Lorsque la Bible se remit à parler la langue du peuple

1160 — C’est une année qui était autrefois célébrée avec joie par beaucoup de chrétiens pieux et zélés, qui abhorraient la papauté, et dans laquelle, jusqu’à ce jour, bon nombre de ceux qui craignent Dieu se réjouissent. 

Car alors, et surtout peu de temps après, la papauté et ses superstitions reçurent le coup le plus sévère que nous ayons lu dans l’histoire ; et la vérité divine, qui, jusqu’alors, semblait, à bien des égards, avoir été piétinée de la manière la plus indigne, releva joyeusement la tête et triompha. 

Les doctrines contre le baptême des enfants, contre la prestation de serments, contre la guerre, et contre presque toutes les mauvaises pratiques et le culte corrompu de l’Église romaine, dont personne n’osait parler auparavant qu’avec crainte et tremblement, et souvent uniquement en privé, furent désormais prêchées hardiment, fréquemment et publiquement défendues, et, malgré les menaces du pape de Rome, maintenues. 

Cela commença principalement avec Pierre Valdo1 à Lyon, en France, et fut poursuivi par ses successeurs ; cependant, afin de traiter l’affaire de manière ordonnée, nous commencerons par la conversion de Pierre Valdo, pour ensuite passer à ses successeurs.

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DE LA CONVERSION DE PIERRE VALDO, ET DE L’ESSOR DES VAUDOIS, ETC.

Matthias Flacius Illyricus (Catalogus testium veritatis, entre les p. 263 et 277, d’après J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601), écrit : « Vers l’an 1160, plusieurs des principaux citoyens de Lyon étaient ensemble, s’entretenant de diverses choses, comme c’est l’usage durant la saison estivale, en Italie et en France. Comme ils se tenaient ainsi ensemble, l’un d’eux tomba tout à coup à terre et expira, sous leurs yeux.

Ce terrible événement, exemple de la mortalité de l’homme et de la colère divine, terrifia l’un d’entre eux, à savoir Pierre Valdo, un homme très fortuné. Il commença à réfléchir et résolut (poussé, sans aucun doute, par le Saint-Esprit) de se repentir, d’amender sa vie et d’être plus diligent dans la crainte de Dieu qu’il ne l’avait été jusque-là2

Il se mit donc à distribuer des aumônes généreusement et en temps opportun, à disposer aux bonnes choses sa famille et les autres personnes qui venaient à lui, et à les exhorter à la repentance et à la vraie piété.

Ayant ainsi fait pendant quelque temps beaucoup de bien aux pauvres, et devenant de plus en plus zélé à apprendre et à enseigner les autres, et comme les gens venaient vers lui en nombre toujours croissant, il se mit donc à leur présenter, non ses propres opinions, mais les Saintes Écritures, les exposant et les expliquant dans la langue française3 vernaculaire.

Mais l’évêque et les prélats, qui, comme le dit Christ, détiennent la clé du royaume, et pourtant n’entrent pas eux-mêmes et ne permettent pas aux autres d’entrer, furent très vexés que cet homme du commun réputé sans instruction ose traduire les Saintes Écritures en langue vernaculaire et les exposer, et que déjà un grand nombre de personnes affluaient en sa maison, qu’il instruisait et exhortait.

Pierre Valdo était profondément résolu à promouvoir à la fois l’honneur de Dieu et le salut des hommes ; et le peuple était si avide de la Parole de Dieu, laquelle n’était prêchée ni purement ni ouvertement dans les églises, qu’il ne put être détourné par le commandement de ces pharisiens papistes et de ces souverains sacrificateurs ; c’est pourquoi l’enseignant et ses disciples répondirent qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Valdo résolut donc, malgré les commandements des méchants, de nourrir les chrétiens affamés non seulement de sa subsistance temporelle, laquelle, en raison de sa distribution libérale, diminuait de jour en jour, mais aussi de la Parole de Dieu, et de bonnes instructions et d’exhortations. 

Comme les prélats, par leur tyrannie et leurs décrets non chrétiens, cherchaient à étouffer et à exterminer la prédication pure et simple de la Parole de Dieu, une raison suffisante fut ainsi donnée à Valdo et à ses adhérents de s’enquérir avec plus de soin de la religion et des desseins des prêtres, et de s’exprimer avec plus de hardiesse contre eux.

