Miroir des martyrs: POMPONIO ALGIERI, JEUNE ÉTUDIANT DE PADOUE CRUELLEMENT BRÛLÉ POUR LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS À ROME EN 1557

LETTRE DE CONSOLATION[1]

À mes frères bien-aimés et compagnons de service de Jésus-Christ, qui êtes sortis de Babylone pour aller à la montagne de Sion, et dont je tais les noms non sans raison, grâce, paix et miséricorde de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Amen.

Afin d’adoucir quelque peu la douleur que vous éprouvez à cause de moi, je voudrais vous faire partager la douceur dont je jouis, afin que vous vous réjouissiez avec moi et que, dans la présence du Seigneur, vous poussiez des cris de joie et d’actions de grâce.

Je vais annoncer au monde une chose incroyable : j’ai trouvé une douceur infinie dans les entrailles du lion. Mais qui croira ce que je vais raconter ? Qui pourra le croire ?

Dans une fosse obscure, j’ai trouvé le plaisir ; dans un lieu d’amertume et de mort, le repos et l’espérance du salut ; dans l’abîme et les profondeurs de l’enfer, la joie. Là où d’autres pleurent, j’ai trouvé le rire ; là où d’autres tremblent, j’ai trouvé la force. Qui croira cela ? Dans la misère, j’ai éprouvé une très grande joie ; dans un coin solitaire, j’ai trouvé la plus glorieuse compagnie ; dans les liens les plus rigoureux, un profond repos. Toutes ces choses, mes frères en Jésus-Christ, la main généreuse de Dieu me les a accordées.

Voici, Celui qui d’abord se tenait loin de moi est maintenant près de moi. Celui que je connaissais à peine, je Le vois maintenant clairement ; Celui que je regardais autrefois de loin, je Le contemple maintenant comme présent. Celui après qui je soupirais me tend aujourd’hui la main. Il me console (2 Co 1:4), me remplit de joie, chasse loin de moi l’amertume et renouvelle en moi la force et la douceur. Il me guérit, me soutient, me relève et me fortifie.

Oh ! que le Seigneur est bon, Lui qui ne permet pas que Ses serviteurs soient tentés au-delà de leurs forces (1 Co 10:13) ! Que Son joug est doux, agréable et léger (Mt 11:30) ! Qui est semblable au Dieu Très-Haut, qui soutient et ranime ceux qui sont éprouvés ? Il guérit ceux qui sont meurtris et blessés, et les rétablit entièrement (Es 41 ; 43:20). Nul n’est semblable à Lui (Es 46:9).

Apprenez, frères bien-aimés, combien le Seigneur est doux, fidèle et miséricordieux. Il visite Ses serviteurs dans l’épreuve (Es 43:2) ; Il s’abaisse jusqu’à demeurer avec nous dans nos huttes et nos pauvres logis. Il nous donne un esprit joyeux et un cœur paisible.

Mais le monde aveugle croira-t-il ces choses ? Non. Dans son incrédulité, il dira plutôt : « Tu ne supporteras pas longtemps la chaleur, le froid et l’inconfort de ce lieu. Comment pourras-tu donc porter la croix, subir mille mépris, des reproches injustes et une honte imméritée ? Ne songeras-tu pas à ta chère patrie, aux richesses de ce monde (Mt 4:8), à tes parents, à ton rang et aux honneurs de la cour ? Pourras-tu bannir entièrement de ton esprit ce savoir glorieux qui te fortifie et te dédommage de tous tes travaux ? Perdras-tu tout cela pour rien : tes veilles, tes peines, ton labeur et ton assiduité ? À quoi bon avoir tant travaillé et étudié depuis ta jeunesse ?

« Enfin, ne crains-tu donc pas la mort qui t’attend, bien que tu sois innocent ? Quelle extrême folie et quelle ignorance ! Tu pourrais, d’un seul mot, éviter tous ces maux et échapper à la mort, et pourtant tu refuses de le prononcer. Quelle conduite méprisable ! Tu pourrais obtenir la faveur de conseillers et d’hommes illustres si excellents[2], justes, craignant Dieu, sages et bons — ou pieux —, et tu refuses volontairement de rien recevoir d’eux. »

Écoutez-moi donc, hommes aveugles et mortels. Qu’y a-t-il de plus brûlant et de plus violent que le feu qui vous est préparé ? Qu’y a-t-il de plus froid que votre propre cœur, encore plongé dans les ténèbres et privé de toute lumière (Jn 1:5) ? Qu’y a-t-il de plus pénible, de plus confus et de plus agité que votre vie ? Qu’y a-t-il de plus vil et de plus repoussant que votre vieillesse ?

Dites-moi, mes chers, quelle patrie et quelle demeure sont plus douces que la patrie céleste (2 Co 5:1) ? Quel trésor est plus grand que la vie éternelle (Jn 20:31) ? Qui sont nos parents et nos amis, sinon ceux qui gardent la Parole de Dieu (Lc 11:28) ? Où trouve-t-on une joie, des richesses et un honneur plus grands qu’au ciel (Mt 25:21) ?

Dites-moi, hommes sans intelligence : tout savoir ne nous est-il pas donné afin de connaître Dieu ? Si nous ne Le connaissons pas en vérité, tout notre travail, toutes nos veilles et tous nos efforts, oui, toutes nos entreprises, auront été dépensés en vain (Rm 1:25). Répondez-moi, malheureux : quelle consolation et quel baume peut trouver celui qui est privé de Dieu, le remède et le rafraîchissement de tous (Ex 15:26) ?

Comment peut-on dire que je crains la mort, quand celui qui parle est lui-même mort dans ses péchés et préfère ainsi la mort à la vie (1 Tm 5:6) ? Si Christ est le chemin, la vérité et la vie, peut-on trouver la vie hors de Christ (Jn 14:6) ? La chaleur m’est un frais plaisir, et l’hiver une joie dans le Seigneur. Moi qui ne crains pas la brûlure du feu, devrais-je redouter la simple chaleur (Mt 10:28) ? La glace peut-elle tourmenter celui qui se consume, se fond et s’endort dans l’amour de Dieu ?

Ce lieu est certes dur et pénible pour les coupables et les malfaiteurs ; mais, pour les innocents et les justes, il est aimable et doux. C’est d’ici que sort le miel, d’ici que coule le breuvage céleste, d’ici que jaillit le lait ; c’est ici que naît l’abondance de tous les biens.

Il est vrai que ce lieu passe pour solitaire et méprisable. Pourtant, il est pour moi comme une large vallée et l’un des lieux les plus excellents du monde.

Dites-moi, hommes misérables, pourrais-je trouver une prairie ou une lande plus agréable ? Ici, je vois des rois, des princes, des États et des nations. Ici, je vois la guerre et le combat : les uns sont taillés en pièces ; les autres remportent la victoire ; certains sont tombés dans l’abaissement ; d’autres ont été élevés à de grands honneurs.

Ici se trouve la montagne de Sion. D’ici, je m’élève et j’entre dans le ciel. Jésus-Christ se tient devant mes yeux ; autour de moi se tiennent les pères, les prophètes, les évangélistes, les apôtres et tous les serviteurs de Dieu. Le Seigneur m’embrasse et me nourrit ; les uns m’exhortent, les autres me montrent les choses saintes ; les uns me consolent, les autres m’accompagnent de leurs voix et de leurs chants.

Dirai-je maintenant que je suis seul au milieu d’une telle multitude ? J’ai ici des compagnons, des consolateurs et des exemples. J’en vois qui ont été crucifiés, d’autres décapités ; les uns lapidés (Hé 11), les autres sciés en deux ; les uns rôtis, les autres brûlés dans des poêles, des fours ou des chaudières d’huile ; les uns ont eu les yeux crevés, les autres la langue coupée ; la peau des uns a été arrachée par-dessus leur tête, tandis que d’autres ont eu les mains et les pieds tranchés (2 M 7) ; les uns ont été jetés dans des fournaises ardentes, les autres livrés en pâture aux bêtes sauvages. Il me faudrait trop de temps pour tout raconter.

Enfin, j’en vois d’autres encore qui ont subi maintes tortures et diverses formes de martyre, et cela afin de vivre maintenant, délivrés de toute souffrance. Pour eux tous, il n’existe qu’un remède, un seul médicament capable de guérir toutes leurs blessures. Ce même remède me donne la force, la vie et la joie nécessaires pour supporter toutes ces craintes et ces afflictions, qui ne durent qu’un moment et ne méritent pas qu’on en parle : c’est l’espérance que j’ai placée dans le ciel.

