La résurrection des morts

Survol de l’article

  • La mort n’est pas encore l’état définitif. Selon Holdeman, ni les justes ni les injustes ne reçoivent immédiatement après leur mort la plénitude de leur récompense ou de leur châtiment. Tous attendent la résurrection et le jugement final.
  • Le séjour des morts n’est pas la géhenne. Holdeman distingue soigneusement le hadès, demeure provisoire des morts, de la géhenne, châtiment final après la résurrection. Le riche de Luc 16 souffre déjà dans le séjour des morts, mais il n’est pas encore dans l’étang de feu.
  • Les justes morts sont conscients et au repos auprès de Dieu. Holdeman ne défend donc pas un « sommeil de l’âme ». Les saints jouissent déjà de la paix, mais leur pleine gloire attend encore la résurrection du corps.
  • Tous ressusciteront au dernier jour, justes comme injustes. Holdeman rejette expressément l’idée d’un intervalle de mille ans entre deux résurrections. Il admet tout au plus que les justes puissent précéder les injustes d’un instant.
  • Le corps ressuscité sera véritablement transformé. Le corps corruptible ne reviendra pas simplement dans son ancienne condition : Dieu donnera à chacun un corps spirituel, incorruptible et glorifié, semblable au corps glorieux de Jésus-Christ.
  • La résurrection possède aussi une dimension présente. La puissance qui ressuscitera les corps au dernier jour est déjà à l’œuvre aujourd’hui lorsqu’elle fait passer le croyant de la mort spirituelle à une vie nouvelle en Christ.
  • La conclusion de Holdeman est profondément pratique. La doctrine de la résurrection n’est pas pour lui une simple spéculation sur l’avenir : elle appelle chacun à examiner sa vie, à marcher dans la justice de Christ et à se préparer au jour où tous comparaîtront devant Dieu.

Article (traduction de l’anglais, lui-même traduit de l’allemand, donc il peut y avoir des formulations peu naturelles ou des erreurs qui s’y sont glissées) :

La résurrection des morts sera l’un des plus grands miracles de Dieu. Je suis profondément ému lorsque je pense que j’écris au sujet de cet important article. J’implore sincèrement l’aide du Seigneur pour cette grande tâche. Que Dieu me vienne en aide !

Dans un article précédent, j’ai brièvement parlé de la mort ; je traiterai maintenant de l’état intermédiaire entre la mort et la résurrection. Beaucoup de personnes croient qu’à sa mort, l’homme entre immédiatement soit dans la gloire éternelle, soit dans le châtiment éternel. Je ne vois pas pourquoi une résurrection des morts serait nécessaire si l’homme recevait sa récompense éternelle au moment de sa mort. J’accorde que le récit de l’homme riche semble appuyer cette opinion, mais je crains que peu de gens ne le comprennent correctement. Il me semble que cet homme riche éprouvait, dans l’état intermédiaire, des tourments semblables à ceux de la géhenne. Certaines personnes sont déjà tourmentées de façon presque insupportable dans leur conscience ; c’est un avant-goût de la géhenne, mais non la géhenne elle-même.

Le mot grec hadès (ᾅδης) est employé en Luc 16:23 pour désigner le lieu où se trouvait l’homme riche. Ce mot, hadès (ᾅδης), désigne la demeure des esprits des défunts et, parfois, le tombeau ; mais il désigne rarement le lieu du châtiment éternel, c’est-à-dire la géhenne elle-même, surtout dans le Nouveau Testament. En Matthieu 5:22 ; 18:9 ; 23:15, ainsi qu’en Marc 9:43, 45, 47, le mot grec géhenna (γέεννα, géhenne) désigne le lieu où les condamnés sont tourmentés après la résurrection des morts. Le mot hadès (ᾅδης) est employé en Matthieu 11:23, mais son sens y est quelque peu difficile à déterminer.

L’homme riche n’était pas dans la géhenne, mais dans le séjour des morts ; il n’avait pas encore été ressuscité. Le mot hadès doit donc être compris ici dans son sens général : l’homme riche était arrivé dans la demeure des morts, et sa conscience lui causait une douleur si intense qu’elle ressemblait aux tourments du feu lorsqu’il vit Lazare dans le sein d’Abraham. Il est évident que cela se passait avant la résurrection, puisque l’homme riche désirait que ses frères soient sauvés afin qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de tourment. Au jour du jugement, il serait inutile de faire sortir des hommes de la géhenne pour les y rejeter ensuite. Je crois donc que l’homme riche ne se trouvait pas réellement dans l’étang de feu, mais plutôt dans le séjour des morts, la demeure des esprits des défunts.

Jean vit les morts se tenir devant Dieu. Il vit la mer, la mort et le séjour des morts rendre leurs morts à la résurrection. La mort, qui retient les corps des morts dans la mer et dans les tombeaux, et le séjour des morts, qui est la demeure des esprits des défunts, rendirent tous leurs morts. Chaque corps fut réuni à l’âme qui l’avait quitté lors de la résurrection ; puis la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu, qui est la demeure finale des perdus. Aucune autre interprétation n’est confirmée par les Écritures. Si ces personnes avaient déjà reçu leur récompense et leur jugement, pourquoi serait-il question d’un autre jugement ?

Les Écritures enseignent que la demeure des esprits des méchants est une prison, où ils sont réservés jusqu’au jour du jugement. Sans doute en est-il là, dans une certaine mesure, comme ici-bas : beaucoup de personnes ont ici-bas la conscience accablée, tandis que d’autres entretiennent l’espérance d’être sauvées. Elles meurent dans cet état, et celles qui espéraient être sauvées demeurent dans cette illusion jusqu’au jour du jugement. Quant à celles dont la conscience était tourmentée, elles n’en souffriront pas moins dans le séjour des morts ; elles éprouveront dans leur prison de grandes souffrances de conscience et redouteront terriblement le jour du jugement.

Jésus dit :

« Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » (Mt 7:21-23.)

Le Seigneur avertit fidèlement Ses disciples contre de tels faux prophètes, qui venaient vêtus de peaux de brebis, mais produisaient de mauvais fruits. Il dit que nous les reconnaîtrions à leurs fruits. Si beaucoup de ceux qui demeurent longtemps dans le séjour des morts pensaient avoir servi le Seigneur durant leur vie, il est évident qu’ils ne subissaient pas encore les douleurs de la géhenne avant la résurrection des morts ; autrement, ils n’auraient pas cru qu’ils seraient sauvés à cause de leurs œuvres. S’ils avaient été jetés dans la géhenne après leur mort, ils auraient su qu’ils étaient des ouvriers d’iniquité.

Il est trop évident pour être réfuté que le Sauveur parle aussi de personnes mortes longtemps avant le jugement, car tout le contexte de Son enseignement le montre. Lisez Luc 13:23-28. Ce passage prouve que le Sauveur parle de personnes qui vivaient au temps où Il enseignait, puisqu’Il dit notamment qu’elles se trouveraient dehors.

J’ai donc clairement démontré qu’un grand nombre de personnes ne seront pas jetées dans le châtiment éternel avant la résurrection des morts. Croire que Dieu jetterait certaines personnes dans la géhenne immédiatement après leur mort, mais non les autres, reviendrait à attribuer de la partialité à Dieu. J’ai montré qu’il s’agit ici d’une question de conscience : lorsque la conscience condamne, il en résulte du tourment ; mais lorsqu’elle acquitte, il peut régner une fausse paix. Cela prouve que la conscience n’est pas un guide sûr.

Quant aux justes, je crois qu’ils vont dans un lieu de repos, comme Jésus le dit au malfaiteur repentant : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 23:43). Les justes ne vont pas dans la demeure des âmes des méchants ; Dieu recueille leurs esprits auprès de Lui, ils vivent pour Lui et se reposent de leurs travaux. Cependant, ils ne recevront la plénitude de leur récompense et de leur joie qu’à la résurrection des morts.

