab à Jéricho devant une vingtaine d’enfants issus d’un village catholique. Puis nous redescendons et, une fois arrivé à l’orphelinat de Shangba, je raconte l’histoire de David menant l’arche de l’Alliance dans sa nouvelle capitale : Jérusalem.

Pour le dîner, nous sommes invités chez Nelson et Marilyn, où nous retrouverons aussi Shane et Rachel ainsi que John Peren, un jeune homme à l’esprit très agile, et au sens de l’humour engageant. L’après-midi, nous ferons découvrir à Éthan les vestiges de la capitale de la tribu de chasseurs de têtes : Maram Khullen. La journée se termine chez Shangba, par un autre culte.

Le lundi matin, nous Kabijohn, John, Paher et un autre jeune homme dont je ne me souviens plus du nom se sont embarqués avec nous dans notre convoi à destination de Kohima.

Deux heures de route plus tard, nous arrivions en vue de Kohima, avec un premier arrêt au musée-village culturel naga où se déroule en décembre le célèbre festival du calao. On y voit des répliques des huttes royales de chaque tribu du Nagaland. J’y ai rencontré un jeune couple québécois qui passait un mois dans le Nord-Est. Il y a aussi un musée passionnant racontant les combats entre les forces alliées (surtout indiennes et britanniques) et les Japonais (accompagnées de quelques indépendantistes indiens) dans la région de Kohima et d’Imphal. J’ai lu récemment que cette bataille est à ce jour classée parmi les cinq batailles les plus importantes de l’histoire britannique par le public anglais. Nous avons aussi visité le cimetière britannique (placé à l’endroit même des combats corps-à-corps entre eux et les Japonais, où les Japonais exterminèrent presque la garnison britannique avant d’être obligés de battre en retraite à cause de l’arrivée des renforts. Pas de cimetière japonais…

Après un repas de nouilles chow mein dans un petit café, Nelson et Marilyn sont retournés à Kabinam avec les garçons, et Éthan et moi avons continué vers Dimapour dans le 4×4 de Shane et Rachel. Dommage de devoir quitter Kabijohn si tôt, c’est un jeune frère très attachant. J’aime bien écouter ses pensées ou encore le récit de son cheminement vers l’Église.

Les deux prochains jours furent passés à faire des courses dans cette ville au climat torride et à examiner des orchidées dans divers jardins. J’ai aussi lu les journaux, surtout remplis d’articles au sujet des disputes entre le Nagaland et l’Assam et ponctués de notes concernant diverses embuscades à l’encontre des troupes fédérales dans la région. Apparemment, le cessez-le-feu aurait une nouvelle fois été violé… Dans l’après-midi du mercredi 6 mai, Éthan et moi étions de nouveau sur le quai de la gare de Dimapour. Notre train arriva à Siliguri le lendemain matin à 5h55 (5 minutes d’avance sur l’horaire!).

SILIGURI et le NÉPAL

Bon depuis notre retour, je n’ai pas fait grand-chose. Shane et Rachel nous ont suivis ici, arrivant par avion le lundi 11 mai. Le même jour, Shane, Michaël et Éthan partaient pour le Népal en compagnie de Richard Bhujel et Rajay Bhujel, deux Népalais qui devraient nous aider à trouver un village ou deux où nous pourrons aider les sinistrés à reconstruire leurs vies.

Le lendemain, j’étais au centre commercial vers midi. J’avais déjà mangé dans la rue, mais comme j’avais soif après tous ces achats, je me suis permis d’entrer au Café Coffee Day (je dis ça pour rire). Je venais tout juste de m’asseoir devant mon livre captivant de Bill Bryson intitulé « À la maison », lorsqu’un client s’écria : « Dats ane éeurtquéke! ». (je n’ai toujours pas compris pourquoi son premier réflexe n’aurait pas été de le dire en bengali ou en hindi) Tout le monde s’élança dehors avec plus ou moins de flegme… Je laissai même mon sac à dos dans le café dans mon empressement. 7,4 sur l’échelle de Richter. Et ce coup-là, ça m’a vraiment secoué dans les oreilles au point de me donner le vertige plusieurs fois au cours de prochains jours, me rendant en même temps super-hyper sensible aux moindres vibrations et paranoïaque à cause du bourdonnement dans mes oreilles qui persiste jusqu’à aujourd’hui (14mai). Une moto à 500m ou un avion pouvaient me faire croire dur comme fer qu’il y avait un tremblement de terre jusqu’à ce que je regarde les lignes électriques, qui s’agitent follement lorsqu’il y a vraiment une secousse.

Bon, plus de peur que de mal, car on ne dénombre qu’une centaine de morts après ce séisme, contre près de 9000 pour l’autre. En fait, bien que l’épicentre se soit déplacé vers nous, créant de nouveaux dégâts près du mont Everest, la majorité des bâtiments fragiles étaient déjà tombés ou évacués suite au précédent séisme, limitant le nombre de personnes affectées. Mais ça nous a tous secoués de nouveau et nous a rappelé que notre vie n’est pas vraiment entre nos propres mains. Impossible de passer un coup de fil après cela, les réseaux étant débordés, mais les SMS passaient toujours. J’ai vite appris que tous étaient en sécurité à la maison et au Népal respectivement. J’ai pris mon cappuccino après quelques minutes, mais je n’avais plus vraiment envie de lire.

J’ai souffert depuis d’un bourdonnement dans mes oreilles, de léger vertige à plusieurs reprises et d’une hypersensibilité aux vibrations. C’est-à-dire que je ressentais des secousses à tout moment et que je me figurais qu’il y avait des secousses à tout moment. Même maintenant j’en sens tout le temps. Mon propre battement de cœur qui lui-même fait vibrer ma chaise peut me leurrer ainsi et me faire croire que la terre bouge. C’est assez terrifiant, si on ne met pas sa foi en Dieu. J’ai à plusieurs reprises pris réconfort dans de tels versets que ceux en Marc où Jésus dit aux disciples de croire que nous avons déjà obtenu ce que nous avons demandé de lui lorsque nous prions.

Bien sûr, c’est parfois même assez irrationnel de craindre tant alors que jusqu’à présent notre ville n’a pas vraiment subi de dégâts, mais nous ne sommes pas loin de la faille, tout peut arriver. Aujourd’hui, le 16, j’étais de nouveau au même centre d’achat (pour acheter des tentes et des moustiquaires) et dans le même café, avec Shane et Rachel et leurs enfants, lorsqu’une réplique de magnitude 5,7 m’a secoué, je me suis levé et me suis projeté vers la porte avant de m’arrêter pour me demander si mon cerveau me jouait un tour de nouveau. Les autres me regardaient avec surprise, et je leur ai expliqué confusément que je pensais avoir senti la terre trembler. Puis de nouveau j’ai ressenti mes jambes perdre de leur assurance et vu d’autres personnes se précipiter dehors. J’ai pris mes jambes à mon cou avec tout mon courage 🙂 et suis sorti bien vite (et dignement, avec autant de flegme que possible…). Shane n’avait toujours rien senti. Incroyable comme nous ressentons les choses différemment. Pourtant, [là, je viens d’interrompre l’écriture de cette lettre pour vérifier que je ne ressentais pas vraiment une secousse… horrible, je vous dis! Vivement le retour au pays!] au moins la moitié des gens présents dans le centre d’achat étaient sortis. L’USGS confirma plus tard que je n’avais pas rêvé cette fois-là.

Lundi je pars pour Thumi, au Népal. C’est un hameau juché sur une montagne non loin de l’épicentre du premier séisme. 22 des 23 maisons sont rasées. L’église, l’école et une maison tiennent debout, mais il faudra probablement démolir la maison. Nous avons promis de fournir les matériaux pour reconstruire ce village. Un autre village de 50 familles recevra 50 moustiquaires et du sel. Et nous soutenons un autre groupe ici à Siliguri qui vient en aide à quatre autres villages au Népal. Je devrais rester au Népal jusqu’à samedi. Pour accéder à Thumi, il faut compter 15 heures de route et trois heures de marche (5km de chemin sinueux pour accéder au village qui se trouve à 1000 mètres plus haut que le point de départ). Les vieux Népalais y acheminent des sacs de 50 kilos de riz sur leurs têtes et pieds nus…

Bon, je crois que c’en est assez pour l’instant au sujet de ma petite vie ici. J’apprécie vos messages, vos prières, vos encouragements. J’espère vous voir face à face bientôt et n’hésitez pas à me donner de vos nouvelles!

Séisme au Népal

Bon, nous savons tous qu’il y a eu un tremblement de terre au Népal le 25 avril. Magnitude 7,8 ou 7,9. Celui-là a été suivi d’autres secousses; des centaines.
L’épicentre s’est approché inexorablement de Siliguri, arrivant jusqu’à 30 km de chez moi, mais la magnitude était inférieure.

Aujourd’hui, 12 mai, nous avons ressenti plusieurs nouvelles secousses, dont la première avait pour épicentre Namche Bazar au Népal, près du Mont Everest. Magnitude 7,4. On a senti le séisme jusqu’à Delhi et Calcutta.

Je vous remercie pour les prières que vous avez adressé au Seigneur pour notre sécurité et aussi pour celle des habitants de la région. Nous avons trois frères de l’Église qui sont en ce moment en train d’aider les victimes du premier séisme. Ils vont bien. Nous finançons aussi quelques autres projets au Népal.

