Les âmes sauvées vont-elles [directement] au ciel après la mort ?

[La première partie de cet article est une traduction d’un texte de Bob Goodnough, publié ici: https://flatlanderfaith.com/2013/04/12/do-the-saved-go-to-heaven-when-they-die/]

J’ai longtemps cru que lorsqu’un chrétien mourait, il était aussitôt conduit à travers les portes de perle jusque dans le ciel. Je suppose que cette idée me venait de la perception populaire de ce que les chrétiens croient. Il y a dix ans, mon idée reçue a été remise en question sur la base des Écritures, et ma pensée a changé.

Aujourd’hui, je crois que la réponse à la question posée ci-dessus est : « Oui, mais pas immédiatement. » Permettez-moi de m’expliquer.

En Matthieu 25, versets 31 à 46, Jésus décrit ce qui se passera au grand jour du jugement, à la fin des temps. Toutes les nations (tous les peuples) seront rassemblées devant lui, et il séparera les brebis d’avec les boucs. Ceux qui seront comptés parmi les brebis entreront dans le ciel ; ceux qui seront comptés parmi les boucs seront jetés en enfer. Cette scène n’a aucun sens si les sauvés se trouvaient déjà au ciel avant ce moment.

La Bible se soucie davantage de nous voir entretenir une relation authentique et salvatrice avec Dieu dans cette vie que de nous décrire en détail comment les choses se passeront au ciel. Mais elle nous dit que, dans le ciel, nous aurons des corps ressuscités, semblables au corps de Jésus après sa résurrection d’entre les morts. En 2 Timothée 2.18, l’apôtre Paul condamne en termes sévères ceux qui enseignent que la résurrection est déjà arrivée. Cette résurrection corporelle n’aura lieu qu’au retour du Christ en gloire pour le jugement dernier. Apocalypse 6.9 parle d’âmes sous l’autel, qui attendent le jour de la résurrection.

Deux passages bibliques sont souvent mal interprétés, donnant naissance à l’idée d’une entrée immédiate dans le ciel. Le premier se trouve en Luc 23.43, où Jésus dit au malfaiteur sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui* tu seras avec moi dans le paradis ». L’autre est la parabole du riche et de Lazare, dans Luc 16.19-31. Le riche s’y éveille dans le « séjour des morts » et Lazare dans le « sein d’Abraham ».

* Il faut savoir que les manuscrits grecs du Nouveau Testament ne comportaient à l’origine ni virgules ni ponctuation d’aucune sorte. Les copistes écrivaient le texte en lettres majuscules continues, sans espaces ni marques de pause. La ponctuation que nous lisons aujourd’hui dans nos Bibles a été ajoutée des siècles plus tard par des éditeurs et des traducteurs, selon le sens qu’ils comprenaient du texte. Dans le cas de Luc 23.43, le placement de la virgule change tout. Si l’on ponctue « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », Jésus promet au malfaiteur qu’il sera avec lui ce jour même. Mais si l’on ponctue « Je te le dis en vérité aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis », Jésus fait sa promesse en ce jour solennel — sans préciser quand elle s’accomplira. À mon sens, c’est cette seconde lecture qui semble plus cohérente avec le reste de la Bible, car Jésus lui-même n’est pas monté au ciel le jour de sa crucifixion : il est d’abord descendu au séjour des morts, puis est ressuscité le troisième jour. Comment aurait-il pu promettre au malfaiteur d’être avec lui au paradis ce jour-là, alors que lui-même n’y serait pas ?

Il est utile de savoir que « Paradis » et « sein d’Abraham » étaient des expressions couramment employées par les Juifs pour désigner le lieu où les justes attendraient la fin du monde et la résurrection corporelle. On se le représentait comme un jardin magnifique et paisible, où rien ne viendrait troubler leur repos. Le « séjour des morts » mentionné en Luc 16.23 est en réalité le Hadès, le lieu où les pécheurs attendent le jugement dernier. Ce n’est pas l’étang de feu et de soufre, mais c’est manifestement un lieu fort déplaisant.

