Qu’est-ce que l’économat chrétien ? 3ᵉ partie

Traduction de: https://flatlanderfaith.com/2012/12/02/what-is-christian-stewardship-part-3/

Le Nouveau Testament nous exhorte à « racheter le temps ». Notre compréhension de cette expression est étroitement liée à notre conception de l’économat. Ceux qui voient l’économat surtout sous un angle matériel interprètent cette parole comme une injonction à employer chaque minute à quelque activité profitable.

Il est toutefois intéressant de remarquer que, si nous regardons le contexte, l’apôtre Paul se préoccupait davantage des choses spirituelles lorsqu’il parlait de racheter le temps. En Éphésiens 5.16, il s’agit de veiller à notre propre salut. En Colossiens 4.5, il s’agit de notre témoignage envers ceux du dehors.

Le mot grec employé ici ne désigne pas une quantité de temps, mais plutôt la qualité du moment. Il est parfois traduit par « occasion ». Y a-t-il des moments où l’Esprit nous pousse à prendre le temps de prier, de méditer la Parole de Dieu, mais où nous sommes trop occupés à être de bons économes ? Cela, ce n’est pas racheter le temps. Y a-t-il des voisins à visiter, des enfants auxquels raconter des histoires, des lettres à écrire, mais nous sommes trop occupés ? Cela, ce n’est pas racheter le temps. Avons-nous rencontré aujourd’hui quelqu’un qui semblait chercher des réponses, ou simplement un peu de bonté humaine, mais nous étions trop occupés ? Notre conception de l’économat est-elle en train de nous détourner de notre véritable raison d’être dans ce monde ?

Nous ne pouvons pas servir Dieu et Mammon. Si nous mettions réellement l’économat spirituel en premier, aurions-nous un tel problème avec le matérialisme ? À tout le moins, je doute que ce soit encore un si grand mystère. Si nous cherchons notre sécurité dans les choses matérielles, dans l’argent et dans ce que l’argent peut acheter, dans une source de revenu sûre, dans le maintien des apparences, dans le souci de toujours faire les choses à peu près comme il faut, alors c’est là de « la convoitise, qui est une idolâtrie ». Notre choix est clair : choisir Mammon, qui promet la sécurité terrestre mais livre à l’oppression ; ou choisir Jésus, qui nous offre la véritable sécurité lorsque toutes ces choses terrestres viennent à manquer.

Qu’est-ce que l’économat chrétien ? (2ᵉ partie)

Traduction de l’article par Bob Goodnough: https://flatlanderfaith.com/2012/12/01/what-is-christian-stewardship-part-2/

Voir les autres articles sur ce thème: https://missionnaireanabaptiste.org/?s=intendant

La parabole de l’économe infidèle, que l’on trouve en Luc 16, a laissé perplexes bien des commentateurs. La conduite de cet économe est clairement contraire aux idées reçues sur ce qu’est un bon économat. Pourtant, le verset 8 dit : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. » Certains commentateurs tentent de se tirer d’affaire en faisant remarquer que c’est le maître de cet économe qui parlait, et que notre Seigneur ne pourrait jamais approuver une telle conduite. Mais cette façon de voir manque le point essentiel : Jésus nous demande justement de tirer instruction du comportement de cet économe.

La conclusion de cette parabole se trouve au verset 13 : « Nul serviteur ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un et aimera l’autre ; ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. » Ce verset fait partie intégrante de l’explication de la parabole de l’économe infidèle. Le séparer de la parabole, c’est la rendre obscure, et peut-être même incompréhensible.

Quel est donc le message de la parabole de l’économe infidèle ? Nous avons ici un homme qui avait été serviteur de Mamon, exigeant tout ce qui était dû à son maître afin d’assurer sa propre subsistance et sa propre sécurité. En tant qu’économe, il avait la responsabilité de fixer le loyer que chacun des fermiers de son maître devait payer, afin de pourvoir aux besoins de la maison de celui-ci. Il ajoutait ensuite assez à chaque loyer pour couvrir les besoins de sa propre maison. L’économe de cette parabole semble avoir vécu dans l’abondance.

