Un répertoire des extraits du Miroir des martyrs

Bonsoir à tous,

Comme vous le savez, plusieurs extraits de la version française du Miroir des martyrs ont déjà été publiés sur ce site. Afin de les rendre plus faciles à retrouver, je les ai rassemblés dans un répertoire général, que je compte enrichir régulièrement de nouveaux récits, témoignages et textes historiques.

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En Christ,

Hugues Andries

Miroir des martyrs: POMPONIO ALGIERI, JEUNE ÉTUDIANT DE PADOUE CRUELLEMENT BRÛLÉ POUR LE TÉMOIGNAGE DE JÉSUS À ROME EN 1557

LETTRE DE CONSOLATION[1]

À mes frères bien-aimés et compagnons de service de Jésus-Christ, qui êtes sortis de Babylone pour aller à la montagne de Sion, et dont je tais les noms non sans raison, grâce, paix et miséricorde de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ, notre Seigneur et Sauveur. Amen.

Afin d’adoucir quelque peu la douleur que vous éprouvez à cause de moi, je voudrais vous faire partager la douceur dont je jouis, afin que vous vous réjouissiez avec moi et que, dans la présence du Seigneur, vous poussiez des cris de joie et d’actions de grâce.

Je vais annoncer au monde une chose incroyable : j’ai trouvé une douceur infinie dans les entrailles du lion. Mais qui croira ce que je vais raconter ? Qui pourra le croire ?

Dans une fosse obscure, j’ai trouvé le plaisir ; dans un lieu d’amertume et de mort, le repos et l’espérance du salut ; dans l’abîme et les profondeurs de l’enfer, la joie. Là où d’autres pleurent, j’ai trouvé le rire ; là où d’autres tremblent, j’ai trouvé la force. Qui croira cela ? Dans la misère, j’ai éprouvé une très grande joie ; dans un coin solitaire, j’ai trouvé la plus glorieuse compagnie ; dans les liens les plus rigoureux, un profond repos. Toutes ces choses, mes frères en Jésus-Christ, la main généreuse de Dieu me les a accordées.

Voici, Celui qui d’abord se tenait loin de moi est maintenant près de moi. Celui que je connaissais à peine, je Le vois maintenant clairement ; Celui que je regardais autrefois de loin, je Le contemple maintenant comme présent. Celui après qui je soupirais me tend aujourd’hui la main. Il me console (2 Co 1:4), me remplit de joie, chasse loin de moi l’amertume et renouvelle en moi la force et la douceur. Il me guérit, me soutient, me relève et me fortifie.

Oh ! que le Seigneur est bon, Lui qui ne permet pas que Ses serviteurs soient tentés au-delà de leurs forces (1 Co 10:13) ! Que Son joug est doux, agréable et léger (Mt 11:30) ! Qui est semblable au Dieu Très-Haut, qui soutient et ranime ceux qui sont éprouvés ? Il guérit ceux qui sont meurtris et blessés, et les rétablit entièrement (Es 41 ; 43:20). Nul n’est semblable à Lui (Es 46:9).

Apprenez, frères bien-aimés, combien le Seigneur est doux, fidèle et miséricordieux. Il visite Ses serviteurs dans l’épreuve (Es 43:2) ; Il s’abaisse jusqu’à demeurer avec nous dans nos huttes et nos pauvres logis. Il nous donne un esprit joyeux et un cœur paisible.

Mais le monde aveugle croira-t-il ces choses ? Non. Dans son incrédulité, il dira plutôt : « Tu ne supporteras pas longtemps la chaleur, le froid et l’inconfort de ce lieu. Comment pourras-tu donc porter la croix, subir mille mépris, des reproches injustes et une honte imméritée ? Ne songeras-tu pas à ta chère patrie, aux richesses de ce monde (Mt 4:8), à tes parents, à ton rang et aux honneurs de la cour ? Pourras-tu bannir entièrement de ton esprit ce savoir glorieux qui te fortifie et te dédommage de tous tes travaux ? Perdras-tu tout cela pour rien : tes veilles, tes peines, ton labeur et ton assiduité ? À quoi bon avoir tant travaillé et étudié depuis ta jeunesse ?

« Enfin, ne crains-tu donc pas la mort qui t’attend, bien que tu sois innocent ? Quelle extrême folie et quelle ignorance ! Tu pourrais, d’un seul mot, éviter tous ces maux et échapper à la mort, et pourtant tu refuses de le prononcer. Quelle conduite méprisable ! Tu pourrais obtenir la faveur de conseillers et d’hommes illustres si excellents[2], justes, craignant Dieu, sages et bons — ou pieux —, et tu refuses volontairement de rien recevoir d’eux. »

Écoutez-moi donc, hommes aveugles et mortels. Qu’y a-t-il de plus brûlant et de plus violent que le feu qui vous est préparé ? Qu’y a-t-il de plus froid que votre propre cœur, encore plongé dans les ténèbres et privé de toute lumière (Jn 1:5) ? Qu’y a-t-il de plus pénible, de plus confus et de plus agité que votre vie ? Qu’y a-t-il de plus vil et de plus repoussant que votre vieillesse ?

Dites-moi, mes chers, quelle patrie et quelle demeure sont plus douces que la patrie céleste (2 Co 5:1) ? Quel trésor est plus grand que la vie éternelle (Jn 20:31) ? Qui sont nos parents et nos amis, sinon ceux qui gardent la Parole de Dieu (Lc 11:28) ? Où trouve-t-on une joie, des richesses et un honneur plus grands qu’au ciel (Mt 25:21) ?

Dites-moi, hommes sans intelligence : tout savoir ne nous est-il pas donné afin de connaître Dieu ? Si nous ne Le connaissons pas en vérité, tout notre travail, toutes nos veilles et tous nos efforts, oui, toutes nos entreprises, auront été dépensés en vain (Rm 1:25). Répondez-moi, malheureux : quelle consolation et quel baume peut trouver celui qui est privé de Dieu, le remède et le rafraîchissement de tous (Ex 15:26) ?

Comment peut-on dire que je crains la mort, quand celui qui parle est lui-même mort dans ses péchés et préfère ainsi la mort à la vie (1 Tm 5:6) ? Si Christ est le chemin, la vérité et la vie, peut-on trouver la vie hors de Christ (Jn 14:6) ? La chaleur m’est un frais plaisir, et l’hiver une joie dans le Seigneur. Moi qui ne crains pas la brûlure du feu, devrais-je redouter la simple chaleur (Mt 10:28) ? La glace peut-elle tourmenter celui qui se consume, se fond et s’endort dans l’amour de Dieu ?

Ce lieu est certes dur et pénible pour les coupables et les malfaiteurs ; mais, pour les innocents et les justes, il est aimable et doux. C’est d’ici que sort le miel, d’ici que coule le breuvage céleste, d’ici que jaillit le lait ; c’est ici que naît l’abondance de tous les biens.

Il est vrai que ce lieu passe pour solitaire et méprisable. Pourtant, il est pour moi comme une large vallée et l’un des lieux les plus excellents du monde.

Dites-moi, hommes misérables, pourrais-je trouver une prairie ou une lande plus agréable ? Ici, je vois des rois, des princes, des États et des nations. Ici, je vois la guerre et le combat : les uns sont taillés en pièces ; les autres remportent la victoire ; certains sont tombés dans l’abaissement ; d’autres ont été élevés à de grands honneurs.

Ici se trouve la montagne de Sion. D’ici, je m’élève et j’entre dans le ciel. Jésus-Christ se tient devant mes yeux ; autour de moi se tiennent les pères, les prophètes, les évangélistes, les apôtres et tous les serviteurs de Dieu. Le Seigneur m’embrasse et me nourrit ; les uns m’exhortent, les autres me montrent les choses saintes ; les uns me consolent, les autres m’accompagnent de leurs voix et de leurs chants.

Dirai-je maintenant que je suis seul au milieu d’une telle multitude ? J’ai ici des compagnons, des consolateurs et des exemples. J’en vois qui ont été crucifiés, d’autres décapités ; les uns lapidés (Hé 11), les autres sciés en deux ; les uns rôtis, les autres brûlés dans des poêles, des fours ou des chaudières d’huile ; les uns ont eu les yeux crevés, les autres la langue coupée ; la peau des uns a été arrachée par-dessus leur tête, tandis que d’autres ont eu les mains et les pieds tranchés (2 M 7) ; les uns ont été jetés dans des fournaises ardentes, les autres livrés en pâture aux bêtes sauvages. Il me faudrait trop de temps pour tout raconter.

Enfin, j’en vois d’autres encore qui ont subi maintes tortures et diverses formes de martyre, et cela afin de vivre maintenant, délivrés de toute souffrance. Pour eux tous, il n’existe qu’un remède, un seul médicament capable de guérir toutes leurs blessures. Ce même remède me donne la force, la vie et la joie nécessaires pour supporter toutes ces craintes et ces afflictions, qui ne durent qu’un moment et ne méritent pas qu’on en parle : c’est l’espérance que j’ai placée dans le ciel.

Je ne crains pas ceux qui m’outragent et me persécutent injustement. Celui qui habite dans les cieux rejettera et retranchera les persécuteurs, mais Il guérira et rétablira ceux qui souffrent. Je ne craindrai pas, quand bien même mille hommes m’entoureraient (Hé 13:6), car le Seigneur mon Dieu me délivrera toujours. Il est mon bouclier et mon protecteur, mon consolateur et mon Chef. Il abattra ceux qui s’opposent à moi sans cause et brisera les dents des pécheurs, car à Lui appartiennent le salut, la bénédiction, la puissance et la domination.

