Miroir des martyrs: POMPONIO ALGIERI, JEUNE ÉTUDIANT DE PADOUE CRUELLEMENT BRÛLÉ POUR LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS À ROME EN 1557

LETTRE DE CONSOLATION[1]

À mes frères bien-aimés et compagnons de service de Jésus-Christ, qui êtes sortis de Babylone pour aller à la montagne de Sion, et dont je tais les noms non sans raison, grâce, paix et miséricorde de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Amen.

Afin d’adoucir quelque peu la douleur que vous éprouvez à cause de moi, je voudrais vous faire partager la douceur dont je jouis, afin que vous vous réjouissiez avec moi et que, dans la présence du Seigneur, vous poussiez des cris de joie et d’actions de grâce.

Je vais annoncer au monde une chose incroyable : j’ai trouvé une douceur infinie dans les entrailles du lion. Mais qui croira ce que je vais raconter ? Qui pourra le croire ?

Dans une fosse obscure, j’ai trouvé le plaisir ; dans un lieu d’amertume et de mort, le repos et l’espérance du salut ; dans l’abîme et les profondeurs de l’enfer, la joie. Là où d’autres pleurent, j’ai trouvé le rire ; là où d’autres tremblent, j’ai trouvé la force. Qui croira cela ? Dans la misère, j’ai éprouvé une très grande joie ; dans un coin solitaire, j’ai trouvé la plus glorieuse compagnie ; dans les liens les plus rigoureux, un profond repos. Toutes ces choses, mes frères en Jésus-Christ, la main généreuse de Dieu me les a accordées.

Voici, Celui qui d’abord se tenait loin de moi est maintenant près de moi. Celui que je connaissais à peine, je Le vois maintenant clairement ; Celui que je regardais autrefois de loin, je Le contemple maintenant comme présent. Celui après qui je soupirais me tend aujourd’hui la main. Il me console (2 Co 1:4), me remplit de joie, chasse loin de moi l’amertume et renouvelle en moi la force et la douceur. Il me guérit, me soutient, me relève et me fortifie.

Oh ! que le Seigneur est bon, Lui qui ne permet pas que Ses serviteurs soient tentés au-delà de leurs forces (1 Co 10:13) ! Que Son joug est doux, agréable et léger (Mt 11:30) ! Qui est semblable au Dieu Très-Haut, qui soutient et ranime ceux qui sont éprouvés ? Il guérit ceux qui sont meurtris et blessés, et les rétablit entièrement (Es 41 ; 43:20). Nul n’est semblable à Lui (Es 46:9).

Apprenez, frères bien-aimés, combien le Seigneur est doux, fidèle et miséricordieux. Il visite Ses serviteurs dans l’épreuve (Es 43:2) ; Il s’abaisse jusqu’à demeurer avec nous dans nos huttes et nos pauvres logis. Il nous donne un esprit joyeux et un cœur paisible.

Mais le monde aveugle croira-t-il ces choses ? Non. Dans son incrédulité, il dira plutôt : « Tu ne supporteras pas longtemps la chaleur, le froid et l’inconfort de ce lieu. Comment pourras-tu donc porter la croix, subir mille mépris, des reproches injustes et une honte imméritée ? Ne songeras-tu pas à ta chère patrie, aux richesses de ce monde (Mt 4:8), à tes parents, à ton rang et aux honneurs de la cour ? Pourras-tu bannir entièrement de ton esprit ce savoir glorieux qui te fortifie et te dédommage de tous tes travaux ? Perdras-tu tout cela pour rien : tes veilles, tes peines, ton labeur et ton assiduité ? À quoi bon avoir tant travaillé et étudié depuis ta jeunesse ?

« Enfin, ne crains-tu donc pas la mort qui t’attend, bien que tu sois innocent ? Quelle extrême folie et quelle ignorance ! Tu pourrais, d’un seul mot, éviter tous ces maux et échapper à la mort, et pourtant tu refuses de le prononcer. Quelle conduite méprisable ! Tu pourrais obtenir la faveur de conseillers et d’hommes illustres si excellents[2], justes, craignant Dieu, sages et bons — ou pieux —, et tu refuses volontairement de rien recevoir d’eux. »

Écoutez-moi donc, hommes aveugles et mortels. Qu’y a-t-il de plus brûlant et de plus violent que le feu qui vous est préparé ? Qu’y a-t-il de plus froid que votre propre cœur, encore plongé dans les ténèbres et privé de toute lumière (Jn 1:5) ? Qu’y a-t-il de plus pénible, de plus confus et de plus agité que votre vie ? Qu’y a-t-il de plus vil et de plus repoussant que votre vieillesse ?

Dites-moi, mes chers, quelle patrie et quelle demeure sont plus douces que la patrie céleste (2 Co 5:1) ? Quel trésor est plus grand que la vie éternelle (Jn 20:31) ? Qui sont nos parents et nos amis, sinon ceux qui gardent la Parole de Dieu (Lc 11:28) ? Où trouve-t-on une joie, des richesses et un honneur plus grands qu’au ciel (Mt 25:21) ?

Dites-moi, hommes sans intelligence : tout savoir ne nous est-il pas donné afin de connaître Dieu ? Si nous ne Le connaissons pas en vérité, tout notre travail, toutes nos veilles et tous nos efforts, oui, toutes nos entreprises, auront été dépensés en vain (Rm 1:25). Répondez-moi, malheureux : quelle consolation et quel baume peut trouver celui qui est privé de Dieu, le remède et le rafraîchissement de tous (Ex 15:26) ?

Comment peut-on dire que je crains la mort, quand celui qui parle est lui-même mort dans ses péchés et préfère ainsi la mort à la vie (1 Tm 5:6) ? Si Christ est le chemin, la vérité et la vie, peut-on trouver la vie hors de Christ (Jn 14:6) ? La chaleur m’est un frais plaisir, et l’hiver une joie dans le Seigneur. Moi qui ne crains pas la brûlure du feu, devrais-je redouter la simple chaleur (Mt 10:28) ? La glace peut-elle tourmenter celui qui se consume, se fond et s’endort dans l’amour de Dieu ?

Ce lieu est certes dur et pénible pour les coupables et les malfaiteurs ; mais, pour les innocents et les justes, il est aimable et doux. C’est d’ici que sort le miel, d’ici que coule le breuvage céleste, d’ici que jaillit le lait ; c’est ici que naît l’abondance de tous les biens.

Il est vrai que ce lieu passe pour solitaire et méprisable. Pourtant, il est pour moi comme une large vallée et l’un des lieux les plus excellents du monde.

Dites-moi, hommes misérables, pourrais-je trouver une prairie ou une lande plus agréable ? Ici, je vois des rois, des princes, des États et des nations. Ici, je vois la guerre et le combat : les uns sont taillés en pièces ; les autres remportent la victoire ; certains sont tombés dans l’abaissement ; d’autres ont été élevés à de grands honneurs.

Ici se trouve la montagne de Sion. D’ici, je m’élève et j’entre dans le ciel. Jésus-Christ se tient devant mes yeux ; autour de moi se tiennent les pères, les prophètes, les évangélistes, les apôtres et tous les serviteurs de Dieu. Le Seigneur m’embrasse et me nourrit ; les uns m’exhortent, les autres me montrent les choses saintes ; les uns me consolent, les autres m’accompagnent de leurs voix et de leurs chants.

Dirai-je maintenant que je suis seul au milieu d’une telle multitude ? J’ai ici des compagnons, des consolateurs et des exemples. J’en vois qui ont été crucifiés, d’autres décapités ; les uns lapidés (Hé 11), les autres sciés en deux ; les uns rôtis, les autres brûlés dans des poêles, des fours ou des chaudières d’huile ; les uns ont eu les yeux crevés, les autres la langue coupée ; la peau des uns a été arrachée par-dessus leur tête, tandis que d’autres ont eu les mains et les pieds tranchés (2 M 7) ; les uns ont été jetés dans des fournaises ardentes, les autres livrés en pâture aux bêtes sauvages. Il me faudrait trop de temps pour tout raconter.

Enfin, j’en vois d’autres encore qui ont subi maintes tortures et diverses formes de martyre, et cela afin de vivre maintenant, délivrés de toute souffrance. Pour eux tous, il n’existe qu’un remède, un seul médicament capable de guérir toutes leurs blessures. Ce même remède me donne la force, la vie et la joie nécessaires pour supporter toutes ces craintes et ces afflictions, qui ne durent qu’un moment et ne méritent pas qu’on en parle : c’est l’espérance que j’ai placée dans le ciel.

Je ne crains pas ceux qui m’outragent et me persécutent injustement. Celui qui habite dans les cieux rejettera et retranchera les persécuteurs, mais Il guérira et rétablira ceux qui souffrent. Je ne craindrai pas, quand bien même mille hommes m’entoureraient (Hé 13:6), car le Seigneur mon Dieu me délivrera toujours. Il est mon bouclier et mon protecteur, mon consolateur et mon Chef. Il abattra ceux qui s’opposent à moi sans cause et brisera les dents des pécheurs, car à Lui appartiennent le salut, la bénédiction, la puissance et la domination.

L’opprobre que nous subissons à cause de Christ ne nous apporte que joie et allégresse, car il est écrit : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous » (1 P 4:14). Puisque nous sommes ainsi assurés de notre salut, nous ne devons pas nous arrêter aux insultes injustes de ceux qui nous outragent.

Sur la terre, je n’ai ni cité permanente ni lieu de repos. Ma demeure et ma patrie sont dans les cieux (2 Co 5:1 ; Hé 13:14). Je cherche la cité nouvelle, Jérusalem, que je vois devant moi et qui vient à ma rencontre (Ap 21:2). Voici, je suis déjà en chemin. Là sont ma douce demeure, mes richesses, mes parents et mes amis, mon plaisir et mon honneur ; je ne crains pas qu’ils me fassent défaut.

Toutes les choses terrestres ne sont que des ombres. Elles passent toutes et ne sont que vanité des vanités pour ceux qui sont privés de l’espérance et de la réalité de la vie éternelle.

Les connaissances, les arts et les dons que Dieu m’a accordés furent d’abord pour moi d’agréables compagnons et délassements ; maintenant, ils portent des fruits saints. Il est vrai que j’ai sué, souffert du froid et veillé nuit et jour autant que je le pouvais. Mais ce labeur a servi et contribué à me rendre plus accompli : jamais un jour ni une heure ne se sont écoulés sans quelque progrès. Voici, le vrai visage de Dieu s’est révélé dans ma vie, et le Seigneur m’a fait éprouver une grande joie dans mon cœur (1 P 1:8). En Lui seul, je reposerai en paix.

Qui osera désormais dire que j’ai perdu mon âge et mes années ? Qui dira que j’ai perdu courage ? Mon âme a dit : « L’Éternel est mon partage ; c’est pourquoi je veux espérer en Lui » (Lm 3:24). Puisque mourir dans le Seigneur n’est pas mourir, mais entrer dans une vie bienheureuse, pourquoi un adversaire de Dieu s’oppose-t-il à moi pour m’empêcher de mourir ? Tout cela sera pour moi la joie suprême, pourvu que je puisse goûter la coupe du Seigneur.

Quel gage plus sûr de mon salut pourrais-je trouver ? N’a-t-Il pas dit : « Les hommes vous feront ce qu’ils M’ont fait » (Jn 15:20) ? Que se taise donc l’insensé qui s’est si longtemps trompé en pleine lumière. Que le monde aveugle cesse de s’imaginer de telles choses. Je dirai avec l’apôtre : « Ni la tribulation, ni l’angoisse, ni la famine, ni la nudité, ni le péril, ni la persécution, ni l’épée ne pourront nous séparer de l’amour qui est en Christ. On nous met à mort tout le jour ; nous sommes regardés comme des brebis destinées à la boucherie » (Rm 8:35-36 ; Ps 44:23).

Ainsi, nous avons part à Christ, qui a dit que le disciple n’est pas plus grand que son maître, ni le serviteur plus grand que son seigneur (Mt 10:24). Il nous a aussi commandé de nous charger chacun de notre croix et de Le suivre (Mt 16:24).

Consolez-vous, bien-aimés compagnons de service de Dieu, consolez-vous (2 Co 13:11), car nous traversons de nombreuses tentations. Que notre patience soit parfaite en tout lieu. Ces choses nous ont été annoncées sur la terre : il est écrit que ceux qui nous tueront penseront rendre à Dieu un culte et Lui offrir un sacrifice (Jn 16:2).

La crainte et la mort ne sont donc que des moyens par lesquels nous apprenons à comprendre notre vocation. Nous nous réjouissons de la vie à venir (Ph 4:4) et poussons des cris de joie dans le Seigneur, puisque, bien qu’innocents de tout crime, nous sommes battus et livrés à la mort. Car il vaut mieux souffrir pour avoir fait le bien, si telle est la volonté du Seigneur, que pour avoir fait le mal (1 P 3:17).