La lutte avec les prêtres devenant de plus en plus longue et violente, davantage de corruptions et de superstitions furent découvertes dans la religion papiste, et attaquées. En ce temps-là, Valdo lut également, en langue vernaculaire, certains témoignages tirés des écrits des pères, grâce auxquels il défendit ses disciples non seulement par les Saintes Écritures, mais encore par les témoignages des anciens, contre les ennemis de la vérité.

Lorsque l’évêque, ses pharisiens papistes et ses scribes, virent avec quelle constance Valdo et ses adhérents enseignaient la Parole de Dieu, et furent irrités de voir que leur propre infamie, leur ignorance et leur inconstance dans la doctrine, ainsi que d’autres absurdités, étaient attaqués par Valdo et ses disciples, ils les excommunièrent tous. 

Peu de temps après, constatant que même l’excommunication ne pouvait les détourner de leur dessein, on les relégua dans la misère, on les persécuta par l’emprisonnement, par l’épée et par le feu, et on les traita très cruellement, de sorte qu’ils furent contraints, en raison de la détresse et du danger encourus, de quitter Lyon et de se disperser dans diverses contrées.

On peut présumer que les assemblées de Valdo, ou certaines d’entre elles, auxquelles il enseignait à Lyon, y demeurèrent quatre ou cinq ans, jusqu’à ce qu’elles soient totalement chassées de cette ville ; car Valdo était un homme d’une trempe exceptionnelle, et il est dit qu’il avait beaucoup de parents et qu’il ne pouvait donc pas être saisi ni réduit au silence du jour au lendemain ; d’ailleurs, il n’avait pas d’emblée attaqué les prêtres du pape.

Mais à la fin, ces pieux disciples furent poursuivis avec une grande fureur, dans toute la chrétienté; ils furent traqués çà et là par les inquisiteurs, ce dont nous devons rendre grâce à ces loups ravissants qui se promènent en vêtements de brebis et se font appeler moines. » J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601–604, d’après M. Flacius Illyricus.

Claude de Rubys rapporte que Valdo et ses disciples furent complètement expulsés de Lyon ; tandis qu’Alberto Cattaneo dit qu’ils ne purent pas l’être entièrement. Nous n’avons rien pu apprendre de plus sur cette première persécution, sinon que les vaudois, ainsi appelés d’après Valdo4, après s’être enfuis de Lyon, suivirent leur maître, puis se dispersèrent en groupes, dans diverses contrées. B. Lydius, trad./éd., De historie vanden Waldensen ghedeelt in drie deelen (Dordrecht, 1624), Iʳᵉ partie, liv. I, chap. 1, p. 3, col. 1, d’après Claude de Rubys, Histoire de Lyon, p. 269 ; A. Cattaneo, De origine Valdensium, p. 1.

NOTE : Pierre de Blois, un savant bien connu par ses écrits, enseigna, en l’an 1167, que Rome était la vraie Babylone dont Jean a prophétisé ; que les fonctionnaires de la cour romaine étaient de véritables harpies, et les prêtres, de vrais veaux de Béthel, des prêtres de Baal, des idoles égyptiennes, et qu’à Rome tout s’obtenait à prix d’argent. P. J. Twisck, Chronijck, p. 479, col. 1, d’après P. Merula, Tijdt-thresoor, p. 767.

Vers l’an 1170 — Pour l’an 1160, nous avons donné un exposé concernant Pierre Valdo et sa conversion, ainsi que du fait qu’il avait amené à la lumière du saint Évangile beaucoup de ceux qui étaient assis dans les ténèbres de la papauté. Il est rapporté de ces personnes que, dans leur doctrine, leur foi et leur vie, ils ressemblaient aux apostoliques, dont nous avons fait mention pour l’an 1155, où nous avons déclaré qu’ils étaient opposés au baptême des enfants, au purgatoire, etc. L’essor de ces personnes, appelées vaudois ou albigeois, est fixé vers l’an 1170, c’est-à-dire dix ans après que Pierre Valdo ait commencé à les enseigner. Nous traiterons de cela de manière plus complète et détaillée dans les prochaines pages. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 599, et H. Montanus, Nietigheydt van den Kinder-doop, p. 85 ; voir aussi, Introduction au Miroir des martyrs, p. 50, col. 1, 2, (bien que l’essor principal dudit peuple y soit fixé en l’an 1176) d’après C. Baronio, pour l’an 1176, n° 1–3.