Je ne crains pas ceux qui m’outragent et me persécutent injustement. Celui qui habite dans les cieux rejettera et retranchera les persécuteurs, mais Il guérira et rétablira ceux qui souffrent. Je ne craindrai pas, quand bien même mille hommes m’entoureraient (Hé 13:6), car le Seigneur mon Dieu me délivrera toujours. Il est mon bouclier et mon protecteur, mon consolateur et mon Chef. Il abattra ceux qui s’opposent à moi sans cause et brisera les dents des pécheurs, car à Lui appartiennent le salut, la bénédiction, la puissance et la domination.

L’opprobre que nous subissons à cause de Christ ne nous apporte que joie et allégresse, car il est écrit : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous » (1 P 4:14). Puisque nous sommes ainsi assurés de notre salut, nous ne devons pas nous arrêter aux insultes injustes de ceux qui nous outragent.

Sur la terre, je n’ai ni cité permanente ni lieu de repos. Ma demeure et ma patrie sont dans les cieux (2 Co 5:1 ; Hé 13:14). Je cherche la cité nouvelle, Jérusalem, que je vois devant moi et qui vient à ma rencontre (Ap 21:2). Voici, je suis déjà en chemin. Là sont ma douce demeure, mes richesses, mes parents et mes amis, mon plaisir et mon honneur ; je ne crains pas qu’ils me fassent défaut.

Toutes les choses terrestres ne sont que des ombres. Elles passent toutes et ne sont que vanité des vanités pour ceux qui sont privés de l’espérance et de la réalité de la vie éternelle.

Les connaissances, les arts et les dons que Dieu m’a accordés furent d’abord pour moi d’agréables compagnons et délassements ; maintenant, ils portent des fruits saints. Il est vrai que j’ai sué, souffert du froid et veillé nuit et jour autant que je le pouvais. Mais ce labeur a servi et contribué à me rendre plus accompli : jamais un jour ni une heure ne se sont écoulés sans quelque progrès. Voici, le vrai visage de Dieu s’est révélé dans ma vie, et le Seigneur m’a fait éprouver une grande joie dans mon cœur (1 P 1:8). En Lui seul, je reposerai en paix.

Qui osera désormais dire que j’ai perdu mon âge et mes années ? Qui dira que j’ai perdu courage ? Mon âme a dit : « L’Éternel est mon partage ; c’est pourquoi je veux espérer en Lui » (Lm 3:24). Puisque mourir dans le Seigneur n’est pas mourir, mais entrer dans une vie bienheureuse, pourquoi un adversaire de Dieu s’oppose-t-il à moi pour m’empêcher de mourir ? Tout cela sera pour moi la joie suprême, pourvu que je puisse goûter la coupe du Seigneur.

Quel gage plus sûr de mon salut pourrais-je trouver ? N’a-t-Il pas dit : « Les hommes vous feront ce qu’ils M’ont fait » (Jn 15:20) ? Que se taise donc l’insensé qui s’est si longtemps trompé en pleine lumière. Que le monde aveugle cesse de s’imaginer de telles choses. Je dirai avec l’apôtre : « Ni la tribulation, ni l’angoisse, ni la famine, ni la nudité, ni le péril, ni la persécution, ni l’épée ne pourront nous séparer de l’amour qui est en Christ. On nous met à mort tout le jour ; nous sommes regardés comme des brebis destinées à la boucherie » (Rm 8:35-36 ; Ps 44:23).

Ainsi, nous avons part à Christ, qui a dit que le disciple n’est pas plus grand que son maître, ni le serviteur plus grand que son seigneur (Mt 10:24). Il nous a aussi commandé de nous charger chacun de notre croix et de Le suivre (Mt 16:24).

Consolez-vous, bien-aimés compagnons de service de Dieu, consolez-vous (2 Co 13:11), car nous traversons de nombreuses tentations. Que notre patience soit parfaite en tout lieu. Ces choses nous ont été annoncées sur la terre : il est écrit que ceux qui nous tueront penseront rendre à Dieu un culte et Lui offrir un sacrifice (Jn 16:2).

La crainte et la mort ne sont donc que des moyens par lesquels nous apprenons à comprendre notre vocation. Nous nous réjouissons de la vie à venir (Ph 4:4) et poussons des cris de joie dans le Seigneur, puisque, bien qu’innocents de tout crime, nous sommes battus et livrés à la mort. Car il vaut mieux souffrir pour avoir fait le bien, si telle est la volonté du Seigneur, que pour avoir fait le mal (1 P 3:17).

Nous avons pour exemples Christ et les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, et que les enfants de l’injustice ont fait mourir selon leurs coutumes. Voyez ce que nous faisons maintenant. Heureux ceux qui sont demeurés fermes (Jc 5:10-11) ! Nous nous réjouissons de notre innocence et de la justice que Dieu nous donne. Dieu punira ceux qui nous persécutent (2 Th 1:6).

On m’a traité d’insensé parce que je ne cache pas la connaissance de Dieu et qu’il m’importe peu de parler en secret ou ouvertement. Je pourrais répondre d’un seul mot : « Pauvre homme, qui es-tu, ou qu’es-tu, toi qui ne vois pas le soleil et ne penses jamais aux paroles de Dieu ? »

Mes chers, souvenez-vous des paroles de Christ : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5:14-15). Il dit ailleurs : « Vous serez menés devant des gouverneurs, des rois et d’autres autorités. Ne craignez donc pas ceux qui tuent le corps ; craignez plutôt Celui qui peut faire périr l’âme. C’est pourquoi, quiconque Me confessera devant les hommes, Je le confesserai aussi devant Mon Père qui est dans les cieux » (Mt 10:18, 28, 32).

Puisque le Seigneur a parlé si clairement, par quelle autorité me donnent-ils des conseils et cherchent-ils à me persuader ? Je n’abandonnerai jamais le conseil de Dieu pour suivre celui des hommes, car il est écrit : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs » (Ps 1:1).

Je ne renierai jamais Christ, mais je Le confesserai toutes les fois que cela sera nécessaire. Je n’estimerai pas ma vie plus précieuse que mon âme ; je n’échangerai pas le siècle à venir contre le présent. Oh ! combien peu comprend celui qui pense que nous marchons dans la voie de la folie (Sagesse 5:4).

Je ne juge pas inconvenant de déplaire aux soi-disant très puissants, très justes, très sages, très miséricordieux, très bons et très illustres sénateurs de ce lieu, dont on m’offre la grâce à condition que j’apostasie.

Mais les apôtres du Seigneur nous ont appris qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5:29). C’est pourquoi je n’accepte pas la grâce qu’ils m’offrent.

Je souhaite qu’ils soient rendus plus parfaits devant le Seigneur. Ils sont puissants ici-bas, il est vrai, mais il leur reste à être rendus parfaits dans le Seigneur. Ils sont certes justes, mais ils sont encore privés de Christ, fondement de la justice. Ils sont sages ; mais là où se trouve le commencement de la sagesse se trouve aussi la crainte de Dieu (Pr 9:10). On les appelle miséricordieux ; je souhaite qu’ils soient plus patients et plus soumis dans l’amour chrétien. Ils sont bons ; je leur souhaite le fondement de toute bonté, le Dieu très bon et Très-Haut (Rm 13:14). On les dit illustres ; pourtant, ils n’ont pas reçu notre Sauveur, le Très-Illustre (Mt 1:21).

Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges des extrémités de la terre (Sagesse 6:2). Servez le Seigneur avec crainte et approchez-vous de Lui en tremblant. Recevez et comprenez l’instruction, de peur que le Seigneur ne S’irrite et que vous ne vous écartiez du droit chemin.

Pourquoi vous déchaînez-vous, ô peuples ? Pourquoi, nations, formez-vous de vains projets contre le Seigneur ? Rois de la terre et princes, pourquoi vous liguez-vous contre Christ, le Saint de Dieu (Ac 4:25-26) ? Jusqu’à quand chercherez-vous le mensonge et haïrez-vous la vérité ?

Convertissez-vous et revenez au Seigneur notre Dieu ; n’endurcissez pas votre cœur. Il faut reconnaître que celui qui persécute les serviteurs de Dieu persécute Dieu Lui-même, puisqu’Il a dit : « Ce que les hommes vous font, ils Me le font à Moi, et non à vous » (Za 2:8).

