Je n’ai pas grandi dans un foyer chrétien, mais je suis reconnaissante au Seigneur d’être venu me chercher et de m’avoir attirée vers Son peuple bien-aimé.
J’ai été baptisée enfant dans l’Église catholique et j’ai fait ma première communion à onze ans, après deux années de catéchisme ; pourtant, je n’ai jamais connu de véritable refuge spirituel. À quinze ans, j’ai subi une petite opération et passé plusieurs journées solitaires à l’hôpital. Pendant mon séjour, j’ai commencé à comprendre que j’avais besoin de l’aide de Dieu. Le prêtre nous avait enseigné qu’il fallait passer par lui pour communiquer avec Dieu ; néanmoins, pour la première fois de ma vie, je me suis adressée directement à Dieu dans la prière. Par la suite, je me suis souvent tournée vers Lui pour demander Son aide.
Mon enfance a été merveilleuse. J’aimais mes parents, et ils m’aimaient tendrement. Leur mariage était beau, et notre foyer débordait d’amour. Cependant, on n’y priait jamais. Mes parents n’allaient jamais à l’église et avaient perdu confiance en l’Église catholique. J’entendais souvent mon père et son frère se demander l’un à l’autre : « Où est Dieu? »
J’ai vécu une enfance très protégée et j’ai toujours fréquenté une école de filles. À dix-huit ans, j’ai commencé à travailler dans un bureau. J’y ai brusquement découvert l’autre face du monde. J’y ai vu et entendu des gens qui ne servaient pas Dieu, mais leurs propres désirs. L’infidélité conjugale était courante, et on en parlait ouvertement.
« Dieu doit sûrement avoir quelque part un peuple au sein duquel règnent la paix, la confiance et l’amour », me disais-je.
Quelque temps plus tard, j’ai vécu une expérience dont le sens ne m’a été révélé que quatre ans après. Dieu m’a parlé clairement : « Un jour, tu seras différente des tiens. » Cette pensée étrange a troublé mon cœur. Cela voulait-il dire que je devais devenir religieuse? Je ne le voulais pas, et cette idée m’effrayait.
J’ai continué à prier, et j’ai bientôt rencontré des missionnaires qui faisaient une brève halte à Paris en route vers leurs champs de mission en Afrique. Je les connaissais peu, mais nos rencontres étaient chaleureuses et réconfortantes. Je crois que Dieu me conduisait peu à peu hors d’un passé froid et sombre.
Un jour, en rendant visite à une collègue de bureau, j’ai fait un autre pas important vers la lumière. J’ai remarqué qu’elle lisait un livre qui m’était étranger. J’ai voulu savoir ce que c’était et lui ai demandé où elle en était dans sa lecture. Elle m’a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un livre ordinaire, mais de la Bible, divisée en livres, chapitres et versets. J’avais dix-huit ans lorsque j’ai découvert la Bible pour la première fois. L’Église catholique en interdisait la lecture1, et on ne m’avait appris à connaître ni Jésus ni Son enseignement sur la repentance. J’ignorais donc tout du plan du salut.
Enfant, je m’étais souvent demandé ce qui arriverait si mes parents mouraient. Serait-ce la fin? Personne ne m’avait dit que nous avions, eux comme moi, une âme immortelle. Personne ne m’avait dit que Jésus était mort pour moi personnellement. Un jour, mon amie m’a invitée à assister à des réunions de Jeunesse pour Christ et à des réunions d’évangélisation. Ces rencontres étaient si différentes, si chaleureuses ! J’y ai entendu pour la première fois des cantiques comme « Quel ami fidèle et tendre nous avons en Jésus-Christ » et « Love Lifted Me ». La prédication était dans ma langue, le français, et je pouvais la comprendre. Elle a touché mon cœur, et quelqu’un m’a donné une Bible.
L’armée allemande occupait la France depuis près de cinq ans quand les Alliés ont libéré Paris ; huit mois plus tard, j’ai rencontré Roy. « Dieu agit par des voies mystérieuses pour accomplir Ses merveilles. » Nous n’étions convertis ni l’un ni l’autre, mais je crois fermement que Dieu nous a conduits l’un vers l’autre. Roy avait grandi dans un foyer mennonite chrétien, mais n’avait jamais donné son cœur au Seigneur.