Les âmes des justes reposent sous l’autel jusqu’au jour du jugement :

« Quand il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient été immolés à cause de la parole de Dieu et à cause du témoignage qu’ils avaient rendu. Ils crièrent d’une voix forte, en disant : Jusques à quand, Maître saint et véritable, tardes-tu à juger, et à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? Une robe blanche fut donnée à chacun d’eux ; et il leur fut dit de se tenir en repos quelque temps encore, jusqu’à ce que fût complet le nombre de leurs compagnons de service et de leurs frères qui devaient être mis à mort comme eux. » (Ap 6:9-11.)

Cela prouve que ces saints martyrs n’avaient pas encore reçu leur pleine récompense après leur mort. Quoiqu’ils fussent au repos, ils n’étaient pas encore dans la gloire parfaite de Dieu. Tout ce que Paul dit au sujet d’être auprès du Seigneur, ainsi que de son désir de partir, ne contredit nullement ces déclarations. Ces âmes étaient auprès du Seigneur ; elles jouissaient du repos et de la paix et étaient délivrées de toutes les douleurs de ce monde. Paul pouvait donc parler comme il le faisait.

J’ai montré que ces âmes sous l’autel n’avaient pas encore reçu leur pleine récompense. Croire que Paul et d’autres avaient obtenu la plénitude de leur gloire avant la résurrection des morts reviendrait à croire que Dieu possède deux demeures différentes pour Ses saints défunts. Cela ne peut être démontré.

Nous avons parlé de la mort et de l’état des défunts. Nous voulons maintenant décrire la résurrection des morts. La résurrection signifie que la vie est communiquée de nouveau. En hiver, une grande partie de la nature semble morte ; mais au printemps, tout ce qui possède la vie reparaît et se renouvelle. Le morne hiver cède bientôt la place au bel été, avec sa croissance et ses fruits. Les oiseaux chantent, les arbres fleurissent, l’herbe pousse, les fruits se développent, puis vient enfin le temps de récolter ces merveilleux fruits. Quelle heureuse saison ! Mais tout ce que nous offre la nature ne suffit pas à révéler la grande gloire de la résurrection des justes.

La gloire de Dieu s’est révélée dans la résurrection de Son Fils, qui est devenu les prémices de ceux qui sont morts. Rien ne prouve qu’avant la résurrection de Christ un être humain ait jamais été ressuscité pour une vie immortelle. Des personnes avaient bien été ramenées de la mort à la vie, mais seulement à une vie mortelle ; elles demeuraient donc sujettes à la mort. Christ, en revanche, ressuscita glorifié, monta au ciel et vit éternellement auprès du Père. Il est « le premier-né des morts » (Ap 1:5).

Ceux qui furent rendus à la vie avant la résurrection de Christ le furent également par la même puissance et la même gloire de Dieu qui ressuscitèrent Jésus-Christ. Ils constituaient une figure et une preuve de la résurrection ; car si Dieu n’avait pas décrété que Jésus-Christ ressusciterait, personne n’aurait été ramené d’entre les morts et il n’y aurait pas de résurrection.

Paul dit :

« Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ, mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement. » (1 Co 15:21-23.)

Cette résurrection aura lieu à la fin du monde, car c’est alors que le Seigneur viendra.

« Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. » (1 Co 15:51-52.)

« Voici, en effet, ce que nous vous déclarons d’après la parole du Seigneur : nous les vivants, restés pour l’avènement du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui sont morts. Car le Seigneur lui-même, à un signal donné, à la voix d’un archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts en Christ ressusciteront premièrement. Ensuite, nous les vivants, qui serons restés, nous serons tous ensemble enlevés avec eux sur des nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (1 Th 4:15-17.)[i]

Tous les chrétiens qui seront encore en vie à la venue du Seigneur seront changés et rendus semblables à Son corps glorieux, tout comme les chrétiens qui seront morts seront glorifiés lors de la résurrection.

J’ai maintenant démontré que la résurrection et l’enlèvement auront lieu au jour du Seigneur, lorsque sonnera la dernière trompette. Que Christ viendra à la fin du monde est clairement montré dans 2 Pierre, chapitre 3, ainsi que dans beaucoup d’autres passages.

Les justes ne seront pas les seuls à ressusciter ; les impies ressusciteront également. Les saintes Écritures abondent en témoignages selon lesquels tous les peuples et toutes les nations devront comparaître devant Christ et être jugés par Lui lorsqu’Il siégera pour juger. Cela prouve qu’ils devront d’abord être ressuscités. Christ dit :

« Ne vous étonnez pas de cela ; car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix, et en sortiront. Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement. » (Jn 5:28-29.)

Paul témoigna également devant Félix :

« Et ayant en Dieu cette espérance, comme ils l’ont eux-mêmes, qu’il y aura une résurrection des justes et des injustes. » (Ac 24:15.)

De même que le soleil, par sa chaleur et sa puissance, fait sortir de la terre aussi bien les épines et les chardons que le blé et les autres bons fruits et les fait croître, ainsi la voix de Christ appellera hors de leurs tombeaux les justes et les injustes, afin qu’ils se tiennent devant Lui pour être jugés.

Les saintes Écritures donnent certaines raisons de penser que les justes ressusciteront peu avant les injustes. Si l’on considère le jugement, cependant, il est évident que les injustes et les justes se tiendront en même temps devant le tribunal de Christ pour recevoir leur récompense ; ils devront donc ressusciter à la même heure. Il n’est pas clairement déclaré que les justes ressusciteront peu avant les injustes ; mais on pourrait comprendre de 1 Corinthiens 15:23-24 que les justes précéderont les injustes, ne serait-ce que de l’espace d’un clin d’œil.

En Jean 5:28, cependant, il semble que les justes et les injustes entendront en même temps la voix du Fils de Dieu et ressusciteront. Cela arrivera au même moment, ou à la même heure, lors de la dernière trompette. En effet, aucune autre trompette ne sonnera après la dernière ; et puisque les justes ressusciteront alors, les injustes devront eux aussi ressusciter au son de cette trompette, à moins qu’ils ne ressuscitent sans trompette, ce qui est invraisemblable.

Je laisse cette question telle que Dieu l’a ordonnée. Il me paraît toutefois plus vraisemblable que les injustes ressusciteront avec les justes et que c’est ainsi qu’il faut comprendre Paul, en rapport avec le jugement, lorsqu’il dit : « Ensuite viendra la fin » ; car après la résurrection, Christ remettra le royaume à Dieu le Père. Je ne conteste pas l’opinion selon laquelle les justes pourraient ressusciter un instant avant les injustes, puisque la Parole de Dieu ne se prononce pas expressément sur ce point. En revanche, je conteste l’opinion de ceux qui voudraient placer entre les deux un intervalle de mille ans.

Considérons maintenant dans quel corps nous ressusciterons. Ce corps corruptible retournera à la poussière ; néanmoins, Dieu rappellera chacun à la vie. Dans Sa sagesse et Sa toute-puissance, Dieu nous a tous dénombrés ; Il rappellera notre poussière et fera que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité. Le corps corruptible est une habitation convenable pour vivre sur cette terre, mais il ne convient pas à la demeure éternelle dans le ciel, où rien ne sera corruptible.

La chair et le sang ne peuvent hériter le royaume de Dieu. Ceux qui seront encore en vie lorsque Christ viendra devront donc être changés, afin que ce qui est corruptible revête l’incorruptibilité.

« Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps qui naîtra ; c’est un simple grain, de blé peut-être, ou de quelque autre semence ; puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. » (1 Co 15:37-38.)

Il ne faut pas comprendre par là que le corps qui se décompose dans la terre possède en lui un germe d’où croîtrait un corps incorruptible, mais que Dieu nous donne un nouveau corps selon Sa volonté. Il est vrai qu’un grain de blé produit un autre corps de la même espèce que celui qui a été semé ; mais il n’en est pas ainsi dans la résurrection des morts. Nous ne recevrons pas de nouveau un corps corruptible semblable au premier, mais un corps incorruptible, préparé pour notre demeure céleste.