Un autre indice qu’il ne s’agit que d’un arrangement temporaire se trouve dans la possibilité de communication entre le Hadès et le sein d’Abraham, bien que le caractère définitif de la séparation soit déjà établi. On a du mal à imaginer que les saints dans le ciel seraient à si courte distance de l’étang de feu et de soufre.

Il ressort des protestations rapportées en Matthieu 7.22-23 qu’il y aura des gens convaincus d’avoir subi une grave injustice et qui pourront parler à Jésus. Ils diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? » Et Jésus leur répondra qu’ils n’avaient pas accompli ces œuvres à sa demande, par son Esprit ni par sa puissance, et déclarera ne les avoir jamais connus.

Je crois désormais que cette image d’une attente temporaire au Paradis ou dans le Hadès avant la résurrection correspond à l’enseignement de la Bible. Cela n’enlève rien à la promesse du ciel. Au contraire, cela la rend plus réelle.

À vrai dire, l’image populaire de saints éthérés flottant sur des nuages en grattant de la harpe ne m’a jamais semblé vraiment attrayante comme avenir à long terme. Ce vieux corps et cette vieille terre passeront, mais la Bible promet une existence corporelle dans un lieu décrit comme une terre nouvelle. Le ciel, tel que la Bible l’esquisse, semble garder une certaine ressemblance avec notre existence présente, mais sans tout ce qui cause aujourd’hui la souffrance et le chagrin, et dans la présence de notre Seigneur, de tous les saints et de tous les anges.

Quelques pensées sur la distinction entre le séjour des morts et la géhenne.

Je ne suis ni théologien ni linguiste grec ou hébreu, donc il est fort possible que je me trompe, mais je vais tenter d’expliquer mon point de vue. 

Séjour des morts

Dans le Nouveau Testament, il y a 10 références au hadès (grec)/schéol (hébreu)/séjour des morts. C’est un endroit qui ne semble pas être pas définitif, car en Apocalypse 20:14, nous voyons que le séjour des morts sera jeté dans l’étang de feu. Cela semble être un lieu de tourment déjà, dans l’attente du jugement dernier. Dans les Écritures hébraïques, le terme employé pour le royaume des morts est shéol, qui signifie tout simplement « lieu des morts » ou « des esprits/âmes décédés ». Dans le Nouveau Testament, le terme grec employé pour l’« enfer » est hadès, qui signifie également « lieu des morts ». D’autres passages du Nouveau Testament décrivent le shéol/hadès comme un lieu temporaire, où les âmes des incroyants sont gardées en attendant le jugement.

Géhenne

Pour ce qui est de la géhenne, il y a 12 références à ce terme dans le Nouveau Testament. Voici ce qu’en dit le site bible-ouverte.ch :

Le mot grec géenna vient de l’hébreu gé-Hinnom (vallée de l’Himmon) ; là où eurent lieu dans le passé des sacrifices humains (2 Chroniques 33.6, Jérémie 7.31). De ce fait, ce nom avait une consonance d’horreur pour les Juifs. De leur temps, le feu y brûlait continuellement les immondices, ce qui rappelait au peuple d’Israël le jugement réservé aux méchants. Le mot « géhenne » se trouve dans Matthieu 5.22, 29 et 30, 10.28, 18.9, 23.15 et 33, Marc 9.44, 46 et 47, Luc 12.5, Jacques 3.6.

Sauf pour cette dernière citation, c’est Jésus-Christ qui utilise cette expression pour avertir très solennellement des conséquences du péché. Il décrit la géhenne comme un endroit « où leur vers ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » Marc 9.48.

Le sens de cette expression me semble correspondre à l’« étang de feu » utilisé dans Apocalypse 19.20, 20.10, 14 et 15.

Qu’est-ce qu’un bon intendant (Luc 16?)

[Cet article est une traduction d’un article en anglais paru sur https://flatlanderfaith.com/2012/09/03/what-is-good-stewardship/]

Les gouvernements ont toujours eu besoin de revenus pour administrer leur territoire, mais il fut un temps où la collecte des impôts ne se faisait pas du tout comme aujourd’hui. Le prélèvement des taxes était affermé à des hommes qui s’engageaient par contrat à verser une somme déterminée au souverain ou au gouverneur. Ces hommes percevaient ensuite l’argent auprès de leurs concitoyens, souvent sous forme de péages imposés aux voyageurs ou à ceux qui apportaient des marchandises au marché dans les villes et les cités. Ils s’assuraient d’amasser une quantité suffisante pour satisfaire les exigences du roi, ainsi que pour subvenir à leurs propres besoins.