Nous avons pour exemples Christ et les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, et que les enfants de l’injustice ont fait mourir selon leurs coutumes. Voyez ce que nous faisons maintenant. Heureux ceux qui sont demeurés fermes (Jc 5:10-11) ! Nous nous réjouissons de notre innocence et de la justice que Dieu nous donne. Dieu punira ceux qui nous persécutent (2 Th 1:6).

On m’a traité d’insensé parce que je ne cache pas la connaissance de Dieu et qu’il m’importe peu de parler en secret ou ouvertement. Je pourrais répondre d’un seul mot : « Pauvre homme, qui es-tu, ou qu’es-tu, toi qui ne vois pas le soleil et ne penses jamais aux paroles de Dieu ? »

Mes chers, souvenez-vous des paroles de Christ : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5:14-15). Il dit ailleurs : « Vous serez menés devant des gouverneurs, des rois et d’autres autorités. Ne craignez donc pas ceux qui tuent le corps ; craignez plutôt Celui qui peut faire périr l’âme. C’est pourquoi, quiconque Me confessera devant les hommes, Je le confesserai aussi devant Mon Père qui est dans les cieux » (Mt 10:18, 28, 32).

Puisque le Seigneur a parlé si clairement, par quelle autorité me donnent-ils des conseils et cherchent-ils à me persuader ? Je n’abandonnerai jamais le conseil de Dieu pour suivre celui des hommes, car il est écrit : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs » (Ps 1:1).

Je ne renierai jamais Christ, mais je Le confesserai toutes les fois que cela sera nécessaire. Je n’estimerai pas ma vie plus précieuse que mon âme ; je n’échangerai pas le siècle à venir contre le présent. Oh ! combien peu comprend celui qui pense que nous marchons dans la voie de la folie (Sagesse 5:4).

Je ne juge pas inconvenant de déplaire aux soi-disant très puissants, très justes, très sages, très miséricordieux, très bons et très illustres sénateurs de ce lieu, dont on m’offre la grâce à condition que j’apostasie.

Mais les apôtres du Seigneur nous ont appris qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5:29). C’est pourquoi je n’accepte pas la grâce qu’ils m’offrent.

Je souhaite qu’ils soient rendus plus parfaits devant le Seigneur. Ils sont puissants ici-bas, il est vrai, mais il leur reste à être rendus parfaits dans le Seigneur. Ils sont certes justes, mais ils sont encore privés de Christ, fondement de la justice. Ils sont sages ; mais là où se trouve le commencement de la sagesse se trouve aussi la crainte de Dieu (Pr 9:10). On les appelle miséricordieux ; je souhaite qu’ils soient plus patients et plus soumis dans l’amour chrétien. Ils sont bons ; je leur souhaite le fondement de toute bonté, le Dieu très bon et Très-Haut (Rm 13:14). On les dit illustres ; pourtant, ils n’ont pas reçu notre Sauveur, le Très-Illustre (Mt 1:21).

Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges des extrémités de la terre (Sagesse 6:2). Servez le Seigneur avec crainte et approchez-vous de Lui en tremblant. Recevez et comprenez l’instruction, de peur que le Seigneur ne S’irrite et que vous ne vous écartiez du droit chemin.

Pourquoi vous déchaînez-vous, ô peuples ? Pourquoi, nations, formez-vous de vains projets contre le Seigneur ? Rois de la terre et princes, pourquoi vous liguez-vous contre Christ, le Saint de Dieu (Ac 4:25-26) ? Jusqu’à quand chercherez-vous le mensonge et haïrez-vous la vérité ?

Convertissez-vous et revenez au Seigneur notre Dieu ; n’endurcissez pas votre cœur. Il faut reconnaître que celui qui persécute les serviteurs de Dieu persécute Dieu Lui-même, puisqu’Il a dit : « Ce que les hommes vous font, ils Me le font à Moi, et non à vous » (Za 2:8).

Mais, mes chers, dites-moi, je vous prie, en quoi ai-je mérité d’être condamné? Est-ce parce que je n’ai pas répondu aux très illustres sénateurs, mes seigneurs, selon leur bon plaisir ? Si j’ai dit quelque chose, ce n’est pas moi qui l’ai dit, puisque le Seigneur déclare que, devant les autorités, ce ne sera pas nous qui parlerons, mais l’Esprit de notre Père qui parlera en nous (Mt 10 : 18-20).

Or, si le Seigneur est fidèle et véritable — et Il l’est en vérité —, je suis innocent. C’est Lui qui m’a fait parler. Qui étais-je pour pouvoir résister à la volonté de Dieu (Ac 11:17) ? Celui qui veut reprendre de telles paroles reprend donc la Parole du Seigneur qui a agi en moi. S’il estime que le Seigneur ne doit pas être repris, qu’il cesse aussi de m’accuser, puisque je suis innocent de cette œuvre. J’ai fait ce que je ne voulais pas faire ; j’ai dit ce que je ne pensais pas dire.

Si les choses que j’ai dites ne sont ni bonnes ni vraies, et qu’on me le démontre, je reconnaîtrai qu’elles viennent de moi seul et non de Dieu. Mais si j’ai dit des choses bonnes et éprouvées, que l’on ne peut condamner avec justice, il faudra, que nous le voulions ou non, reconnaître qu’elles viennent du Seigneur. S’il en est ainsi, qui m’accusera ? Les hommes les plus sages (1 Co 1:24) ? Qui me condamnera ? Les juges les plus justes, eux qui sont pourtant sans sagesse et sans justice ?

Faites ce que vous voudrez. Les paroles du Seigneur seront-elles réduites à néant ? L’Évangile ne comptera-t-il plus (Ga 6:18) ? Certainement pas. Le royaume de Dieu n’en sera que plus précieux et plus doux aux véritables Israélites, et il se rapprochera des élus de Jésus-Christ. Mais ceux qui commettent de telles choses subiront le grand jugement de Dieu. Ceux qui tuent les justes n’échapperont pas au châtiment (2 Th 1:6).

Ô bien-aimés, levez les yeux et prenez à cœur le conseil de Dieu. Il y a peu de temps, le Seigneur vous a montré un signe de peste afin de vous conduire à la repentance. Si cet avertissement n’est pas reçu, Il tirera entièrement l’épée et frappera, par l’épée, la peste et la famine, le peuple qui élève sa corne contre Christ. Que Dieu, dans Sa miséricorde, détourne ce fléau de ce lieu.

Le très zélé serviteur de tous les croyants,

Pomponio Algieri, prisonnier et lié (Ac 12:4 ; 21:33)

Écrit dans le très aimable jardin de délices de la prison appelée Léonia, le 12 juillet 1557.[3]

COMMENT POMPONIO ALGIERI FUT OFFERT EN SACRIFICE

Ce Pomponio Algieri[4], bien que très jeune, était originaire du royaume de Naples et étudiait à Padoue. Un frère qui parlait sa langue vint auprès de lui. Pomponio l’interrogea avec diligence sur la voie et la volonté du Seigneur et l’écouta avec un grand sérieux. Il fut bientôt baptisé dans la mort du Seigneur.

Peu après, tel un héros courageux et un jeune soldat de Christ, il témoigna de ce baptême avec force, sans crainte, par ses actes ; il le scella de son sang. Il devint ainsi semblable à son Maître : comme Christ lorsqu’Il remonta du Jourdain, il fut aussitôt assailli par l’ennemi, le tentateur et ses instruments, puis jeté en prison.

Il y soutint de nombreux et rudes combats. Pourtant, le Seigneur, qu’il gardait devant les yeux, le fortifia et le consola sans cesse, avec une grande joie. C’est ce que montre abondamment le présent écrit, qu’il adressa de sa prison de Padoue aux frères d’Italie. Il voulait les fortifier et les consoler dans la tristesse qu’ils éprouvaient à cause de lui, car ils se souciaient de lui comme d’un novice dans la foi (2 Co 13:11).

Mais le Seigneur le revêtit d’une grande puissance et glorifia Son nom par lui, comme par l’une de Ses principales armes.

Après bien des épreuves, Pomponio fut envoyé à Venise. Le sénat tout entier, ou la noblesse, chercha à l’emporter sur lui, comme le tentateur avait finalement essayé de l’emporter sur Christ. Par des supplications solennelles, des flatteries et des offres d’aide et d’amitié mondaines, ses membres tentèrent de le prendre au piège et de l’éloigner de Christ (Mt 4:8). Ce n’était pas l’un des traits les moins dangereux (Ep 6:16). Mais Pomponio, telle une colonne inébranlable, rejeta et méprisa tout cela pour l’amour de Christ, afin de gagner et de garder Christ seul, à l’exemple de Moïse et de Paul (Ph 3:7-8 ; Hé 11 : 24-26).

Comme ils ne purent le faire céder, malgré de longues tentatives, il fut envoyé à Rome et livré au pape. Après un emprisonnement dur et rigoureux (Ac 16:23), il offrit enfin sa vie au Seigneur avec une grande fermeté, comme un parfum d’agréable odeur. Il suivit avec empressement et joie les traces de ses prédécesseurs et des glorieux confesseurs de Christ. Il eut ainsi part aux souffrances de son Seigneur et Maître (2 Co 1:5). Sa fin fut même couronnée d’éloges triomphants de la part de ceux qui le méprisaient, et il but jusqu’au bout la coupe qu’il avait désirée (Mt 20:22).

Après avoir essayé sur lui de nombreux moyens (1 P 4:12), on le condamna finalement au feu. Il ne devait toutefois pas être exécuté comme les autres condamnés pour la foi, dont on abrégeait les souffrances selon la coutume italienne ou française : on les pendait ou les étranglait d’abord, puis on brûlait leur corps.

Mais le Seigneur Christ réservait à ce pieux Pomponio un plus grand honneur. Il lui fallut donc entreprendre et mener à une issue triomphale un combat bien plus élevé et plus glorieux (Ep 6:11 ; Ap 2:3).

Pomponio Algieri, étudiant de Padoue, aspergé d’huile bouillante devant le bûcher. Eau-forte de Jan Luyken, 1685, publiée dans le Miroir des martyrs, livre II, p. 189. Rijksmuseum, objet RP-P-OB-44.278, domaine public. Cette image, réalisée près de cent trente ans après l’événement, n’est pas un témoignage visuel contemporain.

On le conduisit en charrette jusqu’à la place du marché. Là, on tenta une dernière fois d’obtenir sa rétractation. Un moine chartreux (les chartreux étant, selon le récit, appelés à Rome « capadociens »[5] et tenus pour de saints hommes) fut chargé de l’exhorter. Il lui tenait constamment un crucifix devant les yeux et le pressait de songer une dernière fois, avant de mourir, à son Seigneur et Rédempteur, afin de ne pas mourir ainsi, endurci et désespéré dans l’erreur.

Le moine maintenait sans cesse le crucifix devant ses yeux. Pomponio le repoussa vigoureusement de ses mains qui, d’après le récit, n’étaient pas liées. Levant les yeux vers le ciel, il s’écria dans sa langue : « Mon Seigneur et mon Dieu vit là-haut, dans les cieux », et ainsi de suite (Mt 6:9).

Les spectateurs crièrent alors d’une voix forte : « Oh ! il l’a frappé ! », voulant parler du crucifix. Puis ils ajoutèrent : « Qu’on l’emmène ! Il est entièrement endurci et aveuglé ; il n’y a plus rien à faire pour lui. » À Rome, on estime, dit le récit, que la cause est grave lorsque ces moines ne parviennent pas à convertir un condamné ; c’est pourquoi on les réserve ordinairement pour la fin.

On déshabilla alors Pomponio jusqu’à la ceinture et l’on versa d’abord de l’huile bouillante sur sa tête et sur son corps nu. Le bon et pieux Pomponio le supporta patiemment, bien qu’il en ressentît sans aucun doute cruellement la douleur (2 Maccabées 7). Il passa la main sur son visage et en arracha la peau et les cheveux.

Ce n’est qu’ensuite qu’il fut brûlé jusqu’à être réduit en cendres. C’était, selon l’auteur, chose inhabituelle en Italie : il affirme avoir vu de ses propres yeux que les condamnés n’y étaient ordinairement que rôtis et roussis dans le feu, après quoi le cadavre était emporté pour être enseveli.

Mais, comme il a été dit, ce bienheureux Pomponio devait glorifier notre Seigneur et notre Dieu d’une manière plus éclatante encore (Ap 14:13). À Dieu et au Seigneur Jésus-Christ, qui accomplit cela par lui dans la puissance du Saint-Esprit, soient la louange et la gloire pour toujours. Qu’Il nous aide, nous, pauvres et faibles mortels, à Le suivre (1 Co 11:1). Amen. Oui, Seigneur Jésus, amen.