« Il est semé corps animal, il ressuscite corps spirituel. » (1 Co 15:44.) Lisez 1 Corinthiens 15:39-54.

La multitude innombrable de ceux qui ont été ensevelis dans la mer ou sur la terre, ou dont les corps ont été consumés par le feu, ressuscitera tout entière de la poussière, et chacun recevra son propre corps spirituel et incorruptible. Notre corps faible, indigne, pécheur, naturel et corruptible ressuscitera dans la puissance et dans la gloire, dans un état incorruptible, spirituel et céleste. Notre corps d’humiliation sera glorifié et rendu semblable au corps glorieux de Jésus-Christ (Ph 3:21).

La plupart des chrétiens meurent dans une grande faiblesse, chargés des infirmités de cette vie ; les enfants aussi portent en eux le péché jusqu’à la mort. Dieu n’impute pas à Ses enfants tout ce qui leur est inconnu, car autrement Il pourrait en rejeter beaucoup. Ce corps est livré à la mort dans l’ignominie, mais il ressuscite dans la gloire.

Nous ne croyons pas que Dieu pardonne le péché après la mort. Tout péché qui n’a pas été imputé à l’homme pour sa condamnation sera laissé derrière lui à la résurrection, comme une infirmité appartenant au corps faible. Beaucoup meurent dans l’ignorance de tant de choses que je ne voudrais pas les énumérer. Quiconque a reçu beaucoup de lumière peut y réfléchir et verra qu’il en est ainsi ; ceux qui n’ont pas reçu autant de lumière peuvent eux aussi constater que ces choses sont vraies.

Nul ne doit toutefois se reposer sur son ignorance, car elle devient alors de la témérité et cesse d’être de l’ignorance. Dieu connaît la véritable ligne de partage. Il sait ce dont Il ne tient pas compte et ce qu’Il impute pour la condamnation. Les corps des enfants, qui ont été affaiblis par le péché originel, seront eux aussi glorifiés et transformés, et rendus semblables au corps glorieux de Christ par la puissance de la résurrection de Jésus-Christ.

La résurrection de Christ possède une double puissance. Nous faisons l’expérience de la première lorsque nous passons de la mort spirituelle à la vie ; la seconde se manifestera lors de la résurrection du corps. Pour avoir part à la seconde résurrection, nous devons avoir connu la première.

Pour être trouvés dignes de recevoir la puissance de la résurrection de Jésus, qui rendra nos corps semblables à Son corps glorieux lors de la résurrection des morts, nous devons d’abord croire à cette puissance et y avoir part. C’est elle qui nous rachète de la mort spirituelle et nous transplante dans une vie nouvelle en Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur.

Il est nécessaire que nous nous examinions très soigneusement afin de savoir si nous sommes dignes de parvenir à la résurrection des justes. Les paroles de Christ enseignent clairement qu’il en coûte quelque chose pour être trouvé digne de parvenir à la résurrection des morts :

« Mais ceux qui seront trouvés dignes d’avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris. » (Lc 20:35 ; voir aussi Mc 8:34-38.)

Il nous faut nous examiner avec soin pour savoir si nous vivons en Christ, de peur de comparaître devant le Seigneur les mains vides et dans l’illusion en ce jour-là. Paul se proposait la résurrection comme but et cherchait à y parvenir. Il disait :

« Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, et d’être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s’obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi, afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, pour parvenir, si je puis, à la résurrection d’entre les morts. » (Ph 3:8-11.)[ii]

Paul parle principalement de la résurrection des justes. Avons-nous, nous aussi, les mêmes sentiments que Paul ? Désirons-nous connaître Christ et la puissance de Sa résurrection ? Si nous voulons avoir part à la résurrection des justes et au royaume de Christ, nous devons faire ici-bas l’expérience de la puissance de Sa résurrection et vivre dans cette puissance, car Il est « ressuscité pour notre justification » (Rm 4:25). Si nous ne marchons pas dans la justice de Christ, nous ne possédons pas la puissance de Sa résurrection.

Quels fruits glorieux la résurrection de Christ produit-elle ! Elle en a déjà produit beaucoup et elle en produit encore. Les fruits glorieux de la résurrection de Christ ont fait sortir beaucoup de personnes des tombeaux du péché, de l’ivrognerie, de l’avarice, de l’adultère et de toutes sortes d’impiétés, pour les amener à une résurrection nouvelle et spirituelle. Dans cette vie pieuse, la puissance de Christ peut être contemplée comme dans un miroir.

Au grand jour du jugement, cette puissance de la résurrection de Christ sera manifestée d’une manière toute particulière, car les justes resplendiront alors comme le soleil dans leurs corps glorifiés. Le grand nombre des rachetés révélera pleinement la puissance de la résurrection de Jésus-Christ.

Quel réconfort la résurrection des morts apporte à tous ceux qui possèdent l’Esprit de Christ !

« Et si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Christ d’entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Rm 8:11.)

Avant que son frère ne soit ressuscité, Jésus dit à Marthe :

« Ne t’ai-je pas dit que, si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » (Jn 11:40.)

Si ressusciter un seul homme, qui était resté quatre jours dans le tombeau, était déjà une manifestation de la gloire de Dieu, combien plus grande encore sera la gloire de Dieu manifestée lors de la résurrection, lorsque d’innombrables millions de personnes ressusciteront en ce grand jour !

Dieu a accompli de nombreux miracles dans ce monde ; mais je soutiens que la résurrection des morts, au jour du Seigneur, sera l’un des plus grands miracles, sinon le plus grand, que Dieu ait jamais manifesté.

Ô jour glorieux ! Nous, enfants du Dieu tout-puissant, attendons avec joie cette consolation qui sera nôtre au jour de la résurrection. Que Dieu nous accorde la grâce d’arriver à ce jour les mains pleines, afin que nous puissions Lui apporter joyeusement nos gerbes !

Ô Dieu, bénis-nous et bénis cet article !

Jean Holdeman, 1878

Note du traducteur

La distinction que fait ici Holdeman entre le hadès (ᾅδης) et la géhenne (γέεννα) mérite d’être relevée. Dans le Nouveau Testament, ces deux termes ne désignent pas exactement la même réalité. Le hadès, rendu par « séjour des morts » dans la Louis Segond 1910, est présenté comme un état ou un lieu provisoire : en Apocalypse 20:13, « la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux », puis, au verset suivant, « la mort et le séjour des morts furent jetés dans l’étang de feu ». La géhenne, en revanche, est associée au jugement définitif : Jésus parle notamment de Celui « qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne » (Mt 10:28). Cette distinction explique pourquoi Holdeman considère les souffrances de l’homme riche en Luc 16 comme réelles, mais encore antérieures au châtiment final qui suit la résurrection et le jugement.

Cette compréhension s’accorde étroitement avec l’Article 32 des trente-trois Articles de foi de 1600, reproduits dans le Miroir des martyrs. Celui-ci enseigne que les âmes des injustes sont « réservées » jusqu’au dernier jour et qu’après la résurrection, leurs âmes étant de nouveau réunies à leurs corps, elles reçoivent leur condamnation définitive. La terminologie des anciennes versions bibliques ne distinguait pas toujours nettement le séjour des morts de la géhenne ; c’est pourquoi certaines formulations anciennes peuvent paraître ambiguës en français moderne. La distinction exprimée ici par Holdeman permet de mieux comprendre la structure de son enseignement : mort, état d’attente, résurrection, jugement, puis rétribution définitive.


[i] L’édition anglaise suit l’ancien anglais de 1 Thessaloniciens 4:15, prevent (precede, R. V.). Le verbe prevent de la KJV avait alors le sens ancien de « précéder » ; la Revised Version le précisait par precede. La Segond 1910 rend directement le sens par « nous ne devancerons pas ».

[ii] Dans Philippiens 3:8, l’édition anglaise porte le mot de la KJV dung, puis ajoute entre parenthèses as refuse, R. V. La Segond 1910 traduit ici : « je les regarde comme de la boue ».