L’opprobre que nous subissons à cause de Christ ne nous apporte que joie et allégresse, car il est écrit : « Si vous êtes outragés pour le nom de Christ, vous êtes heureux, parce que l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous » (1 P 4:14). Puisque nous sommes ainsi assurés de notre salut, nous ne devons pas nous arrêter aux insultes injustes de ceux qui nous outragent.

Sur la terre, je n’ai ni cité permanente ni lieu de repos. Ma demeure et ma patrie sont dans les cieux (2 Co 5:1 ; Hé 13:14). Je cherche la cité nouvelle, Jérusalem, que je vois devant moi et qui vient à ma rencontre (Ap 21:2). Voici, je suis déjà en chemin. Là sont ma douce demeure, mes richesses, mes parents et mes amis, mon plaisir et mon honneur ; je ne crains pas qu’ils me fassent défaut.

Toutes les choses terrestres ne sont que des ombres. Elles passent toutes et ne sont que vanité des vanités pour ceux qui sont privés de l’espérance et de la réalité de la vie éternelle.

Les connaissances, les arts et les dons que Dieu m’a accordés furent d’abord pour moi d’agréables compagnons et délassements ; maintenant, ils portent des fruits saints. Il est vrai que j’ai sué, souffert du froid et veillé nuit et jour autant que je le pouvais. Mais ce labeur a servi et contribué à me rendre plus accompli : jamais un jour ni une heure ne se sont écoulés sans quelque progrès. Voici, le vrai visage de Dieu s’est révélé dans ma vie, et le Seigneur m’a fait éprouver une grande joie dans mon cœur (1 P 1:8). En Lui seul, je reposerai en paix.

Qui osera désormais dire que j’ai perdu mon âge et mes années ? Qui dira que j’ai perdu courage ? Mon âme a dit : « L’Éternel est mon partage ; c’est pourquoi je veux espérer en Lui » (Lm 3:24). Puisque mourir dans le Seigneur n’est pas mourir, mais entrer dans une vie bienheureuse, pourquoi un adversaire de Dieu s’oppose-t-il à moi pour m’empêcher de mourir ? Tout cela sera pour moi la joie suprême, pourvu que je puisse goûter la coupe du Seigneur.

Quel gage plus sûr de mon salut pourrais-je trouver ? N’a-t-Il pas dit : « Les hommes vous feront ce qu’ils M’ont fait » (Jn 15:20) ? Que se taise donc l’insensé qui s’est si longtemps trompé en pleine lumière. Que le monde aveugle cesse de s’imaginer de telles choses. Je dirai avec l’apôtre : « Ni la tribulation, ni l’angoisse, ni la famine, ni la nudité, ni le péril, ni la persécution, ni l’épée ne pourront nous séparer de l’amour qui est en Christ. On nous met à mort tout le jour ; nous sommes regardés comme des brebis destinées à la boucherie » (Rm 8:35-36 ; Ps 44:23).

Ainsi, nous avons part à Christ, qui a dit que le disciple n’est pas plus grand que son maître, ni le serviteur plus grand que son seigneur (Mt 10:24). Il nous a aussi commandé de nous charger chacun de notre croix et de Le suivre (Mt 16:24).

Consolez-vous, bien-aimés compagnons de service de Dieu, consolez-vous (2 Co 13:11), car nous traversons de nombreuses tentations. Que notre patience soit parfaite en tout lieu. Ces choses nous ont été annoncées sur la terre : il est écrit que ceux qui nous tueront penseront rendre à Dieu un culte et Lui offrir un sacrifice (Jn 16:2).

La crainte et la mort ne sont donc que des moyens par lesquels nous apprenons à comprendre notre vocation. Nous nous réjouissons de la vie à venir (Ph 4:4) et poussons des cris de joie dans le Seigneur, puisque, bien qu’innocents de tout crime, nous sommes battus et livrés à la mort. Car il vaut mieux souffrir pour avoir fait le bien, si telle est la volonté du Seigneur, que pour avoir fait le mal (1 P 3:17).

Nous avons pour exemples Christ et les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur, et que les enfants de l’injustice ont fait mourir selon leurs coutumes. Voyez ce que nous faisons maintenant. Heureux ceux qui sont demeurés fermes (Jc 5:10-11) ! Nous nous réjouissons de notre innocence et de la justice que Dieu nous donne. Dieu punira ceux qui nous persécutent (2 Th 1:6).

On m’a traité d’insensé parce que je ne cache pas la connaissance de Dieu et qu’il m’importe peu de parler en secret ou ouvertement. Je pourrais répondre d’un seul mot : « Pauvre homme, qui es-tu, ou qu’es-tu, toi qui ne vois pas le soleil et ne penses jamais aux paroles de Dieu ? »

Mes chers, souvenez-vous des paroles de Christ : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée ; et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5:14-15). Il dit ailleurs : « Vous serez menés devant des gouverneurs, des rois et d’autres autorités. Ne craignez donc pas ceux qui tuent le corps ; craignez plutôt Celui qui peut faire périr l’âme. C’est pourquoi, quiconque Me confessera devant les hommes, Je le confesserai aussi devant Mon Père qui est dans les cieux » (Mt 10:18, 28, 32).

Puisque le Seigneur a parlé si clairement, par quelle autorité me donnent-ils des conseils et cherchent-ils à me persuader ? Je n’abandonnerai jamais le conseil de Dieu pour suivre celui des hommes, car il est écrit : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, qui ne s’arrête pas sur la voie des pécheurs et qui ne s’assied pas en compagnie des moqueurs » (Ps 1:1).

Je ne renierai jamais Christ, mais je Le confesserai toutes les fois que cela sera nécessaire. Je n’estimerai pas ma vie plus précieuse que mon âme ; je n’échangerai pas le siècle à venir contre le présent. Oh ! combien peu comprend celui qui pense que nous marchons dans la voie de la folie (Sagesse 5:4).

Je ne juge pas inconvenant de déplaire aux soi-disant très puissants, très justes, très sages, très miséricordieux, très bons et très illustres sénateurs de ce lieu, dont on m’offre la grâce à condition que j’apostasie.

Mais les apôtres du Seigneur nous ont appris qu’il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Ac 5:29). C’est pourquoi je n’accepte pas la grâce qu’ils m’offrent.

Je souhaite qu’ils soient rendus plus parfaits devant le Seigneur. Ils sont puissants ici-bas, il est vrai, mais il leur reste à être rendus parfaits dans le Seigneur. Ils sont certes justes, mais ils sont encore privés de Christ, fondement de la justice. Ils sont sages ; mais là où se trouve le commencement de la sagesse se trouve aussi la crainte de Dieu (Pr 9:10). On les appelle miséricordieux ; je souhaite qu’ils soient plus patients et plus soumis dans l’amour chrétien. Ils sont bons ; je leur souhaite le fondement de toute bonté, le Dieu très bon et Très-Haut (Rm 13:14). On les dit illustres ; pourtant, ils n’ont pas reçu notre Sauveur, le Très-Illustre (Mt 1:21).

Écoutez donc, ô rois, et comprenez ; instruisez-vous, juges des extrémités de la terre (Sagesse 6:2). Servez le Seigneur avec crainte et approchez-vous de Lui en tremblant. Recevez et comprenez l’instruction, de peur que le Seigneur ne S’irrite et que vous ne vous écartiez du droit chemin.

Pourquoi vous déchaînez-vous, ô peuples ? Pourquoi, nations, formez-vous de vains projets contre le Seigneur ? Rois de la terre et princes, pourquoi vous liguez-vous contre Christ, le Saint de Dieu (Ac 4:25-26) ? Jusqu’à quand chercherez-vous le mensonge et haïrez-vous la vérité ?

Convertissez-vous et revenez au Seigneur notre Dieu ; n’endurcissez pas votre cœur. Il faut reconnaître que celui qui persécute les serviteurs de Dieu persécute Dieu Lui-même, puisqu’Il a dit : « Ce que les hommes vous font, ils Me le font à Moi, et non à vous » (Za 2:8).

Mais, mes chers, dites-moi, je vous prie, en quoi ai-je mérité d’être condamné? Est-ce parce que je n’ai pas répondu aux très illustres sénateurs, mes seigneurs, selon leur bon plaisir ? Si j’ai dit quelque chose, ce n’est pas moi qui l’ai dit, puisque le Seigneur déclare que, devant les autorités, ce ne sera pas nous qui parlerons, mais l’Esprit de notre Père qui parlera en nous (Mt 10 : 18-20).

Or, si le Seigneur est fidèle et véritable — et Il l’est en vérité —, je suis innocent. C’est Lui qui m’a fait parler. Qui étais-je pour pouvoir résister à la volonté de Dieu (Ac 11:17) ? Celui qui veut reprendre de telles paroles reprend donc la Parole du Seigneur qui a agi en moi. S’il estime que le Seigneur ne doit pas être repris, qu’il cesse aussi de m’accuser, puisque je suis innocent de cette œuvre. J’ai fait ce que je ne voulais pas faire ; j’ai dit ce que je ne pensais pas dire.