Mais, mes chers, dites-moi, je vous prie, en quoi ai-je mérité d’être condamné? Est-ce parce que je n’ai pas répondu aux très illustres sénateurs, mes seigneurs, selon leur bon plaisir ? Si j’ai dit quelque chose, ce n’est pas moi qui l’ai dit, puisque le Seigneur déclare que, devant les autorités, ce ne sera pas nous qui parlerons, mais l’Esprit de notre Père qui parlera en nous (Mt 10 : 18-20).

Or, si le Seigneur est fidèle et véritable — et Il l’est en vérité —, je suis innocent. C’est Lui qui m’a fait parler. Qui étais-je pour pouvoir résister à la volonté de Dieu (Ac 11:17) ? Celui qui veut reprendre de telles paroles reprend donc la Parole du Seigneur qui a agi en moi. S’il estime que le Seigneur ne doit pas être repris, qu’il cesse aussi de m’accuser, puisque je suis innocent de cette œuvre. J’ai fait ce que je ne voulais pas faire ; j’ai dit ce que je ne pensais pas dire.

Si les choses que j’ai dites ne sont ni bonnes ni vraies, et qu’on me le démontre, je reconnaîtrai qu’elles viennent de moi seul et non de Dieu. Mais si j’ai dit des choses bonnes et éprouvées, que l’on ne peut condamner avec justice, il faudra, que nous le voulions ou non, reconnaître qu’elles viennent du Seigneur. S’il en est ainsi, qui m’accusera ? Les hommes les plus sages (1 Co 1:24) ? Qui me condamnera ? Les juges les plus justes, eux qui sont pourtant sans sagesse et sans justice ?

Faites ce que vous voudrez. Les paroles du Seigneur seront-elles réduites à néant ? L’Évangile ne comptera-t-il plus (Ga 6:18) ? Certainement pas. Le royaume de Dieu n’en sera que plus précieux et plus doux aux véritables Israélites, et il se rapprochera des élus de Jésus-Christ. Mais ceux qui commettent de telles choses subiront le grand jugement de Dieu. Ceux qui tuent les justes n’échapperont pas au châtiment (2 Th 1:6).

Ô bien-aimés, levez les yeux et prenez à cœur le conseil de Dieu. Il y a peu de temps, le Seigneur vous a montré un signe de peste afin de vous conduire à la repentance. Si cet avertissement n’est pas reçu, Il tirera entièrement l’épée et frappera, par l’épée, la peste et la famine, le peuple qui élève sa corne contre Christ. Que Dieu, dans Sa miséricorde, détourne ce fléau de ce lieu.

Le très zélé serviteur de tous les croyants,

Pomponio Algieri, prisonnier et lié (Ac 12:4 ; 21:33)

Écrit dans le très aimable jardin de délices de la prison appelée Léonia, le 12 juillet 1557.[3]

COMMENT POMPONIO ALGIERI FUT OFFERT EN SACRIFICE

Ce Pomponio Algieri[4], bien que très jeune, était originaire du royaume de Naples et étudiait à Padoue. Un frère qui parlait sa langue vint auprès de lui. Pomponio l’interrogea avec diligence sur la voie et la volonté du Seigneur et l’écouta avec un grand sérieux. Il fut bientôt baptisé dans la mort du Seigneur.

Peu après, tel un héros courageux et un jeune soldat de Christ, il témoigna de ce baptême avec force, sans crainte, par ses actes ; il le scella de son sang. Il devint ainsi semblable à son Maître : comme Christ lorsqu’Il remonta du Jourdain, il fut aussitôt assailli par l’ennemi, le tentateur et ses instruments, puis jeté en prison.

Il y soutint de nombreux et rudes combats. Pourtant, le Seigneur, qu’il gardait devant les yeux, le fortifia et le consola sans cesse, avec une grande joie. C’est ce que montre abondamment le présent écrit, qu’il adressa de sa prison de Padoue aux frères d’Italie. Il voulait les fortifier et les consoler dans la tristesse qu’ils éprouvaient à cause de lui, car ils se souciaient de lui comme d’un novice dans la foi (2 Co 13:11).

Mais le Seigneur le revêtit d’une grande puissance et glorifia Son nom par lui, comme par l’une de Ses principales armes.

Après bien des épreuves, Pomponio fut envoyé à Venise. Le sénat tout entier, ou la noblesse, chercha à l’emporter sur lui, comme le tentateur avait finalement essayé de l’emporter sur Christ. Par des supplications solennelles, des flatteries et des offres d’aide et d’amitié mondaines, ses membres tentèrent de le prendre au piège et de l’éloigner de Christ (Mt 4:8). Ce n’était pas l’un des traits les moins dangereux (Ep 6:16). Mais Pomponio, telle une colonne inébranlable, rejeta et méprisa tout cela pour l’amour de Christ, afin de gagner et de garder Christ seul, à l’exemple de Moïse et de Paul (Ph 3:7-8 ; Hé 11 : 24-26).

Comme ils ne purent le faire céder, malgré de longues tentatives, il fut envoyé à Rome et livré au pape. Après un emprisonnement dur et rigoureux (Ac 16:23), il offrit enfin sa vie au Seigneur avec une grande fermeté, comme un parfum d’agréable odeur. Il suivit avec empressement et joie les traces de ses prédécesseurs et des glorieux confesseurs de Christ. Il eut ainsi part aux souffrances de son Seigneur et Maître (2 Co 1:5). Sa fin fut même couronnée d’éloges triomphants de la part de ceux qui le méprisaient, et il but jusqu’au bout la coupe qu’il avait désirée (Mt 20:22).

Après avoir essayé sur lui de nombreux moyens (1 P 4:12), on le condamna finalement au feu. Il ne devait toutefois pas être exécuté comme les autres condamnés pour la foi, dont on abrégeait les souffrances selon la coutume italienne ou française : on les pendait ou les étranglait d’abord, puis on brûlait leur corps.

Mais le Seigneur Christ réservait à ce pieux Pomponio un plus grand honneur. Il lui fallut donc entreprendre et mener à une issue triomphale un combat bien plus élevé et plus glorieux (Ep 6:11 ; Ap 2:3).

Pomponio Algieri, étudiant de Padoue, aspergé d’huile bouillante devant le bûcher. Eau-forte de Jan Luyken, 1685, publiée dans le Miroir des martyrs, livre II, p. 189. Rijksmuseum, objet RP-P-OB-44.278, domaine public. Cette image, réalisée près de cent trente ans après l’événement, n’est pas un témoignage visuel contemporain.

On le conduisit en charrette jusqu’à la place du marché. Là, on tenta une dernière fois d’obtenir sa rétractation. Un moine chartreux (les chartreux étant, selon le récit, appelés à Rome « capadociens »[5] et tenus pour de saints hommes) fut chargé de l’exhorter. Il lui tenait constamment un crucifix devant les yeux et le pressait de songer une dernière fois, avant de mourir, à son Seigneur et Rédempteur, afin de ne pas mourir ainsi, endurci et désespéré dans l’erreur.

Le moine maintenait sans cesse le crucifix devant ses yeux. Pomponio le repoussa vigoureusement de ses mains qui, d’après le récit, n’étaient pas liées. Levant les yeux vers le ciel, il s’écria dans sa langue : « Mon Seigneur et mon Dieu vit là-haut, dans les cieux », et ainsi de suite (Mt 6:9).

Les spectateurs crièrent alors d’une voix forte : « Oh ! il l’a frappé ! », voulant parler du crucifix. Puis ils ajoutèrent : « Qu’on l’emmène ! Il est entièrement endurci et aveuglé ; il n’y a plus rien à faire pour lui. » À Rome, on estime, dit le récit, que la cause est grave lorsque ces moines ne parviennent pas à convertir un condamné ; c’est pourquoi on les réserve ordinairement pour la fin.

On déshabilla alors Pomponio jusqu’à la ceinture et l’on versa d’abord de l’huile bouillante sur sa tête et sur son corps nu. Le bon et pieux Pomponio le supporta patiemment, bien qu’il en ressentît sans aucun doute cruellement la douleur (2 Maccabées 7). Il passa la main sur son visage et en arracha la peau et les cheveux.