Les habitants de notre région et du Népal se sentent tellement impuissants devant le nombre et la puissance de ces séismes. Ils ne peuvent rien faire. Environ 400 000 familles au Népal ont perdu leur logement (écroulé ou endommagé). Moi-même j’ai senti une petite vague de dépression lorsque je me suis rendu compte que ce n’était pas fini, que nous aurons probablement droit à d’autres secousses majeures. Les sismologues prédisent qu’un séisme de magnitude 8 (au minimum) se prépare toujours. Le traumatisme dans mon oreille interne, causant un bourdonnement incessant dans mes oreilles et me faisant sentir la moindre vibration contribue à me pousser à l’anxiété. Quelle horreur!

Pourtant Dieu est là. Je me suis rendu compte que de nouveau j’ai eu à me tourner plus entièrement, plus profondément, plus complètement vers lui. L’avais-je oublié? Non… euh, enfin, presque…
Je me suis rendu compte de nouveau du plaisir et de l’assurance qu’on peut avoir en Dieu. Qu’il est facile de manquer de foi; de prier, mais de ne croire qu’à moitié que Dieu contrôle ma vie. Je veux croire plus constamment, plus réellement. Quel apaisement de lire des paroles de réconfort dans la Bible et de savoir qu’il veille! Si je meurs, c’est qu’il le voulait. Gott ist mit mir, davon bin Ich sicher! Que personne ne me pleure. C’est mon testament.

Je ne crois pas que ces lignes seront mes dernières lignes. Néanmoins, nous devons toujours y être préparés, quoi qu’il advienne.

Quel type de missionnaire suis-je?

Il y a une semaine, je rencontrais Arnaud, un étudiant Français en architecture, qui était de passage au Rabelais, restaurant français à Siliguri, dont le propriétaire est son ami. Pour l’anecdote, Arnaud fait une maîtrise au sujet du célèbre architecte français « Le Corbusier » qui a planifié la ville de Chandigarh où Arnaud étudie et dont il hait le style et l’idéologie.

Je me suis entretenu de choses et d’autres avec Arnaud pendant une heure environ. Il n’avait pas l’air pressé. Nous étions plutôt d’accord sur de nombreux sujets: notre amour pour l’histoire, notre interprétation de celle-ci semblait assez proche, de la nécessité d’apprendre des langues, de l’hégémonie agaçante de l’anglais qui s’infiltre si facilement dans notre vocabulaire, amour pour la France et pour l’Inde ou encore la Russie. Je dirais que son anglophobie était plus forte que la mienne, alors que je trouve parfois que je ne suis déjà pas assez charitable envers ceux-ci. Mais notre plus grande différence fut observée au début de la conversation: Arnaud m’ayant demandé ce que je faisais ici, je lui ai parlé un peu du travail humanitaire que nous accomplissons, ce qui a entraîné plusieurs remarques de sa part démontrant le peu d’affection qu’il a pour les ONG.

Depuis, j’ai été poussé à me reposer ces questions que je me suis déjà posé plusieurs fois: quelle sorte de missionnaire suis-je?

Suis-je un missionnaire casanier ou aventurier? Il y a probablement des excès dans les deux. Un missionnaire casanier ne peut pas voir grand monde, puisqu’il ne sort presque jamais de chez lui, et tout le monde sait qu’il est très rare que les « indigènes » (c-à-d les gens locaux) viennent rendre visite à un tel étranger, à moins de venir lui demander de l’argent. Toutefois, nous ne pouvons pas devenir missionnaire seulement par esprit d’aventure. Ce n’est que si nous faisons notre travail pour Dieu et non pour notre propre satisfaction que nous pouvons être utiles à Dieu. Arnaud se méfiait de la malhonnêteté des ONG, sclérosées par des membres qui recherchent une vie facile, profitant du soutient des gens en Europe ou en Amérique du Nord pour se la couler douce dans un pays où la grande vie est facilement accessible avec relativement peu d’argent. Je connais de tels missionnaires ici à Siliguri, qui font leur marché de temps à autre, qui vont au cinéma trois fois par semaine, qui se promène en voiture haut de gamme, qui partent en randonnée dans l’Himalaya tous les mois, qui ne se réveillent qu’à 10h, et qui font faire tout le ménage et une partie de leur nourriture par une bonne (si celle-ci sait faire de la nourriture américaine). Évidemment, ils ne sont pas tous comme ça, mais je crois que la majorité des missionnaires ont été tentés de faire ainsi au moins dans une certaine mesure. C’est à éviter à tout prix afin de montrer que nous voulons être des égaux avec ceux que nous évangélisons.

Par contre, il arrive aussi que nous soyons trop ambitieux ou aventureux, à la recherche de gloire et de reconnaissance dans la sphère missionnaire. Là, je dois dire que j’ai de grosses tentations parfois. J’aimerais tant commencer des projets géniaux, écrire et traduire de nombreux livres, voir de nombreux gens se joindre à l’Église au cours de mon temps dans un certain endroit, être connu pour mon zèle et mon désir de servir Dieu. Mais bien que ces désirs soient bons en soit, ils sont dangereux lorsqu’ils ne sont plus associés à un esprit humble et ouvert à l’Esprit de Dieu. Ils deviennent l’oeuvre du diable qui cherche à nous donner un esprit d’indépendance qui nous fera différer de plus en plus de nos frères, jusqu’au jour où finalement nous ne serons plus réellement frères dans la foi et où nous découvrirons que nous ne servions pas Dieu, mais nous-même. Dieu ne bénit pas les bonnes œuvres que nous faisons à l’encontre de sa volonté. Il est dangereux de prendre ce chemin, pour notre âme, et pour celles de ceux qui nous suivrons, croyant écouter Dieu. Voici un petit exemple de ce que font les gens de bonne volonté mais qui ne sont pas dirigés par l’Esprit. Arnaud m’a raconté qu’il y a bien des endroits en Afrique où des ONG creusent des puits au milieu du village. Il disait que parfois les habitants détruisent ces puits parce que selon leurs traditions, le puits doit être à l’extérieur du village afin que les femmes aient un lieu désigné pour se rassembler et parler sans l’interférence des hommes. Si ces volontaires avaient été plus attentifs à la voix de Dieu, n’auraient-ils pas fait un peu plus de recherche au sujet de la culture locale, n’auraient-ils pas entendu Dieu leur dire: « non, pas ici, cela indignera les gens » ou encore « c’est à pure perte, ne le faites pas! »?

Encore une question: suis-je charitable envers ceux autour de moi? Suis-je capable d’aimer chaque mendiant qui vient à la porte? Ai-je assez d’amour pour passer du temps à prier avec un lépreux ou pour aller à l’église une troisième fois dans la journée au lieu de relaxer dans mon salon ou dans un restaurant à air climatisé? Suis-je égoïste au point de ne pas accepter de prendre un inconnu avec moi dans ma voiture sous prétexte qu’il pourrait être dangereux et me voler quelque chose? Suis-je disposé à accepter les coutumes locales pour ce qu’elles sont et me montrer moins rigide dans ce qui n’a rien à voir avec la religion, mais seulement avec des différents cultures? Je pourrais continuer, mais je crois que vous me comprenez.

Prions Dieu qu’il nous donne tous d’être de vrais missionnaires pour lui partout où nous sommes.

 

Merci chers lecteurs!

Je tiens à remercier les lecteurs de ce site!

Pour ceux d’entre vous qui êtes un peu curieux de géographie, comme moi, je vous laisse voir un peu dans les statistiques de ce site.

Le nombre de pages vues s’élève à 450-500 pages vues par mois, en moyenne. Soit 15-20 pages vues par jour. Depuis des années, il n’y a pas eu un jour où il n’y avait pas de lecteurs. L’Évangile continue de toucher de plus en plus de vies.

lectorat
Voici une carte (mise à jour en juillet 2018) qui montre d’où les lecteurs viennent (selon les statistiques plus ou moins fiables de WordPress). Une partie des vues qui sont comptabilisés sous l’onglet États-Unis ne viennent pas des É-U mais utilisent un filtre internet qui fausse les données.

Les lecteurs proviennent à ce jour de plus de 100 pays différents, mais la majorité des lecteurs viennent des pays suivants (dans l’ordre): France, États-Unis, Canada, Côte d’Ivoire, Belgique, Suisse, Cameroun, Norvège, Togo, Haïti, Inde, Gabon, RD Congo, Burkina Faso, Brésil, Allemagne, Bénin, Espagne, Afrique du Sud, Royaume-Uni, Martinique et Mexique. Ce site a reçu un intérêt prononcé à partir de ces pays (je trouve intéressant qu’ils ne sont même pas tous des pays francophones, alors que mon site est surtout orienté vers la francophonie).

Je n’ai pas une très grande audience jusqu’à présent, et là n’est pas mon but. Je n’écris pas assez souvent pour qu’il vaille la peine de s’abonner.

Mon but, comme je l’ai mentionné sur la page d’accueil, est d’informer au sujet de la vie chrétienne aujourd’hui, de démontrer comment la Bible s’applique dans ma vie en m’apportant du bonheur mais aussi de satisfaire la curiosité de ceux qui se posent des question au sujet de l’anabaptisme, du mennonitisme, et plus précisément au sujet de l’Église de Dieu en Christ, mennonite.

J’ai aussi plusieurs pages maintenant à l’intention des membres de l’Église, pour les informer au sujet des avancées dans le domaine de la traduction de documentation évangélique et doctrinale, et pour échanger au sujet des besoins et des avancées dans les différentes missions.

J’invite aussi tous ceux qui s’y intéresse à commander des traités et des livres chrétiens par mon intermédiaire. Je travaille pour la SEBT, et vos commandes qui nous parviennent à travers mon site sont traités rapidement.

Je répète que mon but est de satisfaire votre curiosité, pour ceux d’entre vous qui cherchez des informations en français au sujet de l’Église à laquelle j’appartiens, et de piquer la curiosité des autres lecteurs accidentels.