Si les choses que j’ai dites ne sont ni bonnes ni vraies, et qu’on me le démontre, je reconnaîtrai qu’elles viennent de moi seul et non de Dieu. Mais si j’ai dit des choses bonnes et éprouvées, que l’on ne peut condamner avec justice, il faudra, que nous le voulions ou non, reconnaître qu’elles viennent du Seigneur. S’il en est ainsi, qui m’accusera ? Les hommes les plus sages (1 Co 1:24) ? Qui me condamnera ? Les juges les plus justes, eux qui sont pourtant sans sagesse et sans justice ?

Faites ce que vous voudrez. Les paroles du Seigneur seront-elles réduites à néant ? L’Évangile ne comptera-t-il plus (Ga 6:18) ? Certainement pas. Le royaume de Dieu n’en sera que plus précieux et plus doux aux véritables Israélites, et il se rapprochera des élus de Jésus-Christ. Mais ceux qui commettent de telles choses subiront le grand jugement de Dieu. Ceux qui tuent les justes n’échapperont pas au châtiment (2 Th 1:6).

Ô bien-aimés, levez les yeux et prenez à cœur le conseil de Dieu. Il y a peu de temps, le Seigneur vous a montré un signe de peste afin de vous conduire à la repentance. Si cet avertissement n’est pas reçu, Il tirera entièrement l’épée et frappera, par l’épée, la peste et la famine, le peuple qui élève sa corne contre Christ. Que Dieu, dans Sa miséricorde, détourne ce fléau de ce lieu.

Le très zélé serviteur de tous les croyants,

Pomponio Algieri, prisonnier et lié (Ac 12:4 ; 21:33)

Écrit dans le très aimable jardin de délices de la prison appelée Léonia, le 12 juillet 1557.[3]

COMMENT POMPONIO ALGIERI FUT OFFERT EN SACRIFICE

Ce Pomponio Algieri[4], bien que très jeune, était originaire du royaume de Naples et étudiait à Padoue. Un frère qui parlait sa langue vint auprès de lui. Pomponio l’interrogea avec diligence sur la voie et la volonté du Seigneur et l’écouta avec un grand sérieux. Il fut bientôt baptisé dans la mort du Seigneur.

Peu après, tel un héros courageux et un jeune soldat de Christ, il témoigna de ce baptême avec force, sans crainte, par ses actes ; il le scella de son sang. Il devint ainsi semblable à son Maître : comme Christ lorsqu’Il remonta du Jourdain, il fut aussitôt assailli par l’ennemi, le tentateur et ses instruments, puis jeté en prison.

Il y soutint de nombreux et rudes combats. Pourtant, le Seigneur, qu’il gardait devant les yeux, le fortifia et le consola sans cesse, avec une grande joie. C’est ce que montre abondamment le présent écrit, qu’il adressa de sa prison de Padoue aux frères d’Italie. Il voulait les fortifier et les consoler dans la tristesse qu’ils éprouvaient à cause de lui, car ils se souciaient de lui comme d’un novice dans la foi (2 Co 13:11).

Mais le Seigneur le revêtit d’une grande puissance et glorifia Son nom par lui, comme par l’une de Ses principales armes.

Après bien des épreuves, Pomponio fut envoyé à Venise. Le sénat tout entier, ou la noblesse, chercha à l’emporter sur lui, comme le tentateur avait finalement essayé de l’emporter sur Christ. Par des supplications solennelles, des flatteries et des offres d’aide et d’amitié mondaines, ses membres tentèrent de le prendre au piège et de l’éloigner de Christ (Mt 4:8). Ce n’était pas l’un des traits les moins dangereux (Ep 6:16). Mais Pomponio, telle une colonne inébranlable, rejeta et méprisa tout cela pour l’amour de Christ, afin de gagner et de garder Christ seul, à l’exemple de Moïse et de Paul (Ph 3:7-8 ; Hé 11 : 24-26).

Comme ils ne purent le faire céder, malgré de longues tentatives, il fut envoyé à Rome et livré au pape. Après un emprisonnement dur et rigoureux (Ac 16:23), il offrit enfin sa vie au Seigneur avec une grande fermeté, comme un parfum d’agréable odeur. Il suivit avec empressement et joie les traces de ses prédécesseurs et des glorieux confesseurs de Christ. Il eut ainsi part aux souffrances de son Seigneur et Maître (2 Co 1:5). Sa fin fut même couronnée d’éloges triomphants de la part de ceux qui le méprisaient, et il but jusqu’au bout la coupe qu’il avait désirée (Mt 20:22).

Après avoir essayé sur lui de nombreux moyens (1 P 4:12), on le condamna finalement au feu. Il ne devait toutefois pas être exécuté comme les autres condamnés pour la foi, dont on abrégeait les souffrances selon la coutume italienne ou française : on les pendait ou les étranglait d’abord, puis on brûlait leur corps.

Mais le Seigneur Christ réservait à ce pieux Pomponio un plus grand honneur. Il lui fallut donc entreprendre et mener à une issue triomphale un combat bien plus élevé et plus glorieux (Ep 6:11 ; Ap 2:3).

Pomponio Algieri, étudiant de Padoue, aspergé d’huile bouillante devant le bûcher. Eau-forte de Jan Luyken, 1685, publiée dans le Miroir des martyrs, livre II, p. 189. Rijksmuseum, objet RP-P-OB-44.278, domaine public. Cette image, réalisée près de cent trente ans après l’événement, n’est pas un témoignage visuel contemporain.

On le conduisit en charrette jusqu’à la place du marché. Là, on tenta une dernière fois d’obtenir sa rétractation. Un moine chartreux (les chartreux étant, selon le récit, appelés à Rome « capadociens »[5] et tenus pour de saints hommes) fut chargé de l’exhorter. Il lui tenait constamment un crucifix devant les yeux et le pressait de songer une dernière fois, avant de mourir, à son Seigneur et Rédempteur, afin de ne pas mourir ainsi, endurci et désespéré dans l’erreur.

Le moine maintenait sans cesse le crucifix devant ses yeux. Pomponio le repoussa vigoureusement de ses mains qui, d’après le récit, n’étaient pas liées. Levant les yeux vers le ciel, il s’écria dans sa langue : « Mon Seigneur et mon Dieu vit là-haut, dans les cieux », et ainsi de suite (Mt 6:9).

Les spectateurs crièrent alors d’une voix forte : « Oh ! il l’a frappé ! », voulant parler du crucifix. Puis ils ajoutèrent : « Qu’on l’emmène ! Il est entièrement endurci et aveuglé ; il n’y a plus rien à faire pour lui. » À Rome, on estime, dit le récit, que la cause est grave lorsque ces moines ne parviennent pas à convertir un condamné ; c’est pourquoi on les réserve ordinairement pour la fin.

On déshabilla alors Pomponio jusqu’à la ceinture et l’on versa d’abord de l’huile bouillante sur sa tête et sur son corps nu. Le bon et pieux Pomponio le supporta patiemment, bien qu’il en ressentît sans aucun doute cruellement la douleur (2 Maccabées 7). Il passa la main sur son visage et en arracha la peau et les cheveux.

Ce n’est qu’ensuite qu’il fut brûlé jusqu’à être réduit en cendres. C’était, selon l’auteur, chose inhabituelle en Italie : il affirme avoir vu de ses propres yeux que les condamnés n’y étaient ordinairement que rôtis et roussis dans le feu, après quoi le cadavre était emporté pour être enseveli.

Mais, comme il a été dit, ce bienheureux Pomponio devait glorifier notre Seigneur et notre Dieu d’une manière plus éclatante encore (Ap 14:13). À Dieu et au Seigneur Jésus-Christ, qui accomplit cela par lui dans la puissance du Saint-Esprit, soient la louange et la gloire pour toujours. Qu’Il nous aide, nous, pauvres et faibles mortels, à Le suivre (1 Co 11:1). Amen. Oui, Seigneur Jésus, amen.

Le frère Da. Gr.[6], auteur de ce récit d’après l’ancienne copie, ajoute :

« Cela lui arriva en l’an 1557, peu de temps avant que je ne vienne à Rome, car Pomponio était alors encore sur toutes les lèvres. J’ai aussi entendu de mes propres oreilles certains hommes qui se disaient bons papistes et qui avaient assisté à son exécution raconter avec quelle admirable fermeté il était mort. Ils disaient qu’il avait véritablement cru dans son cœur ce qu’il avait confessé de sa bouche devant tout le peuple, au milieu de son douloureux martyre. Il n’y a donc aucun doute qu’il monta aussitôt au ciel et fut sauvé. Ainsi, les adversaires eux-mêmes doivent rendre témoignage aux saints de Dieu, même contre leur volonté » (Dt 32:31).

Peu après survint l’inondation de Rome : le Tibre déborda et causa de grands dégâts. Certains Romains disaient que la ville avait autant souffert que si elle avait été mise au pillage en toute hâte. Pour ma part, je l’ai constaté, car je n’avais jamais vu une telle pénurie de pain. Je ne saurais dire combien le spectacle et la détresse étaient effrayants, surtout parmi les pauvres. Mais ils ne reconnaissent pas qu’il s’agissait d’une juste rétribution (Sagesse 19:13).


[1] Nous avons trouvé dans cette lettre tant de sagesse, de sainteté et d’excellence que nous l’avons lue d’innombrables fois, avec attention et une profonde émotion. Elle a enflammé notre amour pour Dieu et notre zèle, non seulement pour vivre avec Christ, mais encore, s’il le faut, pour mourir avec Lui et pour Sa sainte vérité. Oh! puissions-nous en être dignes, afin que Son saint nom soit loué par nous, Ses indignes créatures

[2] Il est ici question de la puissante noblesse, ou aristocratie, de Venise.