Ce n’est qu’ensuite qu’il fut brûlé jusqu’à être réduit en cendres. C’était, selon l’auteur, chose inhabituelle en Italie : il affirme avoir vu de ses propres yeux que les condamnés n’y étaient ordinairement que rôtis et roussis dans le feu, après quoi le cadavre était emporté pour être enseveli.

Mais, comme il a été dit, ce bienheureux Pomponio devait glorifier notre Seigneur et notre Dieu d’une manière plus éclatante encore (Ap 14:13). À Dieu et au Seigneur Jésus-Christ, qui accomplit cela par lui dans la puissance du Saint-Esprit, soient la louange et la gloire pour toujours. Qu’Il nous aide, nous, pauvres et faibles mortels, à Le suivre (1 Co 11:1). Amen. Oui, Seigneur Jésus, amen.

Le frère Da. Gr.[6], auteur de ce récit d’après l’ancienne copie, ajoute :

« Cela lui arriva en l’an 1557, peu de temps avant que je ne vienne à Rome, car Pomponio était alors encore sur toutes les lèvres. J’ai aussi entendu de mes propres oreilles certains hommes qui se disaient bons papistes et qui avaient assisté à son exécution raconter avec quelle admirable fermeté il était mort. Ils disaient qu’il avait véritablement cru dans son cœur ce qu’il avait confessé de sa bouche devant tout le peuple, au milieu de son douloureux martyre. Il n’y a donc aucun doute qu’il monta aussitôt au ciel et fut sauvé. Ainsi, les adversaires eux-mêmes doivent rendre témoignage aux saints de Dieu, même contre leur volonté » (Dt 32:31).

Peu après survint l’inondation de Rome : le Tibre déborda et causa de grands dégâts. Certains Romains disaient que la ville avait autant souffert que si elle avait été mise au pillage en toute hâte. Pour ma part, je l’ai constaté, car je n’avais jamais vu une telle pénurie de pain. Je ne saurais dire combien le spectacle et la détresse étaient effrayants, surtout parmi les pauvres. Mais ils ne reconnaissent pas qu’il s’agissait d’une juste rétribution (Sagesse 19:13).


[1] Nous avons trouvé dans cette lettre tant de sagesse, de sainteté et d’excellence que nous l’avons lue d’innombrables fois, avec attention et une profonde émotion. Elle a enflammé notre amour pour Dieu et notre zèle, non seulement pour vivre avec Christ, mais encore, s’il le faut, pour mourir avec Lui et pour Sa sainte vérité. Oh ! puissions-nous en être dignes, afin que Son saint nom soit loué par nous, Ses indignes créatures ! 

[2] Il est ici question de la puissante noblesse, ou aristocratie, de Venise.

[3] Note de Van Braght : Certains avaient indiqué l’année 1555, mais c’est une erreur. [Note sur la chronologie. Les dates de 1555 et de 1557 résultent de deux traditions éditoriales distinctes. L’année 1555 est celle de l’emprisonnement d’Algieri à Padoue et de sa lettre de consolation, probablement rédigée le 21 juillet 1555 ; certains martyrologes protestants ont ensuite confondu la date de cette lettre avec celle de sa mort. L’année 1557, retenue par le Miroir des martyrs, semble provenir de la postface du frère suisse (anabaptiste) Daniel Graff, qui séjourna à Rome cette année-là et y recueillit des renseignements sur le supplice ; la date fut alors attribuée à tort à l’ensemble du récit. La mention « 12 juillet 1557 » placée à la fin de la lettre serait une transmission fautive du latin 12 calendas Augusti 1555, qui signifie en réalité le 21 juillet 1555. Les documents judiciaires et diplomatiques contemporains établissent qu’Algieri fut livré à l’Inquisition romaine en 1556 et exécuté sur la Piazza Navona le 19 août 1556. — NDLT]

[4] Note de Van Braght : Quelques auteurs anciens ignoraient que ce jeune homme, peu avant sa mort, s’était uni, par le baptême reçu sur la confession de sa foi, à l’Église anabaptiste qui porte la croix. Ils lui attribuèrent donc, par ignorance, une autre religion. [La doctrine de Pomponio Algieri, aussi appelé Algerius selon certaines sources, fait débat. Les interrogatoires de Padoue montrent qu’en juillet 1555 Algieri semblait défendre le baptême même s’il était administré improprement par un mauvais ministre. Il aurait aussi récusé l’accusation d’anabaptisme (ce qui, comme nous le savons, était commun à tous les martyrs dits anabaptistes). Une tradition issue des « Frères suisses », attestée par Daniel Graff dès 1565 et reprise par Van Braght, affirme néanmoins qu’il reçut le baptême sur confession de foi. Comme les actes de la phase romaine du procès sont perdus, une adhésion anabaptiste ultérieure ne peut être ni démontrée ni exclue dans l’état actuel de nos connaissances. — NDLT]

[5] Nous sommes très enclins à penser qu’il s’agit d’une erreur et qu’il s’agit des « capucins ». — Note de la traduction anglaise

[6] Daniel Graff. — NDLT

La résurrection des morts

Survol de l’article

  • La mort n’est pas encore l’état définitif. Selon Holdeman, ni les justes ni les injustes ne reçoivent immédiatement après leur mort la plénitude de leur récompense ou de leur châtiment. Tous attendent la résurrection et le jugement final.
  • Le séjour des morts n’est pas la géhenne. Holdeman distingue soigneusement le hadès, demeure provisoire des morts, de la géhenne, châtiment final après la résurrection. Le riche de Luc 16 souffre déjà dans le séjour des morts, mais il n’est pas encore dans l’étang de feu.
  • Les justes morts sont conscients et au repos auprès de Dieu. Holdeman ne défend donc pas un « sommeil de l’âme ». Les saints jouissent déjà de la paix, mais leur pleine gloire attend encore la résurrection du corps.
  • Tous ressusciteront au dernier jour, justes comme injustes. Holdeman rejette expressément l’idée d’un intervalle de mille ans entre deux résurrections. Il admet tout au plus que les justes puissent précéder les injustes d’un instant.
  • Le corps ressuscité sera véritablement transformé. Le corps corruptible ne reviendra pas simplement dans son ancienne condition : Dieu donnera à chacun un corps spirituel, incorruptible et glorifié, semblable au corps glorieux de Jésus-Christ.
  • La résurrection possède aussi une dimension présente. La puissance qui ressuscitera les corps au dernier jour est déjà à l’œuvre aujourd’hui lorsqu’elle fait passer le croyant de la mort spirituelle à une vie nouvelle en Christ.
  • La conclusion de Holdeman est profondément pratique. La doctrine de la résurrection n’est pas pour lui une simple spéculation sur l’avenir : elle appelle chacun à examiner sa vie, à marcher dans la justice de Christ et à se préparer au jour où tous comparaîtront devant Dieu.

Article (traduction de l’anglais, lui-même traduit de l’allemand, donc il peut y avoir des formulations peu naturelles ou des erreurs qui s’y sont glissées) :

La résurrection des morts sera l’un des plus grands miracles de Dieu. Je suis profondément ému lorsque je pense que j’écris au sujet de cet important article. J’implore sincèrement l’aide du Seigneur pour cette grande tâche. Que Dieu me vienne en aide !

Dans un article précédent, j’ai brièvement parlé de la mort ; je traiterai maintenant de l’état intermédiaire entre la mort et la résurrection. Beaucoup de personnes croient qu’à sa mort, l’homme entre immédiatement soit dans la gloire éternelle, soit dans le châtiment éternel. Je ne vois pas pourquoi une résurrection des morts serait nécessaire si l’homme recevait sa récompense éternelle au moment de sa mort. J’accorde que le récit de l’homme riche semble appuyer cette opinion, mais je crains que peu de gens ne le comprennent correctement. Il me semble que cet homme riche éprouvait, dans l’état intermédiaire, des tourments semblables à ceux de la géhenne. Certaines personnes sont déjà tourmentées de façon presque insupportable dans leur conscience ; c’est un avant-goût de la géhenne, mais non la géhenne elle-même.

Le mot grec hadès (ᾅδης) est employé en Luc 16:23 pour désigner le lieu où se trouvait l’homme riche. Ce mot, hadès (ᾅδης), désigne la demeure des esprits des défunts et, parfois, le tombeau ; mais il désigne rarement le lieu du châtiment éternel, c’est-à-dire la géhenne elle-même, surtout dans le Nouveau Testament. En Matthieu 5:22 ; 18:9 ; 23:15, ainsi qu’en Marc 9:43, 45, 47, le mot grec géhenna (γέεννα, géhenne) désigne le lieu où les condamnés sont tourmentés après la résurrection des morts. Le mot hadès (ᾅδης) est employé en Matthieu 11:23, mais son sens y est quelque peu difficile à déterminer.