Le voyage du pèlerin moderne

Chrétien marchait toujours vers la Cité céleste. Et tout le monde trouvait qu’il était trop strict.

Il portait toujours le Livre avec lui partout où il allait. Et c’était bien là le problème.

Quand le Livre disait : « Fuis », il fuyait.
Quand il disait : « Abstenez-vous », il s’abstenait.
Quand il disait : « Renonce à toi-même », il renonçait à lui-même.
Quand il disait : « Prends ta croix », il ne demandait pas s’il en existait une plus légère.

« Tu prends tout cela beaucoup trop au sérieux », lui disait-on.

Chrétien regarda le Livre.

« Le Roi a-t-il changé ? »

« Non. »

« Alors pourquoi changerais-je ? »

Ils le traitèrent donc de légaliste.

Et Chrétien poursuivit son chemin.

Bientôt, il arriva dans une ville où chacun marchait la tête baissée.

Au premier abord, Chrétien pensa que les gens priaient.

Puis il aperçut les écrans lumineux qu’ils tenaient entre leurs mains.

Ils se réveillaient en tendant la main vers eux.
Ils mangeaient avec eux.
Ils les emportaient à l’église.
Ils les emmenaient jusque dans leur chambre.
Ils les mettaient entre les mains de leurs enfants.

Chrétien vit les petits apprendre le nom des célébrités avant celui des apôtres, connaître les tendances du jour avant la vérité, et parler le langage du monde avant d’avoir appris celui des Écritures.

« Qui fait de vos enfants des disciples ? » demanda Chrétien.

« Mais nous ! »

Chrétien regarda les écrans qu’ils tenaient à la main.

« En êtes-vous bien sûrs ? »

Ils dirent qu’il allait trop loin.

Et Chrétien poursuivit son chemin.

Puis il rencontra une femme du nom de Sentiments.

Elle disait à tous :

« Suis ton cœur. »

« Fais ce qui te donne la paix. »

« Si ta conscience ne te reprend pas, c’est que cela ne doit pas être mauvais. »

Chrétien ouvrit le Livre.

« Mais le Livre dit que le cœur est trompeur. »

Sentiments fronça les sourcils.

Chrétien serra plus fermement le Livre contre lui.

« Mes sentiments changent. Celui-ci ne change pas. »

Ils le trouvèrent dur.

Et Chrétien poursuivit son chemin.

Puis Chrétien arriva à la Foire aux Vanités.

Seulement, il n’était plus nécessaire de faire le voyage jusqu’à elle.

La Foire tenait désormais dans la poche de chacun.

La convoitise.
L’envie.
La médisance.
L’orgueil.
La cupidité.
Les fausses doctrines.
Les divertissements sans fin.

Tout cela était à portée d’un simple mouvement du pouce.

Ils y passaient des heures, puis s’étonnaient de n’avoir aucun appétit pour la prière.

Ils remplissaient de bruit chaque instant de silence, puis s’étonnaient de ne plus parvenir à entendre Dieu.

« Ce n’est pas un péché », protesta quelqu’un, la boîte lumineuse à la main.

Chrétien acquiesça.

« Peut-être que non. Mais je me demande si c’est encore vous qui la possédez, ou si c’est elle qui vous possède. »

Ils le trouvèrent vieux jeu.

Et Chrétien poursuivit son chemin.

Les années passèrent.

Le chemin devint plus étroit.

Les hommes donnèrent de nouveaux noms aux compromis.

La mondanité devint liberté.

L’impudicité devint assurance de soi.

La désobéissance devint authenticité.

Le silence devint amour.

Et la sainteté devint légalisme.

Chrétien se demanda parfois s’il n’était pas, après tout, trop strict.

Alors il ouvrit de nouveau le Livre.

Le chemin étroit s’y trouvait encore.

La croix s’y trouvait encore.

« Soyez saints dans toute votre conduite » s’y trouvait encore.

« N’aimez point le monde » s’y trouvait encore.

« Si vous m’aimez, gardez mes commandements » s’y trouvait encore.

Chrétien referma le Livre.

« Ce n’est pas moi qui ai rendu le chemin étroit. C’est le Roi. »

Et Chrétien poursuivit son chemin.

Enfin, il aperçut la Cité céleste.

Et soudain, tous les noms dont on l’avait affublé cessèrent de lui faire mal.

Légaliste.

Extrémiste.

Coupé du monde.

Vieux jeu.

Trop strict.

À la lumière de l’éternité, l’opinion des hommes était devenue bien petite.

Chrétien regarda le Livre usé qu’il tenait entre ses mains et songea à tout ce qu’il avait abandonné afin de lui obéir.

Et là, au seuil de l’éternité, il avait des regrets.

Mais aucun d’eux n’était celui-ci :

« J’aurais aimé faire davantage de compromis. »

Peut-être avons-nous posé la mauvaise question.

Non pas :

« Est-ce vraiment si mauvais ? »

Mais :

« Cela me rend-il davantage semblable à Christ ? »

Non pas :

« Est-ce que je me sens repris dans ma conscience ? »

Mais :

« Qu’a dit Dieu ? »

Et peut-être devrions-nous cesser d’avoir tellement peur que nos enfants nous trouvent trop stricts, au point de les livrer à un monde qui, lui, ne craint nullement d’en faire ses disciples.

La Cité céleste est devant nous.

Nos enfants nous regardent.

L’éternité approche.

Le Livre est toujours vrai.

Le chemin est toujours étroit.

Et le Roi est toujours digne.

Alors, Chrétien…

poursuis ton chemin.

Texte traduit de l’original anglais de Sarah Trent, avec son aimable permission.

Que faut-il pour accomplir la Grande Mission?

Bonne lecture du dimanche!

Du danger de la tiédeur

Leçon d’école du dimanche numéro 9

2 août 2026

Lecture préparatoire : Apocalypse 3

Texte de la leçon : Apocalypse 3.14-21; 2 Rois 13.15-19

Introduction

La tiédeur désigne d’abord une température située quelque part entre le chaud et le froid. Cette image sert également à mesurer notre ferveur spirituelle. Dieu désire que nous soyons remplis de zèle; Il veut que nous soyons bouillants. Lorsque nous sommes animés d’une telle ferveur, le salut de notre âme devient notre préoccupation première, et le salut de notre prochain nous tient également à cœur.

Les dangers sournois de la tiédeur sont l’assoupissement et la négligence. À mesure que nous cédons à ces tendances, notre ardeur pour le service chrétien diminue; céder à la tentation ne nous paraît plus aussi dangereux, et l’objet de notre premier amour perd de son importance. Dans cet état, nous perdrons assurément la grâce et la puissance.

Verset clé

Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu » (Luc 9.62).

Texte de la leçon

Apocalypse 3.14 Écris à l’ange de l’Église de Laodicée : Voici ce que dit l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu :

15 Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant !

16 Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.

17 Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu,

18 je te conseille d’acheter de moi de l’or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies.

19 Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. Aie donc du zèle, et repens-toi.

20 Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.

21 Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône.

2 Rois 13.15 Élisée lui dit : Prends un arc et des flèches. Et il prit un arc et des flèches.

16 Puis Élisée dit au roi d’Israël : Bande l’arc avec ta main. Et quand il l’eut bandé de sa main, Élisée mit ses mains sur les mains du roi,

17 et il dit : Ouvre la fenêtre à l’orient. Et il l’ouvrit. Élisée dit : Tire. Et il tira. Élisée dit : C’est une flèche de délivrance de la part de l’Éternel, une flèche de délivrance contre les Syriens; tu battras les Syriens à Aphek jusqu’à leur extermination.

18 Élisée dit encore : Prends les flèches. Et il les prit. Élisée dit au roi d’Israël : Frappe contre terre. Et il frappa trois fois, et s’arrêta.

19 L’homme de Dieu s’irrita contre lui, et dit : Il fallait frapper cinq ou six fois; alors tu aurais battu les Syriens jusqu’à leur extermination; maintenant tu les battras trois fois.