Le frère Da. Gr.[6], auteur de ce récit d’après l’ancienne copie, ajoute :

« Cela lui arriva en l’an 1557, peu de temps avant que je ne vienne à Rome, car Pomponio était alors encore sur toutes les lèvres. J’ai aussi entendu de mes propres oreilles certains hommes qui se disaient bons papistes et qui avaient assisté à son exécution raconter avec quelle admirable fermeté il était mort. Ils disaient qu’il avait véritablement cru dans son cœur ce qu’il avait confessé de sa bouche devant tout le peuple, au milieu de son douloureux martyre. Il n’y a donc aucun doute qu’il monta aussitôt au ciel et fut sauvé. Ainsi, les adversaires eux-mêmes doivent rendre témoignage aux saints de Dieu, même contre leur volonté » (Dt 32:31).

Peu après survint l’inondation de Rome : le Tibre déborda et causa de grands dégâts. Certains Romains disaient que la ville avait autant souffert que si elle avait été mise au pillage en toute hâte. Pour ma part, je l’ai constaté, car je n’avais jamais vu une telle pénurie de pain. Je ne saurais dire combien le spectacle et la détresse étaient effrayants, surtout parmi les pauvres. Mais ils ne reconnaissent pas qu’il s’agissait d’une juste rétribution (Sagesse 19:13).


[1] Nous avons trouvé dans cette lettre tant de sagesse, de sainteté et d’excellence que nous l’avons lue d’innombrables fois, avec attention et une profonde émotion. Elle a enflammé notre amour pour Dieu et notre zèle, non seulement pour vivre avec Christ, mais encore, s’il le faut, pour mourir avec Lui et pour Sa sainte vérité. Oh ! puissions-nous en être dignes, afin que Son saint nom soit loué par nous, Ses indignes créatures ! 

[2] Il est ici question de la puissante noblesse, ou aristocratie, de Venise.

[3] Note de Van Braght : Certains avaient indiqué l’année 1555, mais c’est une erreur. [Note sur la chronologie. Les dates de 1555 et de 1557 résultent de deux traditions éditoriales distinctes. L’année 1555 est celle de l’emprisonnement d’Algieri à Padoue et de sa lettre de consolation, probablement rédigée le 21 juillet 1555 ; certains martyrologes protestants ont ensuite confondu la date de cette lettre avec celle de sa mort. L’année 1557, retenue par le Miroir des martyrs, semble provenir de la postface du frère suisse (anabaptiste) Daniel Graff, qui séjourna à Rome cette année-là et y recueillit des renseignements sur le supplice ; la date fut alors attribuée à tort à l’ensemble du récit. La mention « 12 juillet 1557 » placée à la fin de la lettre serait une transmission fautive du latin 12 calendas Augusti 1555, qui signifie en réalité le 21 juillet 1555. Les documents judiciaires et diplomatiques contemporains établissent qu’Algieri fut livré à l’Inquisition romaine en 1556 et exécuté sur la Piazza Navona le 19 août 1556. — NDLT]

[4] Note de Van Braght : Quelques auteurs anciens ignoraient que ce jeune homme, peu avant sa mort, s’était uni, par le baptême reçu sur la confession de sa foi, à l’Église anabaptiste qui porte la croix. Ils lui attribuèrent donc, par ignorance, une autre religion. [La doctrine de Pomponio Algieri, aussi appelé Algerius selon certaines sources, fait débat. Les interrogatoires de Padoue montrent qu’en juillet 1555 Algieri semblait défendre le baptême même s’il était administré improprement par un mauvais ministre. Il aurait aussi récusé l’accusation d’anabaptisme (ce qui, comme nous le savons, était commun à tous les martyrs dits anabaptistes). Une tradition issue des « Frères suisses », attestée par Daniel Graff dès 1565 et reprise par Van Braght, affirme néanmoins qu’il reçut le baptême sur confession de foi. Comme les actes de la phase romaine du procès sont perdus, une adhésion anabaptiste ultérieure ne peut être ni démontrée ni exclue dans l’état actuel de nos connaissances. — NDLT]

[5] Nous sommes très enclins à penser qu’il s’agit d’une erreur et qu’il s’agit des « capucins ». — Note de la traduction anglaise

[6] Daniel Graff. — NDLT

Du danger de la tiédeur

Leçon d’école du dimanche numéro 9

2 août 2026

Lecture préparatoire : Apocalypse 3

Texte de la leçon : Apocalypse 3.14-21; 2 Rois 13.15-19

Introduction

La tiédeur désigne d’abord une température située quelque part entre le chaud et le froid. Cette image sert également à mesurer notre ferveur spirituelle. Dieu désire que nous soyons remplis de zèle; Il veut que nous soyons bouillants. Lorsque nous sommes animés d’une telle ferveur, le salut de notre âme devient notre préoccupation première, et le salut de notre prochain nous tient également à cœur.

Les dangers sournois de la tiédeur sont l’assoupissement et la négligence. À mesure que nous cédons à ces tendances, notre ardeur pour le service chrétien diminue; céder à la tentation ne nous paraît plus aussi dangereux, et l’objet de notre premier amour perd de son importance. Dans cet état, nous perdrons assurément la grâce et la puissance.

Verset clé

Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, et regarde en arrière, n’est pas propre au royaume de Dieu » (Luc 9.62).

Texte de la leçon

Apocalypse 3.14 Écris à l’ange de l’Église de Laodicée : Voici ce que dit l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu :

15 Je connais tes œuvres. Je sais que tu n’es ni froid ni bouillant. Puisses-tu être froid ou bouillant !

16 Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche.

17 Parce que tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu,

18 je te conseille d’acheter de moi de l’or éprouvé par le feu, afin que tu deviennes riche, et des vêtements blancs, afin que tu sois vêtu et que la honte de ta nudité ne paraisse pas, et un collyre pour oindre tes yeux, afin que tu voies.

19 Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. Aie donc du zèle, et repens-toi.

20 Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi.

21 Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône.

2 Rois 13.15 Élisée lui dit : Prends un arc et des flèches. Et il prit un arc et des flèches.

16 Puis Élisée dit au roi d’Israël : Bande l’arc avec ta main. Et quand il l’eut bandé de sa main, Élisée mit ses mains sur les mains du roi,

17 et il dit : Ouvre la fenêtre à l’orient. Et il l’ouvrit. Élisée dit : Tire. Et il tira. Élisée dit : C’est une flèche de délivrance de la part de l’Éternel, une flèche de délivrance contre les Syriens; tu battras les Syriens à Aphek jusqu’à leur extermination.

18 Élisée dit encore : Prends les flèches. Et il les prit. Élisée dit au roi d’Israël : Frappe contre terre. Et il frappa trois fois, et s’arrêta.

19 L’homme de Dieu s’irrita contre lui, et dit : Il fallait frapper cinq ou six fois; alors tu aurais battu les Syriens jusqu’à leur extermination; maintenant tu les battras trois fois.

Étude de la leçon

Bien que Jean ait écrit ces paroles aux Églises d’Asie, le message lui-même venait de Jésus. Celui-ci Se présenta aux Laodicéens afin qu’ils reconnaissent Son autorité. La Parole de Dieu nous apprend que, dans les derniers temps, c’est-à-dire l’ère de l’Évangile, Dieu nous a parlé par Son Fils (Hébreux 1.2), le témoin fidèle et véritable, le Fils premier-né de Dieu.

Comme Il l’avait fait pour toutes les autres Églises, Jésus jugea les Laodicéens d’après leurs œuvres. Les œuvres révèlent les affections du cœur. Comme beaucoup de chrétiens au cœur partagé, ils ne se rendaient probablement pas compte à quel point leurs actions dévoilaient clairement leur véritable attachement. À mesure que leur amour pour Dieu diminuait, les choses du monde commençaient à retenir leur attention. Leurs convoitises charnelles prirent plus d’importance que la vie spirituelle, et les préoccupations matérielles occupèrent une place prépondérante. Ils avaient acquis assez de prospérité pour ne plus éprouver le besoin de demander à Dieu de pourvoir à leurs besoins quotidiens.

Les Laodicéens possédaient les biens matériels de ce monde, mais ce qui leur arrivait réellement semblait échapper à leur compréhension. La vie était confortable et ils pouvaient satisfaire leurs désirs charnels. Sans comprendre à quel point la grâce rédemptrice de Jésus les avait jusque-là préservés, ils retombèrent dans leur ancienne condition misérable, privés de la bénédiction de Dieu et des dons du Saint-Esprit. Lorsque le plaisir a perdu son attrait, le vide du cœur revient et laisse derrière lui frustration et malheur. Peu à peu, la séduction leur avait ôté la vue spirituelle. L’attrait et l’intérêt grandissants qu’ils éprouvaient pour les choses du monde formaient comme une cataracte qui les empêchait de voir. Les Laodicéens étaient devenus aveugles. Ils avaient rejeté les robes de justice qui leur avaient été accordées pour revêtir les vêtements de l’orgueil. Spirituellement, ils étaient nus, dépouillés et indigents.

Que pouvaient faire ces pauvres chrétiens de Laodicée ? Quelles possibilités leur restaient-ils ? Ils pouvaient continuer à justifier leur conduite et conclure qu’il n’était pas tellement important de prendre la vie chrétienne au sérieux ni d’en manifester extérieurement les fruits. Ils pouvaient aussi se repentir. Jésus avait dit : « Ayez du zèle et repentez-vous. Vous devez revenir à la vérité. Je vous demanderai de rechercher les véritables richesses; vous devez être de nouveau revêtus d’humilité. Si vous ne vous repentez pas, vous Me répugnez. Vous ne pouvez plus souiller Mon Église. »

Le message de Jésus aux Laodicéens était un message de miséricorde. Parce qu’Il les aimait, Il ne pouvait pas les laisser persévérer dans la séduction; Il les reprit donc et les châtia. La repentance leur ouvrirait la porte du pardon et les laverait dans le sang versé de Jésus. Elle les détacherait également de l’or terrestre pour reporter leurs affections sur l’or céleste et pur. La robe de la justice de Jésus pourrait de nouveau couvrir leur nature pécheresse. Ils auraient toutefois besoin de l’aide de leurs frères spirituels, qui agirait comme un collyre afin de les aider à retrouver la vue spirituelle.

Le passage du deuxième livre des Rois nous montre la foi tiède de Joas, roi d’Israël. Il n’avait pas abandonné les péchés de Jéroboam, le premier roi qui avait fait pécher Israël. Si Joas désirait être délivré des Syriens, ce n’était pas pour qu’Israël puisse servir Dieu de tout son cœur. Ce qui le préoccupait surtout, c’était que les Syriens les empêchaient de vivre librement selon leurs désirs pécheurs. Dieu envoya Élisée afin d’encourager Joas en vue de la délivrance d’Israël. Le manque de zèle de Joas irrita le prophète et déplut certainement à Dieu. À cause de cette insuffisance, Israël ne serait jamais entièrement délivré.

Le roi manifesta son manque de consécration par son manque de zèle. Sa tentative sans conviction révèle que sa fidélité envers Dieu était partagée. Lorsque les Israélites se consacraient entièrement à Dieu, Il les délivrait aussi bien par un petit nombre que par un grand. Mais lorsqu’ils n’accomplissaient pas Sa volonté, ils perdaient les batailles, peu importe la taille de l’armée qu’ils parvenaient à rassembler.

Vérités pratiques pour aujourd’hui

Qu’est-ce qui pousse une personne à chercher Dieu ? Lorsque Dieu commence à appeler quelqu’un au salut, cette personne prend conscience que ses péchés se dressent entre elle et Dieu. Le péché devient un lourd fardeau et rend malheureuse la personne qui en est convaincue. Incapable de se libérer de l’esclavage du péché et prisonnier de la crainte du jugement de Dieu, le pécheur se voit voué à une éternité de souffrance dans la perdition de l’enfer. L’état de son âme devient alors une question primordiale et absorbante, à laquelle il doit absolument faire face.

Le Saint-Esprit offre doucement une espérance. Lorsque les pécheurs s’humilient, prient, confessent leurs péchés et abandonnent leur vie à Dieu, Celui-ci leur pardonne et leur accorde une paix accompagnée d’une joie et d’une reconnaissance profondes. Un premier amour ardent pour le Seigneur découle d’une véritable expérience du salut. Il est suivi du désir d’obéir au Sauveur et de Lui plaire. La présence intérieure du Saint-Esprit, jointe à un engagement ferme envers Dieu, complète le tableau de ce que signifie être spirituel et brûler de zèle pour Dieu.

Que faut-il faire pour conserver une telle consécration à Dieu ? Le chrétien nouveau-né doit être nourri du lait pur de la Parole. Un vieux cantique anglais dit : « La prière est le souffle vital du chrétien ». Dans la prière, nous remercions Dieu de tout ce qu’Il a fait pour nous, nous Lui demandons de nous faire comprendre Sa volonté et nous Lui faisons part de nos luttes intérieures. En retour, Il promet de nous accorder Son aide. Dans nos méditations, Il nous guide par les impressions du Saint-Esprit.