L’homme riche n’était pas dans la géhenne, mais dans le séjour des morts ; il n’avait pas encore été ressuscité. Le mot hadès doit donc être compris ici dans son sens général : l’homme riche était arrivé dans la demeure des morts, et sa conscience lui causait une douleur si intense qu’elle ressemblait aux tourments du feu lorsqu’il vit Lazare dans le sein d’Abraham. Il est évident que cela se passait avant la résurrection, puisque l’homme riche désirait que ses frères soient sauvés afin qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourment. Au jour du jugement, il serait inutile de faire sortir des hommes de la géhenne pour les y rejeter ensuite. Je crois donc que l’homme riche ne se trouvait pas réellement dans l’étang de feu, mais plutôt dans le séjour des morts, la demeure des esprits des défunts.

Jean vit les morts se tenir devant Dieu. Il vit la mer, la mort et le séjour des morts rendre leurs morts à la résurrection. La mort, qui retient les corps des morts dans la mer et dans les tombeaux, et le séjour des morts, qui est la demeure des esprits des défunts, rendirent tous leurs morts. Chaque corps fut réuni à l’âme qui l’avait quitté lors de la résurrection ; puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu, qui est la demeure finale des perdus. Aucune autre interprétation n’est confirmée par les Écritures. Si ces personnes avaient déjà reçu leur récompense et leur jugement, pourquoi serait-il question d’un autre jugement ?

Les Écritures enseignent que la demeure des esprits des méchants est une prison, où ils sont réservés jusqu’au jour du jugement. Sans doute en est-il là, dans une certaine mesure, comme ici-bas : beaucoup de personnes ont ici-bas la conscience accablée, tandis que d’autres entretiennent l’espérance d’être sauvées. Elles meurent dans cet état, et celles qui espéraient être sauvées demeurent dans cette illusion jusqu’au jour du jugement. Quant à celles dont la conscience était tourmentée, elles n’en souffriront pas moins dans le séjour des morts ; elles éprouveront dans leur prison de grandes souffrances de conscience et redouteront terriblement le jour du jugement.

Jésus dit :

« Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » (Mt 7:21-23.)

Le Seigneur avertit fidèlement Ses disciples contre de tels faux prophètes, qui venaient vêtus de peaux de brebis, mais produisaient de mauvais fruits. Il dit que nous les reconnaîtrions à leurs fruits. Si beaucoup de ceux qui demeurent longtemps dans le séjour des morts pensaient avoir servi le Seigneur durant leur vie, il est évident qu’ils ne subissaient pas encore les douleurs de la géhenne avant la résurrection des morts ; autrement, ils n’auraient pas cru qu’ils seraient sauvés à cause de leurs œuvres. S’ils avaient été jetés dans la géhenne après leur mort, ils auraient su qu’ils étaient des ouvriers d’iniquité.

Il est trop évident pour être réfuté que le Sauveur parle aussi de personnes mortes longtemps avant le jugement, car tout le contexte de Son enseignement le montre. Lisez Luc 13:23-28. Ce passage prouve que le Sauveur parle de personnes qui vivaient au temps où Il enseignait, puisqu’Il dit notamment qu’elles se trouveraient dehors.

J’ai donc clairement démontré qu’un grand nombre de personnes ne seront pas jetées dans le châtiment éternel avant la résurrection des morts. Croire que Dieu jetterait certaines personnes dans la géhenne immédiatement après leur mort, mais non les autres, reviendrait à attribuer de la partialité à Dieu. J’ai montré qu’il s’agit ici d’une question de conscience : lorsque la conscience condamne, il en résulte du tourment ; mais lorsqu’elle acquitte, il peut régner une fausse paix. Cela prouve que la conscience n’est pas un guide sûr.

Quant aux justes, je crois qu’ils vont dans un lieu de repos, comme Jésus le dit au malfaiteur repentant : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23:43). Les justes ne vont pas dans la demeure des âmes des méchants ; Dieu recueille leurs esprits auprès de Lui, ils vivent pour Lui et se reposent de leurs travaux. Cependant, ils ne recevront la plénitude de leur récompense et de leur joie qu’à la résurrection des morts.

Les âmes des justes reposent sous l’autel jusqu’au jour du jugement :

« Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu. Ils crièrent d’une voix forte, en disant : Jusques à quand, Maître saint et véritable, tardes-tu à juger, et à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? Une robe blanche fut donnée à chacun d’eux ; et il leur fut dit de se tenir en repos quelque temps encore, jusqu’à ce que fût complet le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux. » (Ap 6:9-11.)

Cela prouve que ces saints martyrs n’avaient pas encore reçu leur pleine récompense après leur mort. Quoiqu’ils fussent au repos, ils n’étaient pas encore dans la gloire parfaite de Dieu. Tout ce que Paul dit au sujet d’être auprès du Seigneur, ainsi que de son désir de partir, ne contredit nullement ces déclarations. Ces âmes étaient auprès du Seigneur ; elles jouissaient du repos et de la paix et étaient délivrées de toutes les douleurs de ce monde. Paul pouvait donc parler comme il le faisait.

J’ai montré que ces âmes sous l’autel n’avaient pas encore reçu leur pleine récompense. Croire que Paul et d’autres avaient obtenu la plénitude de leur gloire avant la résurrection des morts reviendrait à croire que Dieu possède deux demeures différentes pour Ses saints défunts. Cela ne peut être démontré.

Nous avons parlé de la mort et de l’état des défunts. Nous voulons maintenant décrire la résurrection des morts. La résurrection signifie que la vie est communiquée de nouveau. En hiver, une grande partie de la nature semble morte ; mais au printemps, tout ce qui possède la vie reparaît et se renouvelle. Le morne hiver cède bientôt la place au bel été, avec sa croissance et ses fruits. Les oiseaux chantent, les arbres fleurissent, l’herbe pousse, les fruits se développent, puis vient enfin le temps de récolter ces merveilleux fruits. Quelle heureuse saison ! Mais tout ce que nous offre la nature ne suffit pas à révéler la grande gloire de la résurrection des justes.

La gloire de Dieu s’est révélée dans la résurrection de Son Fils, qui est devenu les prémices de ceux qui sont morts. Rien ne prouve qu’avant la résurrection de Christ un être humain ait jamais été ressuscité pour une vie immortelle. Des personnes avaient bien été ramenées de la mort à la vie, mais seulement à une vie mortelle ; elles demeuraient donc sujettes à la mort. Christ, en revanche, ressuscita glorifié, monta au ciel et vit éternellement auprès du Père. Il est « le premier-né des morts » (Ap 1:5).

Ceux qui furent rendus à la vie avant la résurrection de Christ le furent également par la même puissance et la même gloire de Dieu qui ressuscitèrent Jésus-Christ. Ils constituaient une figure et une preuve de la résurrection ; car si Dieu n’avait pas décrété que Jésus-Christ ressusciterait, personne n’aurait été ramené d’entre les morts et il n’y aurait pas de résurrection.

Paul dit :

« Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. » (1 Co 15:21-23.)

Cette résurrection aura lieu à la fin du monde, car c’est alors que le Seigneur viendra.

« Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. » (1 Co 15:51-52.)

« Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d’après la parole du Seigneur : nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (1 Th 4:15-17.)[i]

Tous les chrétiens qui seront encore en vie à la venue du Seigneur seront changés et rendus semblables à Son corps glorieux, tout comme les chrétiens qui seront morts seront glorifiés lors de la résurrection.

J’ai maintenant démontré que la résurrection et l’enlèvement auront lieu au jour du Seigneur, lorsque sonnera la dernière trompette. Que Christ viendra à la fin du monde est clairement montré dans 2 Pierre, chapitre 3, ainsi que dans beaucoup d’autres passages.

Les justes ne seront pas les seuls à ressusciter ; les impies ressusciteront également. Les saintes Écritures abondent en témoignages selon lesquels tous les peuples et toutes les nations devront comparaître devant Christ et être jugés par Lui lorsqu’Il siégera pour juger. Cela prouve qu’ils devront d’abord être ressuscités. Christ dit :

« Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement. » (Jn 5:28-29.)