Nous nous sommes mariés, si heureux d’être enfin réunis. J’avais quitté ma patrie, la France, pour venir m’installer à Winton, en Californie ; pourtant, mon cœur était troublé. J’étais inquiète : quelque chose manquait à notre vie. Qu’était-ce? J’aimais la famille de Roy et leurs amis chrétiens, et je ressentais leur amour. Je comprenais aussi que j’avais trouvé le peuple de Dieu que j’avais tant désiré trouver, un peuple où régnaient l’amour et la confiance. Pourtant, notre vie prenait un tour de plus en plus frivole : fêtes animées, spectacles, danses. J’avais peur. Je craignais que nous ne soyons entraînés toujours plus vite et qu’un malheur ne nous attende un jour. Par moments, je sentais que Dieu me conduisait avec tant de grâce et de tendresse. Roy avait beaucoup d’amis. Ils faisaient des projets et organisaient des activités, mais peu de ces projets ou activités faisaient une place au Seigneur ou aux promesses faites au cours des difficiles années qui venaient de s’écouler.
Roy prenait des leçons de pilotage, ce qui éveillait une grande crainte dans mon cœur. S’il lui arrivait quelque chose? Je me retrouverais toute seule dans un pays étranger. Un soir, Roy suivait des cours. Il se faisait très tard, et mon inquiétude grandissait. Soudain, Dieu m’a parlé très clairement en ces mots : « Le moment est venu de changer complètement ta vie. » Mais comment, et où?
Plus tard ce soir-là, je me suis dit qu’il fallait absolument que je voie quelqu’un et que je lui parle. Je suis allée chez John et Bertha Jantz et leur ai confié mes craintes et mes préoccupations. Ils m’ont parlé de leur désir de devenir chrétiens et de servir Dieu. Ces paroles m’ont profondément frappée. Voilà ce que je voulais.
Le mot « chrétien » a brillé comme une lumière dans les ténèbres. Il était évident que Dieu voulait mon cœur, ma vie et mon entière consécration. Mes simples prières, mes désirs et les expériences de mes jeunes années trouvaient-ils maintenant leur réponse et leur accomplissement? J’ai dit au Seigneur : « Je connais si peu Ta voie, Ton peuple et l’Église. » Il m’a répondu : « Avance un pas après l’autre. »
Lorsque Roy est enfin rentré, je lui ai annoncé ma décision de devenir chrétienne. Cette déclaration l’a stupéfié et pris au dépourvu. Il a simplement répondu : « Très bien. » Ma deuxième déclaration l’a encore plus surpris : « Toi aussi, tu vas devenir chrétien. » Il a répliqué : « C’est pas comme ça que ça se passe. On peut peut-être en reparler une autre fois. » J’ai insisté : « Nous ne pouvons plus laisser cette question en suspens ni la remettre à plus tard. » Il m’a répondu : « Il est tard ; on va se coucher et on en reparle demain matin. »
Je ne crois pas être naturellement hardie, mais ce que j’ai dit ensuite l’était assurément. Je lui ai déclaré : « Personne ne se couche avant que nous ayons tous les deux réglé cette question. » Des réunions de réveil se tenaient à Winton depuis déjà quatre ou cinq semaines. Roy savait que j’étais déterminée. Il m’a promis que nous assisterions à la réunion d’évangélisation et que, si Dieu l’appelait, il répondrait à Son appel. Cette promesse m’a rassurée, et nous sommes allés nous coucher.
Le lendemain soir, nous sommes allés à l’église et avons entendu le message de l’Évangile. Lorsque l’appel a été lancé, nous avons décidé de laisser Jésus entrer dans nos cœurs et nous nous sommes levés. Notre vie n’a plus jamais été la même. Nous nous sommes entièrement consacrés au Seigneur.
Quand la main du Seigneur nous touche, tout change. Nous avons écarté de notre vie toute impureté et laissé Dieu mettre Son amour dans nos cœurs. Nous avons été baptisés et reçus au sein de l’Église de Dieu en Christ (mennonite) le 9 mars 1947, deux mois après notre mariage. J’étais désormais libre et je me sentais si bien parmi le peuple de Dieu. Nous étions reconnaissants envers notre Père céleste, dont la sagesse est parfaite et qui connaît toutes choses, et nous priions pour que nos vies, nos actes et notre fidélité glorifient le Seigneur.
-Andrée Froment Toews
Station de l’Opéra en 1943, sous l’occupation allemande, moins de deux ans avant la rencontre de Roy et Andrée sur les lieux.