À mesure que nous croissons dans la grâce et dans la connaissance, notre Père céleste nous confie des tâches à accomplir. Nous sommes bénis lorsque nous nous appliquons à faire ce qu’Il nous demande. Il nous appelle à renoncer aux désirs charnels qui proviennent de ce vase d’argile dans lequel nous vivons. Cependant, pour le chrétien sincère, Ses commandements ne sont pas pénibles.

Qu’est-ce qui peut refroidir spirituellement un croyant qui se trouve dans un tel état ? Souvent, l’émotion et les sentiments que nous goûtions tant après notre rencontre avec Dieu commencent à s’estomper. Nous découvrons alors qu’il nous faut nous fier aux promesses de Dieu et vivre par la foi, ce qui n’est pas toujours facile. Les pressions sociales, comme le désir de plaire à nos amis ou à ceux que nous côtoyons, peuvent affaiblir notre empressement à plaire au Seigneur. Notre vieille nature charnelle remarque les choses séduisantes que le monde nous offre, et le diable nous souffle qu’y goûter un peu ne fera aucun mal. Nous nous laissons absorber par les préoccupations de la vie quotidienne, et notre lecture de la Bible ainsi que nos prières diminuent. Sous l’effet de telles influences, nous commençons à perdre notre ferveur : nous devenons tièdes.

L’assoupissement spirituel commence à émousser notre discernement du bien et du mal. Renoncer à nous-mêmes ne nous paraît plus aussi nécessaire, mais cette voix est très trompeuse. L’idée selon laquelle il suffirait de « suivre son cœur » est séduisante et fait paraître les anciens sentiers démodés. Nous pouvons nous engager très activement dans toutes sortes d’activités; cependant, à mesure que le fondement s’effrite, l’édifice spirituel se construit sur le sable et ne résistera pas aux tempêtes de la vie. Voilà le danger de la tiédeur !

Si nous constatons que nous sommes devenus tièdes, prenons garde à l’avertissement : Jésus affirme clairement qu’Il rejettera les tièdes s’ils ne se repentent pas. Une repentance véritable est le remède à la tiédeur et à la superficialité. Nous pourrions essayer de conserver certains griefs; le sentiment d’avoir véritablement été traités injustement peut nous empêcher de pardonner entièrement à celui qui nous a offensés. Mais lorsque le Saint-Esprit nous révèle notre état, nous sommes prêts à dire à Jésus : « Que veux-Tu que je fasse ? » Se repentir, c’est changer de direction, et non simplement réorganiser quelques éléments de notre vie ou adopter une autre manière de penser. C’est retrouver notre premier amour pour Dieu, nous charger de notre croix et suivre Jésus.

Le Seigneur déclara qu’Il préférerait que les Laodicéens soient froids ou bouillants. Pourquoi voudrait-Il que nous soyons froids plutôt que tièdes ? Dans la tiédeur, nous croyons encore être sauvés. La séduction nous empêche de nous alarmer de notre état. C’est une situation confortable, dans laquelle nous souhaitons demeurer. Nous pouvons alors proclamer que nous jouissons d’une merveilleuse communion fraternelle, de l’amour de Dieu et de ce que nous prenons pour Sa bénédiction.

Lorsqu’une personne est froide, elle sait qu’elle est éloignée de Dieu. Elle ne cherche pas à convaincre les autres ni à se persuader elle-même que tout va bien. La conscience d’être perdue rend plus réelle la perdition éternelle. La conviction suscitée par Dieu peut plus facilement atteindre une personne qui se trouve dans cet état.

Questions

1. Qu’est-ce qui fait naître la tiédeur dans la vie personnelle ?

2. Quelle importance les dévotions personnelles ont-elles ?

3. Dans quelle mesure le culte familial est-il essentiel au maintien de la vitalité spirituelle ?

4. Comment pouvons-nous nous encourager mutuellement à craindre l’Éternel et à nous parler souvent les uns aux autres ? (Malachie 3.16.)

5. Qu’est-ce qu’un « zèle pour Dieu, mais sans intelligence » ? (Romains 10.2.)

Lorsque la Bible se remit à parler la langue du peuple

1160 — C’est une année qui était autrefois célébrée avec joie par beaucoup de chrétiens pieux et zélés, qui abhorraient la papauté, et dans laquelle, jusqu’à ce jour, bon nombre de ceux qui craignent Dieu se réjouissent. 

Car alors, et surtout peu de temps après, la papauté et ses superstitions reçurent le coup le plus sévère que nous ayons lu dans l’histoire ; et la vérité divine, qui, jusqu’alors, semblait, à bien des égards, avoir été piétinée de la manière la plus indigne, releva joyeusement la tête et triompha. 

Les doctrines contre le baptême des enfants, contre la prestation de serments, contre la guerre, et contre presque toutes les mauvaises pratiques et le culte corrompu de l’Église romaine, dont personne n’osait parler auparavant qu’avec crainte et tremblement, et souvent uniquement en privé, furent désormais prêchées hardiment, fréquemment et publiquement défendues, et, malgré les menaces du pape de Rome, maintenues. 

Cela commença principalement avec Pierre Valdo1 à Lyon, en France, et fut poursuivi par ses successeurs ; cependant, afin de traiter l’affaire de manière ordonnée, nous commencerons par la conversion de Pierre Valdo, pour ensuite passer à ses successeurs.

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DE LA CONVERSION DE PIERRE VALDO, ET DE L’ESSOR DES VAUDOIS, ETC.

Matthias Flacius Illyricus (Catalogus testium veritatis, entre les p. 263 et 277, d’après J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601), écrit : « Vers l’an 1160, plusieurs des principaux citoyens de Lyon étaient ensemble, s’entretenant de diverses choses, comme c’est l’usage durant la saison estivale, en Italie et en France. Comme ils se tenaient ainsi ensemble, l’un d’eux tomba tout à coup à terre et expira, sous leurs yeux.

Ce terrible événement, exemple de la mortalité de l’homme et de la colère divine, terrifia l’un d’entre eux, à savoir Pierre Valdo, un homme très fortuné. Il commença à réfléchir et résolut (poussé, sans aucun doute, par le Saint-Esprit) de se repentir, d’amender sa vie et d’être plus diligent dans la crainte de Dieu qu’il ne l’avait été jusque-là2. 

Il se mit donc à distribuer des aumônes généreusement et en temps opportun, à disposer aux bonnes choses sa famille et les autres personnes qui venaient à lui, et à les exhorter à la repentance et à la vraie piété.

Ayant ainsi fait pendant quelque temps beaucoup de bien aux pauvres, et devenant de plus en plus zélé à apprendre et à enseigner les autres, et comme les gens venaient vers lui en nombre toujours croissant, il se mit donc à leur présenter, non ses propres opinions, mais les Saintes Écritures, les exposant et les expliquant dans la langue française3 vernaculaire.

Mais l’évêque et les prélats, qui, comme le dit Christ, détiennent la clé du royaume, et pourtant n’entrent pas eux-mêmes et ne permettent pas aux autres d’entrer, furent très vexés que cet homme du commun réputé sans instruction ose traduire les Saintes Écritures en langue vernaculaire et les exposer, et que déjà un grand nombre de personnes affluaient en sa maison, qu’il instruisait et exhortait.

Pierre Valdo était profondément résolu à promouvoir à la fois l’honneur de Dieu et le salut des hommes ; et le peuple était si avide de la Parole de Dieu, laquelle n’était prêchée ni purement ni ouvertement dans les églises, qu’il ne put être détourné par le commandement de ces pharisiens papistes et de ces souverains sacrificateurs ; c’est pourquoi l’enseignant et ses disciples répondirent qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Valdo résolut donc, malgré les commandements des méchants, de nourrir les chrétiens affamés non seulement de sa subsistance temporelle, laquelle, en raison de sa distribution libérale, diminuait de jour en jour, mais aussi de la Parole de Dieu, et de bonnes instructions et d’exhortations. 

Comme les prélats, par leur tyrannie et leurs décrets non chrétiens, cherchaient à étouffer et à exterminer la prédication pure et simple de la Parole de Dieu, une raison suffisante fut ainsi donnée à Valdo et à ses adhérents de s’enquérir avec plus de soin de la religion et des desseins des prêtres, et de s’exprimer avec plus de hardiesse contre eux.

La lutte avec les prêtres devenant de plus en plus longue et violente, davantage de corruptions et de superstitions furent découvertes dans la religion papiste, et attaquées. En ce temps-là, Valdo lut également, en langue vernaculaire, certains témoignages tirés des écrits des pères, grâce auxquels il défendit ses disciples non seulement par les Saintes Écritures, mais encore par les témoignages des anciens, contre les ennemis de la vérité.

Lorsque l’évêque, ses pharisiens papistes et ses scribes, virent avec quelle constance Valdo et ses adhérents enseignaient la Parole de Dieu, et furent irrités de voir que leur propre infamie, leur ignorance et leur inconstance dans la doctrine, ainsi que d’autres absurdités, étaient attaqués par Valdo et ses disciples, ils les excommunièrent tous. 

Peu de temps après, constatant que même l’excommunication ne pouvait les détourner de leur dessein, on les relégua dans la misère, on les persécuta par l’emprisonnement, par l’épée et par le feu, et on les traita très cruellement, de sorte qu’ils furent contraints, en raison de la détresse et du danger encourus, de quitter Lyon et de se disperser dans diverses contrées.

On peut présumer que les assemblées de Valdo, ou certaines d’entre elles, auxquelles il enseignait à Lyon, y demeurèrent quatre ou cinq ans, jusqu’à ce qu’elles soient totalement chassées de cette ville ; car Valdo était un homme d’une trempe exceptionnelle, et il est dit qu’il avait beaucoup de parents et qu’il ne pouvait donc pas être saisi ni réduit au silence du jour au lendemain ; d’ailleurs, il n’avait pas d’emblée attaqué les prêtres du pape.

Mais à la fin, ces pieux disciples furent poursuivis avec une grande fureur, dans toute la chrétienté; ils furent traqués çà et là par les inquisiteurs, ce dont nous devons rendre grâce à ces loups ravissants qui se promènent en vêtements de brebis et se font appeler moines. » J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 601–604, d’après M. Flacius Illyricus.

Claude de Rubys rapporte que Valdo et ses disciples furent complètement expulsés de Lyon ; tandis qu’Alberto Cattaneo dit qu’ils ne purent pas l’être entièrement. Nous n’avons rien pu apprendre de plus sur cette première persécution, sinon que les vaudois, ainsi appelés d’après Valdo4, après s’être enfuis de Lyon, suivirent leur maître, puis se dispersèrent en groupes, dans diverses contrées. B. Lydius, trad./éd., De historie vanden Waldensen ghedeelt in drie deelen (Dordrecht, 1624), Iʳᵉ partie, liv. I, chap. 1, p. 3, col. 1, d’après Claude de Rubys, Histoire de Lyon, p. 269 ; A. Cattaneo, De origine Valdensium, p. 1.

NOTE : Pierre de Blois, un savant bien connu par ses écrits, enseigna, en l’an 1167, que Rome était la vraie Babylone dont Jean a prophétisé ; que les fonctionnaires de la cour romaine étaient de véritables harpies, et les prêtres, de vrais veaux de Béthel, des prêtres de Baal, des idoles égyptiennes, et qu’à Rome tout s’obtenait à prix d’argent. P. J. Twisck, Chronijck, p. 479, col. 1, d’après P. Merula, Tijdt-thresoor, p. 767.

Vers l’an 1170 — Pour l’an 1160, nous avons donné un exposé concernant Pierre Valdo et sa conversion, ainsi que du fait qu’il avait amené à la lumière du saint Évangile beaucoup de ceux qui étaient assis dans les ténèbres de la papauté. Il est rapporté de ces personnes que, dans leur doctrine, leur foi et leur vie, ils ressemblaient aux apostoliques, dont nous avons fait mention pour l’an 1155, où nous avons déclaré qu’ils étaient opposés au baptême des enfants, au purgatoire, etc. L’essor de ces personnes, appelées vaudois ou albigeois, est fixé vers l’an 1170, c’est-à-dire dix ans après que Pierre Valdo ait commencé à les enseigner. Nous traiterons de cela de manière plus complète et détaillée dans les prochaines pages. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 599, et H. Montanus, Nietigheydt van den Kinder-doop, p. 85 ; voir aussi, Introduction au Miroir des martyrs, p. 50, col. 1, 2, (bien que l’essor principal dudit peuple y soit fixé en l’an 1176) d’après C. Baronio, pour l’an 1176, n° 1–3.

NOTE : Il ressort de plusieurs auteurs anciens que les vaudois, ou du moins des personnes professant la même foi, existaient bien avant l’an 1170, et même avant l’an 1160. En effet, dès 1160, leur nombre s’était tellement accru qu’ils furent cités à comparaître devant un synode à Rome, où ils furent condamnés comme hérétiques obstinés. Jean d’Oppido le rapporte. La même chose se produisit en l’an 1163 ou 1164 au concile de Tours. Voir J. Mehrning, Baptismi Historia, p. 676.