Il est appelé infidèle, non parce qu’il aurait manqué de fidélité envers Mamon, mais à cause de son étroite alliance avec Mamon, qui est lui-même injuste, comme le montrent les versets 9 et 11. Et comme il arrive tôt ou tard à tous ceux qui se confient en Mamon, il se retrouve trahi. Tout ce en quoi il avait mis sa confiance va lui être enlevé. C’est alors que la lumière se fait, et qu’il change de direction. Auparavant, il opprimait les autres en exigeant d’eux le paiement jusqu’à la limite de leurs capacités. Maintenant, il administre une mesure de grâce aux débiteurs de son maître en les libérant d’une partie de leurs dettes. Tant qu’il est encore économe, il a pleinement le pouvoir de le faire ; et il semble qu’il efface simplement la part qu’il prélevait pour lui-même. Il comprend désormais qu’à long terme, il sera dans son intérêt d’alléger, autant qu’il le peut, les fardeaux des autres.

Cette interprétation peut poser problème aux chrétiens qui voient l’économat comme concernant principalement l’acquisition et la gestion des biens matériels. Nous pouvons dire que la volonté de Dieu est que nous exercions un bon économat de nos possessions matérielles afin de pouvoir partager avec les autres et soutenir des œuvres missionnaires. Cependant, un observateur pourrait se demander si nous sommes davantage motivés par la part que nous voulons garder pour nous-mêmes que par celle que nous prévoyons de donner à Dieu.

Les besoins des autres occupent-ils vraiment une grande place dans l’esprit des chrétiens qui s’emploient activement à être de bons économes ? En réalité, il n’y a pas beaucoup de place pour la compassion dans ce type d’économat. Il devient facile de penser que les pauvres sont pauvres parce qu’ils ne veulent pas travailler et ne prennent pas soin de ce qu’ils possèdent déjà. On établit souvent une distinction entre les pauvres « méritants » et ceux qui le seraient moins ; distinction bien commode lorsqu’on se trouve devant des personnes dont les besoins sont très réels, même s’ils sont peut-être en partie le résultat de leurs propres choix.

Nous disons que tout ce que nous possédons appartient à Dieu, et que nous n’en sommes que les économes. Mais un observateur impartial de nos pratiques commerciales et de notre mode de vie arriverait-il à cette conclusion ?

Qu’est-ce qu’un bon intendant (Luc 16?)

[Cet article est une traduction d’un article en anglais paru sur https://flatlanderfaith.com/2012/09/03/what-is-good-stewardship/]

Les gouvernements ont toujours eu besoin de revenus pour administrer leur territoire, mais il fut un temps où la collecte des impôts ne se faisait pas du tout comme aujourd’hui. Le prélèvement des taxes était affermé à des hommes qui s’engageaient par contrat à verser une somme déterminée au souverain ou au gouverneur. Ces hommes percevaient ensuite l’argent auprès de leurs concitoyens, souvent sous forme de péages imposés aux voyageurs ou à ceux qui apportaient des marchandises au marché dans les villes et les cités. Ils s’assuraient d’amasser une quantité suffisante pour satisfaire les exigences du roi, ainsi que pour subvenir à leurs propres besoins.

En règle générale, la part qu’ils prélevaient pour eux-mêmes paraissait bien généreuse aux yeux de leurs concitoyens. C’était particulièrement vrai dans un lieu comme la Judée il y a deux mille ans, où les collecteurs d’impôts (péagers ou publicains) s’enrichissaient copieusement en levant des fonds pour le compte des conquérants romains détestés, ce qui était vu comme une haute trahison.

Cet emploi du terme « affermer » correspond au sens originel du mot « ferme ». Dans de nombreux pays, pendant une grande partie de l’histoire, les terres se trouvaient entre les mains de grands propriétaires fonciers, souvent porteurs de titres de noblesse : ducs, comtes, ou autres. Ces propriétaires affermaient ensuite la terre à des paysans qui la cultivaient pour en tirer des récoltes. Un fermier, à l’origine, était quelqu’un qui louait une terre pour la labourer et y faire pousser une récolte. Le mot ne comportait aucune connotation de propriété sur la terre exploitée. Le loyer se payait généralement en nature, avec le produit de la terre.