Étude de la leçon

Bien que Jean ait écrit ces paroles aux Églises d’Asie, le message lui-même venait de Jésus. Celui-ci Se présenta aux Laodicéens afin qu’ils reconnaissent Son autorité. La Parole de Dieu nous apprend que, dans les derniers temps, c’est-à-dire l’ère de l’Évangile, Dieu nous a parlé par Son Fils (Hébreux 1.2), le témoin fidèle et véritable, le Fils premier-né de Dieu.

Comme Il l’avait fait pour toutes les autres Églises, Jésus jugea les Laodicéens d’après leurs œuvres. Les œuvres révèlent les affections du cœur. Comme beaucoup de chrétiens au cœur partagé, ils ne se rendaient probablement pas compte à quel point leurs actions dévoilaient clairement leur véritable attachement. À mesure que leur amour pour Dieu diminuait, les choses du monde commençaient à retenir leur attention. Leurs convoitises charnelles prirent plus d’importance que la vie spirituelle, et les préoccupations matérielles occupèrent une place prépondérante. Ils avaient acquis assez de prospérité pour ne plus éprouver le besoin de demander à Dieu de pourvoir à leurs besoins quotidiens.

Les Laodicéens possédaient les biens matériels de ce monde, mais ce qui leur arrivait réellement semblait échapper à leur compréhension. La vie était confortable et ils pouvaient satisfaire leurs désirs charnels. Sans comprendre à quel point la grâce rédemptrice de Jésus les avait jusque-là préservés, ils retombèrent dans leur ancienne condition misérable, privés de la bénédiction de Dieu et des dons du Saint-Esprit. Lorsque le plaisir a perdu son attrait, le vide du cœur revient et laisse derrière lui frustration et malheur. Peu à peu, la séduction leur avait ôté la vue spirituelle. L’attrait et l’intérêt grandissants qu’ils éprouvaient pour les choses du monde formaient comme une cataracte qui les empêchait de voir. Les Laodicéens étaient devenus aveugles. Ils avaient rejeté les robes de justice qui leur avaient été accordées pour revêtir les vêtements de l’orgueil. Spirituellement, ils étaient nus, dépouillés et indigents.

Que pouvaient faire ces pauvres chrétiens de Laodicée ? Quelles possibilités leur restaient-ils ? Ils pouvaient continuer à justifier leur conduite et conclure qu’il n’était pas tellement important de prendre la vie chrétienne au sérieux ni d’en manifester extérieurement les fruits. Ils pouvaient aussi se repentir. Jésus avait dit : « Ayez du zèle et repentez-vous. Vous devez revenir à la vérité. Je vous demanderai de rechercher les véritables richesses; vous devez être de nouveau revêtus d’humilité. Si vous ne vous repentez pas, vous Me répugnez. Vous ne pouvez plus souiller Mon Église. »

Le message de Jésus aux Laodicéens était un message de miséricorde. Parce qu’Il les aimait, Il ne pouvait pas les laisser persévérer dans la séduction; Il les reprit donc et les châtia. La repentance leur ouvrirait la porte du pardon et les laverait dans le sang versé de Jésus. Elle les détacherait également de l’or terrestre pour reporter leurs affections sur l’or céleste et pur. La robe de la justice de Jésus pourrait de nouveau couvrir leur nature pécheresse. Ils auraient toutefois besoin de l’aide de leurs frères spirituels, qui agirait comme un collyre afin de les aider à retrouver la vue spirituelle.

Le passage du deuxième livre des Rois nous montre la foi tiède de Joas, roi d’Israël. Il n’avait pas abandonné les péchés de Jéroboam, le premier roi qui avait fait pécher Israël. Si Joas désirait être délivré des Syriens, ce n’était pas pour qu’Israël puisse servir Dieu de tout son cœur. Ce qui le préoccupait surtout, c’était que les Syriens les empêchaient de vivre librement selon leurs désirs pécheurs. Dieu envoya Élisée afin d’encourager Joas en vue de la délivrance d’Israël. Le manque de zèle de Joas irrita le prophète et déplut certainement à Dieu. À cause de cette insuffisance, Israël ne serait jamais entièrement délivré.

Le roi manifesta son manque de consécration par son manque de zèle. Sa tentative sans conviction révèle que sa fidélité envers Dieu était partagée. Lorsque les Israélites se consacraient entièrement à Dieu, Il les délivrait aussi bien par un petit nombre que par un grand. Mais lorsqu’ils n’accomplissaient pas Sa volonté, ils perdaient les batailles, peu importe la taille de l’armée qu’ils parvenaient à rassembler.

Vérités pratiques pour aujourd’hui

Qu’est-ce qui pousse une personne à chercher Dieu ? Lorsque Dieu commence à appeler quelqu’un au salut, cette personne prend conscience que ses péchés se dressent entre elle et Dieu. Le péché devient un lourd fardeau et rend malheureuse la personne qui en est convaincue. Incapable de se libérer de l’esclavage du péché et prisonnier de la crainte du jugement de Dieu, le pécheur se voit voué à une éternité de souffrance dans la perdition de l’enfer. L’état de son âme devient alors une question primordiale et absorbante, à laquelle il doit absolument faire face.

Le Saint-Esprit offre doucement une espérance. Lorsque les pécheurs s’humilient, prient, confessent leurs péchés et abandonnent leur vie à Dieu, Celui-ci leur pardonne et leur accorde une paix accompagnée d’une joie et d’une reconnaissance profondes. Un premier amour ardent pour le Seigneur découle d’une véritable expérience du salut. Il est suivi du désir d’obéir au Sauveur et de Lui plaire. La présence intérieure du Saint-Esprit, jointe à un engagement ferme envers Dieu, complète le tableau de ce que signifie être spirituel et brûler de zèle pour Dieu.

Que faut-il faire pour conserver une telle consécration à Dieu ? Le chrétien nouveau-né doit être nourri du lait pur de la Parole. Un vieux cantique anglais dit : « La prière est le souffle vital du chrétien ». Dans la prière, nous remercions Dieu de tout ce qu’Il a fait pour nous, nous Lui demandons de nous faire comprendre Sa volonté et nous Lui faisons part de nos luttes intérieures. En retour, Il promet de nous accorder Son aide. Dans nos méditations, Il nous guide par les impressions du Saint-Esprit.

À mesure que nous croissons dans la grâce et dans la connaissance, notre Père céleste nous confie des tâches à accomplir. Nous sommes bénis lorsque nous nous appliquons à faire ce qu’Il nous demande. Il nous appelle à renoncer aux désirs charnels qui proviennent de ce vase d’argile dans lequel nous vivons. Cependant, pour le chrétien sincère, Ses commandements ne sont pas pénibles.

Qu’est-ce qui peut refroidir spirituellement un croyant qui se trouve dans un tel état ? Souvent, l’émotion et les sentiments que nous goûtions tant après notre rencontre avec Dieu commencent à s’estomper. Nous découvrons alors qu’il nous faut nous fier aux promesses de Dieu et vivre par la foi, ce qui n’est pas toujours facile. Les pressions sociales, comme le désir de plaire à nos amis ou à ceux que nous côtoyons, peuvent affaiblir notre empressement à plaire au Seigneur. Notre vieille nature charnelle remarque les choses séduisantes que le monde nous offre, et le diable nous souffle qu’y goûter un peu ne fera aucun mal. Nous nous laissons absorber par les préoccupations de la vie quotidienne, et notre lecture de la Bible ainsi que nos prières diminuent. Sous l’effet de telles influences, nous commençons à perdre notre ferveur : nous devenons tièdes.

L’assoupissement spirituel commence à émousser notre discernement du bien et du mal. Renoncer à nous-mêmes ne nous paraît plus aussi nécessaire, mais cette voix est très trompeuse. L’idée selon laquelle il suffirait de « suivre son cœur » est séduisante et fait paraître les anciens sentiers démodés. Nous pouvons nous engager très activement dans toutes sortes d’activités; cependant, à mesure que le fondement s’effrite, l’édifice spirituel se construit sur le sable et ne résistera pas aux tempêtes de la vie. Voilà le danger de la tiédeur !