[3] Note de Van Braght : Certains avaient indiqué l’année 1555, mais c’est une erreur. [Note sur la chronologie. Les dates de 1555 et de 1557 résultent de deux traditions éditoriales distinctes. L’année 1555 est celle de l’emprisonnement d’Algieri à Padoue et de sa lettre de consolation, probablement rédigée le 21 juillet 1555; certains martyrologes protestants ont ensuite confondu la date de cette lettre avec celle de sa mort. L’année 1557, retenue par le Miroir des martyrs, semble provenir de la postface du frère suisse (anabaptiste) Daniel Graff, qui séjourna à Rome cette année-là et y recueillit des renseignements sur le supplice; la date fut alors attribuée à tort à l’ensemble du récit. La mention «12 juillet 1557» placée à la fin de la lettre serait une transmission fautive du latin 12 calendas Augusti 1555, qui signifie en réalité le 21 juillet 1555. Les documents judiciaires et diplomatiques contemporains établissent qu’Algieri fut livré à l’Inquisition romaine en 1556 et exécuté sur la Piazza Navona le 19 août 1556. — NDLT]

[4] Note de Van Braght : Quelques auteurs anciens ignoraient que ce jeune homme, peu avant sa mort, s’était uni, par le baptême reçu sur la confession de sa foi, à l’Église anabaptiste qui porte la croix. Ils lui attribuèrent donc, par ignorance, une autre religion. [La doctrine de Pomponio Algieri, aussi appelé Algerius selon certaines sources, fait débat. Les interrogatoires de Padoue montrent qu’en juillet 1555 Algieri semblait défendre le baptême même s’il était administré improprement par un mauvais ministre. Il aurait aussi récusé l’accusation d’anabaptisme (ce qui, comme nous le savons, était commun à tous les martyrs dits anabaptistes). Une tradition issue des «Frères suisses», attestée par Daniel Graff dès 1565 et reprise par Van Braght, affirme néanmoins qu’il reçut le baptême sur confession de foi. Comme les actes de la phase romaine du procès sont perdus, une adhésion anabaptiste ultérieure ne peut être ni démontrée ni exclue dans l’état actuel de nos connaissances. — NDLT]

[5] Nous sommes très enclins à penser qu’il s’agit d’une erreur et qu’il s’agit des «capucins». — Note de la traduction anglaise

[6] Daniel Graff. — NDLT

La Noble Leçon (XIIe siècle), poème historique vaudois

Confession anabaptiste mennonite de 1627

Texte tiré du Miroir des martyrs de Thieleman Janszoon van Braght, publié en 1660. Cette traduction est établie à partir de l’original néerlandais et des pages 27 à 33 de la version anglaise.https://play.google.com/books/reader?id=qpyxCLehkwoC&pg=GBS.RA1-PA1&hl=fr.

Rédigée à Amsterdam le 27 septembre 1627, sous le titre Instruction Scripturale, concernant qui sont les personnes sur qui repose la paix de Dieu, et comment elles sont liées à la paix et à l’unité, donnée en réponse aux questions suivantes, dont la première est :

Quelles sont les marques fondamentales et indubitables par lesquelles les enfants de Dieu et les membres de Jésus-Christ (étant l’Église de Dieu) peuvent et doivent être connus, conformément au témoignage de la Parole du Seigneur ?

Afin de répondre correctement à cette question, nous devons considérer par quels moyens les hommes deviennent enfants de Dieu, membres de Jésus-Christ et de l’Église de Dieu. Car bien que Jésus-Christ, le Seigneur béni, soit la seule cause méritoire de la justification des hommes, de leur adoption par Dieu comme Ses enfants, et le fondement de leur salut éternel (Rm 3:24-25 ; 1 Co 1:30 ; Tt 3:7 ; Hé 5:9 ; Eph 1:5 ; Col 3:11 ; Ac 4:12), Dieu a néanmoins choisi un moyen particulier.

Il a plu au Père céleste, de qui viennent toutes choses (1 Co 8:6) et qui est le vrai Père de toute la famille dans les cieux et sur la terre (Eph 3:14-15), d’imputer les mérites de Son Fils Jésus-Christ aux hommes et de les rendre participants de ceux-ci par le moyen de la foi en Son Fils bien-aimé, unique et monogène (Rm 3:25 ; Ga 2:16 ; Eph 2:8 ; Jn 3:15-16, 36 ; Jn 6:40). C’est par Lui qu’Il les possède comme enfants et les adopte comme héritiers de la vie éternelle, selon le témoignage de Jean, qui dit : « Il [Christ] est venu chez les siens et les siens ne l’ont point reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu » (Jn 1:11-13).

Paul le confirme en ces termes : « Vous êtes tous enfants de Dieu par la foi en Jésus Christ » (Ga 3:26). Par ce moyen qu’est la foi, acquise de la Parole de Dieu et confirmée par le Saint-Esprit, les hommes naissent de Dieu. L’appellation d’enfants de Dieu leur appartient donc véritablement, puisqu’ils ont Dieu pour Père et Christ pour Frère. Dieu le Père les reconnaît comme Ses fils et Ses filles, et Christ n’a pour cette raison pas honte de les appeler Ses frères. (Rm 10:17 ; 2 Co 4:13 ; Rm 8:16 ; Jn 1:12 ; 1 Jn 5:1 ; Jc 2:18 ; 1 P 1:23 ; Mt 5:45 ; Jn 1:12-13 ; Jn 3:2 ; Jn 20:17 ; Rm 8:15 ; Ga 4:16 ; Mt 12:50 ; 2 Co 6:18 ; Hé 2:11-12)

Ces enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ sont héritiers de Dieu, bien plus, cohéritiers dans l’héritage de leur Frère Jésus-Christ. On leur a en effet promis par Dieu le Père, par le moyen de la foi, tous les bénéfices acquis par notre Sauveur Jésus-Christ, qui sont principalement le pardon des péchés, la justification et la paix avec Dieu. Parce qu’ils sont enfants de la résurrection, ils ne seront pas condamnés, mais passeront de la mort à la vie. Ils jouiront du salut, de la vie éternelle et d’un bonheur indicible, oui, en vérité, il posséderont tout ce que possède le Seigneur Christ. (Rm 8:17 ; Eph 1:11 ; Ac 10:43 ; Rm 3:26 ; Rm 4:5 ; Rm 5:1 ; Ga 2:16 ; Lc 20:26 ; Jn 5:24 ; Mt 16:16-17 ; Mc 16:16 ; Rm 10:9 ; 1 P 1:9 ; Jn 3:16 ; Jn 6:47 ; Jn 17:3 ; Jn 20:31 ; 1 Jn 5:11 ; 1 P 1:8 ; Lc 22 ; Ap 21:7)

C’est pourquoi nous répondons, en conclusion à la question posée : La marque fondamentale et certaine des enfants de Dieu et des membres de Jésus-Christ est celle en vertu de laquelle cette appellation leur appartient en vérité conformément à la promesse de Dieu, à savoir la seule foi salvatrice qui agit par amour, sur laquelle Dieu Lui-même regarde avec bienveillance et qui seule vaut devant Lui (Ga 5:6 ; Jr 5:3 ; Os 2:2 ; Jr 5:1 ; Ac 8:37 ; Ac 15:11 ; Es 26:2). C’est pourquoi, nous, qui sommes unis à Dieu et unanimes avec Lui, devons nous en remettre à elle seule, puisque le Seigneur Christ Lui-même, promettant à Pierre le salut sur sa foi et sa confession, ajoute : « Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai mon Église, et les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16:18).

Nous allons maintenant démontrer brièvement ce qu’est la foi en Christ, ce qu’il faut croire, quel est son but et quelles sont les œuvres internes et externes de la foi.

Cette foi en Christ par laquelle les hommes deviennent participants de tous les bienfaits acquis par Jésus-Christ, n’est ni une opinion incertaine ni une simple confession de la bouche, mais une confiance ferme et sûre du cœur, qui ne doute pas des choses promises par Dieu en Christ, qui a plutôt la ferme assurance que Celui qui les a promises est aussi capable de les accomplir. (Hé 11:13 ; Hé 3:6 ; Rm 10:10 ; Rm 4:20-21).

Par cette confiance ferme et sûre, celui qui croit aux promesses de Dieu est fondé en Jésus-Christ son Sauveur, parce qu’il sait que toutes les promesses de Dieu sont oui et amen en Lui. Il s’accroche fermement à celles-ci comme à une ancre de son âme, à la fois sûre et solide. (Ac 10:43 ; 1 P 1:10-11 ; Jn 8:56 ; Hé 11:26 ; 2 Co 1:20 ; Hé 6:18-19)

Il croit de tout son cœur que Dieu – désireux de montrer Son grand amour envers l’humanité qui par le péché était tombée dans la mort et de multiples corruptions, et voulant les racheter pour l’accomplissement de Ses gracieuses promesses – a envoyé dans ce monde à cette fin, lorsque s’était accompli le temps de toutes les prophéties, Son cher Fils unique bien-aimé.