Paul témoigna également devant Félix :

« Et ayant en Dieu cette espérance, comme ils l’ont eux-mêmes, qu’il y aura une résurrection des justes et des injustes. » (Ac 24:15.)

De même que le soleil, par sa chaleur et sa puissance, fait sortir de la terre aussi bien les épines et les chardons que le blé et les autres bons fruits et les fait croître, ainsi la voix de Christ appellera hors de leurs tombeaux les justes et les injustes, afin qu’ils se tiennent devant Lui pour être jugés.

Les saintes Écritures donnent certaines raisons de penser que les justes ressusciteront peu avant les injustes. Si l’on considère le jugement, cependant, il est évident que les injustes et les justes se tiendront en même temps devant le tribunal de Christ pour recevoir leur récompense ; ils devront donc ressusciter à la même heure. Il n’est pas clairement déclaré que les justes ressusciteront peu avant les injustes ; mais on pourrait comprendre de 1 Corinthiens 15:23-24 que les justes précéderont les injustes, ne serait-ce que de l’espace d’un clin d’œil.

En Jean 5:28, cependant, il semble que les justes et les injustes entendront en même temps la voix du Fils de Dieu et ressusciteront. Cela arrivera au même moment, ou à la même heure, lors de la dernière trompette. En effet, aucune autre trompette ne sonnera après la dernière ; et puisque les justes ressusciteront alors, les injustes devront eux aussi ressusciter au son de cette trompette, à moins qu’ils ne ressuscitent sans trompette, ce qui est invraisemblable.

Je laisse cette question telle que Dieu l’a ordonnée. Il me paraît toutefois plus vraisemblable que les injustes ressusciteront avec les justes et que c’est ainsi qu’il faut comprendre Paul, en rapport avec le jugement, lorsqu’il dit : « Ensuite viendra la fin » ; car après la résurrection, Christ remettra le royaume à Dieu le Père. Je ne conteste pas l’opinion selon laquelle les justes pourraient ressusciter un instant avant les injustes, puisque la Parole de Dieu ne se prononce pas expressément sur ce point. En revanche, je conteste l’opinion de ceux qui voudraient placer entre les deux un intervalle de mille ans.

Considérons maintenant dans quel corps nous ressusciterons. Ce corps corruptible retournera à la poussière ; néanmoins, Dieu rappellera chacun à la vie. Dans Sa sagesse et Sa toute-puissance, Dieu nous a tous dénombrés ; Il rappellera notre poussière et fera que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité. Le corps corruptible est une habitation convenable pour vivre sur cette terre, mais il ne convient pas à la demeure éternelle dans le ciel, où rien ne sera corruptible.

La chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu. Ceux qui seront encore en vie lorsque Christ viendra devront donc être changés, afin que ce qui est corruptible revête l’incorruptibilité.

« Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps qui naîtra ; c’est un simple grain, de blé peut-être, ou de quelque autre semence ; puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. » (1 Co 15:37-38.)

Il ne faut pas comprendre par là que le corps qui se décompose dans la terre possède en lui un germe d’où croîtrait un corps incorruptible, mais que Dieu nous donne un nouveau corps selon Sa volonté. Il est vrai qu’un grain de blé produit un autre corps de la même espèce que celui qui a été semé ; mais il n’en est pas ainsi dans la résurrection des morts. Nous ne recevrons pas de nouveau un corps corruptible semblable au premier, mais un corps incorruptible, préparé pour notre demeure céleste.

« Il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. » (1 Co 15:44.) Lisez 1 Corinthiens 15:39-54.

La multitude innombrable de ceux qui ont été ensevelis dans la mer ou sur la terre, ou dont les corps ont été consumés par le feu, ressuscitera tout entière de la poussière, et chacun recevra son propre corps spirituel et incorruptible. Notre corps faible, indigne, pécheur, naturel et corruptible ressuscitera dans la puissance et dans la gloire, dans un état incorruptible, spirituel et céleste. Notre corps d’humiliation sera glorifié et rendu semblable au corps glorieux de Jésus-Christ (Ph 3:21).

La plupart des chrétiens meurent dans une grande faiblesse, chargés des infirmités de cette vie ; les enfants aussi portent en eux le péché jusqu’à la mort. Dieu n’impute pas à Ses enfants tout ce qui leur est inconnu, car autrement Il pourrait en rejeter beaucoup. Ce corps est livré à la mort dans l’ignominie, mais il ressuscite dans la gloire.

Nous ne croyons pas que Dieu pardonne le péché après la mort. Tout péché qui n’a pas été imputé à l’homme pour sa condamnation sera laissé derrière lui à la résurrection, comme une infirmité appartenant au corps faible. Beaucoup meurent dans l’ignorance de tant de choses que je ne voudrais pas les énumérer. Quiconque a reçu beaucoup de lumière peut y réfléchir et verra qu’il en est ainsi ; ceux qui n’ont pas reçu autant de lumière peuvent eux aussi constater que ces choses sont vraies.

Nul ne doit toutefois se reposer sur son ignorance, car elle devient alors de la témérité et cesse d’être de l’ignorance. Dieu connaît la véritable ligne de partage. Il sait ce dont Il ne tient pas compte et ce qu’Il impute pour la condamnation. Les corps des enfants, qui ont été affaiblis par le péché originel, seront eux aussi glorifiés et transformés, et rendus semblables au corps glorieux de Christ par la puissance de la résurrection de Jésus-Christ.

La résurrection de Christ possède une double puissance. Nous faisons l’expérience de la première lorsque nous passons de la mort spirituelle à la vie ; la seconde se manifestera lors de la résurrection du corps. Pour avoir part à la seconde résurrection, nous devons avoir connu la première.

Pour être trouvés dignes de recevoir la puissance de la résurrection de Jésus, qui rendra nos corps semblables à Son corps glorieux lors de la résurrection des morts, nous devons d’abord croire à cette puissance et y avoir part. C’est elle qui nous rachète de la mort spirituelle et nous transplante dans une vie nouvelle en Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur.

Il est nécessaire que nous nous examinions très soigneusement afin de savoir si nous sommes dignes de parvenir à la résurrection des justes. Les paroles de Christ enseignent clairement qu’il en coûte quelque chose pour être trouvé digne de parvenir à la résurrection des morts :

« Mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris. » (Lc 20:35 ; voir aussi Mc 8:34-38.)

Il nous faut nous examiner avec soin pour savoir si nous vivons en Christ, de peur de comparaître devant le Seigneur les mains vides et dans l’illusion en ce jour-là. Paul se proposait la résurrection comme but et cherchait à y parvenir. Il disait :

« Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi, afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts. » (Ph 3:8-11.)[ii]

Paul parle principalement de la résurrection des justes. Avons-nous, nous aussi, les mêmes sentiments que Paul ? Désirons-nous connaître Christ et la puissance de Sa résurrection ? Si nous voulons avoir part à la résurrection des justes et au royaume de Christ, nous devons faire ici-bas l’expérience de la puissance de Sa résurrection et vivre dans cette puissance, car Il est « ressuscité pour notre justification » (Rm 4:25). Si nous ne marchons pas dans la justice de Christ, nous ne possédons pas la puissance de Sa résurrection.

Quels fruits glorieux la résurrection de Christ produit-elle ! Elle en a déjà produit beaucoup et elle en produit encore. Les fruits glorieux de la résurrection de Christ ont fait sortir beaucoup de personnes des tombeaux du péché, de l’ivrognerie, de l’avarice, de l’adultère et de toutes sortes d’impiétés, pour les amener à une résurrection nouvelle et spirituelle. Dans cette vie pieuse, la puissance de Christ peut être contemplée comme dans un miroir.

Au grand jour du jugement, cette puissance de la résurrection de Christ sera manifestée d’une manière toute particulière, car les justes resplendiront alors comme le soleil dans leurs corps glorifiés. Le grand nombre des rachetés révélera pleinement la puissance de la résurrection de Jésus-Christ.

Quel réconfort la résurrection des morts apporte à tous ceux qui possèdent l’Esprit de Christ !

« Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8:11.)

Avant que son frère ne soit ressuscité, Jésus dit à Marthe :

« Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jn 11:40.)

Si ressusciter un seul homme, qui était resté quatre jours dans le tombeau, était déjà une manifestation de la gloire de Dieu, combien plus grande encore sera la gloire de Dieu manifestée lors de la résurrection, lorsque d’innombrables millions de personnes ressusciteront en ce grand jour !