Andrée Froment, née à Paris en 1926, échappa de peu à la mort en août 1944, lors de la libération de Paris, lorsqu’un soldat allemand tira plusieurs fois sur elle, alors qu’elle regardait par sa fenêtre, attendant l’arrivée imminente des Alliés. Quelques mois plus tard, Dieu permit qu’elle rencontra Roy, un infirmier dans l’armée américaine, alors qu’il sortait de la station de l’Opéra, à Paris. Roy avait été élevé dans une famille mennonite-anabaptiste non-résistante, qui ne s’engageait pas dans la guerre. Mais Roy n’avait pas choisi ce chemin. Il ne savait pas que Dieu se servirait de sa rencontre avec Andrée pour l’amener à l’Église de Dieu en 1947. Plus tard, Roy et Andrée participèrent à la fondation de l’assemblée de Scio en Oregon. Ils furent aussi impliqués dans la mission de Mouscron (sur la frontière belgo-française) dans les années 1980 et 1990. Andrée enseigna aussi le français à plusieurs missionnaires en partance pour l’Afrique et traduisit plusieurs traités et livrets publiés par l’Église. Elle quitta cette vie en septembre 2025, quelques jours avant d’atteindre l’âge de 99 ans.
Cette affirmation n’est pas exacte, voir les commentaires en bas de l’article. ↩︎
On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.
Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.
Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :
« Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
« Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
« Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.
Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?
L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.
Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.
L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…
Les silencieux du pays
Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.
Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.
Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.
Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.
Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »
Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.
Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.
J’ai entendu un jour le récit peu banal De l’aventure vécue par un chrétien normal. À ma manière, je vais essayer de transcrire Ce que l’homme en question était venu nous dire.
J’arrivais, disait-il, ce soir-là chez ma mère. J’avais les jambes lourdes et le cœur chagrin. Je revenais près d’elle, lui conter mes misères, Elle m’avait consolé, soigné comme un gamin.
Puis je m’étais couché pour passer la nuit, Dans le lit de l’alcôve attenante au salon. J’étais très fatigué, je me suis endormi, Plongeant rapidement dans un sommeil profond.
Quelle fût la durée de ce temps d’inconscience? Je ne saurais le dire quand je me retrouvai Debout près de mon lit où je prenais conscience Que mon corps était là, allongé, qu’il dormait.
J’ai entendu et vu ma mère qui pleurait. Le médecin de famille était auprès d’elle. Il venait de signer un acte officiel. De la mort de son fils, il la consolait.
Et puis je suis parti plus vite que l’éclair. Dans le bleu, tellement bleu du ciel, je montais Jusqu’à apercevoir une immense lumière Et une grande porte qui devant moi s’ouvrait.
Alors je suis entré dans un lieu admirable. J’ai vu de grands jardins où mille fleurs poussaient. Le sol était d’or pur, les couleurs incroyables, La paix et la beauté en ce lieu habitaient.
Un homme s’avança vers moi, il rayonnait De tendresse et d’amour et aussi de lumière. Il marchait lentement, son vêtement brillait Comme brille la neige sous un soleil d’hiver.
Il me dit: « Te voilà, mais ce n’est pas ton heure. Il te faut retourner sur la terre prêcher. Tu peux sauver des âmes, être prédicateur, Annoncer le Royaume, l’abandon du péché. »
« Oh, non Seigneur, lui avais-je rétorqué, Je veux rester ici, près de toi, c’est si beau! Les hommes ne veulent pas se repentir, changer, Ils ne veulent pas de toi, ça m’est un lourd fardeau. »
« Alors viens! » m’a-t-il dit, me prenant par la main. Et il me conduisit sur un étroit chemin. Ce chemin surplombait une vallée profonde, Une fumée blanchâtre montait de ce lieu sombre.
On ne pouvait pas voir le fond de cet abîme, Mais des gémissements, des cris s’en échappaient, Comme une multitude affaiblie qui hurlait. Il semble que d’en bas, on nous vit sur la cime,
Car des voix en grand nombre alors s’élevaient, Dans les pleurs et les cris, on pouvait distinguer Cette supplication mille fois répétée: « Pardon, Seigneur ! Seigneur, pardon ! Pardon ! »
Alors la voix puissante du Seigneur plein d’amour, De celui qui est mort pour payer nos péchés, Cette voix s’élevait, en écho alentour: « Trop tard! C’est trop tard! Trop tard! »
Nous sommes revenus ensemble à la porte. « Retourneras-tu, maintenant, dit le Seigneur? » Ils résonnaient en moi, les mots et la voix forte. « Oui, ai-je répondu, maintenant, j’irai ! »
Je me suis retrouvé dans mon corps à l’instant, Le médecin partait, il parlait à maman. Et j’ai ouvert les yeux, j’ai souri à ma mère, Puis je me suis assis, j’ai mis les pieds à terre.
C’est pourquoi, disait-il, me voici parmi vous. Aujourd’hui, sans attendre, pour Christ, décidez-vous. Il est mort sur la croix, faites aussi votre part, Il faut vous repentir avant qu’il soit trop tard.