Celui-ci, de toute éternité, était avec Son Père dans une grande gloire et aimé de Lui avant la fondation du monde. Il possédait de grandes richesses et était égal à Dieu Son Père. C’est par Lui que toutes choses ont été faites, et sans Lui rien n’a été fait de tout ce qui a été créé dans les cieux ou sur la terre. Tout subsiste en Lui puisqu’Il soutient toutes choses par la parole de Sa puissance. (Gn 22:18 ; Dt 8:15 ; Es 7:15 ; Es 9:6 ; Es 11:1 ; Es 40:9 ; Mi 5:2 ; Jn 3:16 ; Rm 5:8 ; Rm 9:31 ; 1 Jn 4:9-10 ; Gn 3:19 ; Sagesse 2:24 ; 4 Esdras 7:48 ; Rm 4:5, 12 ; 1 Co 15:21 ; Rm 5:16 ; 4 Esdras 3:7 ; Gn 3:17 ; Rm 1:2 ; Rm 8:3 ; Col 1:13 ; Eph 1:7 ; Ga 4:4 ; Mc 12:6 ; Mc 1:11 ; Mt 17:5 ; Mt 3:17 ; Hé 1:8 ; Hé 7:3 ; Hé 13:8 ; Hé 1:3 ; Jn 16:28 ; Jn 17:5, 24 ; 2 Co 8:9 ; Ph 2:6 ; Ap 1:18)

Il a quitté Sa gloire divine, Sa forme et Ses richesses, est sorti de Dieu Son Père et est descendu des cieux dans ce monde, de sorte qu’une vierge Le conçut et donna naissance à ce Fils à Bethléhem, où Dieu introduisit Son Fils premier-né dans le monde sous la ressemblance d’une chair de péché. (Jn 13:3 ; Jn 3:13, 31 ; Jn 6:38, 51, 62 ; Eph 4:9-10 ; Es 7:14 ; Mt 1:23 ; Lc 2:21 ; Es 9:6 ; Lc 3:6 ; Ga 4:4 ; Mi 5:2 ; Mt 2:6 ; Hé 1:6 ; Rm 8:3)

Car la Parole s’est faite chair, elle qui était dès le commencement ; celle que les apôtres mentionnent, qu’ils ont entendue de leurs oreilles et que leurs mains ont touchée : la Parole de vie. En effet, la vie fut rendue manifeste, de sorte qu’on put voir cette vie éternelle, qui était auprès du Père. (Jn 1:14 ; 1 Jn 1:1-2 ; Jn 1:9 ; Jn 20:25, 27 ; Es 40:5, 9)

Par conséquent, tous les vrais croyants doivent honorer et attribuer à leur Sauveur, non pas comme à une créature mais comme au Créateur, tout l’honneur divin, comme ils le font pour le Père (Jn 5:23 ; Jn 3:30-31 ; Jn 20:28). Car, même si pour un peu de temps Il fut rendu inférieur aux anges, tous les anges de Dieu doivent cependant L’adorer (Ph 2:10 ; Mt 14:33 ; Hé 1:6). Et Il en est digne, Lui qui nous a tant aimés qu’Il nous a rachetés par Sa mort et nous a lavés de nos péchés par Son propre sang, qui est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification, qui a détruit la puissance du diable, de la géhenne et de la mort. Il a aboli l’acte d’accusation de la loi et a pardonné tous les péchés, réconciliant avec Dieu le Père tout ce qui est dans les cieux et sur la terre, en faisant la paix par le sang de Sa croix.

C’est Lui qui a mis en lumière la vie et l’immortalité, et c’est à Lui que Dieu nous a destinés pour hériter du salut éternel. (Ap 5:9 ; Ap 1:5 ; Rm 5:10 ; Ac 20:28 ; Col 1:14 ; 1 P 1:19 ; Rm 4:25 ; Rm 5:6, 8 ; Col 2:13-14, 19-20 ; Hé 2:14 ; 1 Co 15:54-55 ; Ap 20:14 ; Es 25:8 ; 2 Tm 1:10 ; Eph 1:10 ; Eph 2:13 ; 1 Th 5:9)

Ainsi, le Seigneur Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, est la véritable pierre angulaire, le chemin et la porte de la vie éternelle. Il n’y a pas d’autre nom donné à l’homme, ni dans les cieux ni sur la terre, par lequel on puisse être sauvé et devenir enfant ou héritier de Dieu, que le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. (Es 28:16 ; Rm 9:33 ; Eph 2:20 ; 1 P 2:6 ; Jn 14:6 ; Jn 10:9 ; Ac 4:12)

Le croyant, voyant par la foi que Dieu est immuable dans Ses promesses les plus grandes et les plus indicibles, se sent confiant. En effet, voyant que Dieu les accomplit en vérité par le don de Son cher et bien-aimé Fils unique, le croyant comprend qu’il n’y a rien que Dieu ne nous donnera également avec Son Fils. Il a donc la ferme assurance que les bienfaits promis dans et à travers les souffrances, la mort, le sang versé, la résurrection et l’ascension de Son Fils, lui appartiennent et qu’il les recevra en vérité. (Hé 6:17-18 ; Ps 33:4 ; Jn 3:16 ; 1 Jn 4:9 ; Eph 1:6 ; Col 1:12-14 ; 2 Tm 4:8 ; Eph 1:11-13 ; Rm 8:32, 34, 38 ; 2 P 1:3 ; Ga 2:21 ; Eph 2:17 ; 2 Co 4:6-7)

Cette foi engendre dans le cœur du croyant un goût intérieur de la bonté de Dieu et des pouvoirs du monde à venir, ce qui engendre l’allégresse, la joie et une ferme assurance de la faveur du Père dans l’âme. Grâce à cette assurance, il peut, à chaque moment de besoin, dire « Abba, Père », confiant qu’il sera entendu.

Le croyant ne doute pas, bien que la chose promise ne soit pas apparente aux yeux humains et semble même contraire à la nature, transcendant la compréhension, l’entendement et la capacité de l’homme. (Ps 34:9 ; 1 P 2:3 ; Eph 2:7 ; Hé 6:5, 19 ; 2 Co 4:17 ; Rm 12:12 ; Rm 14:17 ; 2 Co 6:10 ; Jn 8:56 ; Ap 19:7 ; Rm 8:31, 38 ; Ps 32:1 ; 1 P 5:7 ; Ps 55:23 ; Rm 8:15 ; Ga 4:6 ; Rm 4:20 ; Jc 1:6 ; Hé 11:1 ; Rm 4:18-19 ; Hé 11:11 ; Hé 11:29)

Ainsi, le croyant, par la foi, ne regarde pas seulement aux choses qui, à travers la création et le gouvernement de Dieu, existent dans la nature (que l’homme peut saisir et comprendre), mais à la bonté et à l’omnipotence de Celui qui a promis. Devant Lui, la nature et tout pouvoir créateur doivent s’incliner, au ciel, sur terre et dans la mer, ainsi que la mort elle-même. C’est sur cette base que le croyant demeure ferme, même lorsque Dieu le met à l’épreuve au moyen de choses apparemment contradictoires, comme Abraham le père des croyants et comme beaucoup d’autres hommes pieux, car il est assuré que Dieu ne peut mentir. (Ps 52:10 ; Rm 4:21 ; Hé 11:19 ; Ps 135:5 ; Es 40:26 ; 4 Esdras 3:21, 23 ; Jos 10:13 ; Ha 3:10-11 ; Es 40:12 ; Ap 20:11 ; Pr 8:29 ; Jr 5:22 ; Ex 14:22 ; Hé 11:10, 35 ; 2 Co 1:10 ; Gn 22:1 ; 1 P 1:7)

Dieu identifie cependant au mieux cette foi venant du cœur, Lui qui, étant le seul à discerner les sentiments et les pensées du cœur, jugera aussi les signes intérieurs de la foi du cœur selon qu’Il la trouve droite ou feinte. (Jr 17:10 ; Ac 1:24 ; Ap 2:23 ; Hé 4:12)

Mais pour l’homme, qui n’a d’autre moyen de juger cette foi du cœur que par ses fruits qu’il peut entendre et voir, il y a des signes qui ont été donnés afin de l’évaluer : la confession de la bouche et l’obéissance de la foi manifestée par les œuvres extérieures. C’est pourquoi le croyant, conformément au commandement de Christ, doit confesser ouvertement devant les hommes, à l’honneur de son Créateur et Rédempteur, ce qu’il croit et expérimente dans son cœur, quelles que soient les souffrances qui peuvent en résulter pour lui. Il ne peut en être autrement, car il doit obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. (Mc 16:16 ; Jn 3:26 ; 1 Co 2:11 ; Jn 3:11 ; Rm 10:10 ; Rm 1:5, 16, 25 ; Ac 4:19-20)

En effet, le Seigneur Christ a dit : « Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est dans les cieux » (Mt 10:32 ; Lc 9:26). Jean dit : « Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair est de Dieu » (1 Jn 4:2), et Paul explique : « Nous avons le même esprit de foi, selon qu’il est écrit : J’ai cru, et c’est pourquoi j’ai parlé[1] ; nous croyons aussi, et c’est pourquoi nous parlons » (2 Co 4:13).

C’est pourquoi Paul témoigne par ces mots que la confession orale, procédant d’une foi sincère, conduit au salut : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé. Car c’est en croyant du cœur qu’on parvient à la justice, et c’est en confessant de la bouche qu’on parvient au salut » (Rm 10:9-10).