Le seigneur, comte, duc ou marquis qui possédait la terre ne s’occupait pas lui-même de l’affermage. Bien que les revenus de ses terres fussent en général sa seule source de richesse, il avait des affaires bien plus importantes à traiter pour se maintenir dans les bonnes grâces du roi ou du suzerain dont il dépendait.

La charge d’affermer les terres était déléguée à un intendant, ou régisseur, qui fonctionnait à peu près comme les collecteurs d’impôts. Il s’enquérait du revenu dont le seigneur avait besoin, puis affermait les terres à des conditions qui couvriraient les besoins du seigneur, plus un surplus pour lui-même. C’était là sa seule source de revenus : il ne recevait aucun salaire. Il n’était pas rare que l’intendant possède la deuxième plus grande demeure du domaine de son seigneur. Autrement dit, l’intendant savait fort bien veiller à ses propres intérêts.

Je crains que la conception courante de l’intendance parmi ceux qui se disent chrétiens ne ressemble beaucoup à cela. Nous voulons obtenir le prix le plus élevé possible lorsque nous vendons quelque chose, et payer le prix le plus bas possible lorsque nous achetons, parce que « c’est de la bonne intendance ». Mais le faisons-nous vraiment par souci du bien du Royaume de notre Seigneur, ou plutôt par souci de notre propre bien-être ?

Je crains que bien des prédicateurs et commentateurs bibliques soient à ce point prisonniers d’une conception égoïste de l’intendance qu’ils ne parviennent plus à comprendre les paroles pourtant limpides de Jésus dans la parabole de l’économe infidèle, en Luc 16. Suivons simplement la séquence des événements tels que Jésus les décrit. Versets 1-2 : « Jésus dit aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe[i], qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela, et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. » Versets 3-5 : l’économe regarde la réalité en face et comprend qu’il lui faut agir tout autrement qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Versets 6-7 : il convoque chacun des débiteurs de son maître et leur dit de réduire le montant qu’ils s’étaient engagés à payer. Verset 8 : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. »

Or, si le maître qui possédait la terre s’est réjoui que l’économe ait réduit le montant du loyer des fermiers, pourquoi les prédicateurs et les commentateurs condamnent-ils cet homme pour l’avoir fait ? La réalité, c’est que l’économe avait lui-même négocié ces accords dès le départ — c’était précisément son rôle d’intendant — et que le montant qu’il retranchait désormais du loyer de chaque fermier correspondait à la part qu’il s’était attribuée à lui-même. Dans certains cas, il empochait presque autant que son maître. C’était là l’injustice pour laquelle il avait été mis en cause. Ses actions subséquentes ne réduisaient en rien la part revenant à son maître ; elles éliminaient simplement tout ce qu’il avait prélevé pour lui-même.

(Soit dit en passant, il est fort probable que cet économe n’était plus un jeune homme : une telle charge ne se confiait pas à quelqu’un de jeune et d’inexpérimenté. Nul besoin de mettre en doute sa déclaration au verset 3, lorsqu’il dit ne plus être en état de labourer la terre « Travailler à la terre ? je ne le puis ».)

Les paroles de Jésus aux versets 9 à 14 nous invitent à suivre l’exemple de cet économe. Au commencement, il agissait en serviteur de son maître, mais il servait aussi Mamon en cherchant à amasser des richesses pour lui-même, au détriment des fermiers des terres de son seigneur. À la fin, il ne prend plus rien pour lui ; il s’abaisse au niveau des gens du commun et s’en remet à leur bienveillance pour l’accueillir dans leurs maisons s’il venait à être dans le besoin.

Cela correspond-il à notre conception de l’intendance ? J’ai la nette impression que Jésus a raconté cette parabole pour renverser notre vision de l’intendance, pour nous enseigner qu’il importe davantage de traiter nos semblables avec justice que de nous assurer de toujours tirer le meilleur parti d’une transaction.


[i] οἰκονόμος en grec, oikonomos, traduit par économe ou intendant selon les versions de la Bible. D’autres sens du terme seraient trésorier, régisseur, dispensateur ou administrateur.