Si nous constatons que nous sommes devenus tièdes, prenons garde à l’avertissement : Jésus affirme clairement qu’Il rejettera les tièdes s’ils ne se repentent pas. Une repentance véritable est le remède à la tiédeur et à la superficialité. Nous pourrions essayer de conserver certains griefs; le sentiment d’avoir véritablement été traités injustement peut nous empêcher de pardonner entièrement à celui qui nous a offensés. Mais lorsque le Saint-Esprit nous révèle notre état, nous sommes prêts à dire à Jésus : « Que veux-Tu que je fasse ? » Se repentir, c’est changer de direction, et non simplement réorganiser quelques éléments de notre vie ou adopter une autre manière de penser. C’est retrouver notre premier amour pour Dieu, nous charger de notre croix et suivre Jésus.

Le Seigneur déclara qu’Il préférerait que les Laodicéens soient froids ou bouillants. Pourquoi voudrait-Il que nous soyons froids plutôt que tièdes ? Dans la tiédeur, nous croyons encore être sauvés. La séduction nous empêche de nous alarmer de notre état. C’est une situation confortable, dans laquelle nous souhaitons demeurer. Nous pouvons alors proclamer que nous jouissons d’une merveilleuse communion fraternelle, de l’amour de Dieu et de ce que nous prenons pour Sa bénédiction.

Lorsqu’une personne est froide, elle sait qu’elle est éloignée de Dieu. Elle ne cherche pas à convaincre les autres ni à se persuader elle-même que tout va bien. La conscience d’être perdue rend plus réelle la perdition éternelle. La conviction suscitée par Dieu peut plus facilement atteindre une personne qui se trouve dans cet état.

Questions

1. Qu’est-ce qui fait naître la tiédeur dans la vie personnelle ?

2. Quelle importance les dévotions personnelles ont-elles ?

3. Dans quelle mesure le culte familial est-il essentiel au maintien de la vitalité spirituelle ?

4. Comment pouvons-nous nous encourager mutuellement à craindre l’Éternel et à nous parler souvent les uns aux autres ? (Malachie 3.16.)

5. Qu’est-ce qu’un « zèle pour Dieu, mais sans intelligence » ? (Romains 10.2.)

Qui sera sauvée en devenant mère?

Les mystérieuses voies de Dieu

Andrée Toews, née Froment

Je n’ai pas grandi dans un foyer chrétien, mais je suis reconnaissante au Seigneur d’être venu me chercher et de m’avoir attirée vers Son peuple bien-aimé.

J’ai été baptisée enfant dans l’Église catholique et j’ai fait ma première communion à onze ans, après deux années de catéchisme ; pourtant, je n’ai jamais connu de véritable refuge spirituel. À quinze ans, j’ai subi une petite opération et passé plusieurs journées solitaires à l’hôpital. Pendant mon séjour, j’ai commencé à comprendre que j’avais besoin de l’aide de Dieu. Le prêtre nous avait enseigné qu’il fallait passer par lui pour communiquer avec Dieu ; néanmoins, pour la première fois de ma vie, je me suis adressée directement à Dieu dans la prière. Par la suite, je me suis souvent tournée vers Lui pour demander Son aide.

Mon enfance a été merveilleuse. J’aimais mes parents, et ils m’aimaient tendrement. Leur mariage était beau, et notre foyer débordait d’amour. Cependant, on n’y priait jamais. Mes parents n’allaient jamais à l’église et avaient perdu confiance en l’Église catholique. J’entendais souvent mon père et son frère se demander l’un à l’autre : « Où est Dieu? »

J’ai vécu une enfance très protégée et j’ai toujours fréquenté une école de filles. À dix-huit ans, j’ai commencé à travailler dans un bureau. J’y ai brusquement découvert l’autre face du monde. J’y ai vu et entendu des gens qui ne servaient pas Dieu, mais leurs propres désirs. L’infidélité conjugale était courante, et on en parlait ouvertement.

« Dieu doit sûrement avoir quelque part un peuple au sein duquel règnent la paix, la confiance et l’amour », me disais-je.

Quelque temps plus tard, j’ai vécu une expérience dont le sens ne m’a été révélé que quatre ans après. Dieu m’a parlé clairement : « Un jour, tu seras différente des tiens. » Cette pensée étrange a troublé mon cœur. Cela voulait-il dire que je devais devenir religieuse? Je ne le voulais pas, et cette idée m’effrayait.

J’ai continué à prier, et j’ai bientôt rencontré des missionnaires qui faisaient une brève halte à Paris en route vers leurs champs de mission en Afrique. Je les connaissais peu, mais nos rencontres étaient chaleureuses et réconfortantes. Je crois que Dieu me conduisait peu à peu hors d’un passé froid et sombre.

Un jour, en rendant visite à une collègue de bureau, j’ai fait un autre pas important vers la lumière. J’ai remarqué qu’elle lisait un livre qui m’était étranger. J’ai voulu savoir ce que c’était et lui ai demandé où elle en était dans sa lecture. Elle m’a expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un livre ordinaire, mais de la Bible, divisée en livres, chapitres et versets. J’avais dix-huit ans lorsque j’ai découvert la Bible pour la première fois. L’Église catholique en interdisait la lecture1, et on ne m’avait appris à connaître ni Jésus ni Son enseignement sur la repentance. J’ignorais donc tout du plan du salut.

Enfant, je m’étais souvent demandé ce qui arriverait si mes parents mouraient. Serait-ce la fin? Personne ne m’avait dit que nous avions, eux comme moi, une âme immortelle. Personne ne m’avait dit que Jésus était mort pour moi personnellement. Un jour, mon amie m’a invitée à assister à des réunions de Jeunesse pour Christ et à des réunions d’évangélisation. Ces rencontres étaient si différentes, si chaleureuses ! J’y ai entendu pour la première fois des cantiques comme « Quel ami fidèle et tendre nous avons en Jésus-Christ » et « Love Lifted Me ». La prédication était dans ma langue, le français, et je pouvais la comprendre. Elle a touché mon cœur, et quelqu’un m’a donné une Bible.

L’armée allemande occupait la France depuis près de cinq ans quand les Alliés ont libéré Paris ; huit mois plus tard, j’ai rencontré Roy. « Dieu agit par des voies mystérieuses pour accomplir Ses merveilles. » Nous n’étions convertis ni l’un ni l’autre, mais je crois fermement que Dieu nous a conduits l’un vers l’autre. Roy avait grandi dans un foyer mennonite chrétien, mais n’avait jamais donné son cœur au Seigneur.

Nous nous sommes mariés, si heureux d’être enfin réunis. J’avais quitté ma patrie, la France, pour venir m’installer à Winton, en Californie ; pourtant, mon cœur était troublé. J’étais inquiète : quelque chose manquait à notre vie. Qu’était-ce? J’aimais la famille de Roy et leurs amis chrétiens, et je ressentais leur amour. Je comprenais aussi que j’avais trouvé le peuple de Dieu que j’avais tant désiré trouver, un peuple où régnaient l’amour et la confiance. Pourtant, notre vie prenait un tour de plus en plus frivole : fêtes animées, spectacles, danses. J’avais peur. Je craignais que nous ne soyons entraînés toujours plus vite et qu’un malheur ne nous attende un jour. Par moments, je sentais que Dieu me conduisait avec tant de grâce et de tendresse. Roy avait beaucoup d’amis. Ils faisaient des projets et organisaient des activités, mais peu de ces projets ou activités faisaient une place au Seigneur ou aux promesses faites au cours des difficiles années qui venaient de s’écouler.

Roy prenait des leçons de pilotage, ce qui éveillait une grande crainte dans mon cœur. S’il lui arrivait quelque chose? Je me retrouverais toute seule dans un pays étranger. Un soir, Roy suivait des cours. Il se faisait très tard, et mon inquiétude grandissait. Soudain, Dieu m’a parlé très clairement en ces mots : « Le moment est venu de changer complètement ta vie. » Mais comment, et où?