Je suis reconnaissant que tant de gens de différentes nationalités s’intéressent à mon blog. Merci à vous, et merci à Dieu qui m’a donné la grâce de faire cette petite oeuvre pour lui!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Église_de_Dieu_en_Christ,_mennonite

Introspections

Le maréchal de Lattre de Tassigny disait: « le lever des couleurs, C’est comme la prière du matin, et lorsqu’on les ramène, c’est le moment d’introspection du soir pour le soldat ».
Je crois que l’importance de la vie spirituelle dépasse celle de la vie militaire à telle point qu’on ne devrait pas les comparer de manière si sérieuse. Cependant, je dois avouer que si ces paroles prêtées au grand maréchal sont vraiment de lui, je devine que la prière et l’introspection tenaient une place importante dans sa vie.
Nous ne nous poserons plus de questions à sont sujet, ni à propos du salut d’hommes comme lui.
Je ne ferai que garder deux mots: le prière, et l’introspection.

Ce soir, alors que je revenais à pied d’un souper chez des amis Indiens, je me suis mis à penser à cette phrase du célèbre Maréchal de France. Il faisait déjà nuit; au loin je voyais des éclairs à la hauteur de la frontière entre l’Inde et le Bangladesh. Le terrain était sec, la route poussiéreuse: il n’a pas plu depuis deux jours, malgré que nous sommes au beau milieu de la mousson! Il paraît que cette année est anormale. À un moment donné, je me demandai si je ne venais pas d’apercevoir un éléphant à quelques pas. Fausse alerte!… On dit qu’ils rodent dans les parages nuitamment, et que plusieurs personnes ont été victimes de ces bêtes la nuit ou même au petit matin. Quelques cyclistes me dépassent, les phares d’une voiture m’éblouissent.

Mais qu’est-ce que je fais de mon temps? À quoi étais-je encore en train de penser? À un livre que j’aimerais lire? À une recherche que je veux faire sur Google aussitôt que j’arrive à la maison? au livre que je traduis? Aux problèmes économiques et sociaux de la France? À une jeune fille rencontrée ici en Inde ou encore au Canada?

Un peu de tout cela, pour vous donner une idée. Il y a des pensées qui sont bien-sûr plus édifiantes que d’autres, ou plus utiles. Mais à ce moment-là, je ne pensais pas vraiment à Dieu. Je ne pensais pas non plus à mon âme qu’il est venu secourir un jour quand elle avait soif. Depuis, comme il me l’a promis dans la Bible, j’ai accès à une source inépuisable de pensées, de courage, d’amour, vers laquelle il me suffit de me tourner pour m’en abreuver. Mais il paraît que parfois je préfère m’aventurer loin de ce puits qui m’a été donné, loin, oh si loin dans la sécheresse de la sagesse humaine.

À l’idée d’une rencontre avec un éléphant ou encore en pensant aux gens qui viennent peut-être d’être frappés par la foudre, mes pensées se tournent vers le Créateur de l’univers, mon Père.

« Père, J’ai besoin de ta présence! » C’est ma première réaction. Je suis honteux en pensant à tout ce qui a traversé mon esprit depuis ma dernière pensée accordée à Celui qui me protège et qui m’aime à chaque instant de ma vie. « Dieu, aide-moi à revoir ma journée, à y voir mes fautes, mes transgressions, mes motifs, afin de mieux faire demain. » C’est ma petite prière soupirée alors que je rencontre deux hommes dans le noir.

Je revois alors le moment ce matin où je n’avais accordé que deux minutes à la Parole de Dieu, parce que j’avais faim et que je voulais aller voir ma boîte de réception de courriels… Comme je suis ridicule d’accorder si souvent autant d’importance aux petites choses qui passent, alors que ma relation et ma communion avec mon Père importent par-dessus tout. Tout s’explique maintenant: j’ai laissé Dieu au chevet de mon lit ce matin après une courte prière, je ne l’ai pas invité à prendre part à toutes mes décisions du jour. Tout en priant à une ou deux reprises, je n’ai pas consciemment cherché son réconfort, son approbation, son amour au cours de la journée. Comment puis-je encore mériter son amour et sa protection? Mais au fait, où donc est passée cette sensation chaude qui m’envahit lorsque je le sens proche? Est-il parti? Ou est-ce moi qui me suis éloigné?

La réponse est claire, heureusement. C’est humiliant de l’avouer, mais depuis quelques temps, il est rare que je prête bien attention à la voix du Saint-Esprit. Je ne traite plus Jésus comme un frère. Je lis rarement ma Bible pendant plus de cinq minutes, et ma prière du matin est encore plus courte que ma lecture  de la Parole. Quelle honte, quelle misère.

Je pourrais me consoler en me disant que rares sont ceux sur cette terre qui lisent leur Bible autant que moi, qui font autant de bonnes œuvres ou qui sacrifient autant pour la cause de Christ; mais moi alors, quels sont mes motifs dans tout cela? Est-ce pour ma propre gloire que je continue de vivre une forme de vie chrétienne? Ou me suis-je peut-être trompé en pensant que mon enthousiasme et mon intérêt dans certaines choses de ma vie remplacerait ce que l’Esprit et la Parole m’avaient auparavant donné?

Oui c’est ça! J’ai cru pouvoir changer le régime spirituel de mon âme sans qu’elle n’en pâtisse, mais je me suis endormi et maintenant je me rends compte de mes erreurs! Des centaines de pensées défilent dans mon petit cerveau. Je veux passer ce temps non à penser aux choses terrestres, mais aux choses célestes. Bientôt mon esprit se calme, je commence à voir comme tout ceci est si petit et comme mes pensées ambitieuses sont risibles pour Dieu. Ce n’est pas en menant une introspection égoïste, où je chercherais à m’améliorer pour avoir une bonne réputation, que je trouverai la paix. Ce qu’il me faut, c’est un moment de prière et d’introspection au cours duquel je communiquerai avec mon Seigneur. Je lui présente ce que j’ai fait aujourd’hui, ce que j’ai pensé, ce que j’ai dit. Je Lui appartiens, mes actions et mes pensées Lui appartiennent donc aussi. Plus je passe de temps à faire cela, plus sa voix devient claire à mes oreilles. Je vois maintenant quelles pensées adressées à mon ami Bryan ne provenaient pas de Dieu, mais de ma chair pécheresse. Ce mouvement d’humeur plutôt contre quelqu’un qui m’avait insulté… Cela non plus. Que faire? Je suis un pécheur!

C’est alors que des paroles réconfortantes viennent à l’esprit: « ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». 2 Corinthiens 12.9. Ces paroles adressées à Paul il y a 2000 ans, s’appliquent toujours à moi! Comme c’est merveilleux. Je continue ma route, arrivant finalement chez nous au bout d’une demi-heure. Je suis parvenu à penser et à parler à mon Père pendant la majorité du trajet. Cela n’a même pas vraiment été le fruit d’un effort de disciple: lorsque j’ai pris la peine de le regarder dans les yeux, ma conversation avec Dieu n’a pas laissé de place à la distraction. Bien-sûr, j’étais toujours conscient des piétons et des voitures occasionnellement rencontrées, mais mes soucis terrestres avaient disparu.

Dieu veut vous donner cette expérience comme il me l’a offerte une nouvelle fois. Il veut effacer vos péchés, vous réconforter, écarter vos soucis. Croyez-le il le fera en un rien de temps! Ne soyez pas ingrats envers votre Créateur: donnez-lui quelques minutes de chaque heure, pour qu’il puisse vous diriger, que sa Parole s’ancre dans votre cœur, que votre oreille devienne accoutumée au chuchotement du Saint-Esprit. Pour cela, il suffit de retirer vos écouteurs, de ne plus penser à votre portefeuille, de ne plus chercher la gratification de la chair, bref. Cela est un effort impossible pour une personne qui n’est pas née de nouveau, mais lorsque vous avez abandonné votre vie de manière inconditionnelle dans les mains de Dieu, vous comprendrez, et vous serez heureux à jamais.

Hugues

Mon emploi du temps à Siliguri

emploi du temps

 