Il était une foi (recueil de poèmes), Table des matières

Voilà plus d’un mois que je n’ai rien publié! Le temps passe vite lorsqu’on est occupé!

J’ai terminé la publication des 48 poèmes d’Annick Markmann, une chrétienne octogénaire habitant en Bretagne.

Voici la table des matières de tous ses poèmes, avec un lien vers chaque article.

Introduction

Sur une pensée de :

* Charles Spurgeon
** Somerset Maugham
*** Auteur inconnu
**** Louis Aragon

Bonne Lecture à tous et que dieu vous inspire et vous bénisse!

En Chartreuse

Lorsque j’avais douze ans, j’aimais tant la montagne,
Ses rochers escarpés, ses sommets orgueilleux,
Avancer d’un pas franc sur ses chemins pierreux,
Respirer ses odeurs qu’un air vif accompagne.

Je montais ce jour-là, pour atteindre la crête,
Le Grand Som et ses pics aux roches acérées.
Du château aux herbages dominant la vallée,
J’avais prévu trois heures auxquelles j’étais prête.

Dans un vieux sac à dos, dont j’étais héritière,
Je portais mon repas et deux bouteilles d’eau.
J’espérais sur les pentes rencontrer le Paulo,
C’était un vieux berger, des amis de mon père.

Mais j’arrivai en haut, sans voir âme qui vive,
Je grimpai dans la croix pour étendre ma vue.
La Chartreuse, ses soms, ses cols, son étendue,
S’offrait d’un seul regard à mon âme émotive.

Tout m’était émotion dans la grandeur des lieux,
Dans l’immense escalier descendant en falaises,
Vers les toitures pentues du couvent des Chartreux,
Dans la gentiane jaune dont l’odeur vous apaise.

Soudain, il était là avec un grand troupeau,
Le berger attendu était un vieux bonhomme,
Barbu, échevelé, ridé comme une pomme.
Il était grand et fort, et portait un fardeau.

Une brebis placée, en écharpe, à son cou
Et il lui parlait avec des mots très doux.
Vois-tu m’avait-il dit, toujours elle s’écartait
De la route sécure où je les conduisais.

Alors une de ses pattes, un jour j’ai dû casser,
Elle va se restaurer, ensuite tout ira bien.
Elle est tout près de moi, ce qui crée un vrai lien
Guérie, elle me suivra sans courir de danger.

Car, c’est moi le berger, je garde mes brebis,
Je choisis les sentiers, et les verts pâturages.
Je sais où sont les sources. J’ai acquis avec l’âge,
Une vraie connaissance, des risques pour leur vie.

Ce soir, par exemple, je mettrai mon troupeau,
À l’abri des grands vents qui menacent l’alpage,
Là- bas, vers ces rochers, où j’ai fait un enclos
Et je dors à la porte, je garde le passage.

Nul ne peut me ravir, une mère, un agneau,
Aucun des prédateurs, n’a accès en ce lieu.
Les loups sont éloignés, par la lumière du feu
Que j’allume et dont la clarté monte haut.

Roulé dans mon manteau, souvent la nuit je prie
Sous l’étendue des cieux, le grand Dieu créateur.
Crois-tu que le hasard, soit source des splendeurs
Qui nous entourent ici, fille de mon cher ami?

Ton père, m’avait-il dit, c’est vraiment un copain;
Je ne dis pas, vois-tu, les choses à la légère,
C’est signe d’alliance que partager le pain,
Il a risqué sa vie pour moi, pendant la guerre.

Allez, salue le bien, salue aussi ta mère !
L’ensemble du troupeau entourait son berger.
Et il est reparti d’un long pas chaloupé,
Au nord-ouest en direction de la Ruchère.

Il me fallait aussi m’en aller, sans tarder.
Car je voulais passer au col du Cucheron,
D’où je redescendrais à Saint-Pierre d’Entre-monts.
Le chemin était long, avant que d’arriver.

Un pas derrière l’autre, j’ai marché sans faiblir,
Repensant aux événements de la journée.
À Paulo, à Jésus dont on m’avait parlé
Comme d’un bon berger, qui allait revenir.

-Annick Markmann