Plus tard ce soir-là, je me suis dit qu’il fallait absolument que je voie quelqu’un et que je lui parle. Je suis allée chez John et Bertha Jantz et leur ai confié mes craintes et mes préoccupations. Ils m’ont parlé de leur désir de devenir chrétiens et de servir Dieu. Ces paroles m’ont profondément frappée. Voilà ce que je voulais.

Le mot « chrétien » a brillé comme une lumière dans les ténèbres. Il était évident que Dieu voulait mon cœur, ma vie et mon entière consécration. Mes simples prières, mes désirs et les expériences de mes jeunes années trouvaient-ils maintenant leur réponse et leur accomplissement? J’ai dit au Seigneur : « Je connais si peu Ta voie, Ton peuple et l’Église. » Il m’a répondu : « Avance un pas après l’autre. »

Lorsque Roy est enfin rentré, je lui ai annoncé ma décision de devenir chrétienne. Cette déclaration l’a stupéfié et pris au dépourvu. Il a simplement répondu : « Très bien. » Ma deuxième déclaration l’a encore plus surpris : « Toi aussi, tu vas devenir chrétien. » Il a répliqué : « C’est pas comme ça que ça se passe. On peut peut-être en reparler une autre fois. » J’ai insisté : « Nous ne pouvons plus laisser cette question en suspens ni la remettre à plus tard. » Il m’a répondu : « Il est tard ; on va se coucher et on en reparle demain matin. »

Je ne crois pas être naturellement hardie, mais ce que j’ai dit ensuite l’était assurément. Je lui ai déclaré : « Personne ne se couche avant que nous ayons tous les deux réglé cette question. » Des réunions de réveil se tenaient à Winton depuis déjà quatre ou cinq semaines. Roy savait que j’étais déterminée. Il m’a promis que nous assisterions à la réunion d’évangélisation et que, si Dieu l’appelait, il répondrait à Son appel. Cette promesse m’a rassurée, et nous sommes allés nous coucher.

Le lendemain soir, nous sommes allés à l’église et avons entendu le message de l’Évangile. Lorsque l’appel a été lancé, nous avons décidé de laisser Jésus entrer dans nos cœurs et nous nous sommes levés. Notre vie n’a plus jamais été la même. Nous nous sommes entièrement consacrés au Seigneur.

Quand la main du Seigneur nous touche, tout change. Nous avons écarté de notre vie toute impureté et laissé Dieu mettre Son amour dans nos cœurs. Nous avons été baptisés et reçus au sein de l’Église de Dieu en Christ (mennonite) le 9 mars 1947, deux mois après notre mariage. J’étais désormais libre et je me sentais si bien parmi le peuple de Dieu. Nous étions reconnaissants envers notre Père céleste, dont la sagesse est parfaite et qui connaît toutes choses, et nous priions pour que nos vies, nos actes et notre fidélité glorifient le Seigneur.

-Andrée Froment Toews

Station de l’Opéra en 1943, sous l’occupation allemande, moins de deux ans avant la rencontre de Roy et Andrée sur les lieux.

Andrée Froment, née à Paris en 1926, échappa de peu à la mort en août 1944, lors de la libération de Paris, lorsqu’un soldat allemand tira plusieurs fois sur elle, alors qu’elle regardait par sa fenêtre, attendant l’arrivée imminente des Alliés. Quelques mois plus tard, Dieu permit qu’elle rencontra Roy, un infirmier dans l’armée américaine, alors qu’il sortait de la station de l’Opéra, à Paris. Roy avait été élevé dans une famille mennonite-anabaptiste non-résistante, qui ne s’engageait pas dans la guerre. Mais Roy n’avait pas choisi ce chemin. Il ne savait pas que Dieu se servirait de sa rencontre avec Andrée pour l’amener à l’Église de Dieu en 1947. Plus tard, Roy et Andrée participèrent à la fondation de l’assemblée de Scio en Oregon. Ils furent aussi impliqués dans la mission de Mouscron (sur la frontière belgo-française) dans les années 1980 et 1990. Andrée enseigna aussi le français à plusieurs missionnaires en partance pour l’Afrique et traduisit plusieurs traités et livrets publiés par l’Église. Elle quitta cette vie en septembre 2025, quelques jours avant d’atteindre l’âge de 99 ans.

  1. Cette affirmation n’est pas exacte, voir les commentaires en bas de l’article. ↩︎

Lorsque la Bible se remit à parler la langue du peuple

1160 — C’est une année qui était autrefois célébrée avec joie par beaucoup de chrétiens pieux et zélés, qui abhorraient la papauté, et dans laquelle, jusqu’à ce jour, bon nombre de ceux qui craignent Dieu se réjouissent. 

Car alors, et surtout peu de temps après, la papauté et ses superstitions reçurent le coup le plus sévère que nous ayons lu dans l’histoire ; et la vérité divine, qui, jusqu’alors, semblait, à bien des égards, avoir été piétinée de la manière la plus indigne, releva joyeusement la tête et triompha. 

Les doctrines contre le baptême des enfants, contre la prestation de serments, contre la guerre, et contre presque toutes les mauvaises pratiques et le culte corrompu de l’Église romaine, dont personne n’osait parler auparavant qu’avec crainte et tremblement, et souvent uniquement en privé, furent désormais prêchées hardiment, fréquemment et publiquement défendues, et, malgré les menaces du pape de Rome, maintenues. 

Cela commença principalement avec Pierre Valdo1 à Lyon, en France, et fut poursuivi par ses successeurs ; cependant, afin de traiter l’affaire de manière ordonnée, nous commencerons par la conversion de Pierre Valdo, pour ensuite passer à ses successeurs.

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DE LA CONVERSION DE PIERRE VALDO, ET DE L’ESSOR DES VAUDOIS, ETC.

Matthias Flacius Illyricus (Catalogus testium veritatis, entre les p. 263 et 277, d’après J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601), écrit : « Vers l’an 1160, plusieurs des principaux citoyens de Lyon étaient ensemble, s’entretenant de diverses choses, comme c’est l’usage durant la saison estivale, en Italie et en France. Comme ils se tenaient ainsi ensemble, l’un d’eux tomba tout à coup à terre et expira, sous leurs yeux.

Ce terrible événement, exemple de la mortalité de l’homme et de la colère divine, terrifia l’un d’entre eux, à savoir Pierre Valdo, un homme très fortuné. Il commença à réfléchir et résolut (poussé, sans aucun doute, par le Saint-Esprit) de se repentir, d’amender sa vie et d’être plus diligent dans la crainte de Dieu qu’il ne l’avait été jusque-là2

Il se mit donc à distribuer des aumônes généreusement et en temps opportun, à disposer aux bonnes choses sa famille et les autres personnes qui venaient à lui, et à les exhorter à la repentance et à la vraie piété.

Ayant ainsi fait pendant quelque temps beaucoup de bien aux pauvres, et devenant de plus en plus zélé à apprendre et à enseigner les autres, et comme les gens venaient vers lui en nombre toujours croissant, il se mit donc à leur présenter, non ses propres opinions, mais les Saintes Écritures, les exposant et les expliquant dans la langue française3 vernaculaire.

Mais l’évêque et les prélats, qui, comme le dit Christ, détiennent la clé du royaume, et pourtant n’entrent pas eux-mêmes et ne permettent pas aux autres d’entrer, furent très vexés que cet homme du commun réputé sans instruction ose traduire les Saintes Écritures en langue vernaculaire et les exposer, et que déjà un grand nombre de personnes affluaient en sa maison, qu’il instruisait et exhortait.

Pierre Valdo était profondément résolu à promouvoir à la fois l’honneur de Dieu et le salut des hommes ; et le peuple était si avide de la Parole de Dieu, laquelle n’était prêchée ni purement ni ouvertement dans les églises, qu’il ne put être détourné par le commandement de ces pharisiens papistes et de ces souverains sacrificateurs ; c’est pourquoi l’enseignant et ses disciples répondirent qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Valdo résolut donc, malgré les commandements des méchants, de nourrir les chrétiens affamés non seulement de sa subsistance temporelle, laquelle, en raison de sa distribution libérale, diminuait de jour en jour, mais aussi de la Parole de Dieu, et de bonnes instructions et d’exhortations. 