Voici un bref texte pour vous aider à mieux comprendre ce que je fais ici à Siliguri, ainsi que le rôle que Michael et Mélissa et Bryan jouent. J’exposerai donc notre routine hebdomadaire, comme elle est organisée actuellement. Elle a souvent changé, et elle changera surement lorsque Bryan Dirks et nous quittera au mois d’août et sera remplacé par Ethan Phelps, (18 ans, Floride). C’est déjà le cas lorsque nous partons en voyage à Calcutta ou au Manipour par exemple.
Lundi :
Tous les matins en semaine, Bryan et moi, qui habitons au rez-de-chaussée, nous levons aux alentours de 7h. À une époque, lorsqu’il faisait moins chaud, nous nous levions plus tôt pour courir dans les plantations de thé, mais nous n’en avons plus le cœur maintenant. Nous lisons notre Bible, regardons nos courriels, prenons une douche, à temps pour nous présenter à 8h à l’étage pour les dévotions en famille. Michael Nightingale, Bryan et moi lisons tour à tour des Écritures en apportant quelques pensées. Après la prière, nous parlons de notre plan de jeu pour la journée. Après quoi Bryan et moi redescendons pour faire le déjeuner : crêpes, œufs, pain perdu, rôties enduites de miel… bref, de quoi nous donner de l’énergie pour la journée. L’un de nous s’occupe de laver la vaisselle, alors que l’autre balaie le sol du rez-de-chaussée. Vers 9h ou 9h30 nous sommes prêts à travailler. (N’ayez pas peur, s’il le faut nous pouvons faire tout cela beaucoup plus tôt et plus vite, mais en général il n’y pas le feu.) Nous passons souvent la matinée à répondre à une lettre ou deux, à remplir quelques boîtes de traités, ou à aller visiter un pasteur de la région. L’heure du dîner est aux environs de 12h30.
Après le dîner, Bryan va souvent à la poste, pour envoyer les boîtes de traités remplies, alors que je me prépare à accueillir Samuel Mahakal, mon enseignant particulier de hindi, ainsi que notre traducteur anglais/hindi. Il arrive habituellement juste après 14h. Nous discutons d’abord des difficultés rencontrées lors de la traduction d’un traité ou d’un livre qu’il est en train de traduire pour nous. Cette discussion se déroule généralement en anglais, mais j’apprends des mots de hindi. Parfois il y a même une discussion au sujet des doctrines des Églises avoisinantes ou de L’Église de Dieu en Christ. Puis nous passons à la leçon proprement dite : plus un mot d’anglais à moins d’une nécessité absolue, ou s’il n’y a pas de mot équivalent en hindi. Je lis un texte écrit en Dévanagari dans un livre d’école du primaire. Je marque les nouveaux mots dans un cahier où j’essaierai de jeter un coup d’œil de temps en temps pendant la semaine. Il me pose aussi des questions du genre : « comment dirait-on… Ma belle-mère est décédée avant que ma femme ne soit née » (enfin pas toujours autant d’humour), ou « Il est devenu très difficile d’emprunter cette route à cause des dommages occasionnés par les pluies ». Bien-sûr, quand je traduis de telles phrases, le style n’est pas aussi beau qu’en français, parce que je n’ai qu’un vocabulaire de base. Nous parlons aussi de sujets d’actualité en hindi. Vers 16h, Samuel monte à l’étage donner une leçon de 90 minutes à Michael. Pendant ce temps, je suis habituellement libre de faire ce que je veux : écrire, aller au marché, chez le coiffeur, chez mon tailleur… à moins d’avoir à m’occuper de l’inventaire ou d’aller chez l’imprimeur, chercher des traités nouvellement imprimés.
Souper vers 7h ou 7h30. Moment de détente ;). Les garçons (B et moi) lavent la vaisselle. Puis nous vidons les poubelles : les matières recyclables sont brûlées (horreur!), et les matières compostables jetées dans un terrain vague où les chiens et les cochons se les disputeront. Je vérifie à nouveau mes courriels, j’écris ou je lis, ou encore je parle avec Bryan en jouent un jeu de carrom.
Mardi :
Je m’occupe de la traduction de nos traités dans d’autres langues dont le hindi, le népali, le marathi, le sadri, l’assamais, le santali et le dzongkha. Je suis donc en contact avec les traducteurs de chaque langue. Je leur fais savoir s’il y a un nouveau traité à traduire, je trouve aussi des personnes qui pourront relire le texte des traducteurs pour déceler des fautes. Puis j’apporte la copie terminée chez l’imprimeur. J’ai la responsabilité de rappeler les exigences de la Société Évangélique de Bibles et Traités en matière d’exactitude dans la traduction aux traducteurs, ainsi qu’en matière de qualité d’impression avec l’imprimeur. (en pratique, Michael se charge plutôt de ce dernier point) Je suis aussi en théorie celui qui doit évaluer la nécessité de dévier du contenu de l’original anglais, et permettre aux traducteurs d’adapter légèrement le contenu à leur langue ou à leur culture. Ceci doit se faire avec l’approbation de Michael, et parfois de Lyndon Toews, le secrétaire aux États-Unis. C’est donc ce travail, où boire du thé en compagnie d’un traducteur joue un rôle important, qui remplit souvent la matinée du mardi. Je dois souvent communiquer avec des gens aux États-Unis ou au Canada pour avoir des renseignements.
L’après-midi du mardi est parfois employé à laver la voiture, aller au marché du centre-ville, aller au bureau de poste central, à 40 minutes de chez nous, seul endroit où il y a des casiers postaux. (Nous pouvons envoyer des colis d’un endroit plus proche, c’est pourquoi nous ne cherchons nos lettres qu’une fois par semaine d’habitude.)
Le soir, nous allons dans un orphelinat raconter une histoire aux enfants grâce à un jeu d’images en feutre (flanel graph en anglais). Nous avons trois orphelinats dans lesquels nous participons régulièrement aux dévotions du soir. Ils sont tous situés à moins 15 minutes à pied de chez nous. Outre l’histoire, nous chantons ensemble et nous apportons des images à colorier pour les enfants. C’est toujours l’une des meilleures soirées de la semaine.
Mercredi :
Après les dévotions, B et moi préparons des paquets de traités pour aller remplir des pochettes de traités dans différents endroits : à l’entrée d’hôpitaux catholiques, des écoles catholiques ou baptistes, des églises évangéliques, d’une église anglicane, d’une librairie chrétienne, des commerces appartenant à des chrétiens. Nous essayions de passer toutes les deux semaines à chaque endroit. C’est-à-dire que nous alternons les établissements visités. Ex : semaine A, banlieue ouest de Siliguri (Agam Singh Nagar, Matigara, Shiv Mandir, Bagdogra…), semaine B, centre-ville de Siliguri et banlieue nord (notre secteur, Champasari, Pradhan Nagar). Jusqu’à récemment, cela ne nous occupait pas toute la journée, alors nous passions beaucoup de temps à visiter de églises et à parler à différents contacts pour savoir où exposer nos traités, sans courir de danger auprès des autorités, opposées à l’évangélisation, surtout si elle est pratiquée par des étrangers.
Nous dînons souvent dans un petit restaurant local, à moins d’avoir envie d’une nourriture plus hygiénique, que l’on peut trouver dans les grands restaurants Indiens ou dans les chaînes américaines (Pizza Hut, Subway, KFC, mais pas de MacDonald). Aucun repas restaurant à Siliguri ne peut coûter plus de 10$, somme astronomique pour la majorité des Indiens. (Je connais plusieurs personnes qui ne gagnent pas 20$ par mois, mais alors il y en a aussi des milliers qui gagnent 500 à 2000$ par mois.) D’habitude, un repas moyen dans un petit restaurant coûte 2-3$, mais parfois seulement 1$. Nous revenons aux alentours de 17h. Après avoir rangé ce qui reste de notre matériel (traités, pochettes en plastique, perceuse pour fixer les pochettes à un mur), il est presque l’heure du souper.
Même routine le soir. Parfois nous chantons en famille, ou bien je parle au téléphone avec des amis ou de la famille au Canada.
Jeudi :
La journée commence comme d’habitude. Nous remplissons généralement quelques boîtes de traités que nous allons poster juste avant le dîner. Nous restons en ville pour le dîner. L’après-midi est libre pour nous. Nous faisons un tour au marché pour faire des achats personnels, ou bien nous prenons un taxi collectif pour Kurseong, Mirik ou Kalimpong dans les montagnes (Himalaya) pour faire un peu de tourisme, et respirer un air plus pur et frais.
Vendredi :
Nous commençons par un nettoyage à fond de nos appartements : poussière, moquettes, passer la serpillière, nettoyer la salle de bains. Un peu de tout après cela, selon les besoins : inventaire, remplir des commandes, visiter un ami, acheter du porc, comme c’est le seul jour de la semaine où l’on en trouve ici à Devidanga. L’après-midi se déroule comme celui du lundi avec une leçon de hindi à l’ordre du jour.
Samedi :
Journée polyvalente. Nous sommes parfois allés à un camp d’assistance médicale, où l’on paye un docteur pour venir ausculter gratuitement 100 à 200 personnes. Nous leur offrons d’écouter une partie du récit biblique pendant qu’un pharmacien remplit un sac des médicaments prescrits. Nous leur donnons tous 2 ou trois traités. Les enfants ont droit à une histoire à part et à un traité en couleur pour chacun.
Nous allons parfois jouer avec les enfants d’un des orphelinats voisins, ou encore nous racontons une histoire biblique dans un village en compagnie d’un interprète. Ceci se fait surtout pour les enfants, auxquels nous enseignons des chants en anglais et en hindi.
Dimanche :
Nous restons habituellement chez nous le dimanche, à moins d’être invité à prêcher dans une autre assemblée. Le culte commence vers 10h30 pour se terminer entre 12h et 12h30. Chacun prend son tour pour prêcher, raconter une histoire aux enfants, diriger les cantiques, diriger la discussion lors de l’école du dimanche. Les visiteurs sont rares, parce que nous ne pouvons pas publier que nous nous rassemblons chez nous, et que les gens ont peur que nous ne parlions pas bien leur langue (avec raison).
Après un gros dîner, B et moi faisons la vaisselle, puis nous nous retirons habituellement pour nous reposer ou lire. Nous nous promenons régulièrement dans la plantation de thé avoisinante.
Le soir, un des garçons du voisinage, Loun, vient souvent nous rendre visite. Nous essayions de l’encourager à rester fidèle à son engagement envers Dieu. Il est souvent un peu découragé. Il se cherche un emploi, et songe à choisir l’armée. Sa connaissance de la Bible est l’une des meilleures parmi les jeunes chrétiens du village. Il aime beaucoup chanter et possède une très belle voix et un sens de l’harmonie, même s’il ne sait pas lire des notes. Il est originaire du Manipour, mais n’a pas vécu avec ses parents depuis 12 ans. Il a maintenant 25 ans.
S’il ne vient pas, nous chantons sans lui, puis j’écris, ou bien j’écoute le culte de Roxton Falls (au Québec) par téléphone. Nous ne mangeons qu’une petite collation le dimanche soir.

Le Gange ou le Calvaire?

« Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres. » Jean 8.36

Tous les trois ans, des vagues fantastiques d’hindous viennent se plonger dans le Gange, fleuve majestueux du nord de l’Inde. Chaque fois que je vais à Calcutta, ce que je fais toujours en train, mes pensées se tournent vers la religion hindoue en franchissant le long pont qui enjambe cette étendue d’eau brunâtre. Tant de gens à bord du train récitent des prières à leurs dieux ou se précipitent pour vois ce fleuve lorsque nous commençons sa traversée. C’est un spectacle qui fait toujours un peu mal au cœur. Ils croient que les eaux jaillies des sources pures de l’Himalaya, mais déjà devenues boueuses, laveront tous leurs péchés. Ils ont confiance que l’accomplissement de ce rituel les aidera à atteindre le « nirvana », c’est-à-dire la libération du cercle de la mort et de la réincarnation, l’une des particularités de la croyance hindoue.

Des dizaines de millions d’êtres humains, empruntant des routes noires de monde, se réunissent dans quatre « villes saintes » comme la ville de Haridwar, afin de se baigner dans les eaux du grand fleuve. Ceux qui s’y attardent trop longtemps sont retirés de l’eau par la police afin de faire place aux autres. Selon la légende, il arriva que lors d’un combat entre dieux et démons pour la possession d’un pichet contenant le nectar de l’immortalité, quelques gouttes du précieux liquide tombèrent en ces quatre endroits le long du Gange.

Contrairement à cette triste et trompeuse croyance, la vérité des Écritures nous libère (voir Jean 8.32) et le Sauveur peut rendre chaque homme et chaque femme entièrement libre (Jean 8.36).

1. Nous avons besoin de purification, mais l’absolution n’est pas l’œuvre des eaux du Gange, mais s’accomplit par la foi en Jésus qui a versé son sang pour cette seule raison. « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce » (Éphésiens 1.7).
2. Il y aura bien un bonheur suprême, mais ce n’est pas seulement le nirvana, c’est le ciel. En outre, une personne pécheresse ne sera pas réincarnée (sous la forme d’un corbeau, d’un babouin, d’une vache ou d’une salamandre), mais trouvera la damnation éternelle. Plutôt, l’admission au ciel par le Chemin, c’est-à-dire Jésus-Christ, libère l’homme du jugement et de la damnation éternelle.
3. La porte du salut ne sera pas ouverte éternellement, mais ne se fermera pas au terme du festival, mais plutôt à la fin de notre vie, ou lors du retour de Christ. Nous n’aurons aucune deuxième chance sous la forme d’un éléphant, d’un lion ou d’un rat. Paul nous écrit en Hébreux 9.27 : « Et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela vient le jugement ».
4. La vie éternelle est atteignable, pas à Haridwar, mais au Calvaire. Ce n’est pas le nectar de l’immortalité qui fut versé, mais le sang de Jésus.
5. Il y a de la place pour tous au pied de la croix. Comme il est écrit en Romains 10.13 : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé ».

Lisez aussi Hébreux 9.11-28

Nombreux sont ceux qui pensent que c’est l’athéisme ou plutôt la croyance en la politique, en l’écologie ou en les droits de l’homme qui les affranchira. Je ne commencerai pas une dispute ici, mais je leur dirai une chose : avant de parler, essayez le chemin de la Bible. Ne suivez pas une Église particulière, il y a tant d’erreurs dans le monde, mais choisissez de vivre selon la Bible pendant un certain temps, en cherchant la paix avec Dieu, par la nouvelle naissance. Si vous le faites de manière sceptique, il y a peu de chances que vous rencontriez Dieu, faites-le donc avec ouverture d’esprit. Qu’avez-vous à perdre? Dans votre religion athée, vous n’avez rien à perdre ni à gagner sauf sur terre. Dans la religion de la Bible, vous avez une promesse du ciel et du bonheur sur terre si vous vous soumettez à Dieu, ou du désespoir et de l’enfer si vous désobéissez et ne croyez pas en Dieu. S’il n’y pas de Dieu, vous n’encourez aucun risque en croyant à un dieu, mais si Dieu existe, vous mourrez si vous n’avez pas cru en Lui. Vous éprouverez certes des pressions sociales immenses si vous vous convertissez, mais ce n’est rien à côté du réconfort qu’offre le Saint-Esprit. Et dans la plupart des pays, si vous suivez la bible, vous n’aurez pas de problèmes face à la loi, car les principes de la Bible sont encore très utilisés dans la législation, bien que de moins en moins dans les pays occidentaux.

Voyage au pays des Nagas (partie II)

(SVP lisez la partie I avant de lire cet article)

Rebonjour tout le monde! Voici un rapport de mon voyage dans l’État du Manipour, il y a un mois environ. Je suis navré d’avoir mis si longtemps à le composer, je n’ai eu que très peu de temps récemment pour écrire, à part ma correspondance personnelle. Vous pouvez vous abonner à mes lettres si celle-ci vous plaît. J’écris une lettre à tous les mois environ, mais pas toujours dans le même style. Dans ces quelques pages, je raconterai comment moi, Hugues Andries, et Bryan Dirks, lui aussi missionnaire avec moi en Inde, sommes allés visiter des missionnaires américains au Manipour (Shane et Rachel Koehn et leurs trois enfants, Sherlyn Friesen, tutrice de leurs enfants, et Nelson et Marilyn Dyck), ainsi que des membres de l’Église récemment baptisés (Shangba et Rhina Maram et Kabijohn). N’hésitez pas à critiquer ou à poser des questions! 

Suite du Voyage au pays des Nagas

Vendredi, le 30 mai

Nous posons le drain et remplissons la tranchée creusée deux jours plus tôt. Toujours pas de courant, ce qui nous force à laver nos vêtements à la main. Comme j’ai fort à faire, Sherlyn offre de laver les miens, je n’ai eu qu’à l’aider à les essorer puis à les pendre sur l’une des cordes à linge. Comme le soleil n’illumine pas très bien la clairière, ils ne sécheront pas avant la prochaine pluie. À midi, nous descendons la colline vers l’école de Shangba, où je dois raconter une histoire biblique aux enfants grâce à un jeu d’images en feutre. Après quoi ils chantent quelques chants et nous prions ensemble. Il y a peut-être quarante enfants. Au retour, nous empruntons un autre chemin, qui nous fera découvrir les restes d’une batterie antiaérienne japonaise. En 1944, les forces nippones se mettent en devoir d’assiéger Imphal et Kohima, les deux derniers verrous avant la plaine du Brahmapoutre, qu’ils n’atteindront jamais. Les Japonais craignent les chasseurs de têtes Nagas et n’osent donc pas entièrement occuper la région, mais seulement des points clés, comme dans le cas de Maram, qui se trouve le long de la route entre Imphal et Kohima. Ils installeront une batterie antiaérienne sur la pointe de la colline de Kabinam pour contrôler une vallée importante que longe l’autoroute. L’endroit est idéal pour voir les chasseurs britanniques arriver de loin. On observe plusieurs trous de tirailleurs et quelques tranchées en arrivant près de la pointe. Puis des cratères laissés par les bombes des Rosbifs. On observe des terrassements effectués par les Japonais pour installer leurs canons à l’abri des regards, mais on voit aussi que ce fut en vain. Plusieurs énormes trous dans la colline témoignent de l’attaque implacable des Anglais. Il ne reste plus rien des canons. Les Nagas en ont fondu tout l’acier. On dit que de temps en temps on retrouve encore des vieux fusils ou même des bombes qui n’ont pas explosé. À ce propos, je vous ferai remarquer que toutes les cloches d’églises de la région sont faites de vieux obus. Les Nagas n’ont pas peur de les décortiquer avec un marteau et une cisaille. Quelques-uns y ont laissé leur vie.

manipour 2
Bryan, Kabijohn et moi profitons de la beauté du paysage et de la température idéale, pour parler pendant une heure ou deux de l’Église en Amérique, de la culture locale, de la haine des villageois, et du besoin de renouveau parmi les baptistes de la région, dont la grande majorité n’est pas née de nouveau. Le soir, à la lumière de quelques lampes solaires, nous sommes une quinzaine à nous réunir dans la maison de Nelson pour chanter en anglais et en maram. Il y a un chant maram que j’aime beaucoup; il parle du besoin impérieux de naître de nouveau. C’est une mélodie que je n’ai encore jamais entendue, mais elle est tellement touchante lorsqu’elle est chantée par des Nagas, qui ont des voix magnifiques…

Samedi, le 31 mai.