En règle générale, la part qu’ils prélevaient pour eux-mêmes paraissait bien généreuse aux yeux de leurs concitoyens. C’était particulièrement vrai dans un lieu comme la Judée il y a deux mille ans, où les collecteurs d’impôts (péagers ou publicains) s’enrichissaient copieusement en levant des fonds pour le compte des conquérants romains détestés, ce qui était vu comme une haute trahison.

Cet emploi du terme « affermer » correspond au sens originel du mot « ferme ». Dans de nombreux pays, pendant une grande partie de l’histoire, les terres se trouvaient entre les mains de grands propriétaires fonciers, souvent porteurs de titres de noblesse : ducs, comtes, ou autres. Ces propriétaires affermaient ensuite la terre à des paysans qui la cultivaient pour en tirer des récoltes. Un fermier, à l’origine, était quelqu’un qui louait une terre pour la labourer et y faire pousser une récolte. Le mot ne comportait aucune connotation de propriété sur la terre exploitée. Le loyer se payait généralement en nature, avec le produit de la terre.

Le seigneur, comte, duc ou marquis qui possédait la terre ne s’occupait pas lui-même de l’affermage. Bien que les revenus de ses terres fussent en général sa seule source de richesse, il avait des affaires bien plus importantes à traiter pour se maintenir dans les bonnes grâces du roi ou du suzerain dont il dépendait.

La charge d’affermer les terres était déléguée à un intendant, ou régisseur, qui fonctionnait à peu près comme les collecteurs d’impôts. Il s’enquérait du revenu dont le seigneur avait besoin, puis affermait les terres à des conditions qui couvriraient les besoins du seigneur, plus un surplus pour lui-même. C’était là sa seule source de revenus : il ne recevait aucun salaire. Il n’était pas rare que l’intendant possède la deuxième plus grande demeure du domaine de son seigneur. Autrement dit, l’intendant savait fort bien veiller à ses propres intérêts.

Je crains que la conception courante de l’intendance parmi ceux qui se disent chrétiens ne ressemble beaucoup à cela. Nous voulons obtenir le prix le plus élevé possible lorsque nous vendons quelque chose, et payer le prix le plus bas possible lorsque nous achetons, parce que « c’est de la bonne intendance ». Mais le faisons-nous vraiment par souci du bien du Royaume de notre Seigneur, ou plutôt par souci de notre propre bien-être ?

Je crains que bien des prédicateurs et commentateurs bibliques soient à ce point prisonniers d’une conception égoïste de l’intendance qu’ils ne parviennent plus à comprendre les paroles pourtant limpides de Jésus dans la parabole de l’économe infidèle, en Luc 16. Suivons simplement la séquence des événements tels que Jésus les décrit. Versets 1-2 : « Jésus dit aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe[i], qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela, et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. » Versets 3-5 : l’économe regarde la réalité en face et comprend qu’il lui faut agir tout autrement qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Versets 6-7 : il convoque chacun des débiteurs de son maître et leur dit de réduire le montant qu’ils s’étaient engagés à payer. Verset 8 : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. »

Or, si le maître qui possédait la terre s’est réjoui que l’économe ait réduit le montant du loyer des fermiers, pourquoi les prédicateurs et les commentateurs condamnent-ils cet homme pour l’avoir fait ? La réalité, c’est que l’économe avait lui-même négocié ces accords dès le départ — c’était précisément son rôle d’intendant — et que le montant qu’il retranchait désormais du loyer de chaque fermier correspondait à la part qu’il s’était attribuée à lui-même. Dans certains cas, il empochait presque autant que son maître. C’était là l’injustice pour laquelle il avait été mis en cause. Ses actions subséquentes ne réduisaient en rien la part revenant à son maître ; elles éliminaient simplement tout ce qu’il avait prélevé pour lui-même.