Cette foi manifeste aussi ses fruits extérieurs d’amour dignes de la foi. C’est pourquoi le croyant, conformément à l’enseignement de l’apôtre Pierre, doit faire preuve de toute la diligence nécessaire pour manifester à partir de sa foi, la vertu, la connaissance, la tempérance, la patience, la piété, l’affection fraternelle, et l’amour, et marcher dans l’Esprit dont les fruits, tels que l’amour, la joie, la paix, la longanimité, la bienveillance, la bonté, la foi, la douceur et la tempérance, sont visibles sur lui extérieurement. (2 P 1:5-7 ; Ga 5:16, 22-23 ; Ga 6:1 ; Eph 5:9)

Par ces bons fruits et par l’amour fraternel comme signes extérieurs de la vraie vie, ils sont connus comme de bons arbres, le sel de la terre, la lumière du monde, une lumière posée sur un chandelier pour éclairer tous ceux qui sont dans la maison, une ville située sur une colline qui ne peut être cachée. Ils font ainsi briller leurs bonnes œuvres devant les hommes, afin que ceux-ci, en les voyant, glorifient Dieu le Père céleste. (Mt 7:17, 20 ; Mt 12:35 ; Mt 5:13-16)

En effet, comme les enfants qui, par leur apparence et leur comportement, manifestent la forme et les qualités de leur père, et sont ainsi reconnus pour être ses enfants, de même les croyants qui, par la nouvelle naissance, sont devenus participants de la nature divine (dans la mesure où ils modèlent leurs vertus sur celles de Dieu), sont ainsi reconnus comme étant Ses enfants. Afin qu’ils puissent bien exprimer cette image, Christ et Ses apôtres les avertissent abondamment à ce sujet.

Tel est le cas de ces paroles : « Soyez donc parfaits, comme votre Père qui est aux cieux est parfait ». « Mais comme celui qui vous a appelés est saint, soyez saints dans toute votre conduite ». « Et chacun se purifie comme il est pur ». « Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux ». « Pardonnez-vous les uns les autres, comme Dieu vous a pardonné ». (2 P 1:4 ; 1 P 1:23 ; Jn 3:6 ; 1 Jn 4:7 ; 1 Jn 5:1 ; Jc 1:18 ; Jn 1:13 ; Rm 8:16 ; Mt 5:48 ; 1 P 1:15 ; 1 Jn 3:3 ; Lc 6:36 ; Eph 4:2 ; Col 3:13)

Et encore : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés enfants de Dieu » (Mt 5:9). Le Seigneur dit aussi « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent, afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux : car Il fait lever Son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoie la pluie sur les justes et sur les injustes ».

Partout donc où une telle similitude avec Dieu apparaît par le fait de revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et une sainteté que produit la vérité, ces croyants manifestent l’image de Christ dans leur chair mortelle. (Eph 4:24 ; Col 3:10 ; Ga 2:20 ; 2 Co 5:17)

Ils sont une épître de Christ, dans laquelle Christ peut être vu et lu par tous les hommes. Ils sont à juste titre appelés chrétiens et, par conséquent, sont de vrais enfants de Dieu et membres de Jésus-Christ. Tous ceux qui craignent véritablement Dieu doivent donc les reconnaître et les accepter comme appartenant à un seul corps, qui est l’Église du Dieu vivant, et comme ayant, par cette foi féconde, communion avec Dieu, le juste juge, avec Jésus, le médiateur de la Nouvelle Alliance, avec l’Église des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux, avec une innombrable compagnie d’anges, et avec tous les esprits des justes rendus parfaits. (2 Co 3:2 ; Ac 11:26 ; Rm 12:5 ; Eph 4:4, 16 ; 1 Co 12:13 ; Ac 20:28 ; 1 Tm 3:15)

De cette Église, Christ est le fondement, la Tête, le Roi, le Berger, le Chef, le Maître et le Seigneur. (1 Co 3:11 ; Eph 4:15 ; Jr 33:15 ; Lc 1:33 ; Jn 10:11, 14 ; Jn 13:14)

Elle seule est Son corps, Son épouse parée, Sa colombe, Son troupeau et Son peuple, la chair spirituelle de Sa chair et l’os de Ses os. (Rm 12:5 ; Ap 21:2 ; Ct 2:14 ; Ct 4:1)

Or, bien que cette foi féconde soit la seule marque fondamentale et certaine par laquelle les enfants de Dieu et les membres de Jésus-Christ doivent être connus, et par laquelle seule ils sont aussi, par grâce, rendus participants des bienfaits (immérités) de Christ, Dieu s’est néanmoins plu à faire connaître et à confirmer aux croyants, par des signes extérieurs et visibles, les bienfaits et les mérites de Son Fils Jésus-Christ, lesquels, comme il a été dit, ne sont reçus que par la foi et conservés par l’obéissance.

Afin que les choses signifiées (concernant les promesses de la grâce de Dieu) resplendissent plus clairement par les signes extérieurs, d’une part pour assurer la conscience des croyants dans la Nouvelle Alliance de la grâce de Dieu, et d’autre part pour lier les membres de Jésus-Christ dans l’unité en tant que membres appartenant à un seul corps, Dieu a institué dans l’Église du Nouveau Testament deux ordonnances ou signes adaptés à la chose signifiée, dans lesquels tous les vrais croyants trouvent un grand bienfait et un grand réconfort. Il s’agit du Saint Baptême et de la Sainte-Cène. (Eph 2:7 ; Jn 1:16 ; Mc 16:16 ; Lc 22:19 ; Ac 2:38 ; 1 Co 11:24 ; Jr 31:31 ; 1 P 3:21 ; 1 Co 12:13 ; 1 Co 10:17 ; Rm 6:5 ; Mt 28:19)

DU SAINT BAPTÊME

Le saint baptême est une ordonnance extérieure visible, dont le rite consiste en ce qui suit : On baptise avec de l’eau, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, à des fins sacrées, tous ceux qui entendent, croient et reçoivent joyeusement d’un cœur pénitent la doctrine du saint Évangile, conformément à l’institution de Christ et à l’usage de Ses apôtres. (Ac 2:41 ; Mt 3:11 ; Ac 10:48)

Le bienfait que l’Éternel Dieu déclare de Sa part par le signe du baptême, est le lavage des corruptions du péché de l’âme, par l’effusion du sang de Christ, ce qui signifie le pardon des péchés, obtenu par ce sang, pour l’assurance d’une bonne conscience auprès de Dieu, assurance par laquelle les croyants se réconfortent avec la promesse du salut éternel. (Ac 22:16 ; Col 1:14 ; 1 Jn 1:7 ; Hé 1:3 ; Ap 1:5)

Les obligations que le baptême impose aux baptisés sont les suivantes : En ensevelissant leurs péchés dans la mort de Christ, ils se lient à la nouveauté de vie de Jésus, afin d’employer, en tant que membres du corps de Christ (ayant revêtu Christ), chacun ses dons particuliers, au maintien et à l’amélioration de ce corps dans les choses spirituelles et temporelles. En outre, en tant que véritable maison de Dieu et citoyens de la Jérusalem céleste, ils doivent obéir aux lois civiles de leur Roi en observant tous Ses commandements. (Rm 6:3-4 ; Col 2:12 ; Ga 3:27 ; 1 Co 12:25 ; Eph 2:19 ; Mt 28:20)

DE LA SAINTE-CÈNE

La Sainte-Cène du Seigneur est une ordonnance instituée par Jésus-Christ en Son souvenir, qui doit être observée jusqu’à Sa venue par tous ceux qui sont baptisés sur la base de la vraie foi en Christ pour former un seul corps dans l’Église du Nouveau Testament. (Mt 26:26 ; 1 Co 11:24, 26)

Ce rite consiste en ce qui suit : Un ministre de l’Évangile, conformément à l’institution de Christ et à l’usage de Ses apôtres, prend du pain et du vin dans un but saint, rompt le pain et verse le vin, puis, après avoir préparé le tout et rendu grâces, il distribue les deux aux membres croyants. Lorsqu’un croyant mange le pain rompu et boit le vin, il proclame la passion de Christ. Autrement dit, nous signifions par ce signe visible Ses souffrances amères et Sa mort, ainsi que l’effusion de Son sang précieux, leurs causes ainsi que les bienfaits de Sa mort, par lesquels l’homme reçoit la rémission de ses péchés. Cette proclamation permet à l’Église croyante de rendre grâce à Dieu pour ce bienfait et, comme il incombe aux membres d’un même corps, de vivre et de marcher ensemble ici, d’un même cœur et comme une seule âme, dans la paix, l’amour et l’unité. (Lc 22:19-20 ; Ac 2:42 ; Ac 20:11 ; 1 Co 10:16-17 ; 1 Co 11:23-25 ; Ac 4:32)

Voici la somme de tout ce qui a été dit :

1) Le Seigneur Christ est le fondement et la seule cause méritoire du salut éternel ;

2) La vraie foi en Lui est le moyen par lequel nous devenons enfants de Dieu et participants de Ses mérites ;

3) On doit connaître extérieurement les enfants de Dieu par la confession et les fruits de leur foi ;

4) Dieu, par les signes extérieurs du Saint baptême et de la Cène, met sous les yeux de Ses enfants les bienfaits de Sa grâce et les lie, en tant que membres de Jésus-Christ, à un seul corps : l’Église de Dieu et de Christ, Église par laquelle ils sont également avertis de l’obéissance qui Lui est due.

Ceci pourrait conclure la réponse à la première question, mais puisque l’Éternel Dieu, pour le bien-être de Son Église et la propagation de la vérité, pour l’honneur de Son nom et pour le salut de l’humanité, a institué d’autres cérémonies et lois, en plus de certaines charges que les vrais membres de l’Église de Dieu sont tenus d’observer selon les circonstances, nous les joindrons aussi brièvement que possible et convenable à ce qui a précédé.