NOTE : Il ressort de plusieurs auteurs anciens que les vaudois, ou du moins des personnes professant la même foi, existaient bien avant l’an 1170, et même avant l’an 1160. En effet, dès 1160, leur nombre s’était tellement accru qu’ils furent cités à comparaître devant un synode à Rome, où ils furent condamnés comme hérétiques obstinés. Jean d’Oppido le rapporte. La même chose se produisit en l’an 1163 ou 1164 au concile de Tours. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 676.

Par conséquent, lorsque certains auteurs fixent leur commencement vers l’an 1170, il ne faut pas entendre par là l’origine de ce peuple, mais plutôt l’époque de son essor, de son accroissement et de sa plus grande visibilité.

  1. Aussi appelé Vaudès. — NDLT ↩︎
  2. Une autre tradition concernant la conversion de Pierre Valdo est rapportée dans la Chronique universelle de l’Anonyme de Laon, rédigée vers 1218. Selon ce récit, Valdo aurait été profondément touché en entendant un jongleur chanter la vie de saint Alexis, qui avait renoncé aux richesses et aux honneurs. Il aurait ensuite demandé à un maître en théologie quelle était la voie la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Dieu, et celui-ci lui aurait répondu par ces paroles de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (Mt 19:21). Cette tradition et celle de la mort soudaine d’un ami, rapportée ici, ne s’excluent pas nécessairement : les deux événements ont pu contribuer, à des moments différents, à éveiller puis à affermir sa résolution. Il se peut également que chacune ne conserve qu’une partie d’un cheminement spirituel plus long. Faute de témoignage direct de Valdo, les circonstances précises et complètes de sa conversion demeurent incertaines. Voir Chronicon universale anonymi Laudunensis, à l’an 1173. — NDLT ↩︎
  3. Francoprovençale. — NDLT ↩︎
  4. Cette affirmation, venant à l’origine d’auteurs catholiques et reprise par Jean-Paul Perrin puis Thieleman van Braght, doit être nuancée. Il n’est pas du tout sûr que le nom des vaudois soit dérivé de Pierre Valdo, ou Vaudès, de Lyon. Plusieurs historiens et linguistes l’ont plutôt rattaché aux vallées où vivaient ces croyants, à partir de formes telles que Vallenses ou Valdenses ; d’autres ont même soutenu que Valdo aurait reçu son surnom à cause de ses rapports avec eux, ou du fait d’origines remontant à ces vallées. Alexis Muston reconnaît que cette hypothèse ne repose pas sur des preuves positives, mais la tient pour défendable et plus naturelle que l’opinion commune. Il faut donc éviter de faire de Valdo le fondateur ou l’origine certaine du nom des vaudois. Notons que dans la Noble Leçon (Nobla Leyczon), célèbre poème vaudois datant probablement de l’époque de Vaudès ou même avant, le terme « vaudès » est déjà employé pour calomnier les vrais chrétiens : « Ilh diçon qu’el es vaudes e degne de punir » (Ils disent qu’il est vaudois et digne d’être puni, ligne 373). — NDLT ↩︎

La Noble Leçon (XIIe siècle), poème historique vaudois

Les paisibles du pays… (faut-il se taire ?)

[article inspiré de: https://flatlanderfaith.com/2024/05/18/we-must-use-words/]

On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.

Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.

Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :

  1. « Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
  2. Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
  3. « Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
  4. « Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
  5. Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
  6. Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
  7. Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.

Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?

L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.

Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.

L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…

Les silencieux du pays

Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.

Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.

Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.

Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.

Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »

Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.

Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.