(Soit dit en passant, il est fort probable que cet économe n’était plus un jeune homme : une telle charge ne se confiait pas à quelqu’un de jeune et d’inexpérimenté. Nul besoin de mettre en doute sa déclaration au verset 3, lorsqu’il dit ne plus être en état de labourer la terre « Travailler à la terre ? je ne le puis ».)

Les paroles de Jésus aux versets 9 à 14 nous invitent à suivre l’exemple de cet économe. Au commencement, il agissait en serviteur de son maître, mais il servait aussi Mamon en cherchant à amasser des richesses pour lui-même, au détriment des fermiers des terres de son seigneur. À la fin, il ne prend plus rien pour lui ; il s’abaisse au niveau des gens du commun et s’en remet à leur bienveillance pour l’accueillir dans leurs maisons s’il venait à être dans le besoin.

Cela correspond-il à notre conception de l’intendance ? J’ai la nette impression que Jésus a raconté cette parabole pour renverser notre vision de l’intendance, pour nous enseigner qu’il importe davantage de traiter nos semblables avec justice que de nous assurer de toujours tirer le meilleur parti d’une transaction.


[i] οἰκονόμος en grec, oikonomos, traduit par économe ou intendant selon les versions de la Bible. D’autres sens du terme seraient trésorier, régisseur, dispensateur ou administrateur.

Les petits-fils de Jude (frère de Jésus) et un Royaume qui n’est pas de ce monde

Parmi les récits conservés de l’Église primitive, certains sont courts, presque anecdotiques, et pourtant d’une richesse singulière. Celui que rapporte Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (livre III, chapitres 19-20), en citant l’historien chrétien Hégésippe, en fait partie. C’est un épisode que l’historien Richard Bauckham, spécialiste des origines du christianisme, qualifie d’un des témoignages les plus éclairants sur la famille de Jésus à la fin du premier siècle.

Le contexte : Domitien et la peur d’un roi

Nous sommes entre l’an 81 et l’an 96, sous le règne de l’empereur Domitien. Ce dernier est connu pour sa méfiance et ses tendances tyranniques. Comme autrefois Hérode le Grand, il redoute toute prétention royale liée au Messie juif. Selon Eusèbe, il avait même ordonné la mise à mort des descendants de la lignée de David.

C’est dans ce climat de suspicion que deux hommes sont dénoncés non pour un crime, mais pour leur origine. Il s’agit des petits-fils de Jude, lui-même frère du Seigneur selon la chair (Matthieu 13.55 ; Marc 6.3). Des manuscrits anciens (notamment le Paris MS 1555A et le Bodleian MS Barocc. 142, conservé à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford) nous ont transmis leurs noms : Zokèr (Ζωκήρ) et Jacques (Ἰάκωβος).

Ces hommes sont arrêtés par un evocatus (un ancien soldat de l’ordre équestre rappelé au service) et conduits devant l’empereur lui-même.

L’interrogatoire

Hégésippe, écrivain chrétien du IIe siècle dont les Mémoires ne survivent que par fragments dans l’œuvre d’Eusèbe, rapporte la scène avec des détails très concrets.

Domitien leur pose trois questions :

Êtes-vous de la lignée de David ? Ils répondent simplement : oui.

Quelle est votre fortune ? Leur réponse est frappante par sa modestie. À eux deux, ils ne possèdent qu’environ neuf mille deniers, non pas en argent liquide, mais en valeur foncière. Leur bien se résume à trente-neuf plèthres de terre (environ quatre hectares), qu’ils cultivent de leurs propres mains pour payer les impôts et subvenir à leurs besoins.

Selon d’autres sources, ils habitaitent le village de Koukab, en Batanée, à 18 km au sud-ouest de Damas, dans la même localité où Paul aurait rencontré le Seigneur sur la route de Damas!

Cette carte montre le village de Kaukab ou Koukab, où auraient vécu les petits-fils de Jude. La croix rouge situe une église qui commémore la conversion de Paul. Les lignes bleues représentent les tracés probables (mais incertains) de la voie romaine Via Maris, reliant Damas à la Galilée.