Comme les prélats, par leur tyrannie et leurs décrets non chrétiens, cherchaient à étouffer et à exterminer la prédication pure et simple de la Parole de Dieu, une raison suffisante fut ainsi donnée à Valdo et à ses adhérents de s’enquérir avec plus de soin de la religion et des desseins des prêtres, et de s’exprimer avec plus de hardiesse contre eux.

La lutte avec les prêtres devenant de plus en plus longue et violente, davantage de corruptions et de superstitions furent découvertes dans la religion papiste, et attaquées. En ce temps-là, Valdo lut également, en langue vernaculaire, certains témoignages tirés des écrits des pères, grâce auxquels il défendit ses disciples non seulement par les Saintes Écritures, mais encore par les témoignages des anciens, contre les ennemis de la vérité.

Lorsque l’évêque, ses pharisiens papistes et ses scribes, virent avec quelle constance Valdo et ses adhérents enseignaient la Parole de Dieu, et furent irrités de voir que leur propre infamie, leur ignorance et leur inconstance dans la doctrine, ainsi que d’autres absurdités, étaient attaqués par Valdo et ses disciples, ils les excommunièrent tous. 

Peu de temps après, constatant que même l’excommunication ne pouvait les détourner de leur dessein, on les relégua dans la misère, on les persécuta par l’emprisonnement, par l’épée et par le feu, et on les traita très cruellement, de sorte qu’ils furent contraints, en raison de la détresse et du danger encourus, de quitter Lyon et de se disperser dans diverses contrées.

On peut présumer que les assemblées de Valdo, ou certaines d’entre elles, auxquelles il enseignait à Lyon, y demeurèrent quatre ou cinq ans, jusqu’à ce qu’elles soient totalement chassées de cette ville ; car Valdo était un homme d’une trempe exceptionnelle, et il est dit qu’il avait beaucoup de parents et qu’il ne pouvait donc pas être saisi ni réduit au silence du jour au lendemain ; d’ailleurs, il n’avait pas d’emblée attaqué les prêtres du pape.

Mais à la fin, ces pieux disciples furent poursuivis avec une grande fureur, dans toute la chrétienté; ils furent traqués çà et là par les inquisiteurs, ce dont nous devons rendre grâce à ces loups ravissants qui se promènent en vêtements de brebis et se font appeler moines. » J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601–604, d’après M. Flacius Illyricus.

Claude de Rubys rapporte que Valdo et ses disciples furent complètement expulsés de Lyon ; tandis qu’Alberto Cattaneo dit qu’ils ne purent pas l’être entièrement. Nous n’avons rien pu apprendre de plus sur cette première persécution, sinon que les vaudois, ainsi appelés d’après Valdo4, après s’être enfuis de Lyon, suivirent leur maître, puis se dispersèrent en groupes, dans diverses contrées. B. Lydius, trad./éd., De historie vanden Waldensen ghedeelt in drie deelen (Dordrecht, 1624), Iʳᵉ partie, liv. I, chap. 1, p. 3, col. 1, d’après Claude de Rubys, Histoire de Lyon, p. 269 ; A. Cattaneo, De origine Valdensium, p. 1.

NOTE : Pierre de Blois, un savant bien connu par ses écrits, enseigna, en l’an 1167, que Rome était la vraie Babylone dont Jean a prophétisé ; que les fonctionnaires de la cour romaine étaient de véritables harpies, et les prêtres, de vrais veaux de Béthel, des prêtres de Baal, des idoles égyptiennes, et qu’à Rome tout s’obtenait à prix d’argent. P. J. Twisck, Chronijck, p. 479, col. 1, d’après P. Merula, Tijdt-thresoor, p. 767.

Vers l’an 1170 — Pour l’an 1160, nous avons donné un exposé concernant Pierre Valdo et sa conversion, ainsi que du fait qu’il avait amené à la lumière du saint Évangile beaucoup de ceux qui étaient assis dans les ténèbres de la papauté. Il est rapporté de ces personnes que, dans leur doctrine, leur foi et leur vie, ils ressemblaient aux apostoliques, dont nous avons fait mention pour l’an 1155, où nous avons déclaré qu’ils étaient opposés au baptême des enfants, au purgatoire, etc. L’essor de ces personnes, appelées vaudois ou albigeois, est fixé vers l’an 1170, c’est-à-dire dix ans après que Pierre Valdo ait commencé à les enseigner. Nous traiterons de cela de manière plus complète et détaillée dans les prochaines pages. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 599, et H. Montanus, Nietigheydt van den Kinder-doop, p. 85 ; voir aussi, Introduction au Miroir des martyrs, p. 50, col. 1, 2, (bien que l’essor principal dudit peuple y soit fixé en l’an 1176) d’après C. Baronio, pour l’an 1176, n° 1–3.

NOTE : Il ressort de plusieurs auteurs anciens que les vaudois, ou du moins des personnes professant la même foi, existaient bien avant l’an 1170, et même avant l’an 1160. En effet, dès 1160, leur nombre s’était tellement accru qu’ils furent cités à comparaître devant un synode à Rome, où ils furent condamnés comme hérétiques obstinés. Jean d’Oppido le rapporte. La même chose se produisit en l’an 1163 ou 1164 au concile de Tours. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 676.

Par conséquent, lorsque certains auteurs fixent leur commencement vers l’an 1170, il ne faut pas entendre par là l’origine de ce peuple, mais plutôt l’époque de son essor, de son accroissement et de sa plus grande visibilité.

  1. Aussi appelé Vaudès. — NDLT ↩︎
  2. Une autre tradition concernant la conversion de Pierre Valdo est rapportée dans la Chronique universelle de l’Anonyme de Laon, rédigée vers 1218. Selon ce récit, Valdo aurait été profondément touché en entendant un jongleur chanter la vie de saint Alexis, qui avait renoncé aux richesses et aux honneurs. Il aurait ensuite demandé à un maître en théologie quelle était la voie la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Dieu, et celui-ci lui aurait répondu par ces paroles de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (Mt 19:21). Cette tradition et celle de la mort soudaine d’un ami, rapportée ici, ne s’excluent pas nécessairement : les deux événements ont pu contribuer, à des moments différents, à éveiller puis à affermir sa résolution. Il se peut également que chacune ne conserve qu’une partie d’un cheminement spirituel plus long. Faute de témoignage direct de Valdo, les circonstances précises et complètes de sa conversion demeurent incertaines. Voir Chronicon universale anonymi Laudunensis, à l’an 1173. — NDLT ↩︎
  3. Francoprovençale. — NDLT ↩︎
  4. Cette affirmation, venant à l’origine d’auteurs catholiques et reprise par Jean-Paul Perrin puis Thieleman van Braght, doit être nuancée. Il n’est pas du tout sûr que le nom des vaudois soit dérivé de Pierre Valdo, ou Vaudès, de Lyon. Plusieurs historiens et linguistes l’ont plutôt rattaché aux vallées où vivaient ces croyants, à partir de formes telles que Vallenses ou Valdenses ; d’autres ont même soutenu que Valdo aurait reçu son surnom à cause de ses rapports avec eux, ou du fait d’origines remontant à ces vallées. Alexis Muston reconnaît que cette hypothèse ne repose pas sur des preuves positives, mais la tient pour défendable et plus naturelle que l’opinion commune. Il faut donc éviter de faire de Valdo le fondateur ou l’origine certaine du nom des vaudois. Notons que dans la Noble Leçon (Nobla Leyczon), célèbre poème vaudois datant probablement de l’époque de Vaudès ou même avant, le terme « vaudès » est déjà employé pour calomnier les vrais chrétiens : « Ilh diçon qu’el es vaudes e degne de punir » (Ils disent qu’il est vaudois et digne d’être puni, ligne 373). — NDLT ↩︎