Entente fraternelle de l’an 1527

Ces sept articles sont souvent appelés la Confession de Schleitheim. Ils sont le résultat d’une réunion de plusieurs ministres chez Michael Sattler à Schleitheim, dans le nord de la Suisse, le 24 février 1527. C’était une période de persécutions intenses et les frères souhaitaient exprimer leur conviction commune sur l’ordre à suivre pour maintenir la […]

Entente fraternelle de l’an 1527

La continuité de la foi vaudoise dans les anabaptistes mennonites

L’auteur du Miroir des Martyrs ajoute ceci:

« Ces frères moraves sont appelés anciens Waldensen (vaudois) par Jacob Mehrning, qui démontre également que divers hommes excellents et savants comptés parmi les anabaptistes sont issus d’eux. Ses paroles sont les suivantes : « Parmi ces Anciens vaudois de Bohême et de Moravie sont ensuite issus plusieurs hommes excellents ; comme, entre autres, Hans Koch et Leonhard Meister, qui furent tous deux mis à mort à Augsbourg, en l’an 1527 apr. J.-C. Également, le très savant Michel Sattler, qui a servi son assemblée dans l’exercice de son ministère, en l’an 1527 apr. J.-C., à Horb, en Allemagne. Aussi, Leonhard Keyser, qui fut martyrisé en Bavière en l’an 1529 ; à qui, alors qu’il était en prison, le Dr Luther adressa des lettres de consolation, bien qu’il (Keyser) ne s’accordait pas avec Luther en ce qui concerne le baptême des nourrissons. Bapt. Hist., 2e part, page 748. » (p. 339 du Miroir anglais)

« Depuis l’an 1160 apr. J.-C. jusqu’à ce jour (l’an 1660 apr. J.-C.), nous avons suivi selon nos capacités les traces et les pas des anciens vaudois, que nous n’avons nullement perdus de vue jusqu’à ce moment-là, nous ne les avons pas perdus de vue non plus actuellement, mais nous les gardons toujours à l’esprit.

Cela apparaît dans le cas de deux hommes pieux de cette profession (qui s’accorde avec celle des anabaptistes) qui, aimant la vérité de Christ, qu’ils soutenaient plus que leurs propres vies, ont été mis à mort à Augsbourg, en Allemagne, conformément à la rigueur du tribunal, là, en l’an 1524.

À ce propos, nous lisons dans l’Histoire du baptême de Jacob Mehrning les mots suivants traduits de l’allemand : « De ces anciens frères vaudois bohémiens et moraves surgirent ensuite plusieurs hommes excellents, comme, entre autres, Hans Koch et Leonhard Meister, qui furent tous deux mis à mort à Augsbourg, en l’an —*** apr. J.-C. Bapt. Hist., page 748.

NOTE. —L’an 1160 fut le moment où Pierre Valdo comparut contre la papauté, à Lyon, en France, et fit une saine confession, dont nous avons rendu compte dans le premier livre. Quant à ses descendants, Hans Koch et Leonhard Meister sont comptés comme n’étant pas des moindres, de même que, Michel Sattler, Leonhard Keyser, Johannes Hut, etc. Voir Jac. Mehr., Bapt. Hist., page 748. » (p. 413 du Miroir anglais)

L’origine de la foi anabaptiste remonte à l’Église primitive, par les vaudois

Certaines fausses doctrines de l’Église catholique

Beaucoup de gens ont quitté l’Église catholique romaine pour rejoindre la foi anabaptiste, et ce pendant bien des siècles. Pourquoi? Certainement pas pour mener une vie plus facile! Nombreux furent ceux qui payèrent de leur vie ce changement d’allégeance. Ils avaient vu que l’Église catholique était spirituellement morte, même pis, qu’elle était activement idolâtre et anti Christ. Si les œuvres de certains des fidèles catholiques étaient louables, ont pouvait pourtant facilement discerner dans les Écritures que les pratiques de l’Église de Rome étaient bien loin de la simplicité de l’Évangile.

Pierre Vaudès (ou Valdo) fut l’un de ces ex-catholiques à rejoindre la vraie foi. Menno Simons aussi. Ce dernier était devenu prêtre à l’âge de vingt-quatre ans, il se savait négligent et indulgent, mais n’en faisait rien, voyant les autres membres du clergé faire de même. Il avait des doutes sur la transsubstantiation, et ses recherches le conduisirent à lire certains des écrits de Luther. Pour cette raison, il étudia le Nouveau Testament, qu’il avait auparavant eu peur de lire.

Il remarqua un jour qu’un homme avait été exécuté dans une ville voisine, pour avoir été « re-baptisé ». Il se demanda alors s’il y avait quoi que ce soit dans la Bible qui interdisait un second baptême et qui permettait qu’on tue une telle personne. Il se demandait aussi ce qui pouvait bien pousser des gens à rejeter le baptême catholique au point se faire « anabaptiser ». La recherche de Menno le laissa insatisfait avec des réponses incohérentes qu’il trouva en comparant Luther, Bucer et Bullinger. Il décida alors de se fier uniquement aux Écritures. Après cette décision, il devint prédicateur évangélique au sein de sa paroisse catholique. Il put prêcher la Bible dans cette paroisse pendant trois ans sans être inquiété par les autorités de l’Église de Rome.