Quelle est la nature du royaume du Christ ? Voilà la question décisive. Mais avant même de répondre par des mots, Zokèr et Jacques font un geste éloquent : ils tendent les mains devant l’empereur. Des mains dures, calleuses, la peau épaissie par le labeur quotidien. Rien de royal ici, sinon la dignité humble du travailleur.

« Mon royaume n’est pas de ce monde »

Leur réponse verbale est tout aussi limpide, et rejoint exactement l’enseignement du Seigneur (Jean 18.36) :

Le royaume du Christ n’est ni terrestre, ni de ce monde, mais céleste et angélique. Il sera manifesté à la fin des temps, lorsque Christ viendra en gloire juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres.

Tout est dit.

Ils ne revendiquent aucun pouvoir politique. Ils n’organisent aucune révolte. Ils n’attendent pas un royaume politique ici-bas. Ils vivent, travaillent, espèrent et témoignent.

La réaction de Domitien

La suite est surprenante. L’empereur, visiblement déçu et étonné par le caractère insignifiant de ces deux paysans, ne prononce aucune condamnation. Hégésippe note qu’il les traita avec mépris, les jugeant indignes d’attention, et les relâcha.

Mais il fit davantage encore : selon le même récit, il aurait publié un édit mettant fin à la persécution contre l’Église (d’autres sources soutiennent cependant que Domitien continua sa persécution jusqu’à sa mort par assassinat).

Après la libération

Zokèr et Jacques, une fois libres, retournèrent tout naturellement au service des Églises. Hégésippe rapporte qu’ils prirent la direction de communautés chrétiennes, ce qui était considéré comme normal pour des hommes qui étaient à la fois confesseurs de la foi et parents du Seigneur selon la chair.

Ils vécurent ensuite en paix jusqu’au règne de Trajan (98–117). L’historien Hégésippe lui-même, né vers l’an 110, appartenait à la génération immédiatement suivante, ce qui confère à son témoignage une proximité remarquable avec les faits.

Après Zokèr, Jacques et Siméon fils de Clopas (leur cousin, martyrisé sous Trajan vers 107), la famille terrestre de Jésus disparaît des sources historiques. Un dernier membre possible serait un certain Conon, jardinier sur un domaine impérial, martyrisé à Magydos en Pamphylie sous la persécution de Dèce, vers 250-251.

Ce que ce récit nous enseigne

Ce court épisode contient plusieurs leçons simples, mais profondes.

Le royaume de Dieu ne menace pas les royaumes de ce monde. Ce n’est pas un royaume politique. Ceux qui le cherchent comme tel, qu’ils soient empereurs romains ou chrétiens tentés par le pouvoir temporel, se trompent de nature. C’est là la conviction des vaudois et des anabaptistes également.

La simplicité protège parfois mieux que la puissance. Ces hommes n’avaient ni richesse, ni influence, ni armée, et c’est précisément ce qui les a préservés. Leur pauvreté était leur défense.

Le témoignage passe aussi par la vie quotidienne. Leurs mains calleuses parlaient autant que leurs paroles. On pense ici à la parole de l’apôtre Paul : « Travaillez de vos propres mains, comme nous vous l’avons recommandé » (1 Thessaloniciens 4.11).

Dieu conserve toujours un reste. Même après les persécutions, il reste des témoins fidèles, souvent inconnus du monde, mais bien réels devant Dieu. Zokèr et Jacques étaient de ceux-là.

Conclusion

À première vue, ce récit pourrait sembler secondaire. Il ne raconte ni un martyre spectaculaire, ni une grande controverse doctrinale.

Et pourtant, il met en lumière quelque chose de fondamental : la nature véritable du royaume de Christ et des vrais chrétiens. Un royaume invisible, humble, patient, mais bien réel. Un royaume qui ne s’impose pas par la force, mais qui se reconnaît dans la vérité, la simplicité… et des mains marquées par le travail.