La journée entière se passera à Maram Khullen, capitale du royaume Maram Naga, qui se trouve à 2200m d’altitude, soit 500m de plus que Kabinam, où Shane et sa famille habitent. On nous montre la hutte du roi, puis d’un vice-roi. Cette dernière sert aussi de refuge réservé aux garçons. Selon la tradition, ils peuvent venir ici trouver du repos, jouer, s’amuser sans restriction, avec la seule condition d’apporter du bois pour le feu. Les filles n’ont pas le droit de visiter les lieux. Belle collection de lances, boucliers et javelots. À l’extérieur, on observe des squelettes d’oiseaux attrapés strictement à la main lors de cérémonies rituelles. L’extérieur de la majorité des habitations est décoré de têtes en bois, symbolisant le nombre de têtes coupées par l’ancêtre de la famille. J’ai compté cinquante-trois têtes sur celle de la famille de Kabijohn. À une époque on exhibait les crânes humains, mais depuis la prohibition de cette pratique dans les années 30, on les a remplacées par des répliques en bois. Aujourd’hui les tribus se battent toujours, mais avec des armes à feu, et en général on ne tue plus un membre d’une tribu voisine sous seul prétexte qu’il est d’une tribu ennemie. Le dernier incident de cette sorte dans la région de Maram remonte aux années 90.
Tout au long de la journée, Kabi nous sert de guide, expliquant mille et une traditions de sa tribu. Nous prenons tous quelques tours à jeter une grosse pierre en essayant de la faire atterrir sur le sommet d’une butte. D’autres épreuves plus loin demandent un peu plus de virilité. Il fallait sauter par-dessus une pierre qui faisait 1,2 mètre de haut sans élan, en écartant les jambes, et atterrir à au moins un mètre de la pierre. On nous montra des piliers de granite semblables à ceux que les Celtes érigèrent. On dit qu’autrefois les hommes de la tribu devaient démontrer leur courage en sautant d’une roche à l’autre. Ces roches font presque trois mètres de haut, mais leur circonférence n’excède pas 50 cm et elles sont espacées de près de 2 mètres chacune. La vue de la vallée me coupe le souffle… Je pense que cette région peut prétendre au titre de « paradis sur terre » ou de « jardin d’Eden » autant que l’île de Bora Bora, le plateau du Cachemire, ou encore le Machu Picchu.
J’ai pris un coup de soleil semblable à celui que j’avais eu à Cusco au Pérou il y a quatre ans. Comme quoi il faut se méfier du soleil quand on est dans les montagnes; pour ceux qui ne le savaient pas. Rouge comme un homard, je ne me suis plus exposé au soleil pendant le reste de notre séjour. Cela m’a empêché d’avoir d’aussi bons souvenirs de mes derniers jours au Manipur que des premiers. Je me suis souvent enduit de lotion et d’aloès, mais rien n’y faisait : mon visage, mes oreilles, ma nuque et mes bras étaient grillés : ma peau a pelé légèrement en plusieurs endroits environ une semaine après l’incident.

Dimanche, le 1er juin

Après un petit déjeuner de bonne heure, nous dévalons la pente vers l’église construite par Shangba. Plusieurs missionnaires venus prêcher dans ce bâtiment ont avoué qu’ils n’avaient jamais encore été dans une église d’où l’on a une si belle vue de la création de Dieu. Pour ma part, je m’y dirige en cherchant à rester hors de vue du soleil; un parapluie m’étant d’une assistance inestimable. Le culte commence juste après 7h30 et dura jusqu’à 9h. Les chants en maram sont une fois de plus les plus captivants. L’assemblée est constituée d’environ 20 adultes, dont plusieurs étudiants, et 20 enfants. Frère Shangba apporte des pensées au sujet de l’amour de Dieu, de comment nul n’a mérité cet amour, mais qu’il l’offre à chacun. Son sermon est en somme un appel à naître de nouveau si tel n’était pas encore le cas, ou à redédier notre vie à Lui, parce qu’il nous a tant aimés.
Après ce culte Kabi, Bryan et moi nous nous séparons du reste de l’assemblée. Tandis qu’ils vont prendre le thé et que Shane raconte une histoire biblique aux enfants de l’orphelinat de Shangba, Kabi gravit la montagne pour raconter une autre histoire aux enfants d’un autre village. Une quarantaine d’enfants se réunissent dans un vieux bâtiment qui ressemble à une grange, mais qui est en réalité la salle communautaire. C’est un village catholique. Kabi raconte l’histoire de Noé en maram, illustrant le récit grâce au jeu d’images en feutre. Puis les enfants chantent et colorient des images. Quand tout est fini, je ramasse les crayons et nous redescendons vers la maison de Shane où nous mangerons un délicieux repas de viande de buffle.
L’après-midi vers 15h nous filons à Maram centre où se trouve le centre de documentation de notre Église. Il abrite un bureau de traités, une bibliothèque où chacun peut emprunter des livres, quelques étagères de livres à vendre, des imprimantes pour photocopier, imprimer ou numériser des documents pour les élèves de Don Bosco. On y trouve aussi des boissons gazeuses, une machine Nescafé et des paquets de biscuits. À l’arrière se trouve un petit local où depuis peu quelques voisins se rassemblent avec la famille de Shane, Kabi, ainsi que John et sa sœur. Bryan y apporta un récit de la Bible analysé d’un point de vue plus adulte que les précédents qui étaient plutôt destinés aux enfants. Après quelques chants et quelques paroles d’encouragement de Shane, nous mettons un terme à la réunion. Nous passons au Centre de documentation, qui est habituellement fermé le dimanche pour faire quelques photocopies de nos passeports que Shane et Rachel devront présenter aux services de renseignement lors de leur interrogatoire mensuel. Le curé de la paroisse se présente sous prétexte de vouloir acheter des minutes pour son portable. Mais plusieurs croient qu’il est venu voir ce qui se passait, attiré par les chants. On dit que les catholiques de la région font tout leur possible pour empêcher leurs fidèles d’aller au Centre de documentation, une élève ayant été menacée d’être boutée hors de son auberge si elle n’arrêtait pas d’y aller,  il semble donc suspect que le curé lui-même enfreigne ce boycottage.
Le soir, nous nous réunissons encore chez Shangba pour chanter et lire des versets. Chacun est invité à apporter un témoignage. Shane m’avait demandé d’avance si je serais prêt à partager le récit de ma nouvelle naissance avec mes nouveaux amis. Je raconterai volontiers cette expérience. Bryan, Kabi et Shangba font de même. C’est une soirée touchante, où j’ai compris combien nous étions devenus proches en l’espace de quelques jours. Les garçons présents étaient captivés. Pour beaucoup, je pense que c’était la dernière fois que je les voyais sur cette terre. Un nouveau venu : Yurthing, de la tribu Tangkhul Naga. Il se lia si bien d’amitié avec nous qu’il se présenta le matin suivant, vers 5h, une heure avant notre départ. Ici à Maram il vit dans un foyer catholique, bien qu’il soit baptiste d’origine. C’est pourquoi il n’a pas pu venir à nos cultes avant aujourd’hui, car maintenant il est libre de faire ce qu’il veut, le semestre vient de se terminer, il va retourner dans son village demain.

Lundi, le 2 juin

Comme je disais donc, Yurthing se présente chez nous le matin de notre départ. John arrive bientôt, suivi de près par Kabijohn. Je passe 45 minutes à parler de mon pays à ces amis qui m’interrogent beaucoup au sujet de l’agriculture, puis de notre Église. J’aurais tant à leur dire! Nous passons quelque temps à manier la nouvelle catapulte de Bryan, qui lui a été offerte en cadeau d’adieu par Kabijohn. Vers 6 heures, toute la famille de Shane ainsi que Sherlyn, Bryan et moi nous entassons dans le Boléro, disant adieu à cette merveilleuse contrée.
Le voyage pour Dimapour, ville située au Nagaland, durera près de quatre heures, avec un bref arrêt à Kohima. À Dimapour, nous faisons le tour de 6 librairies chrétiennes pour y déposer des traités. J’achète aussi du miel du Nagaland, provenant d’une petite abeille sans dard, appelée Trigona sps.
À l’hôtel, je déguste un délicieux curry d’œuf, alors que Bryan ne parvient pas à se détacher de son téléphone… (Je ne savais pas à l’époque qu’il était fiancé, à une fille des Philippines qui plus est, c’est pourquoi je ne pouvais pas comprendre pourquoi il était toujours au téléphone ou en train de rédiger un texto.)
Dans la chambre d’hôtel, nous jouons quelques jeux de cartes avec Shane et Sherlyn, alors que Rachel se repose et que les enfants jouent d’autres jeux. Sherlyn mentionne son bonheur d’avoir eu la visite de quelques jeunes pendant les deux ans de travail missionnaire qu’elle vient de terminer (elle quitte l’Inde le 10 juin). Elle disait s’être sentie très seule parfois, et déconnectée, décalée des jeunes restés en Amérique. Une heure de sommeil.

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En rouge, les étapes en train: de Siliguri à Gauhati et de Dimapour à Siliguri au retour. En bleu, le trajet en avion de Gauhati à Imphal. En vert, les trajets en voiture d’Imphal à Maram et de Maram à Dimapour en passant par Kohima. Point jaune: Maram.

Mardi le 3 juin 2014

Vers 0h30, Shane nous conduit (Bryan et moi) à la gare de Dimapour. Comme il n’y a pas de trains au Manipour, nous avons dû venir ici pour nous embarquer pour Siliguri, sur le Rajdhani Express. Ayant dit nos adieux, il ne nous reste qu’à trouver un endroit pour nous asseoir en attendant le train, qui devrait arriver en gare vers 2h. Il y a beaucoup de monde à la gare, même au milieu de la nuit. Plusieurs sont étendus sur le sol, profondément endormis. Un jeune homme Naga cherche ostensiblement à impressionner les jeunes femmes qui passent par là en riant très fort, en les apostrophant au passage, ou en se battant avec d’autres hommes, s’en prenant même à un nain. J’ai bien envie de lui dire deux mots, mais au lieu je me mets à prier pour lui. Pour la première fois, je comprends pourquoi ce pays a un taux de viol élevé, bien que bien moindre que celui des États-Unis, champions du monde incontestés en la matière. (Selon les journaux locaux en tout cas, un tiers des viols déclarés à la police dans le monde sont aux États-Unis, alors que l’Inde se placerait au troisième rang.)