Nous le ferons d’autant plus que notre présentation de la paix aux personnes de même foi s’adresse en partie à elles, afin qu’il apparaisse plus clairement qu’elles s’accordent avec nous et nous avec elles dans l’ordre de la maison chrétienne, pour vivre conformément à cet ordre par l’obéissance chrétienne, ensemble dans l’amour, la paix et l’unité, sans penser pour quelque raison que ce soit à se séparer à nouveau les uns des autres.

DES CHARGES DE PRÉDICATEUR ET DE DIACRE DANS L’ÉGLISE ; AUSSI COMMENT L’ÉLECTION À CES CHARGES ET LA CONFIRMATION DANS CELLES-CI DOIVENT SE DÉROULER, CONFORMÉMENT À L’ORDONNANCE DE DIEU[2]

De même qu’un corps se compose de différents membres ayant chacun sa fonction propre et spéciale, selon l’efficacité propre à chaque partie, faisant croître le corps pour son édification, de même en est-il de l’Église de Dieu. Car, bien que chaque croyant soit un membre du corps de Christ, tous ne sont pas pour autant pasteurs, prédicateurs, anciens ou diacres, car ceux-ci sont ceux qui ont été dûment nommés à de telles charges. Ainsi, l’administration de ces charges, comme la prédication publique de la Parole de Dieu, l’administration des saintes ordonnances du baptême et de la Cène conformément à l’institution de Christ et l’usage de Ses apôtres, appartiennent aux personnes ordonnées et élues à cet effet : les pasteurs et prédicateurs, tout comme il appartient aux diacres de pourvoir aux besoins des pauvres. (Rm 12:4 ; 1 Co 12:12 ; Eph 4:7 ; Ac 20:28 ; Tt 1:1 ; Rm 12:7 ; 2 Tm 4:2 ; 1 P 5:2 ; Mt 28 ; Mc 16 ; Ac 6 ; 1 Tm 3:8 ; 1 Tm 5:9)

Concernant leur appel et leur élection à ces charges, l’Église doit tenir compte des conditions requises chez ces personnes pour qu’elles remplissent dignement lesdites charges, conformément aux exigences de Paul. (1 Tm 3 ; Tt 1) Afin de remplir ces conditions, l’Église doit se préparer avec une crainte pieuse, par le jeûne et la prière, avec une invocation constante du nom de Dieu, afin qu’Il montre, Lui qui connaît tous les cœurs, par le vote unanime de l’assemblée, ceux qu’Il considère dignes d’une telle charge. L’assemblée doit prier avec la confiance que le Seigneur, qui entend les prières de ceux qui sont assemblés en Son nom et qui exauce la requête des hommes pieux, manifestera, par Son Saint-Esprit, Sa coopération et fera ressortir ceux qu’Il sait être aptes à cette charge. Sur ce, après avoir été examinés, ces hommes sont confirmés à cette charge par les prédicateurs, devant l’Église, par l’imposition des mains. (Ac 1:24 ; Ac 6 ; Lc 6:8 ; Mt 2:8 ; 1 Tm 3:10 ; 1 Tm 4:14 ; 1 Tm 5:22 ; 2 Tm 1:6)

DU LAVEMENT DES PIEDS

Nous confessons que le lavement des pieds est une ordonnance de Christ, qu’Il a Lui-même pratiquée sur Ses disciples et qu’Il a commandé aux vrais croyants d’imiter Son exemple, disant : « Si donc moi, votre Seigneur et Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait ». Et encore : « Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez » (Jn 13:14-15, 17).

Le but pour lequel le Seigneur a institué cette ordonnance est principalement ceci : Afin que nous puissions nous souvenir, dans une vraie humiliation, que par grâce nous sommes lavés du péché par le sang de Christ, et que Lui, notre Seigneur et Maître, par Son humble exemple, nous lie à la vraie humilité les uns envers les autres (Jn 13:8, 10, 14). L’apôtre classe le lavement des pieds parmi les bonnes œuvres (1 Tm 5:10).

DU MARIAGE

Nous tenons que le mariage est une ordonnance de Dieu, instituée pour la première fois par Dieu au Paradis et confirmée chez nos premiers parents, Adam et Ève, lesquels furent créés à l’image de Dieu, mâle et femelle, alors qu’ils étaient encore tous deux dans la faveur de Dieu. (Gn 2:22 ; Gn 1:27)

Conformément à cette première institution et en accord avec l’ordonnance de Christ (Mt 19:5), les enfants de Dieu (qui ne sont pas trop proches par la consanguinité) doivent entrer dans le mariage après avoir prié à ce sujet, et le garder inviolable, afin que chaque homme ait sa propre et unique femme, et chaque femme son propre mari, et rien ne doit les séparer, sauf l’adultère. (Lv 18 ; Lv 20 ; 1 Co 5:1 ; Mt 19 ; Rm 7:2 ; 1 Co 7:2 ; Mt 5:32 ; 1 Co 9:5)

Ainsi, il est légitime qu’un frère prenne une sœur pour femme et qu’une sœur, aussi, puisse se marier avec qui elle veut, seulement dans le Seigneur, c’est-à-dire selon l’ordonnance et le plaisir du Seigneur, comme mentionné précédemment. Mais nous ne trouvons nulle part que Dieu, par Sa Parole, ait ordonné ou institué qu’un membre croyant de l’Église puisse conclure un mariage avec une personne incroyante et mondaine. Au contraire, nous trouvons que l’Éternel Dieu était très en colère contre ceux qui faisaient ainsi, et déclarait qu’ils étaient charnels et qu’ils ne se laissaient pas conduire par Son Esprit. C’est pourquoi nous réprouvons tous ceux qui suivent en ceci la convoitise de leur propre chair, de la même manière que nous le faisons pour d’autres pécheurs charnels. (1 Co 7:39 ; Dt 7:3 ; Né 10:30 ; Né 13:25-27 ; Gn 6:6)

DE LA FONCTION DE LA MAGISTRATURE

Le pouvoir séculier, ou la magistrature, est ordonné par Dieu dans tous les pays, et ne porte pas l’épée en vain, car il est le ministre de Dieu et le vengeur, pour punir les malfaiteurs et pour approuver les gens de bien. (Rm 13:2, 4 ; 1 P 2:14)

Chacun doit se soumettre aux autorités supérieures. Quiconque résiste à l’autorité, résiste à l’ordonnance de Dieu, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes. (Rm 13:1-2)

Tous les vrais croyants, liés par la Parole de Dieu, ont donc le devoir de craindre la magistrature, de lui rendre honneur et obéissance en tout ce qui n’est pas contraire aux commandements du Seigneur et de lui payer les impôts, les tributs et les taxes, sans protester ni murmurer. En effet, conformément aux paroles de Pierre, nous devons nous soumettre à toutes les ordonnances de l’homme pour l’amour du Seigneur, et prier le Dieu tout-puissant pour les dirigeants séculiers. Nous devons aussi être grandement reconnaissants envers le Seigneur pour les gouvernements bons et raisonnables. (Rm 13:7 ; Ac 4:19 ; Ac 5:29 ; 1 P 2:13 ; Jr 29:7 ; Baruch 1:11 ; 1 Tm 2:2)

Cependant, nous ne trouvons pas que le Seigneur Jésus-Christ ait ordonné cette fonction d’autorité séculière dans Son royaume spirituel, l’Église du Nouveau Testament, ou qu’Il l’ait ajoutée aux fonctions de Son Église. Il n’a pas non plus donné à Ses disciples de lois adaptées à cette fonction et à ce gouvernement, mais Il leur a dit : Les rois et les seigneurs des païens, et ceux qui exercent l’autorité parmi eux, sont appelés bienfaiteurs. Qu’il n’en soit pas de même pour vous. (Mt 20:25-26 ; Lc 22:25-26)

Nous laissons là l’affaire, car nous ne considérons pas qu’il soit nécessaire d’entrer dans plus de détails.

DE LA PRESTATION DE SERMENTS

Pour confirmer une cause qui était juste et vraie en elle-même, les pères de l’Ancien Testament étaient autorisés à jurer par le nom de Dieu. (Dt 6:13 ; Mt 5:33)

Mais le Fils du Dieu vivant, le Roi et le Législateur du Nouveau Testament, auquel nous sommes liés par le commandement d’obéir, par une voix de Dieu venant du ciel, a interdit aux chrétiens tout serment, comme le fait également l’apôtre Jacques. Par conséquent, la prestation de serment est interdite aux croyants du Nouveau Testament. (Mt 3:17 ; Mt 17:5 ; Mt 5:34 ; Jc 5:12)

DE LA SÉPARATION

La séparation ou l’exclusion de l’Église est un décret ou une sentence de celle-ci, en vertu de la Parole de Dieu et avec son autorité, contre un ou plusieurs membres de l’Église qui, par un péché ouvert, une vie scandaleuse, l’hérésie ou l’entêtement, se sont séparés de Dieu et de la communion de Jésus-Christ, et n’appartiennent plus au Royaume de Christ ou à Son Église. Par conséquent, en vertu de la Parole de Dieu, au nom de toute l’Église, la fraternité n’a plus lieu d’être. (1 Co 5:3 ; Mt 18:18 ; 1 Co 5:1 ; Rm 16:17 ; Tt 3 ; Mt 18:17 ; Es 59 ; Tt 1:16 ; 1 Co 6:9 ; Ga 5:21 ; 1 Co 5:12 ; 2 Co 2:8)

Les raisons pour lesquelles nous devons nous séparer, raisons que l’Église doit respecter dans la séparation, sont principalement les suivantes :

1) Montrer que sa doctrine ne permet en aucun cas de tels péchés, mais qu’elle leur est totalement opposée, afin que ce faisant, la pureté de la doctrine soit préservée et le nom de Dieu glorifié (1 Tm 1:20 ; Tt 1:13 ; 2 Tm 4:15) ;

2) Prouver en fait par la séparation qu’elle est l’ennemie du péché et qu’elle ne le tolérera en aucun cas, afin que toutes les causes de reproche envers l’Église soient évitées (1 Co 5:1-2 ; Tt 2:8) ;

3) Éviter que par des relations et une communion constantes avec le mal, les personnes de bien ne soient mêlées au levain ou corrompues (1 Co 5:7 ; 2 Tm 2:17) ;

4) Convaincre le pécheur dans sa conscience, par l’excommunication et le retrait, et l’amener à la honte et à la réformation, afin qu’il puisse être sauvé (2 Th 3 ; 1 Co 5:5) ;

5) Avertir les autres qui entendent et voient cela, afin qu’ils craignent de suivre un tel mal.