Par conséquent, lorsque certains auteurs fixent leur commencement vers l’an 1170, il ne faut pas entendre par là l’origine de ce peuple, mais plutôt l’époque de son essor, de son accroissement et de sa plus grande visibilité.

  1. Aussi appelé Vaudès. — NDLT ↩︎
  2. Une autre tradition concernant la conversion de Pierre Valdo est rapportée dans la Chronique universelle de l’Anonyme de Laon, rédigée vers 1218. Selon ce récit, Valdo aurait été profondément touché en entendant un jongleur chanter la vie de saint Alexis, qui avait renoncé aux richesses et aux honneurs. Il aurait ensuite demandé à un maître en théologie quelle était la voie la plus sûre et la plus parfaite pour aller à Dieu, et celui-ci lui aurait répondu par ces paroles de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (Mt 19:21). Cette tradition et celle de la mort soudaine d’un ami, rapportée ici, ne s’excluent pas nécessairement : les deux événements ont pu contribuer, à des moments différents, à éveiller puis à affermir sa résolution. Il se peut également que chacune ne conserve qu’une partie d’un cheminement spirituel plus long. Faute de témoignage direct de Valdo, les circonstances précises et complètes de sa conversion demeurent incertaines. Voir Chronicon universale anonymi Laudunensis, à l’an 1173. — NDLT ↩︎
  3. Francoprovençale. — NDLT ↩︎
  4. Cette affirmation, venant à l’origine d’auteurs catholiques et reprise par Jean-Paul Perrin puis Thieleman van Braght, doit être nuancée. Il n’est pas du tout sûr que le nom des vaudois soit dérivé de Pierre Valdo, ou Vaudès, de Lyon. Plusieurs historiens et linguistes l’ont plutôt rattaché aux vallées où vivaient ces croyants, à partir de formes telles que Vallenses ou Valdenses ; d’autres ont même soutenu que Valdo aurait reçu son surnom à cause de ses rapports avec eux, ou du fait d’origines remontant à ces vallées. Alexis Muston reconnaît que cette hypothèse ne repose pas sur des preuves positives, mais la tient pour défendable et plus naturelle que l’opinion commune. Il faut donc éviter de faire de Valdo le fondateur ou l’origine certaine du nom des vaudois. Notons que dans la Noble Leçon (Nobla Leyczon), célèbre poème vaudois datant probablement de l’époque de Vaudès ou même avant, le terme « vaudès » est déjà employé pour calomnier les vrais chrétiens : « Ilh diçon qu’el es vaudes e degne de punir » (Ils disent qu’il est vaudois et digne d’être puni, ligne 373). — NDLT ↩︎

Une foi immuable

La Noble Leçon (XIIe siècle), poème historique vaudois

Dernières persécutions en Suisse mentionnées dans le Miroir des martyrs (1671 et 1672)

SEPT CENTS PERSONNES OPPRIMÉES ET PERSÉCUTÉES À BERNE

En l’an 16711, une persécution sévère éclata de nouveau contre les anabaptistes dans le canton de Berne ; cette persécution fut si rigoureuse et si prolongée qu’il semblait que les autorités ne cesseraient pas avant d’avoir complètement chassé ce peuple de leur canton ou de l’avoir exterminé. Il en résulta qu’environ sept cents personnes, petites et grandes, se virent contraintes de quitter leur demeure, d’abandonner leurs biens et, pour beaucoup d’entre elles, leurs proches, ainsi que leur patrie terrestre, et de gagner le Palatinat avec les autres, dans l’espoir que le Seigneur ferait en sorte qu’elles puissent y trouver un lieu de résidence.

Nous avons été témoins oculaires de ce qui se passa à leur arrivée en ce lieu, et nous avons visité un à un les lieux où ils s’étaient rendus pour chercher demeure.

Cependant, comme nous avions reçu, juste avant de nous rendre là-bas, de la part des persécutés eux-mêmes, ainsi que d’autres personnes qui écrivaient en leur nom en s’appuyant sur leurs dires, plusieurs lettres qui décrivent clairement les circonstances et les conditions de cette persécution, telles que nous les avions entendues de leur propre bouche, nous avons jugé opportun de les reproduire ici, afin que le lecteur chrétien, en les lisant, puisse s’imaginer qu’il entend le récit, non pas de témoins oculaires ou auditifs, mais des personnes mêmes qui ont subi ladite persécution. En voici la teneur :

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EXTRAIT DE LA PREMIÈRE LETTRE, DATÉE DU 7 AVRIL 1671, EN PROVENANCE D’OBERSÜLZEN2

Quant à la demande de nos amis concernant la situation de nos frères suisses dans le canton de Berne, le fait est qu’ils se trouvent dans une situation très triste, comme nous l’avons appris de la bouche des fugitifs qui sont arrivés ici, dont certains se trouvent encore dans ma maison. 

Ils rapportent qu’ils sont quotidiennement traqués par les gendarmes et que tous ceux qui se font prendre sont emmenés prisonniers en la ville de Berne, de sorte qu’il y a environ quatre semaines, une quarantaine d’hommes et de femmes y étaient emprisonnés. On en a également flagellé certains et plusieurs ont été bannis du pays, dont l’un est arrivé ici. 

On a également flagellé un ministre de la Parole, puis on l’a conduit hors du pays, en Bourgogne, où, à son arrivée, on l’a d’abord marqué au fer rouge, puis laissé partir dans les vallées. 

Cependant, comme il ne pouvait se faire comprendre de personne, il dut marcher pendant trois jours avec son corps brûlé avant que ses plaies ne soient soignées et qu’il obtienne un peu de secours. Il était dans un tel état que, lorsqu’on le dévêtit pour panser ses plaies, le pus coula le long de son dos, comme me l’a raconté lui-même un frère qui aida à panser sa plaie. Cet ami est arrivé en Alsace avec deux femmes et un homme, qui avaient également été flagellés et exilés. 

Ils [les dirigeants bernois] agissent avec une grande sévérité et, semble-t-il, ne renonceront pas à leur objectif tant qu’ils n’auront pas complètement banni de leur pays et exterminé ce peuple inoffensif.

Il semble en outre que rien de plus ne puisse être fait en faveur de ces frères persécutés ; car outre le fait que les amis d’Amsterdam et d’ailleurs ont travaillé pendant plusieurs années à cette cause, de sorte que plusieurs lettres de recommandation favorables des seigneurs des États de Hollande, et en particulier de la ville d’Amsterdam, ainsi que d’autres personnes de qualité, ont été envoyées aux magistrats ; par ailleurs, en l’an 1660, un messager nommé Adolf de Vreede leur a été envoyé ; cependant, il n’a guère pu agir en faveur de nos amis là-bas. Par conséquent, je ne vois pas comment nos amis pourraient actuellement faire quoi que ce soit qui puisse soulager nos frères persécutés là-bas. Il nous faudra attendre patiemment la délivrance que le Seigneur notre Dieu se plaira à leur accorder.

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EXTRAIT DE LA DEUXIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 23 MAI 1671

La persécution de nos amis continue avec la même rigueur qu’auparavant, si bien que nous sommes étonnés qu’ils ne se hâtent pas davantage de quitter le pays. De temps à autre, un ou deux arrivent au compte-gouttes ; mais la plupart restent encore en amont de Strasbourg, en Alsace. 

Certains vont dans les forêts couper du bois, d’autres vont sur les coteaux travailler dans les vignobles, dans l’espoir, me semble-t-il, que la tranquillité reviendra peu à peu et qu’ils pourront alors retourner plus aisément dans leurs demeures abandonnées ; mais je crains que ce jour ne vienne pas si tôt et qu’ils ne se trouvent grandement déçus dans leur espoir.

Les magistrats de Berne ont fait enchaîner six des prisonniers, parmi lesquels se trouvait un père de neuf enfants, afin de les vendre pour être galériens entre Milan et Malte ; quant à ce qu’ils comptent faire des autres prisonniers, nous ne le savons pas. L’un des prisonniers, un vieil homme d’environ quatre-vingts ans, est mort en prison. Que le Seigneur les console dans leur chagrin et les fortifie dans leur faiblesse, afin qu’ils puissent porter patiemment la croix et lutter fidèlement jusqu’à la fin pour la vérité de l’Évangile, et ainsi obtenir finalement le salut promis et la couronne de vie. Amen.

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EXTRAIT DE LA TROISIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 13 OCTOBRE 1671

Hendrick de Backer, ami très estimé et frère bien-aimé en Christ, je te souhaite, ainsi qu’aux tiens, grâce et paix en abondance, de la part de Dieu notre Père céleste, par notre Seigneur Jésus-Christ, en guise de salut fraternel. Amen.

Pour répondre à ta demande touchant la situation de nos frères suisses persécutés : Le 11 du mois dernier, il fut décidé lors du conseil plénier à Berne d’envoyer les prisonniers masculins jeunes et robustes aux galères, comme cela avait déjà été fait pour six d’entre eux ; quant aux âgés et aux faibles, ils veulent soit les bannir, soit les garder en emprisonnement perpétuel. 

Un certain gentilhomme de Berne, apprenant cette décision et ému de compassion, se rendit auprès des magistrats et leur demanda de bien vouloir surseoir à l’envoi des prisonniers, le temps qu’il se rende auprès de leurs frères dans la foi résidant en Alsace pour voir s’ils consentiraient à se porter garants des prisonniers et à promettre que ceux-ci, après avoir quitté le pays, n’y reviendraient pas sans autorisation.

Il obtint gain de cause. Se rendant en Alsace chez nos amis, il leur présenta l’affaire ; ceux-ci, dès qu’ils l’eurent entendue, acceptèrent sur-le-champ les conditions et promirent que, si les autorités de Berne consentaient à leur remettre les prisonniers, ils se porteraient garants d’eux et les aideraient à trouver un lieu de résidence. 

Nos amis, si je ne me trompe, firent cette promesse au gentilhomme (il s’appelait Beatus Fischer), non seulement de vive voix, mais aussi par écrit. Sur ce, il leur promit à nouveau de faire de son mieux auprès des autorités de Berne, espérant obtenir d’elles qu’elles conduisent les prisonniers jusqu’à Bâle, d’où les amis pourront les emmener avec eux. Nous sommes donc impatients de les accueillir, attendant chaque jour d’apprendre qu’ils sont arrivés en Alsace ou qu’ils viennent ici nous rejoindre.

En ce moment même, quatre frères suisses sont arrivés chez moi avec leurs fSEPT CENTS PERSONNES OPPRIMÉES ET PERSÉCUTÉES DANS LE CANTON DE BERNE[1]

En l’an 1671, une persécution sévère éclata de nouveau contre les anabaptistes dans le canton de Berne ; cette persécution fut si rigoureuse et si prolongée qu’il semblait que les autorités ne cesseraient pas avant d’avoir complètement chassé ce peuple de leur canton ou de l’avoir exterminé. Il en résulta qu’environ sept cents personnes, petites et grandes, se virent contraintes de quitter leur demeure, d’abandonner leurs biens et, pour beaucoup d’entre elles, leurs proches, ainsi que leur patrie terrestre, et de gagner le Palatinat avec les autres, dans l’espoir que le Seigneur ferait en sorte qu’elles puissent y trouver un lieu de résidence.

Nous[2] avons été témoins oculaires de ce qui se passa à leur arrivée en ce lieu, et nous avons visité un à un les lieux où ils s’étaient rendus pour chercher demeure.

Cependant, comme nous avions reçu, juste avant de nous rendre là-bas, de la part des persécutés eux-mêmes, ainsi que d’autres personnes qui écrivaient en leur nom en s’appuyant sur leurs dires, plusieurs lettres qui décrivent clairement les circonstances et les conditions de cette persécution, telles que nous les avions entendues de leur propre bouche, nous avons jugé opportun de les reproduire ici, afin que le lecteur chrétien, en les lisant, puisse s’imaginer qu’il entend le récit, non pas de témoins oculaires ou auditifs, mais des personnes mêmes qui ont subi ladite persécution. En voici la teneur :

EXTRAIT DE LA PREMIÈRE LETTRE, DATÉE DU 7 AVRIL 1671, EN PROVENANCE D’OBERSÜLZEN[3]

Quant à la demande de nos amis concernant la situation de nos frères suisses dans le canton de Berne, le fait est qu’ils se trouvent dans une situation très triste, comme nous l’avons appris de la bouche des fugitifs qui sont arrivés ici, dont certains se trouvent encore dans ma maison.

Ils rapportent qu’ils sont quotidiennement traqués par les gendarmes et que tous ceux qui se font prendre sont emmenés prisonniers en la ville de Berne, de sorte qu’il y a environ quatre semaines, une quarantaine d’hommes et de femmes y étaient emprisonnés. On en a également flagellé certains et plusieurs ont été bannis du pays, dont l’un est arrivé ici.