Avant même de quitter le catholicisme, il avait rejeté l’enseignement catholique de la transsubstantiation parce qu’il n’avait rien trouvé dans le pain et le vin qu’il distribuait lors de la messe qui puisse suggérer qu’il s’était transformé en corps et sang du Christ. C’est une position qu’il n’adopta pas à la légère, et sa décision ne fut prise qu’après un examen attentif de la question. Il dit: « Finalement, j’ai eu l’idée d’examiner le Nouveau Testament avec diligence. Je n’étais pas allé très loin quand j’ai découvert que nous nous étions trompés, et ma conscience, troublée à cause du pain susmentionné, a été rapidement soulagée ».

Donc voilà les deux erreurs qui ont fait réfléchir Menno Simons. Ensuite, il en a vu bien d’autres.

Je n’ai ni le temps ni la connaissance qu’il faudrait pour exposer entièrement toutes les erreurs que l’on trouve dans l’Église catholique. Je vous propose quelques points qui me viennent à l’esprit en ce moment. Recherchez ce que la Bible dit, elle est l’autorité finale. Si vous n’êtes pas d’accord, vous n’avez pas besoin de lire les lignes qui suivent, je ne vous convaincrai sûrement pas.

(Lorsque j’utilise l’abréviation CEC suivie d’un numéro, c’est pour citer un article du Catéchisme de l’Église Catholique )

  • Le Pape et les évêques sont les seuls capable d’interpréter les Écritures (CEC100: La charge d’interpréter authentiquement la Parole de Dieu a été confiée au seul Magistère de l’Église, au Pape et aux évêques en communion avec lui.)

Pourtant, nous avons beaucoup d’Écritures dans la Bible pour démontrer que l’Église sera souillée par des faux prophètes (dont le clergé catholique fait partie), et nous savons que l’Évangile est pour tous: Jésus l’a rendu accessible même aux plus humbles:

Lisez: Actes 20.17, 28-30; 2 Pierre 2.1-3; 1 Timothée 4.1-3; 2 Timothée 4.3-4; 2 Thessaloniciens 2.3-11.

Lisons quelques Écritures, et voyons si les papes et leur Église ont bien interprété ces versets:

  • Le célibat des prêtres

(CEC1579: Tous les ministres ordonnés de l’Église latine, à l’exception des diacres permanents, sont normalement choisis parmi les hommes croyants qui vivent en célibataires et qui ont la volonté de garder le célibat « en vue du Royaume des cieux » (Mt 19, 12). Appelés à se consacrer sans partage au Seigneur et à « ses affaires » (cf. 1 Co 7, 32), ils se donnent tout entier à Dieu et aux hommes.

1 Corinthiens 7.1-2 : Pour ce qui concerne les choses dont vous m’avez écrit, je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.

1 Timothée 3.2-5: Il faut donc que l’évêque soit irrépréhensible, mari d’une seule femme, sobre, prudent, rangé, hospitalier, capable d’instruire; Point adonné au vin, ni violent, ni porté au gain déshonnête, mais doux, éloigné des querelles, exempt d’avarice, Gouvernant bien sa propre maison, tenant ses enfants dans la soumission, en toute honnêteté. Car si quelqu’un ne sait pas conduire sa propre maison, comment gouvernera-t-il l’Église de Dieu?

1 Timothée 4.1-5: L’Esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se détourneront de la foi, s’attachant à des esprits séducteurs, et à des doctrines de démons; Par l’hypocrisie de faux docteurs, dont la conscience sera cautérisée, Défendant de se marier, commandant de s’abstenir d’aliments que Dieu a créés, afin que les fidèles et ceux qui ont connu la vérité, en usent avec actions de grâces. Car tout ce que Dieu a créé, est bon, et rien n’est à rejeter, quand on en use avec actions de grâces; Parce que cela est sanctifié par la parole de Dieu et la prière.