Notre train arrive enfin. Il a dix minutes de retard. Nous nous installons dans nos couchettes. Après vingt minutes, le contrôleur vient vérifier nos billets. Il nous signale que nos billes sont pour 24 heures plus tard… Le problème est que nous avons dû payer pour un billet de Dibrugarh à Siliguri, alors que nous ne nous embarquons qu’à Dimapour. À l’agence de voyages, j’avais donc demandé un billet pour le 3 juin, puisque c’était à cette date que nous quittions Dimapour. Mais ce train-ci s’appelait le train du 2 juin, puisqu’il quittait Dibrugarh le 2. Donc nous sommes sur le mauvais train. On nous menace de nous faire débarquer au prochain arrêt ou de nous faire payer une amende de 14 000 roupies, alors que nos billets n’avaient coûté que 4 000 roupies. Un voyageur qui dort dans le même compartiment prend notre parti et offre de payer un pot-de-vin au contrôleur. Au bout de 30 minutes de discussions, lorsque le contrôleur se rend compte que nous ne sommes pas Indiens (apparemment l’obscurité et mon hindi approximatif l’avaient trompé), mais « Canadiens » (je n’avais pas pris la peine de mentionner la nationalité de Bryan, généralement moins bien accueillie que la mienne), le contrôleur ne demande pas de pot-de-vin, mais seulement qu’à la gare de Gauhati nous payions on billet de deuxième classe pour le trajet Gauhati-Siliguri. J’appelle donc mon agence de voyages pour annuler le billet du lendemain. En fin de compte, nous parvenons à épargner 500 roupies parce que même après de frais d’annulation et un billet de dernière minute entre Gauhati et Siliguri, le voyage revient moins cher, car nous n’avons pas eu à payer pour le trajet de Dimapour à Gauhati. Mais nous avons perdu une heure de sommeil par contre. Enjambant le Brahmapoutre une dernière fois, nous continuons vers Siliguri à travers les rizières, la jungle et les petits villages adhivasis ou bengalis. Arrivée à Siliguri vers 14h.

Tout est bien qui finit bien, merci Seigneur, de nous avoir protégés tout au long du voyage. Nous aurons toujours de très bons souvenirs de cette excursion dans le Nord-Est.
Bon, il faut continuer la vie de tous les jours et ne pas trop rêver ou envier les missionnaires postés là-bas…

Que Dieu vous bénisse tous!

Hugues

« Afin que Christ habite dans vos cœurs par la foi; et que, enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. » (Épître de Saint Paul aux Éphésiens, chapitre 3, versets dix-sept à dix-neuf)

Voyage au pays des Nagas (partie I)

Rebonjour tout le monde! Voici un rapport de mon voyage dans l’État du Manipour, il y a un mois environ. Je suis navré d’avoir mis si longtemps à le composer, je n’ai eu que très peu de temps récemment pour écrire, à part ma correspondance personnelle. Vous pouvez vous abonner à mes lettres si celle-ci vous plaît. J’écris une lettre à tous les mois environ, mais pas toujours dans le même style. Dans ces quelques pages, je raconterai comment moi, Hugues Andries, et Bryan Dirks, lui aussi missionnaire avec moi en Inde, sommes allés visiter des missionnaires américains au Manipour (Shane et Rachel Koehn et leurs trois enfants, Sherlyn Friesen, tutrice de leurs enfants, et Nelson et Marilyn Dyck), ainsi que des membres de l’Église récemment baptisés (Shangba et Rhina Maram et Kabijohn). N’hésitez pas à critiquer ou à poser des questions!

Voyage au pays des Nagas

« Il n’y a que deux sortes d’individus, ceux avec des meubles et ceux avec des valises. »
Albert Londres

Depuis longtemps, Bryan et moi parlions d’aller voir nos frères et sœurs au Manipour. Nous y avons deux couples de missionnaires, une enseignante venue des États-Unis, et depuis peu trois membres issus de la tribu Maram Naga. Les missionnaires sont Nelson et Marilyn Dyck (de l’Ohio), Shane et Rachel Koehn et trois enfants ainsi que Sherlyn Friesen (tous de l’Idaho). Les membres de l’Église locale sont T. Shangba et Rhina Maram (un couple dans la trentaine) et Kabijohn, un jeune diplômé en sociologie âgé de 22 ans.

C’est donc pour voir ces gens que nous voulions aller visiter cette région au nord-est de l’Inde. Nous avions déjà rencontré Shane, Rachel, Samantha, Béthanie et Jesse lors de leur passage par Siliguri en route vers le Népal. Les autres nous étaient tous étrangers. Nous voulions comprendre comment leur petite assemblée d’une trentaine de personnes fonctionnait et vivre les mêmes expériences que nos missionnaires là-bas. Comme nous avons de nombreux voisins ici à Siliguri qui viennent du Manipour, nous avions aussi hâte de savoir de quoi ils parlaient lorsqu’ils parlaient de leur culture, de leur nourriture, du paysage de leur région, de leur histoire de chasseurs de têtes, etc.

Après avoir souvent parlé de voyager dans le Nord-Est, voici que nous avons enfin eu l’oreille de nos superviseurs : nous les avons convaincus du fait que nous n’étions pas très occupés et qu’il valait mieux nous envoyer en visite chez nos frères Nagas que de nous laisser désœuvrés.

Nous voilà donc en gare de Siliguri, le 26 mai, attendant le Capital Express. (En fait, nos premiers billets étaient datés du 22, mais Bryan avait une telle fièvre le 14 et le 15 que nous avions repoussé notre voyage de quelques jours.) Michael et Mélissa et leurs deux enfants nous ont accompagnés à la gare. Le train n’arrive pas. Je pratique mon hindi avec un policier musulman pendant une heure. On nous apprend que notre train qui devait arriver à 12h35 n’arrivera pas bien avant 14h. Bryan, quant à lui, parle à un jeune garçon puis à un groupe de touristes : 3 Suédois, une Suédoise, et un Italien. Ils attendent un autre train, qui a 25 heures de retard… Il fait chaud, vivement la fraîcheur des montagnes du Manipour!
Enfin, vers 15h, notre train se pointe à l’horizon. Pas trop tôt, mais j’ai pitié des Suédois, ils sont toujours sur le quai. Ils reviennent de quelques semaines dans l’Himalaya, et je crois qu’ils ont très chaud. Ils vont avoir encore plus chaud à Bénarès, leur prochaine étape.
Une fois notre compartiment trouvé, nous commençons à admirer le paysage qui défile devant nos yeux. Nous n’avons jamais pris le train vers l’est de Siliguri, seulement vers Calcutta, au sud. Nous reconnaissons le paysage pendant la première demi-heure du trajet, car nous l’avons déjà observé depuis notre Mahindra Scorpio lors de nos camps d’aide médicale dans cette région du piémont de l’Himalaya appelée « Dooars ». Plus tard, nous observons les montagnes du Bhoutan se profiler à l’horizon. Comme il fait un peu trop frais dans notre compartiment climatisé, je finis par passer le plus clair de mon temps debout ou même accroupi dans l’embrasure de la porte d’accès de la voiture. À la tombée de la nuit, je reviens à ma couchette pour bavarder un brin avec Bryan, avant de m’endormir. Un cheminot très attentionné (et peut-être intéressé) nous offre ses services : faire nos lits, nous apporter du thé, nous acheter un repas à la prochaine gare (Alipourdouar). C’est ainsi que nous nous retrouvons en train de manger du pouri et un ragoût de pommes de terre. Évidemment, une fois notre festin terminé, notre ami se pointe pour percevoir ses gages. Il ne veut pas me dire combien il a payé pour cette nourriture, espérant que je tombe dans le piège. Je savais d’avance qu’il voudrait un somme rondelette, mais je ne lui en veux pas, c’est de bonne guerre. Je lui donne donc 300 roupies (5 dollars) pour le repas pour deux et pour ses services. Il veut 100 roupies de plus, je refuse, il n’insiste pas… J’ai dû trop le payer déjà. Dodo.
Je me réveille en sueur, le rideau de ma couchette est tiré, ce qui empêche une climatisation efficace. Nous sommes presque en vue de Kamakhya, le terminus. Dans l’obscurité profonde, je distingue que nous sommes en train de franchir le célèbre Brahmapoutre, que je n’ai encore jamais vu. Nous arrivons à Kamakhya vers minuit, avec trois heures de retard. Il s’agit maintenant de trouver un hôtel encore ouvert à cette heure-ci. L’humidité et une odeur putride nous environnent, les moustiques sont légion. Nous sommes donc maintenant le 27, je devrais amorcer un autre paragraphe.

 

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En rouge, les étapes en train: de Siliguri à Gauhati et de Dimapour à Siliguri au retour. En bleu, le trajet en avion de Gauhati à Imphal. En vert, les trajets en voiture d’Imphal à Maram et de Maram à Dimapour en passant par Kohima. Point jaune: Maram.

 

Mardi le 27 mai 2014.