Sources et références

Foi et Foyer (nouvelle revue chrétienne trimestrielle) #1, mars 2026

Au cas où vous l’auriez manqué…

Numéro 1, mars 2026 (avec réédition du numéro de la revue originale, parue en été 1994) La version PDF imprimable se trouve à la fin de l’article. Bonne lecture! MOT DE LA RÉDACTION Roxton Falls, Québec, 9 mars 2026 Très chers frères et sœurs en Christ, C’est pour nous un grand privilège de vous saluer dans…

Foi et Foyer (nouvelle revue chrétienne trimestrielle) #1, mars 2026

Nouvelle revue chrétienne : Foi et Foyer

Une nouvelle revue pour encourager les familles chrétiennes : Foi et Foyer

Dans plusieurs régions du monde francophone, les chrétiens fidèles à l’Évangile vivent souvent dispersés et parfois isolés. Les occasions de communion, d’encouragement et d’édification mutuelle sont donc particulièrement précieuses.

C’est dans cet esprit que la revue Foi et Foyer reprendra sa publication d’ici la fin mars, si Dieu le permet.

Cette petite revue trimestrielle est destinée à l’édification des familles chrétiennes francophones. Son objectif est simple : rappeler les enseignements de l’Écriture, encourager une vie chrétienne fidèle dans le foyer, et maintenir des liens fraternels entre croyants.

Les articles abordent des sujets pratiques et spirituels tels que :

  • la vie chrétienne au quotidien
  • l’éducation des enfants dans la foi
  • des méditations bibliques
  • articles sur la foi historique
  • des témoignages encourageants
  • des nouvelles provenant de différentes régions où des croyants vivent et servent le Seigneur

Dans un monde où les valeurs bibliques sont de plus en plus oubliées, il est bon de disposer d’une littérature simple, saine et centrée sur l’Évangile pour fortifier la foi et encourager les familles.

Après près de trente ans sans publication, Foi et Foyer renaît donc avec le désir de servir à nouveau les croyants francophones, qu’ils se trouvent en Europe, en Afrique, en Amérique ou ailleurs.

Si vous désirez recevoir cette revue et soutenir cette initiative d’édification chrétienne, vous pouvez d’ores et déjà vous abonner directement en ligne.

Abonnement :
https://foietfoyer.org

La revue est gratuite et paraît quatre fois par an.

J’en publierai probablement quelques numéros sur ce site.

Veuille le Seigneur bénir chaque famille chrétienne qui le lira.

Les paisibles du pays… (faut-il se taire ?)

[article inspiré de: https://flatlanderfaith.com/2024/05/18/we-must-use-words/]

On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.

Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.

Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :

  1. « Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
  2. Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
  3. « Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
  4. « Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
  5. Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
  6. Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
  7. Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.

Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?

L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.

Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.

L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…

Les silencieux du pays

Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.

Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.

Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.

Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.

Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »

Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.

Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.

Le martyre d’Eulalie

EULALIE, UNE JEUNE FILLE CHRÉTIENNE, BRÛLÉE AVEC DES LAMPES ET DES TORCHES, ET ÉTOUFFÉE PAR LA FUMÉE, À CAUSE DE SA FOI EN JÉSUS-CHRIST, À MÉRIDA, EN LUSITANIE, EN L’AN 302

En ce temps-là, il y avait une jeune fille chrétienne, appelée Eulalie, âgée de douze ou treize ans à peine, qui était remplie d’un tel désir et d’une telle ardeur de mourir pour le nom de Christ, que ses parents durent l’emmener hors de la ville de Mérida, dans une région rurale lointaine, et la confiner étroitement. Mais cet endroit ne put pas éteindre le feu de son esprit, ni le long confinement affaiblir son corps ; car, s’étant évadée une nuit, elle se rendit très tôt le lendemain devant le tribunal et dit d’une voix forte au juge et à toute la magistrature : « N’avez-vous pas honte de précipiter à la fois votre âme et celle des autres dans la perdition éternelle en niant le seul vrai Dieu, notre Père à tous et le Créateur de toutes choses ? Ô hommes misérables ! Cherchez-vous les chrétiens, afin de les mettre à mort ? Me voici, je suis une adversaire de vos sacrifices sataniques. Je confesse le seul Dieu du cœur et de la bouche, mais Isis, Apollon et Vénus ne sont que de vaines idoles. »

Le juge qui présidait ce tribunal où Eulalie parlait ainsi hardiment fut rempli de rage et appela le bourreau, lui commandant d’emmener cette demoiselle promptement, de la déshabiller et de lui infliger divers châtiments afin, dit-il, qu’« elle puisse ressentir la puissance des dieux de nos pères, et qu’elle apprenne qu’il lui serait difficile de mépriser le commandement de notre Prince (c’est-à-dire de l’empereur Maximien) ».