Dieu a accompli de nombreux miracles dans ce monde ; mais je soutiens que la résurrection des morts, au jour du Seigneur, sera l’un des plus grands miracles, sinon le plus grand, que Dieu ait jamais manifesté.

Ô jour glorieux ! Nous, enfants du Dieu tout-puissant, attendons avec joie cette consolation qui sera nôtre au jour de la résurrection. Que Dieu nous accorde la grâce d’arriver à ce jour les mains pleines, afin que nous puissions Lui apporter joyeusement nos gerbes !

Ô Dieu, bénis-nous et bénis cet article !

Jean Holdeman, 1878

Note du traducteur

La distinction que fait ici Holdeman entre le hadès (ᾅδης) et la géhenne (γέεννα) mérite d’être relevée. Dans le Nouveau Testament, ces deux termes ne désignent pas exactement la même réalité. Le hadès, rendu par « séjour des morts » dans la Louis Segond 1910, est présenté comme un état ou un lieu provisoire : en Apocalypse 20:13, « la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux », puis, au verset suivant, « la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu ». La géhenne, en revanche, est associée au jugement définitif : Jésus parle notamment de Celui « qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10:28). Cette distinction explique pourquoi Holdeman considère les souffrances de l’homme riche en Luc 16 comme réelles, mais encore antérieures au châtiment final qui suit la résurrection et le jugement.

Cette compréhension s’accorde étroitement avec l’Article 32 des trente-trois Articles de foi de 1600, reproduits dans le Miroir des martyrs. Celui-ci enseigne que les âmes des injustes sont « réservées » jusqu’au dernier jour et qu’après la résurrection, leurs âmes étant de nouveau réunies à leurs corps, elles reçoivent leur condamnation définitive. La terminologie des anciennes versions bibliques ne distinguait pas toujours nettement le séjour des morts de la géhenne ; c’est pourquoi certaines formulations anciennes peuvent paraître ambiguës en français moderne. La distinction exprimée ici par Holdeman permet de mieux comprendre la structure de son enseignement : mort, état d’attente, résurrection, jugement, puis rétribution définitive.


[i] L’édition anglaise suit l’ancien anglais de 1 Thessaloniciens 4:15, prevent (precede, R. V.). Le verbe prevent de la KJV avait alors le sens ancien de « précéder » ; la Revised Version le précisait par precede. La Segond 1910 rend directement le sens par « nous ne devancerons pas ».

[ii] Dans Philippiens 3:8, l’édition anglaise porte le mot de la KJV dung, puis ajoute entre parenthèses as refuse, R. V. La Segond 1910 traduit ici : « je les regarde comme de la boue ».

Qui sera sauvée en devenant mère?

Une foi immuable

Les âmes sauvées vont-elles [directement] au ciel après la mort ?

[La première partie de cet article est une traduction d’un texte de Bob Goodnough, publié ici: https://flatlanderfaith.com/2013/04/12/do-the-saved-go-to-heaven-when-they-die/]

J’ai longtemps cru que lorsqu’un chrétien mourait, il était aussitôt conduit à travers les portes de perle jusque dans le ciel. Je suppose que cette idée me venait de la perception populaire de ce que les chrétiens croient. Il y a dix ans, mon idée reçue a été remise en question sur la base des Écritures, et ma pensée a changé.

Aujourd’hui, je crois que la réponse à la question posée ci-dessus est : « Oui, mais pas immédiatement. » Permettez-moi de m’expliquer.

En Matthieu 25, versets 31 à 46, Jésus décrit ce qui se passera au grand jour du jugement, à la fin des temps. Toutes les nations (tous les peuples) seront rassemblées devant lui, et il séparera les brebis d’avec les boucs. Ceux qui seront comptés parmi les brebis entreront dans le ciel ; ceux qui seront comptés parmi les boucs seront jetés en enfer. Cette scène n’a aucun sens si les sauvés se trouvaient déjà au ciel avant ce moment.

La Bible se soucie davantage de nous voir entretenir une relation authentique et salvatrice avec Dieu dans cette vie que de nous décrire en détail comment les choses se passeront au ciel. Mais elle nous dit que, dans le ciel, nous aurons des corps ressuscités, semblables au corps de Jésus après sa résurrection d’entre les morts. En 2 Timothée 2.18, l’apôtre Paul condamne en termes sévères ceux qui enseignent que la résurrection est déjà arrivée. Cette résurrection corporelle n’aura lieu qu’au retour du Christ en gloire pour le jugement dernier. Apocalypse 6.9 parle d’âmes sous l’autel, qui attendent le jour de la résurrection.

Deux passages bibliques sont souvent mal interprétés, donnant naissance à l’idée d’une entrée immédiate dans le ciel. Le premier se trouve en Luc 23.43, où Jésus dit au malfaiteur sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui* tu seras avec moi dans le paradis ». L’autre est la parabole du riche et de Lazare, dans Luc 16.19-31. Le riche s’y éveille dans le « séjour des morts » et Lazare dans le « sein d’Abraham ».

* Il faut savoir que les manuscrits grecs du Nouveau Testament ne comportaient à l’origine ni virgules ni ponctuation d’aucune sorte. Les copistes écrivaient le texte en lettres majuscules continues, sans espaces ni marques de pause. La ponctuation que nous lisons aujourd’hui dans nos Bibles a été ajoutée des siècles plus tard par des éditeurs et des traducteurs, selon le sens qu’ils comprenaient du texte. Dans le cas de Luc 23.43, le placement de la virgule change tout. Si l’on ponctue « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », Jésus promet au malfaiteur qu’il sera avec lui ce jour même. Mais si l’on ponctue « Je te le dis en vérité aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis », Jésus fait sa promesse en ce jour solennel — sans préciser quand elle s’accomplira. À mon sens, c’est cette seconde lecture qui semble plus cohérente avec le reste de la Bible, car Jésus lui-même n’est pas monté au ciel le jour de sa crucifixion : il est d’abord descendu au séjour des morts, puis est ressuscité le troisième jour. Comment aurait-il pu promettre au malfaiteur d’être avec lui au paradis ce jour-là, alors que lui-même n’y serait pas ?

Il est utile de savoir que « Paradis » et « sein d’Abraham » étaient des expressions couramment employées par les Juifs pour désigner le lieu où les justes attendraient la fin du monde et la résurrection corporelle. On se le représentait comme un jardin magnifique et paisible, où rien ne viendrait troubler leur repos. Le « séjour des morts » mentionné en Luc 16.23 est en réalité le Hadès, le lieu où les pécheurs attendent le jugement dernier. Ce n’est pas l’étang de feu et de soufre, mais c’est manifestement un lieu fort déplaisant.

Un autre indice qu’il ne s’agit que d’un arrangement temporaire se trouve dans la possibilité de communication entre le Hadès et le sein d’Abraham, bien que le caractère définitif de la séparation soit déjà établi. On a du mal à imaginer que les saints dans le ciel seraient à si courte distance de l’étang de feu et de soufre.

Il ressort des protestations rapportées en Matthieu 7.22-23 qu’il y aura des gens convaincus d’avoir subi une grave injustice et qui pourront parler à Jésus. Ils diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? » Et Jésus leur répondra qu’ils n’avaient pas accompli ces œuvres à sa demande, par son Esprit ni par sa puissance, et déclarera ne les avoir jamais connus.

Je crois désormais que cette image d’une attente temporaire au Paradis ou dans le Hadès avant la résurrection correspond à l’enseignement de la Bible. Cela n’enlève rien à la promesse du ciel. Au contraire, cela la rend plus réelle.

À vrai dire, l’image populaire de saints éthérés flottant sur des nuages en grattant de la harpe ne m’a jamais semblé vraiment attrayante comme avenir à long terme. Ce vieux corps et cette vieille terre passeront, mais la Bible promet une existence corporelle dans un lieu décrit comme une terre nouvelle. Le ciel, tel que la Bible l’esquisse, semble garder une certaine ressemblance avec notre existence présente, mais sans tout ce qui cause aujourd’hui la souffrance et le chagrin, et dans la présence de notre Seigneur, de tous les saints et de tous les anges.

Quelques pensées sur la distinction entre le séjour des morts et la géhenne.