Un taxiwala (chauffeur de taxi à trois roues) appelle un ami aubergiste. Ça s’arrange : il nous conduit à l’hôtel où nous trouvons une chambre pour 1250 roupies, ce qui n’est pas mal à cette heure du matin! Bien sûr, elle n’est pas climatisée, mais il y a un ventilateur, une douche, … et des moustiques. Nous passons une nuit relativement reposante. Bryan se lève vers six heures, moi vers 7h30. (J’ignorais à l’époque qu’il était fiancé et que c’est pour parler à sa famille et à sa fiancée que Bryan s’était esquivé si tôt.)
Après avoir réglé la note et trouvé notre déjeuner au fond d’une ruelle nauséabonde, nous montons à bord d’un taxi qui nous mènera à l’aéroport pour la coquette somme de 400 roupies. Nous arrivons bien à l’heure, ce qui nous permet de déguster du chocolat et les banalités écrites par quelques journalistes, surtout au sujet du résultat des élections récentes ici en Inde.
Après un vol sans histoire de moins d’une heure, nous atterrissons sur le plateau d’Imphal, région centrale du Manipour, dont nous avons pu admirer la beauté depuis la troposphère. L’une des particularités du paysage est la profusion de petits massifs couleur ocre qui s’élèvent tels des taupières dans la plaine remplie de rizières.
Ah oui, j’oubliais qu’à notre entrée au Manipour, nous avons eu droit à l’interrogatoire de routine auquel tous les étrangers sont sujets. Nous avons informé les services de renseignement de certaines des raisons de notre voyage, j’ai appelé notre frère Shangba pour qu’il parle à l’officier, ce qui lui a permis de recouper mes informations et de vérifier que nous serions correctement hébergés. J’emboîte le pas à Bryan, qui se dirige déjà vers la sortie où Shane et Rachel nous attendent. Nous faisons aussi la connaissance de Sherilyn, enseignante de leurs trois enfants. Après un frugal sandwich (très rare dans ce pays), nous prenons l’autoroute nationale qui relie le Manipour au reste de l’Inde. Cette route, nous la remontons jusqu’à Maram, où habitent nos amis. En 1944, les Britanniques empruntaient péniblement cette même route dans le sens inverse, c’est-à-dire du nord au sud depuis Kohima, pour libérer Imphal, alors assiégée par les Japonais. Je reviendrai plus tard sur ces âpres combats entre des forces nippones sous-équipées, malades et pratiquement à pied, contre des Britanniques faisant face à des velléités indépendantistes dans tout l’empire des Indes.
Arrivés chez Shane et Rachel, nous n’avons que le temps de prendre une petite douche froide avec un pichet que nous plongions dans un seau de 20 litres, avant de nous rendre à la soirée de chant chez notre frère Shangba. Là nous rencontrons aussi Kabijohn, notre frère de 22 ans, ainsi qu’une dizaine d’autres garçons, surtout étudiants à l’Université Don Bosco qui n’est qu’à trois ou quatre kilomètres de là. La majorité des enfants de l’orphelinat de Shangba, mêlés à ses propres enfants, a également répondu présent. La soirée se passe bien : une mante religieuse persiste à se poser sur mon recueil de chants, puis s’attaque au dos de mon voisin, avant d’être jetée au sol d’un revers de ma main. Nous apprenons un ou deux nouveaux chants, en anglais comme en maram naga. Nous quittons les lieux impatients de voir un autre jour poindre afin de mieux connaître nos nouveaux amis si sympathiques.

Mercredi, le 28 mai 2014

Pas de courant. Nous profitons de la journée pour passer le plus clair de notre temps dehors : soit à admirer ce nouveau paysage, soit en faisant des filets de poisson-chat, soit en creusant une tranchée pour un nouveau drain souterrain qui devrait empêcher l’eau de rester piégée derrière la maison. La maison est bâtie sur le flanc d’un fort escarpement, au milieu d’une forêt de pins. Comme la maison se situe dans une clairière, la vue est indescriptible… Mais il paraît qu’il y a un inconvénient : lorsqu’il pleut, l’eau s’accumule au pied du mur de la demeure et crée un nid moustique. Nous creusons donc une tranchée de 35 centimètres de profondeur avec une pioche, une pelle et un seau, pour poser le drain; ce qui ne sera pas sans conséquence pour mes mains et mon dos, devenus peu accoutumés à ce genre de travail.
À midi, les autres missionnaires, Nelson et Marilyn Dyck, se joignent à nous pour faire honneur au poisson que Shane a préparé.
En fin d’après-midi, Kabijohn, John, et Paharyii (prononcer paheurw) s’embarquent avec Bryan Shane et moi pour aller acheter des provisions pour le pique-nique du lendemain. Les marchands du bazar de Maram sont presque tous des hindiphones venus du Bihar ou des Népalis. Nous employons donc amplement nos connaissances de hindi avec eux, ce qui a le don de peindre un sourire sur leurs lèvres et de peut-être faire baisser les prix.
Le souper se déroule sous la faible lumière d’une lampe à batterie solaire. Au fond, c’est une journée qui m’aura redonné envie de travailler physiquement, après avoir passé neuf mois à user le fond de mon pantalon sur la chaise en plastique du bureau de Siliguri ou dans le salon des croyants qui nous invitent à prendre le thé (chaï) chez eux.

terasses riz

 

Jeudi, le 29 mai

Le grand jour du pique-nique! Hop! Après un (petit) déjeuner sans histoire, mais délicieux, nous entamons une journée qui s’avérera remplie d’histoires, et qui semble déjà alléchante. Le ciel est couvert, il se met à crachiner. Vite, j’assiste Shane comme je peux. Il pose une toile au-dessus du coffre du pickup (un Mahindra Bolero Camper 4X4), qu’il fixe solidement à l’armature grâce à son expertise en matière de nœuds et compagnie. En route! Nous nous arrêtons chez Kabijohn pour embarquer le reste des provisions et de la troupe. Les femmes nous suivent dans le Boléro (roues motrices) de Nelson. Je m’installe confortablement dans la cabine du Camper avec quelques garçons, Shangba, et Shane. Bryan et cinq autres garçons se font une place dans le coffre sous la toile.
Après une demi-heure de route sur la route asphaltée, Shane braque à gauche et descend un chemin escarpé en gravier. En descendant graduellement vers la rivière où se tiendra le repas, nous passons d’abord par une forêt dont la plupart des arbres viennent d’être coupés. La rivière se trouve maintenant à 700 mètres plus bas selon le GPS. Ensuite c’est la forêt (quasi) vierge, très verte, mais ponctuée par les couleurs parfois vives des orchidées omniprésentes. Comme cela me change des bougainvillées que nous trouvons à Siliguri… Au détour du chemin, nous apercevons une clairière où quelques indigènes élèvent des chèvres et des buffles, dont la viande est très appréciée dans cette contrée, contrairement au reste de l’Inde. Après près d’une heure de zigzag dans la jungle, Nelson décide que la pente devient trop abrupte pour lui permettre de rebrousser chemin plus tard (nous avons déjà dû pousser son véhicule une fois, lorsque son châssis avait raboté le sol), ce qui oblige certains d’entre nous à marcher à partir de ce point.
J’en profite pour parler de mon enfance avec Kabijohn, qui me raconte la sienne ainsi que les péripéties au long du parcours qui l’a mené à devenir membre de l’Église. Nous tombons enfin sur l’endroit où le Camper a dû s’arrêter. Nous sommes à côté des quelques terrasses où l’on s’apprête à planter du riz. Le paysage me rappelle singulièrement les images de la guerre d’Indochine qui sont à jamais gravées dans mon esprit, ou encore « le pont sur la rivière Kwaï », dont le cadre est la Birmanie voisine. Nous prenons chacun notre part du fardeau, puis à la queue leu leu, nous dévalons un sentier boueux qui longe la falaise entre les lianes. À un moment donné, il faut sauter sur un rocher 60 centimètres plus bas, ce qui n’est pas aisé quand on a des sandales crottées et une marmite remplie de vaisselle entre les mains. Les dames ont eu un peu de mal là; je pense que c’est surtout leur dignité qui a souffert, ce qui n’est pas un moindre mal. La rivière dans laquelle nous avions pensé pouvoir nager est aussi brune que du chaï. Je pense que je passerai cette fois.
Au travail! Les hommes vont chercher du bois pour le feu. Ils vont aussi chercher du bambou pour édifier une tente qui nous abritera au cas où la pluie se remettrait à tomber et pour construire un petit radeau. Les femmes épluchent l’ail et les oignons. Au bord de la rivière, j’aide Kabijohn à laver les intestins des trois poulets étranglés pour l’occasion (nous les avions amenés jusqu’ici vivants). Tout le poulet y passera, les seules parties qu’on ne mange pas sont les plumes et ce qu’il y avait dans les intestins… Je passe aussi une partie de mon temps à parler de la traduction d’un livre en hindi (Une Étude de Doctrine chrétienne en français).* mon tuteur de hindi est le traducteur de ce livre, je dois lui demander d’accélérer le rythme afin que nous ayons le temps de travailler la typographie avant le premier août, date à laquelle Nelson et Marilyn iront au Rajasthan aider de nouveaux croyants à comprendre les Écritures.
Bref, la journée se passe bien, le soleil sort de sa cachette, et je déguste l’un des meilleurs repas jamais imaginés. Paharyii nous gâte en se jetant dans l’eau nous offrant un spectacle de natation dans le courant qui semble plutôt fort. Il grimpera aussi à quelques reprises sur des arbres pour en arracher des orchidées de toutes sortes pour les dames. Il est un athlète complet : on dit qu’il participe souvent aux marathons de la région montagneuse de Maram et qu’on l’a même exclu des tournois de foot de la tribu Maram parce qu’il est trop bon, sous prétexte qu’il ne fait pas partie de la même tribu… Dommage pour lui!

orchidée manipour 2 orchidée manipour

Orchidées du Manipour

Enfin, nous revenons chez Shane et Rachel, fourbus de fatigue et d’excitation. Il fait déjà nuit. Je suis si heureux d’avoir pu parler à Kabijohn et à Shangba au sujet des nombreuses persécutions auxquelles ils font face depuis qu’ils ont choisi de se joindre à l’Église de Dieu en Christ, mennonite. Les baptistes ont plusieurs fois menacé Shangba détruire sa maison, son lieu de culte, de le bouter hors de la région administrée par la tribu… Rien n’y fait, il tient bon. Priez pour lui, il a une lourde charge : un orphelinat en plus de ses cinq ou six enfants, une école pour les enfants défavorisés, une auberge pour des étudiants à l’Université Don Bosco… Tout cela sans mécène permanent depuis qu’il a quitté l’Église baptiste.

à suivre en partie II…