Mais avant d’en arriver là, il lui adressa ces mielleuses paroles : « Avec quelle joie je t’épargnerais ! Oh, si seulement tu pouvais renoncer avant ta mort à tes vues perverses issues de la religion chrétienne ! Réfléchis donc : quelle grande joie t’attend, à laquelle tu pourrais aspirer dans l’état honorable du mariage ! Voici, tous tes amis pleurent pour toi, et ta noble parenté soupire et pleure devant toi, à l’idée que tu doives mourir dans la tendre fleur de ta jeunesse. Vois, les bourreaux sont prêts à te torturer à mort par toutes sortes de tourments, car tu seras soit décapitée par l’épée, soit déchirée par les bêtes sauvages, soit brûlée avec des torches, ce qui te fera hurler et gémir parce que tu ne pourras pas en supporter la douleur, soit tu seras brûlée vive. Tu peux échapper à toutes ces tortures sans peine, pourvu que tu prennes quelques grains de sel et d’encens au bout de tes doigts et que tu les offres en sacrifice. Ma fille, consens à cela et tu échapperas ainsi à tous ces terribles châtiments. »

Cette fidèle martyre ne jugea pas utile de répondre aux paroles suppliantes, pas plus qu’aux paroles menaçantes du juge, mais, pour en finir, elle repoussa et renversa1 les images, l’autel, l’encensoir, le livre sacrificiel, etc.

Aussitôt deux bourreaux s’avancèrent, déchirèrent ses membres délicats, et, avec des crochets ou des griffes tranchantes, lui ouvrirent les côtés jusqu’à exposer ses côtes.

Eulalie, comptant et recomptant les entailles sur son corps, dit : « Voici, Seigneur Jésus-Christ ! Ton nom est en train d’être écrit sur mon corps ; quel plaisir cela me procure de lire ces lettres, car ce sont des signes de Ta victoire que je contemple, et mon sang pourpre confesse Ton saint nom ! »

Elle parlait ainsi avec un visage imperturbable et heureux, ne montrant pas le moindre signe de détresse, bien que le sang coulât de son corps comme d’une fontaine. 

Après qu’elle eut été lacérée jusqu’aux côtes avec des tenailles, ils appliquèrent des torches allumées sur les plaies de ses côtés, et sur son abdomen. Finalement les cheveux de sa tête furent enflammés, et elle fut étouffée en aspirant les flammes. Ce fut la fin de cette héroïne, jeune en années, mais mûre en Christ, qui aimait la doctrine de son Sauveur plus que sa propre vie. A. Mellinus, liv. I, p. 105, col. 4, et p. 106, col. 1–2 ; cf. J. Gysius, p. 23, col. 3, d’après Prudence, Hymnus Peristephanon 3.

Cela se produisit en Lusitanie2, à Augusta Emerita, aujourd’hui appelée Mérida, dans la partie la plus méridionale de l’Hispanie, sous l’empereur Maximien et le proconsul Dacien, comme l’attestent les auteurs anciens, dont ceux mentionnés ci-dessus3.

  1. Un certain auteur dit qu’elle cracha au visage du tyran ; ce qui doit être compris de l’image ou de l’idole. ↩︎
  2. Province romaine qui couvrait la plus grande partie de l’actuel Portugal et une partie du León et de l’Estrémadure espagnols. Mérida se trouve aujourd’hui en Espagne. — NDLT ↩︎
  3. D’autres sources ajoutent qu’elle fut condamnée à être brûlée vive pour avoir protesté du traitement barbare réservé aux chrétiens persécutés dans la ville. Comme ce supplice ne suffisait pas à la tuer, elle eut la tête tranchée. Il est à noter que la Séquence de sainte Eulalie (poème racontant son martyre), composée vers 880, est le plus ancien texte littéraire connu rédigé en ancien français. — NDLT ↩︎