Je ne suis ni théologien ni linguiste grec ou hébreu, donc il est fort possible que je me trompe, mais je vais tenter d’expliquer mon point de vue. 

Séjour des morts

Dans le Nouveau Testament, il y a 10 références au hadès (grec)/schéol (hébreu)/séjour des morts. C’est un endroit qui ne semble pas être pas définitif, car en Apocalypse 20:14, nous voyons que le séjour des morts sera jeté dans l’étang de feu. Cela semble être un lieu de tourment déjà, dans l’attente du jugement dernier. Dans les Écritures hébraïques, le terme employé pour le royaume des morts est shéol, qui signifie tout simplement « lieu des morts » ou « des esprits/âmes décédés ». Dans le Nouveau Testament, le terme grec employé pour l’« enfer » est hadès, qui signifie également « lieu des morts ». D’autres passages du Nouveau Testament décrivent le shéol/hadès comme un lieu temporaire, où les âmes des incroyants sont gardées en attendant le jugement.

Géhenne

Pour ce qui est de la géhenne, il y a 12 références à ce terme dans le Nouveau Testament. Voici ce qu’en dit le site bible-ouverte.ch :

Le mot grec géenna vient de l’hébreu gé-Hinnom (vallée de l’Himmon) ; là où eurent lieu dans le passé des sacrifices humains (2 Chroniques 33.6, Jérémie 7.31). De ce fait, ce nom avait une consonance d’horreur pour les Juifs. De leur temps, le feu y brûlait continuellement les immondices, ce qui rappelait au peuple d’Israël le jugement réservé aux méchants. Le mot « géhenne » se trouve dans Matthieu 5.22, 29 et 30, 10.28, 18.9, 23.15 et 33, Marc 9.44, 46 et 47, Luc 12.5, Jacques 3.6.

Sauf pour cette dernière citation, c’est Jésus-Christ qui utilise cette expression pour avertir très solennellement des conséquences du péché. Il décrit la géhenne comme un endroit « où leur vers ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » Marc 9.48.

Le sens de cette expression me semble correspondre à l’« étang de feu » utilisé dans Apocalypse 19.20, 20.10, 14 et 15.

Qu’est-ce qu’un bon intendant (Luc 16?)

[Cet article est une traduction d’un article en anglais paru sur https://flatlanderfaith.com/2012/09/03/what-is-good-stewardship/]

Les gouvernements ont toujours eu besoin de revenus pour administrer leur territoire, mais il fut un temps où la collecte des impôts ne se faisait pas du tout comme aujourd’hui. Le prélèvement des taxes était affermé à des hommes qui s’engageaient par contrat à verser une somme déterminée au souverain ou au gouverneur. Ces hommes percevaient ensuite l’argent auprès de leurs concitoyens, souvent sous forme de péages imposés aux voyageurs ou à ceux qui apportaient des marchandises au marché dans les villes et les cités. Ils s’assuraient d’amasser une quantité suffisante pour satisfaire les exigences du roi, ainsi que pour subvenir à leurs propres besoins.

En règle générale, la part qu’ils prélevaient pour eux-mêmes paraissait bien généreuse aux yeux de leurs concitoyens. C’était particulièrement vrai dans un lieu comme la Judée il y a deux mille ans, où les collecteurs d’impôts (péagers ou publicains) s’enrichissaient copieusement en levant des fonds pour le compte des conquérants romains détestés, ce qui était vu comme une haute trahison.

Cet emploi du terme « affermer » correspond au sens originel du mot « ferme ». Dans de nombreux pays, pendant une grande partie de l’histoire, les terres se trouvaient entre les mains de grands propriétaires fonciers, souvent porteurs de titres de noblesse : ducs, comtes, ou autres. Ces propriétaires affermaient ensuite la terre à des paysans qui la cultivaient pour en tirer des récoltes. Un fermier, à l’origine, était quelqu’un qui louait une terre pour la labourer et y faire pousser une récolte. Le mot ne comportait aucune connotation de propriété sur la terre exploitée. Le loyer se payait généralement en nature, avec le produit de la terre.

Le seigneur, comte, duc ou marquis qui possédait la terre ne s’occupait pas lui-même de l’affermage. Bien que les revenus de ses terres fussent en général sa seule source de richesse, il avait des affaires bien plus importantes à traiter pour se maintenir dans les bonnes grâces du roi ou du suzerain dont il dépendait.

La charge d’affermer les terres était déléguée à un intendant, ou régisseur, qui fonctionnait à peu près comme les collecteurs d’impôts. Il s’enquérait du revenu dont le seigneur avait besoin, puis affermait les terres à des conditions qui couvriraient les besoins du seigneur, plus un surplus pour lui-même. C’était là sa seule source de revenus : il ne recevait aucun salaire. Il n’était pas rare que l’intendant possède la deuxième plus grande demeure du domaine de son seigneur. Autrement dit, l’intendant savait fort bien veiller à ses propres intérêts.

Je crains que la conception courante de l’intendance parmi ceux qui se disent chrétiens ne ressemble beaucoup à cela. Nous voulons obtenir le prix le plus élevé possible lorsque nous vendons quelque chose, et payer le prix le plus bas possible lorsque nous achetons, parce que « c’est de la bonne intendance ». Mais le faisons-nous vraiment par souci du bien du Royaume de notre Seigneur, ou plutôt par souci de notre propre bien-être ?

Je crains que bien des prédicateurs et commentateurs bibliques soient à ce point prisonniers d’une conception égoïste de l’intendance qu’ils ne parviennent plus à comprendre les paroles pourtant limpides de Jésus dans la parabole de l’économe infidèle, en Luc 16. Suivons simplement la séquence des événements tels que Jésus les décrit. Versets 1-2 : « Jésus dit aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe[i], qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela, et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. » Versets 3-5 : l’économe regarde la réalité en face et comprend qu’il lui faut agir tout autrement qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Versets 6-7 : il convoque chacun des débiteurs de son maître et leur dit de réduire le montant qu’ils s’étaient engagés à payer. Verset 8 : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. »

Or, si le maître qui possédait la terre s’est réjoui que l’économe ait réduit le montant du loyer des fermiers, pourquoi les prédicateurs et les commentateurs condamnent-ils cet homme pour l’avoir fait ? La réalité, c’est que l’économe avait lui-même négocié ces accords dès le départ — c’était précisément son rôle d’intendant — et que le montant qu’il retranchait désormais du loyer de chaque fermier correspondait à la part qu’il s’était attribuée à lui-même. Dans certains cas, il empochait presque autant que son maître. C’était là l’injustice pour laquelle il avait été mis en cause. Ses actions subséquentes ne réduisaient en rien la part revenant à son maître ; elles éliminaient simplement tout ce qu’il avait prélevé pour lui-même.

(Soit dit en passant, il est fort probable que cet économe n’était plus un jeune homme : une telle charge ne se confiait pas à quelqu’un de jeune et d’inexpérimenté. Nul besoin de mettre en doute sa déclaration au verset 3, lorsqu’il dit ne plus être en état de labourer la terre « Travailler à la terre ? je ne le puis ».)

Les paroles de Jésus aux versets 9 à 14 nous invitent à suivre l’exemple de cet économe. Au commencement, il agissait en serviteur de son maître, mais il servait aussi Mamon en cherchant à amasser des richesses pour lui-même, au détriment des fermiers des terres de son seigneur. À la fin, il ne prend plus rien pour lui ; il s’abaisse au niveau des gens du commun et s’en remet à leur bienveillance pour l’accueillir dans leurs maisons s’il venait à être dans le besoin.

Cela correspond-il à notre conception de l’intendance ? J’ai la nette impression que Jésus a raconté cette parabole pour renverser notre vision de l’intendance, pour nous enseigner qu’il importe davantage de traiter nos semblables avec justice que de nous assurer de toujours tirer le meilleur parti d’une transaction.


[i] οἰκονόμος en grec, oikonomos, traduit par économe ou intendant selon les versions de la Bible. D’autres sens du terme seraient trésorier, régisseur, dispensateur ou administrateur.

Les paisibles du pays… (faut-il se taire ?)

[article inspiré de: https://flatlanderfaith.com/2024/05/18/we-must-use-words/]

On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.

Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.

Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :

  1. « Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
  2. Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
  3. « Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
  4. « Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
  5. Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
  6. Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
  7. Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.

Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?

L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.

Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.

L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…

Les silencieux du pays

Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.

Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.

Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.

Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.

Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »

Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.

Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.