On a également flagellé un ministre de la Parole, puis on l’a conduit hors du pays, en Bourgogne, où, à son arrivée, on l’a d’abord marqué au fer rouge, puis laissé partir dans les vallées.

Cependant, comme il ne pouvait se faire comprendre de personne, il dut marcher pendant trois jours avec son corps brûlé avant que ses plaies ne soient soignées et qu’il obtienne un peu de secours. Il était dans un tel état que, lorsqu’on le dévêtit pour panser ses plaies, le pus coula le long de son dos, comme me l’a raconté lui-même un frère qui aida à panser sa plaie. Cet ami est arrivé en Alsace avec deux femmes et un homme, qui avaient également été flagellés et exilés.

Ils [les dirigeants bernois] agissent avec une grande sévérité et, semble-t-il, ne renonceront pas à leur objectif tant qu’ils n’auront pas complètement banni de leur pays et exterminé ce peuple inoffensif.

Il semble en outre que rien de plus ne puisse être fait en faveur de ces frères persécutés ; car outre le fait que les amis d’Amsterdam et d’ailleurs ont travaillé pendant plusieurs années à cette cause, de sorte que plusieurs lettres de recommandation favorables des seigneurs des États de Hollande, et en particulier de la ville d’Amsterdam, ainsi que d’autres personnes de qualité, ont été envoyées aux magistrats ; par ailleurs, en l’an 1660, un messager nommé Adolf de Vreede leur a été envoyé ; cependant, il n’a guère pu agir en faveur de nos amis là-bas. Par conséquent, je ne vois pas comment nos amis pourraient actuellement faire quoi que ce soit qui puisse soulager nos frères persécutés là-bas. Il nous faudra attendre patiemment la délivrance que le Seigneur notre Dieu se plaira à leur accorder.

EXTRAIT DE LA DEUXIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 23 MAI 1671

La persécution de nos amis continue avec la même rigueur qu’auparavant, si bien que nous sommes étonnés qu’ils ne se hâtent pas davantage de quitter le pays. De temps à autre, un ou deux arrivent au compte-gouttes ; mais la plupart restent encore en amont de Strasbourg, en Alsace.

Certains vont dans les forêts couper du bois, d’autres vont sur les coteaux travailler dans les vignobles, dans l’espoir, me semble-t-il, que la tranquillité reviendra peu à peu et qu’ils pourront alors retourner plus aisément dans leurs demeures abandonnées ; mais je crains que ce jour ne vienne pas si tôt et qu’ils ne se trouvent grandement déçus dans leur espoir.

Les magistrats de Berne ont fait enchaîner six des prisonniers, parmi lesquels se trouvait un père de neuf enfants, afin de les vendre pour être galériens entre Milan et Malte ; quant à ce qu’ils comptent faire des autres prisonniers, nous ne le savons pas. L’un des prisonniers, un vieil homme d’environ quatre-vingts ans, est mort en prison. Que le Seigneur les console dans leur chagrin et les fortifie dans leur faiblesse, afin qu’ils puissent porter patiemment la croix et lutter fidèlement jusqu’à la fin pour la vérité de l’Évangile, et ainsi obtenir finalement le salut promis et la couronne de vie. Amen.

EXTRAIT DE LA TROISIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 13 OCTOBRE 1671

Hendrick de Backer, ami très estimé et frère bien-aimé en Christ, je te souhaite, ainsi qu’aux tiens, grâce et paix en abondance, de la part de Dieu notre Père céleste, par notre Seigneur Jésus-Christ, en guise de salut fraternel. Amen.

Pour répondre à ta demande touchant la situation de nos frères suisses persécutés : Le 11 du mois dernier, il fut décidé lors du conseil plénier à Berne d’envoyer les prisonniers masculins jeunes et robustes aux galères, comme cela avait déjà été fait pour six d’entre eux ; quant aux âgés et aux faibles, ils veulent soit les bannir, soit les garder en emprisonnement perpétuel.

Un certain gentilhomme de Berne, apprenant cette décision et ému de compassion, se rendit auprès des magistrats et leur demanda de bien vouloir surseoir à l’envoi des prisonniers, le temps qu’il se rende auprès de leurs frères dans la foi résidant en Alsace pour voir s’ils consentiraient à se porter garants des prisonniers et à promettre que ceux-ci, après avoir quitté le pays, n’y reviendraient pas sans autorisation.

Il obtint gain de cause. Se rendant en Alsace chez nos amis, il leur présenta l’affaire ; ceux-ci, dès qu’ils l’eurent entendue, acceptèrent sur-le-champ les conditions et promirent que, si les autorités de Berne consentaient à leur remettre les prisonniers, ils se porteraient garants d’eux et les aideraient à trouver un lieu de résidence.

Nos amis, si je ne me trompe, firent cette promesse au gentilhomme (il s’appelait Beatus Fischer), non seulement de vive voix, mais aussi par écrit. Sur ce, il leur promit à nouveau de faire de son mieux auprès des autorités de Berne, espérant obtenir d’elles qu’elles conduisent les prisonniers jusqu’à Bâle, d’où les amis pourront les emmener avec eux. Nous sommes donc impatients de les accueillir, attendant chaque jour d’apprendre qu’ils sont arrivés en Alsace ou qu’ils viennent ici nous rejoindre.

En ce moment même, quatre frères suisses sont arrivés chez moi avec leurs femmes et leurs enfants. Ils m’ont dit que beaucoup d’autres sont en route, car la persécution et les recherches s’intensifient quotidiennement.

Sur ce, je te recommande, avec une salutation chrétienne et fraternelle, à la garde du Très-Haut, pour ton salut éternel.

Ton ami affectueux et frère en Christ,

JAKOB EVERLING

EXTRAIT DE LA QUATRIÈME LETTRE,

DATÉE DU 2 NOVEMBRE 1671

Quant à nos amis suisses, ils arrivent désormais par ici en grands groupes, si bien que plus de deux cents personnes sont déjà arrivées, parmi lesquelles se trouvent maintes personnes âgées, aux cheveux gris, hommes et femmes, qui ont atteint soixante-dix, quatre-vingts, voire quatre-vingt-dix ans ; il y en a aussi un certain nombre qui sont infirmes et boiteux.

Portant leurs ballots sur le dos, des enfants dans les bras, certains de bonne humeur, d’autres les larmes aux yeux, en particulier les personnes âgées et fragiles, qui, dans leur grand âge, sont désormais contraintes d’errer dans la misère et de se rendre en des pays étrangers. Beaucoup d’entre eux n’ont rien sur quoi dormir la nuit, de sorte que moi-même et d’autres personnes avec moi avons dû, depuis environ deux semaines, nous donner pour mission régulière de leur fournir un abri et d’autres choses nécessaires.

Nous nous attendons chaque jour à de nouveaux arrivants, et nous espérons que, lorsque la plupart d’entre eux auront quitté le pays, les prisonniers seront également libérés. Adieu.

Par la suite, de plus en plus de fugitifs expulsés descendirent de Suisse vers le Palatinat, près de sept cents personnes au total, jeunes et vieux, parmi lesquelles des familles de huit, dix et même jusqu’à douze enfants, qui avaient à peine pu emporter assez pour leurs frais de voyage, comme le montre l’extrait suivant :

EXTRAIT DE LA CINQUIÈME LETTRE PROVENANT D’OBERSÜLZEN, LE 5 JANVIER 1672

Il est arrivé dans la région en amont de Heidelberg un homme, ministre dans le Nord, ayant douze enfants, pour la plupart très jeunes, mais qui n’avait, si j’ai bien compris, emporté avec lui que quatre rixdales en argent et un cheval en très mauvais état. D’autres ont apporté avec eux un peu d’argent, mais beaucoup d’entre eux n’ont rien du tout, de sorte qu’après un examen approfondi, on a trouvé parmi deux cent quatre-vingt-deux personnes, mille quarante-six rixdales. Et dans le bailliage d’Alzey, parmi deux cent quinze personnes, six cent huit rixdales. Dans le bailliage de Dirmstein, on a compté cent quarante-quatre personnes ; mais je n’ai pas appris quels sont leurs moyens ; cependant, à en juger par les apparences, je les tiens pour étant les plus démunis.

En somme, nous constatons que leur nombre se compose d’environ quatre-vingts familles complètes, auxquelles s’ajoutent des veuves, des personnes seules et des maris ou des femmes qui ont dû abandonner leurs conjoints, car ces derniers, étant attachés à la religion réformée, ne pouvaient se résoudre à partir. Au total, six cent quarante et une personnes, dont les fonds ne s’élèvent à rien de plus que la modeste somme déjà évoquée ; vous pouvez donc aisément concevoir qu’une aide considérable leur sera nécessaire. Par ailleurs, à ce que nous comprenons, une centaine de personnes supplémentaires séjournent en Alsace, que nous attendons également en début d’année. Adieu.

Fin des extraits des lettres.

Par la suite, les assemblées de frères résidant dans les Provinces-Unies, en mars de la même année 1672, envoyèrent certains des leurs dans le Palatinat, lesquels, voyageant partout auprès des frères persécutés, les écoutant et les voyant, non seulement constatèrent que ce qui précède était vrai, mais aussi que certains de ces derniers étaient déjà arrivés d’Alsace, qui, n’ayant pas apporté plus de fonds que les autres, furent aidés et consolés comme les précédents, par l’aide commune des assemblées fortunées des Provinces-Unies.

De plus, ils apprirent de la bouche même de certains des quarante qui avaient été prisonniers, que ceux-ci avaient tous été libérés et, conformément à la demande du gentilhomme susmentionné, conduits à Bâle, où ils avaient été remis à leurs frères, auprès desquels ils s’étaient ensuite établis.

Mais lorsqu’on demanda aux principaux d’entre eux pourquoi ils n’étaient pas partis plus tôt chercher des lieux où ils pourraient vivre plus librement selon leur conscience, vu que les autorités ne les empêchaient point de partir, ils donnèrent diverses raisons, dont les suivantes n’étaient pas les moindres :

1. Il semble que les assemblées s’étaient considérablement développées et multipliées, de sorte que, bien que sous la croix, elles avaient néanmoins prospéré comme une rose parmi les épines, et qu’on pouvait s’attendre à un accroissement quotidien encore plus important, car de nombreuses personnes se manifestaient, ayant vu la lumière jaillir des ténèbres, et commençaient à l’aimer et à la rechercher.

Les ministres, considérant cela dans leur cœur, étaient réticents à quitter le pays, craignant que cette moisson prometteuse ne soit ainsi perdue et que beaucoup ne renoncent à leur bonne résolution ; c’est pourquoi ils préféraient souffrir un peu plutôt que de partir, afin de sauver encore quelques âmes de la perdition et les amener à Christ.

2. Une deuxième raison était qu’ils ne pouvaient partir si aisément vers d’autres pays, parce qu’il y avait parmi eux beaucoup de familles divisées, dont le mari ou la femme était dans l’Église, tandis que le conjoint fréquentait encore l’Église publique [réformée]. Si ce dernier ne consentait pas à suivre son conjoint persécuté en abandonnant tout pour quitter le pays, cela causait de grands tourments et beaucoup de chagrin. Il y avait même plusieurs ministres qui n’étaient pas exempts de cette difficulté. Deux ministres dont les femmes n’étaient pas dans l’Église, se trouvaient là dans le Palatinat. Ayant été secrètement avertis par un bon ami, ils avaient également dû s’enfuir nuitamment, sans savoir encore si leurs femmes les suivraient, ou si, aimant leurs biens plus que leurs maris, elles resteraient au pays et abandonneraient leurs maris. Ces situations créaient davantage de chagrin et de difficultés, d’autant plus que les autorités accordaient au conjoint resté au pays, la liberté de se remarier et de chercher un autre époux. Ces raisons, entre autres, les avaient retenus de quitter librement leur patrie terrestre et les avaient portés à attendre jusqu’à ce qu’il leur soit impossible d’y demeurer plus longtemps tout en conservant une bonne conscience.

En vérité, il est déplorable qu’à cette époque, alors que la lumière de l’Évangile a brillé depuis si longtemps parmi les protestants, on trouve encore parmi eux ceux qui jugent bon de persécuter des sujets qui sont à tous égards bons et pieux, et qui ne diffèrent d’eux que sur certains points touchant la religion chrétienne.

Ah, comme on tient si peu compte, dans une telle conduite, de l’enseignement de notre Sauveur, qui nous dit de faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent. Et pourtant, ils [ces mêmes réformés] se plaignent des persécutions infligées à leurs coreligionnaires en France, en Hongrie et ailleurs. Mais qu’en pensez-vous, ne serait-il pas juste de leur répondre de la même manière que l’apôtre Paul répondit aux Juifs, en Romains 2:21 ? Assurément, de plein droit.