Ce dernier passage surtout: il souligne deux traits de l’Église catholique qui sont clairement contraires à la Parole de Dieu: le célibat plus ou moins forcé des prêtres, et la longue tradition (en voie de disparition, il est vrai) de ne pas manger de viande certains jours, par exemple.

  • L’usage de la violence envers d’autres humains

Le refus de porter l’arme ou de renoncer à la simple foi en Jésus, a exposé ces chrétiens anabaptistes à de nombreuses persécutions. Ils se sont alors repliés dans des zones de tolérance : en Hollande et en Allemagne du Nord. Dans certains cas, ils ont été tolérés dans des zones agricoles non défrichées qu’ils mettaient en valeur, en Suisse, en Allemagne du sud ou en Ukraine. En France, dès le 16e siècle, mais surtout depuis le 17e siècle, les mennonites se regroupèrent dans l’est du pays. Éventuellement, un grand nombre d’entre eux émigrèrent vers les États-Unis, puis vers le Canada et les pays d’Amérique latine. Aujourd’hui, il y a des vrais chrétiens dans (presque) tous les pays du monde, bien que nous ne sachions pas combien. Cela est entre les mains de Dieu.

Nous pourrions mentionner d’autres sujets:

  • Le baptême des nouveau-nés
  • La violence faite aux «hérétiques»
  • Le culte voué aux saints
  • Le mariage entre l’Église et le pouvoir étatique
  • etc.

Par manque de temps, je vous laisse entreprendre vos propres recherches à ces sujets, que je développerai peut-être une autre fois, si Dieu le permet.

Avec le temps, Menno Simons s’est rendu compte que les principes bibliques étaient mis en pratique en tous points par les anabaptistes (qu’on appelait aussi Vaudois ou Picards dans les Pays-Bas). Lorsqu’il dut se résoudre à quitter l’Église catholique, parce que le pur Évangile qu’il prêchait commençait à en déranger quelques-uns, il rejoignit une assemblée anabaptiste, en tant que simple laïc. Avec le temps, grâce aux talents de prédicateur et d’apologète que Dieu lui avaient donné, ses frères dans l’Église reconnurent en lui les dons de ministre de l’Évangile, et il fut ordonné pasteur (ou surveillant, ou évêque, selon la terminologie que vous préférez) au sein de l’Église de Dieu, dite anabaptiste. Il devint très connu parce qu’il avait écrit de nombreux ouvrages et lettres apologétiques et sa tête fut mise à prix, de sorte que ses détracteurs commencèrent à appeler les anabaptistes « mennonites », afin de faire croire qu’ils étaient une secte suivant un certain « Menno ». Cependant, il n’avait pas fondé cette Église, qui était en fait issue des vaudois qui eux-mêmes tirent leurs origines de l’Église primitive, et Menno Simons n’en était qu’un dirigeant parmi d’autres (notamment Théodore Philippe).

Question:

Alors, si les anabaptistes s’opposent à la foi des catholiques, sont-ils protestants?

Non, clairement, NON! Les anabaptistes ont existé depuis toujours (sous plusieurs appellations différentes: vaudois, donatistes, pauliciens, etc. ). Lorsque la vraie Église de Dieu a été polluée par de nombreux païens et incroyants (surtout à partir du règne de Constantin), elle s’est bien vite scindée entre les vrais chrétiens (indépendants du pouvoir temporel) et ceux qui ont accepté de suivre un pontife temporel. Bien vite, les vrais croyants ont été persécutés par les dirigeants de l’Église de Rome. Ce n’est que des siècles plus tard, après l’invention de l’imprimerie et la diffusion de la Bible à travers l’Europe, que la Réforme a été déclenchée.

Je vous invite à lire ce court article paru récemment dans un périodique de l’Église, qui explique simplement pourquoi nous ne pourrons jamais être considérés comme protestants.

 – Protestants ou anabaptistes?

Il faut savoir que nous croyons que Dieu a préservé son Église à travers les âges, et non pas qu’il l’a ressuscitée à l’époque de la Réforme. Il y a beaucoup d’écrits qui démontrent qu’il y a eu des vrais chrétiens au cours de chaque siècle. Ils avaient une foi pure et non résistante. Ils ont souffert beaucoup de persécution de la part des Juifs, des païens, des catholiques, des musulmans et des protestants. Lisez le Miroir des martyrs si vous voulez en savoir plus.