Nous concluons ce récit par cette prière sincère, à savoir que Dieu le Seigneur daigne diriger les cœurs de ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener sous leur gouvernement et leur domination une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Et s’il advenait que le grand Dieu juge bon de permettre la persécution de Ses croyants ici ou là, qu’Il daigne alors demeurer auprès d’eux dans Sa sollicitude et Sa consolation paternelles, et qu’Il accorde par Sa grâce que leurs afflictions soient accompagnées de patience, leur foi de persévérance, et leurs vertus de fidélité ; tout cela pour l’honneur de Son nom, qui ne saurait être assez loué, et pour le salut de leurs âmes, par Christ notre Seigneur et Sauveur. Amen.

HANS HASLIBACHER, EN L’AN 1571

En lien avec le récit ci-dessus des persécutions qui s’abattirent sur les frères suisses, nous estimons qu’il n’est pas hors de propos d’ajouter ce qui suit, à savoir qu’un frère âgé et pieux (communément appelé Haslibacher, car il était né à Haslibach) fut arrêté pour sa foi et emmené à Berne, où il fut traité très cruellement en prison et gravement torturé.

Mais comme il demeurait, malgré tout, fermement attaché à sa foi, il reçut peu après, un vendredi, la visite en prison de plusieurs docteurs qui discutèrent avec lui ; il se comporta avec tant de courage, défendant sa simple confession de foi, qu’ils ne purent rien obtenir de lui. Sur ce, les docteurs revinrent le lendemain, samedi, lui parlèrent plus durement et plus sévèrement, le menaçant que s’il n’abjurait pas sa foi, sa tête serait posée à ses pieds.

Le bon vieil homme répondit courageusement qu’il n’abjurerait en aucun cas sa foi, mais qu’il s’y tiendrait fermement attaché, car il était parfaitement sûr que sa foi était si agréable à Dieu qu’Il ne l’abandonnerait point dans la détresse et la mort.

Il arriva alors, selon des témoignages dignes de foi, que dans la nuit suivante, du samedi au dimanche, il fut réconforté et fortifié par une vision divine, et exhorté à demeurer fidèlement attaché à la foi qu’il avait embrassée ; et que, même s’ils le menaçaient terriblement, au point même de le mettre à mort par l’épée, il ne devait néanmoins point en être terrifié, car le Seigneur serait à ses côtés et ne permettrait pas qu’il en ressente la moindre douleur.

Lorsque, le lundi, ces docteurs vinrent à nouveau le voir et discutèrent avec lui comme auparavant, s’efforçant de l’ébranler dans sa foi, ajoutant que s’il n’abjurait pas, il serait puni de mort le lendemain, Haslibacher répondit hardiment : « Je préfère qu’on me coupe la tête plutôt que d’apostasier ma foi. »

Sur ce, lorsque les docteurs le quittèrent, il tomba dans un profond sommeil qui dura jusqu’à minuit ; on raconte qu’il fit alors un rêve dans lequel il lui fut montré qu’ils allaient le décapiter (ce qui le réveilla brusquement), et il lui fut révélé d’une manière particulière qu’il serait puni par l’épée, mais qu’il y aurait trois signes particuliers par lesquels son innocence apparaîtrait aux yeux des hommes.[4]

NOTE : Comme il est fait mention de trois signes, qui ne sont toutefois pas détaillés, mais qui figurent dans une hymne (la dernière du Gesangbuch der Taufgesinnten[5]), nous insérons ici, afin de compléter le récit, cette hymne dans son intégralité. Nous ajouterons toutefois que ni cette hymne ni la liste des martyrs suisses, copiée par Hans Lötscher, qui le suit, ne figuraient dans les éditions néerlandaises du Miroir des martyrs, mais furent ajoutées par la suite dans les éditions allemandes[6]. L’hymne, qui ne figure que partiellement en allemand, est ici donnée dans son intégralité. – Note des éditeurs de la version anglaise.

Cantique de Hans Haslibacher

AllemandFrançais
1.
Was wend wir aber heben an,
Zu singen von ein’m alten Mann,
Der war von Haßlibach,
Haßlibacher ward er genannt,
Aus der Kilchöri Summiswald.
1.
Mais de quoi voulons-nous commencer
À chanter, sinon d’un vieil homme,
Qui venait de Haslibach,
On l’appelait Haslibacher,
De la paroisse de Sumiswald.
2.
Da das der lieb Gott zu thät lan,
Daß er wurd hart geklaget an,
Wohl um den Glauben sein,
Da hat man ihn gefangen hart,
Führt ihn gen Bern wohl in die Stadt.
2.
Quand le Dieu d’amour permit
Qu’il soit durement accusé,
À cause de sa foi,
Alors on le captura brutalement,
Et on le mena dans la ville de Berne.
3.
Und da er nun gefangen ward,
Gepeinigt und gemartert hart,
Wohl um sein Glauben schon,
Jedoch war er beständig g’seyn,
In seiner Marter, Angst und Pein.
3.
Et lorsqu’il fut donc fait prisonnier,
Tourmenté et durement martyrisé,
Pour sa foi assurément,
Il demeura pourtant ferme et constant
Dans son martyre, son angoisse et sa douleur.
4.
An ein’m Freytag, thut mich verstahn,
Thäten die G’lehrten zu ihm gahn,
Wohl in die G’fangenschaft,
Fingen zu disputieren an,
Er soll von sein’m Glauben abstahn.
4.
Un vendredi, comprenez-le bien,
Les érudits vinrent auprès de lui,
Jusque dans sa prison ;
Ils commencèrent à disputer,
Exigeant qu’il renonce à sa foi.
5.
Der Haßlibacher auf der Stätt
Sie überdisputiret hätt,
Da sprach er bald zu ihn’n,
Von mein’m Glaub’n thu ich micht abstan,
Eh will ich Leib und Leben lahn.
5.
Haslibacher, sur-le-champ,
Les surpassa dans le débat ;
Alors il leur dit aussitôt :
Je ne renonce point à ma foi ;
Je donnerai plutôt mon corps et ma vie.
6.
Und da es nun am Samstag war,
Die G’lehrten gingen aber dar,
Redten ihm heftig zu,
Du mußt von deinem Glauben stahn,
Oder man wird dein Haupt abschlan.
6.
Et lorsque vint le samedi,
Les docteurs s’y rendirent encore,
Et lui parlèrent vivement :
Tu dois renoncer à ta foi,
Ou l’on te tranchera la tête.
7.
Gar bald er ihn’n zur Antwort gab,
Ich steh nicht von mein’m Glauben ab,
Ich halt ihn festiglich,
Dann mein Glaub ist vor Gott so gut,
Er wird mich han in Schirm und Hut.
7.
Aussitôt il leur répondit :
Je ne renonce point à ma foi,
Je m’y tiens fermement ;
Car ma foi est agréable devant Dieu,
Il me gardera sous Sa protection.
8.
Und wie es war am Samstag Nacht,
Ein Engel Gottes kam mit Macht,
Zum Haßlibacher hin,
Sprach, Gott hat mich zu dir gesendt,
Zu trösten dich vor deinem End.
8.
Et quand vint la nuit du samedi,
Un ange de Dieu vint avec puissance
Auprès de Haslibacher,
Et dit : Dieu m’a envoyé vers toi,
Pour te consoler avant ta fin.
9.
Weiters thu ich dir zeigen an,
Von deinem Glauben thu nicht stahn,
Darauf bleib steif und vest,
Dein Glaub der ist vor Gott so gut,
Er hält dein Seel in guter Hut.
9.
Je t’annonce encore ceci :
Ne renonce point à ta foi ;
Demeure ferme et constant en elle.
Ta foi est agréable devant Dieu,
Il garde ton âme sous bonne protection.
10.
Ob man dir schon wird dräuen hart,
Man woll dich richten mit dem Schwerdt,
Erschrick du nicht darob,
Ich will an deiner Seiten stahn,
Kein Schmerzen wirst dardurch ampfahn.
10.
Même si l’on te menace durement,
Disant qu’on veut t’exécuter par l’épée,
Ne t’en effraie point ;
Je me tiendrai à tes côtés,
Et tu n’en recevras aucune douleur.
11.
Und da es an dem Montag war,
Die G’lehrten kamen nochmal dar,
Zum Haßlibacher hin,
Fingen mit ihn zu reden an,
Er soll von seinem Glauben stahn.
11.
Et lorsque vint le lundi,
Les docteurs revinrent encore
Auprès de Haslibacher ;
Ils commencèrent à lui parler,
Pour qu’il renonce à sa foi.
12.
Wo nicht, sagten sie ohne Spott,
Morgen mußt du leiden den Tod.
Der Haßlibacher sprach :
Eh ich von meinem Glauben stahn,
Eh laß ich mir mein Haupt abschlan.
12.
Sinon, dirent-ils sans détour,
Demain tu devras souffrir la mort.
Le Haslibacher dit :
Plutôt que de renoncer à ma foi,
Je me laisserai trancher la tête.
13.
Hört wie es am Montag zu Nacht,
Der Haßlibacher hart entschlaft,
Bis um die Mitternacht,
Da traumet ihm es seye Tag,
Man wolle ihm sein Haupt abschlagn.
13.
Écoutez comme, dans la nuit du lundi,
Haslibacher dormait profondément
Jusqu’à minuit ;
Alors il rêva qu’il faisait jour,
Et qu’on allait lui trancher la tête.
14.
Der Haßlibacher wacht darob,
Da war es bey ihm heiter Tag,
Ein Büchlein lag vor ihm,
Ein Engel Gottes zu ihm sagt:
Lies du was in dem Büchlein staht.
14.
Alors Haslibacher se réveilla,
Voici, il faisait clair comme en plein jour autour de lui,
Un petit livre était posé devant lui ;
Un ange de Dieu lui dit :
Lis ce qui est écrit dans ce petit livre.
15.
Da er das Büchlein lesen thät,
Fand er daß es darinnen steht,
Man werd sein Haupt abschlan,
Drey Zeichen werd Gott sehen lahn,
Daß man ihme unrecht gethan.
15.
Quand il lut le petit livre,
Il trouva qu’il y était écrit
Qu’on lui trancherait la tête ;
Dieu ferait paraître trois signes,
Montrant qu’on lui avait fait injustice.
16.
Und da ers ausgelesen hat,
Da wurd es wieder finster Nacht,
Gar bald er wied’r entschlief,
Und schlaft bis an den heitern Tag,
Daß man zu ihm ihns G’fängniß kam.
16.
Et lorsqu’il eut fini de le lire,
La nuit redevint obscure ;
Bientôt il se rendormit,
Et dormit jusqu’au grand jour,
Lorsque l’on vint à lui dans la prison.
17.
Da wünscht man ihm ein guten Tag,
Gar bald er ihn’n gedanket hat,
Darnach sagt man zu ihm,
Das Göttlich Wort er hören soll.
Sonst müßt er ess’n das Henkermahl.
17.
On lui souhaita le bonjour ;
Il les en remercia aussitôt.
Puis on lui dit
Qu’il devait entendre la Parole divine,
Sinon il lui faudrait prendre le repas du condamné.
18.
Von mein’m Glaub thu ich nicht abstahn,
Das Göttlich Wort ich selber kann,
Mein Sach befehl ich Gott,
Es ist mein’m Herz ein ringe Buß,
Wann ich unschuldig sterben muß.
18.
Je ne renonce point à ma foi ;
La Parole divine, je la connais moi-même.
Je remets ma cause à Dieu ;
C’est pour mon cœur une peine légère
De devoir mourir innocent.
19.
Ins Wirthshaus führt man ihn fürwahr,
Man stellt ihm Ess’n und Trinken dar,
Dan Henker neben ihm
Daß er soll in ein Grausen komm’n
Und noch vom Glauben gar abstohn.
19.
On le mena, en vérité, dans l’auberge,
On mit devant lui mets et breuvage,
Le bourreau assis près de lui,
Afin qu’il soit saisi d’effroi
Et renonce encore à sa foi.
20.
Der Täufer sprach zum Henker gut,
Nun eßt und trinkt, seyd wohl zu Muth,
Ihr werdet heutigs Tags
Hinrichten mein unschultig Blut,
Ist aber meiner Seelen gut.
20.
L’anabaptiste parla avec bonté au bourreau :
Maintenant, mangez et buvez, et prenez courage.
Aujourd’hui même,
Vous répandrez mon sang innocent,
Mais c’est pour le bien de mon âme.
21.
Er sprach auch, Gott wird sehen lan
Drey Zeichen, das thut wohl verstahn,
Die wird man sehen bald,
Wann ihr mir schlaget ab mein Haupt,
Springts in mein Hut und lachet laut.
21.
Il dit aussi : Dieu fera voir
Trois signes, comprenez-le bien,
Et on les verra bientôt :
Quand vous me trancherez la tête,
Elle sautera dans mon chapeau et rira tout haut.
22.
Das ander Zeichen wird geschehn,
Das wird man an der Sonnen sehn,
Aufs dritt habt fleißig Acht,
Die Sonn wird werd’n wie rothes Blut,
Der Stadel-Brunn auch schwitzen Blut.
22.
Le deuxième signe se produira,
On le verra sur le soleil.
Au troisième signe, prenez bien garde :
Le soleil deviendra comme du sang rouge,
Et la fontaine de la ville suintera aussi du sang.
23.
Der Richter zu den Herren sagt,
Auf die drey Zeichen habet Acht,
Und sehet wohl darauf,
Wann nun diß alles soll geschehn,
So g’schicht es eurer Seelen weh.
23.
Le juge dit aux seigneurs :
Prenez garde aux trois signes,
Et observez-les bien ;
Si tout cela devait advenir,
Ce serait pour le malheur de vos âmes.
24.
Und da das Mahl nun hat ein End,
Man wolt ihm binden seine Händ,
Der Haßlibacher sprach :
Ich bitt euch Meister Lorenz schon,
Ihr wollt mich ungebunden lohn.
24.
Et quand le repas fut terminé,
On voulut lui lier les mains,
Mais Haslibacher dit :
Je vous prie, Maître Lorenz,
De me laisser sans liens.
25.
Ich bin gutwillig und bereit,
Mein Tod mich heftig wohl erfreut,
Daß ich von hinnen soll,
Aber Gott woll erbarmen sich,
Die zum Tod verurtheilet mich.
25.
Je suis de bonne volonté et prêt,
Ma mort me réjouit grandement,
Puisqu’il me faut partir d’ici ;
Mais que Dieu ait pitié
De ceux qui m’ont condamné à mort.
26.
Da er nun auf die Richtstatt kam,
Sein Hut von seinem Haupt abnahm,
Und legt ihn für die Leut,
Euch bitt ich Meister Lorenz gut,
Laßt mir hie liegen meinen hut.
26.
Lorsqu’il arriva au lieu de l’exécution,
Il ôta son chapeau de sa tête
Et le posa devant le peuple.
Bon Maître Lorenz, je vous prie,
Laissez-moi poser mon chapeau ici.
27.
Hiemit fiel er auf seine Kney,
Ein Vater Unser oder zwey
Er da gebetet hat,
Mein Sach ist jetzt gesetzt zu Gott,
Thust jetzt nur eurem Urtheil Statt.
27.
Alors il tomba à genoux,
Un Notre Père ou deux
Là, il pria.
Ma cause est désormais remise à Dieu,
Exécutez donc votre sentence.
28.
Darnach man ihm sein Haupt abschlug,
Da sprang es wieder in sein Hut,
Die Zeichen hat man g’seh’n,
Die Sonne ward wie rothes Blut.
Der Stadel-Brunn thät schwitzen Blut.
28.
Puis on lui trancha la tête ;
Elle rebondit dans son chapeau,
On vit les signes,
Le soleil devint rouge comme du sang.
Et la fontaine de la ville suinta du sang.
29.
Da sprach ein alter Herre gut,
Des Täufers Mund lacht in dem Hut,
Da sagt ein grauer Herr,
Hätt ihr den Täufer leben lahn,
Es würd euch ewig wohl ergahn.
29.
Alors un vieux seigneur dit avec gravité :
La bouche du baptiste rit dans le chapeau.
Puis un seigneur aux cheveux gris dit :
Si vous aviez laissé vivre l’anabaptiste,
Il en eût été bien pour vous à jamais.
30.
Die Herren sprachen insgemein,
Kein Täfer wir mehr richten wend,
Da sprach ein alter Herr :
Wär es nach meinem Willen gahn,
Den Täufer hätt man leben lahn.
30.
Les seigneurs dirent tous ensemble :
Nous ne voulons plus condamner de baptiste ;
Alors un vieux seigneur dit :
S’il en avait été selon ma volonté,
On aurait laissé vivre l’anabaptiste.
31.
Der Henker der sprach mit Unmuth :
Heut hab ich g’richt unschuldig Blut.
Da sprach ein alter Herr,
Des Täufers Mund hat g’lacht im Hut,
Das bedeut Gottes Straff und Ruth.
31.
Le bourreau parla avec amertume :
Aujourd’hui, j’ai jugé du sang innocent.
Alors un vieil homme dit :
La bouche du baptiste a ri dans le chapeau ;
Cela annonce le châtiment et la verge de Dieu.
32.
Der uns diß Liedlein hat gemacht,
Der war ums Leb’n in G’fangenschaft,
Den Sündern thät ers z’Lieb,
Ein Herr ihm Federn und Tinten bracht,
Er schenkt uns das zu guter Nacht.
32.
Celui qui nous composa ce petit chant
Était emprisonné, risquant sa vie ;
Il le fit par amour pour les pécheurs.
Un seigneur lui apporta plumes et encre ;
Il nous l’a offert pour nous souhaiter Adieu.

NOTE : Lorsque l’édition allemande du Miroir des martyrs était sur le point d’être imprimée, un extrait fut reçu et inséré, que Hans Lötscher[7] avait copié du Turm Buch[8] à Berne et qui avait été conservé par Christian Kropf ; en voici la teneur :

Dans le canton de Berne, les personnes suivantes furent exécutées à cause de leur foi :

En l’an 1529 : Hans Seckler[9] ; un ébéniste[10] ; un chapelier[11], d’Aarau.

En l’an 1530 : Konrad Eicher de Steffisburg ; deux croyants[12] ; deux croyants de la seigneurie de Biglen ; un dinandier[13] de l’Emmental ; Ulrich Schneider, de Lützelflüh ; un jeune compagnon du Valais ; Högerli[14], de la seigneurie d’Aarbourg.

En l’an 1536 : le 2 mai, Moritz Losenegger.

En l’an 1537 : Bernhard Wälti de Rüderswil, le 7 juillet ; Hans Schweitzer de Rüegsau, Jürg Hoffser d’Obergallbach, de la seigneurie de Signau, le 28 août, Ulrich Bichsel ; Barbeli Willer de Hasli ; Barbeli zur Studen de Sumiswald ; Catharina Friedli Imhoff ; Verena Iseli de Schüpbach, de la seigneurie de Signau ; Ulrich de Rüegsau.

En l’an 1538 : Cunas Seidenkohen de Constance, le 28 mars ; Peter Stucki, de Wimmis, le 16 avril ; Ulrich Huber de Röthenbach im Emmental, de la seigneurie de Signau ; Hans Willer, en août ; Elsbeth Kipfer de Sumiswald ; deux femmes, le 28 mai, l’une de Sumiswald, l’autre de Grosshöchstetten ;

Peter Wessenmüller de Wimmis, le 17 septembre ; Steffen Rügsegger, le 8 décembre, qui fut exécuté à Einigen ; un habitant de la seigneurie de Signau ; un habitant de Sumiswald ; Rudolph Iseli de Tannenthal.

En l’an 1539 : Lorenz Eberli de Grünenmatt, le 3 juin ; Hans Schumacher d’Argovie, de Wynstägen[15].

En l’an 1542 : un habitant d’Oberbipp, le 1er mai ; Peter Ancken, de Siebenthal.

En l’an 1543 : Christian Oberlen, le 17 septembre ; Hans Ancken d’Amsoldingen ; Wälti Gerber du Streithalter[16], de la seigneurie de Signau.

En l’an 1571, le 20 décembre : Hans Haslibacher, de la seigneurie de Sumiswald, qui fut exécuté à Haslibach[17].

Notes

[1] Ici commence sur plusieurs pages un grand ajout de l’édition néerlandaise de 1685 du « Miroir des martyrs ». – NDLT

[2] On peut se demander qui est « nous » ici. Ce n’est pas Thieleman Van Braght, puisqu’il est décédé 7 ou 8 ans avant la rédaction de ces lettres. Il se pourrait que ce soit son fils Cornelis, qui a vraisemblablement participé à l’élaboration de l’édition de 1685, puisqu’on y trouve un poème écrit par lui, p. 61. Mais selon la Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online, il semble que ces lettres d’Obersülzen s’adressaient notamment à Hans Vlamingh (au moins la 4e, écrite par Jakob Everling, datée du 2 novembre 1671), diacre d’une assemblée mennonite d’Amsterdam, très impliqué dans la défense épistolaire des frères suisses et ensuite secrétaire et trésorier de la commission pour les affaires suisses de l’Église mennonite, commission qui devint par la suite le Comité général mennonite pour les besoins étrangers. Cependant, il semble que Vlamingh soit décédé vers l’an 1672, donc il n’aurait guère pu participer directement à la réédition du Miroir des martyrs en 1685. – NDLT

[3] Petite commune dans le Palatinat, à environ 27 km d’Alzey. – NDLT

[4] Ici se termine ce grand ajout de l’édition néerlandaise de 1685, le texte de cette édition reprendra après l’ajout provenant du Miroir des martyrs allemand, par le titre intitulé : « Édit publié par ceux de Berne contre ceux appelés anabaptistes, le 9 août de l’an 1659 » (voir page 1130) – NDLT

[5] Recueil de cantiques des anabaptistes, plus connu sous le nom « Ausbund ». Ce cantique fut imprimé séparément à de nombreuses reprises en Europe. Il fut relié avec un Ausbund paru au milieu des années 1660, sans toutefois en faire partie (Wolkan, p. 154). En dehors de cela, il ne figure dans aucune édition européenne de l’Ausbund, mais apparaît dans la première édition américaine de 1742, sous le titre « Das 140. Lied » (cantique 140), ainsi que dans chacune des éditions américaines suivantes. – NDLT

[6] À la p. 621 de l’édition allemande de 1870. – NDLT

[7] Hans Lötscher (souvent orthographié Lörsch ou Latschar dans les archives de Pennsylvanie) n’était pas un historien, mais lui-même un prisonnier. Il était pasteur dans le Simmental et fut emprisonné le 26 septembre 1667 à l’orphelinat bernois (qui servait de prison). Pendant sa détention, avant d’être condamné aux galères, il réussit à accéder au « livre de la tour » (registre officiel de la Commission anti-rebaptiseurs). Il copia secrètement des informations concernant 42 martyrs exécutés à Berne entre 1529 et 1571. Cette liste fut sortie clandestinement de la prison. Elle fut ensuite apportée en Pennsylvanie et, lorsque le Miroir des martyrs fut traduit en allemand au cloître d’Ephrata en 1748, on ajouta cette liste dans la marge. Hans Lötscher passa 4 ans en prison et 2 ans sur les galères, après quoi il mourut, vers l’an 1673. – NDLT

[8] Le Turm Buch, le « livre de la tour » fait référence au registre de la Täuferkammer (la commission anti-anabaptiste) ou aux registres pénitentiaires conservés aux archives de l’État de Berne. Ces livres étaient appelés « livres de la tour » car ils consignaient les noms, les interrogatoires et les condamnations des personnes détenues dans les différentes tours des remparts de la ville (comme la Käfigturm) ou à l’orphelinat (Waisenhaus). Voir aussi l’entrée de la p. 703, qui se réfère aux mêmes 42 martyrs, sans les nommer. – NDLT

[9] Hans Seckler (également connu sous le nom de Hans Hansmann, maroquinier) fut torturé puis noyé à Berne le 8 juillet 1529, avec Hans Dreier et Heini Seiler. Ils furent les premières victimes de la persécution des anabaptistes à Berne. – NDLT

[10] Hans Dreier (Treyer). – NDLT

[11] Heini (Heinrich) Seiler. – NDLT

[12] Selon une liste trouvée dans le livre de Fluri, A. ; Täuferhinrichtungen in Bern im 16. Jahr­hundert. Berner Heim, 1896 : 279. – NDLT

[13] Moritz Kessler, mis à mort en 1535. – NDLT

[14] Mis à mort en l’an 1532 ou 1535. – NDLT

[15] « Wynstägen » désigne un lieu ou une ferme spécifique, souvent orthographié Wünistern ou Wüni- dans les documents anciens, situé à Safenwil, une commune du district de Zofingen dans le canton d’Argovie, en Suisse. – NDLT

[16] Wälti Gerber, de Röthenbach im Emmental, aurait été exécuté le 30 juillet 1566. – NDLT

[17] Hans Haslibacher – Le dernier nom sur la liste. Décapité le 20 octobre 1571 et non le 20 décembre. Hans Haslibacher fut exécuté à Berne et non à Haslibach. Après 1571, les autorités bernoises changèrent de tactique, passant de l’exécution à l’emprisonnement à perpétuité, aux amendes lourdes et au bannissement (y compris vers les galères) Ici se termine l’ajout de l’édition allemande. – NDLT

Les paisibles du pays… (faut-il se taire ?)

[article inspiré de: https://flatlanderfaith.com/2024/05/18/we-must-use-words/]

On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.

Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.

Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :

  1. « Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
  2. Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
  3. « Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
  4. « Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
  5. Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
  6. Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
  7. Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.

Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?

L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.

Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.

L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…

Les silencieux du pays

Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.

Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.

Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.

Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.

Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »

Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.

Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.