Mais lorsque le pécheur séparé montre des fruits authentiques de repentance, nous devons à tout moment être prêts à le recevoir à nouveau en paix dans la communion chrétienne de l’Église, s’il le demande sincèrement. (2 Co 2)

DE LA MISE À L’ÉCART

Avoir des relations et des interactions quotidiennes – telles que manger, boire, acheter, vendre, et toutes autres transactions temporelles ou mondaines superflues – avec les apostats impies est non seulement dangereux pour les gens pieux, qui peuvent ainsi être contaminés ou être considérés comme compagnons des apostats, mais est aussi nuisible à l’apostat lui-même, puisque, par une telle association, il pourrait s’endurcir dans le péché et estimer son offense de moindre conséquence.

Nous comprenons donc d’après la Parole de Dieu, que pour éviter selon l’onction de l’Esprit les dangers du péché et des offenses, et pour amener le pécheur apostat à la honte et à la repentance, le vrai membre de Christ doit se retirer des relations quotidiennes et de la communion avec les apostats impénitents. Il doit les éviter et n’avoir rien à faire avec eux, et cela sans acception de personnes, à moins d’être lié à l’apostat par un commandement de Dieu.

Car, en matière de mise à l’écart, personne ne devrait agir contrairement à l’amour, à la bienveillance, à la bienséance et à la justice chrétiennes, vertus suprêmes que le chrétien a le devoir de montrer à tous les hommes, même à ses ennemis. À cette fin, Dieu a donné toutes les lois, qui ne peuvent sous aucun prétexte être diminuées, encore moins enfreintes ou transgressées. (1 Co 5:5 ; 2 Tm 2:21 ; 2 Th 3 ; Tt 3 ; 2 Th 3:14 ; 2 P 1:6 ; Tt 2:12 ; Rm 13:8 ; Mt 5:44 ; Rm 13:9-10 ; 1 Tm 1:5 ; Ap 22:19 ; Mt 5:19 ; Jc 2:1)

DE LA SECONDE VENUE DE CHRIST, DE LA RÉSURRECTION DES MORTS ET DU JUGEMENT DERNIER

Enfin, nous croyons que le Fils du Dieu vivant, le Seigneur Jésus-Christ, notre unique Prophète, Prêtre et Roi, descendra visiblement du ciel comme Il y est monté, sur les nuées et avec tous les saints anges de Dieu, avec puissance et grande gloire, au cri de la voix d’un archange et au son de la trompette de Dieu, qui se fera partout entendre. Alors tous les hommes qui auront vécu sur la terre et qui seront morts, bons et méchants, justes et injustes, ressusciteront d’entre les morts, dans l’incorruptibilité avec leur propre corps dans lequel ils ont vécu ; mais ceux qui vivront encore en ce jour-là et n’auront pas goûté la mort seront changés en un clin d’œil en incorruptibilité, au dernier son de la dernière trompette. (Ac 1:11 ; Ap 1:7 ; 2 Th 1:7 ; 1 Th 4:16 ; Mt 24:50 ; So 1:16 ; Mt 25:7 ; 2 Co 5:10 ; Rm 14:11 ; Jr 5:29 ; Ac 24:15 ; 1 Co 15:42 ; Jr 26:19 ; 1 Co 15:38, 52)

Ainsi, toute la famille humaine sera placée devant le siège du jugement de Christ, afin que chacun reçoive en son corps selon ce qu’il a fait, que ce soit bien ou mal. Car le Seigneur Jésus-Christ séparera alors comme un berger les brebis des boucs. Il mettra à Sa droite ceux qui ont fait le bien, mais à Sa gauche ceux qui ont fait le mal ; et là Il prononcera la sentence éternelle et irrévocable. (2 Co 5:10 ; Mt 25:32-33, 46 ; Jd 1:14)

Aux vrais croyants qui, par la foi, ont accompli des œuvres d’amour et de miséricorde, Il dira : « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. » Ceux-ci seront alors enlevés sur les nuées à la rencontre du Seigneur, qui les emportera avec Lui dans la vie éternelle, dans la gloire et la splendeur célestes, où ils seront pour toujours avec le Seigneur en compagnie des innombrables saints anges, avec Abraham, Isaac, Jacob et tous les hommes pieux, dans une immense et indicible joie et allégresse. (2 P 1:5 ; Mt 25:34 ; Lc 16:9 ; 2 P 1:11 ; 1 Th 4:17, 14 ; Jn 14:3 ; Jn 17:24 ; Dn 12:12 ; 1 P 1:8-9)

Mais les injustes qui n’ont pas connu Dieu ni obéi à l’Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ et qui n’ont accompli aucune œuvre d’amour ou de miséricorde seront alors condamnés au feu éternel avec ces paroles douloureuses et intolérables : « Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » où « il y aura des pleurs et des grincements de dents ». (1 Co 6:9 ; 2 Th 1:8 ; Rm 2:9 ; Mt 25:41 ; Mt 22:13)

Ceux-là iront là où le ver ne meurt pas, où le feu ne s’éteint pas. Sur eux s’abattront la tribulation et l’angoisse, le mécontentement, la colère et la destruction éternelle, devant la face du Seigneur et devant la gloire de Sa puissance. (Es 66:24 ; Mc 9:46 ; Ml 4:1 ; Rm 2:9 ; 2 Th 1:9 ; 4 Esdras 9:10 ; Lc 16:24)

Que le Dieu de grâce et de miséricorde nous préserve par Jésus-Christ, Son bien-aimé Fils, et dans la puissance du Saint-Esprit, de ce terrible châtiment des impies, et qu’Il nous accorde Sa grâce, afin que nous puissions vivre saints ici sur terre et mourir heureux, en vue d’une heureuse résurrection et une joyeuse apparition en présence de Sa gloire, Amen.

NOTE : Suivent ici deux autres questions et leurs réponses que nous pourrions citer, mais nous estimons que cela n’est pas nécessaire, puisque le traité donné embrasse la substance ou la somme entière de la confession de la foi salvatrice, si elle est bien comprise.

Il y avait également une lettre en annexe, qui avait été envoyée à l’avance comme préparatif de la paix, lettre signée par diverses personnes (anciens et prédicateurs).

Fait à Amsterdam, le 27 septembre 1627.

Notes

[1] Ces paroles de Paul, « J’ai cru, et c’est pourquoi j’ai parlé », sont tirées du 116e psaume de David.

[2] Selon la Mennonite Encyclopedia, les anabaptistes néerlandais du XVIIe siècle utilisaient plusieurs termes pour les fonctions ministérielles : opziener (évêque/surveillant), oudste (ancien), leeraer (enseignant/prédicateur), doper (baptiseur), diaken (diacre), buydeldrager (responsable des finances), dienaer (ministre), et armendienaer (serviteur des pauvres). Les distinctions entre ces rôles n’étaient pas toujours nettes. Les confessions de ce livre mentionnent : évêques, anciens, enseignants, prophètes, pasteurs, assistants, administrateurs, diacres et diaconesses. Mais de manière générale, on distinguait trois niveaux de dirigeants : 1) diacres, 2) enseignants/prédicateurs, 3) anciens/surveillants (rarement nommés « évêques » pour éviter toute connotation catholique). Ces derniers, aussi appelés « ministres de plein exercice », baptisaient, administraient la Cène, célébraient les mariages, ordonnaient les ministres et excommuniaient. Avec le temps, la distinction entre enseignants et anciens s’effaça pour des raisons bibliques, jusqu’à la disparition progressive de la charge d’ancien. Menno Simons et Dirk Philips étaient appelés oudsten ou opzieners (anciens/surveillants). Les frères suisses semblent avoir été moins hiérarchisés. Dans le Miroir des martyrs, le terme « leeraer » revient très souvent. Il correspond à ce que nous appelons pasteur ou ministre aujourd’hui. Cependant, nous le traduirons habituellement par « prédicateur » ou « enseignant », ce qui est la traduction correcte du mot néerlandais, ou, si le contexte implique un verset biblique, nous l’appellerons « docteur », comme c’est souvent le cas dans la Parole. – NDLT

Entente fraternelle de l’an 1527

Ces sept articles sont souvent appelés la Confession de Schleitheim. Ils sont le résultat d’une réunion de plusieurs ministres chez Michael Sattler à Schleitheim, dans le nord de la Suisse, le 24 février 1527. C’était une période de persécutions intenses et les frères souhaitaient exprimer leur conviction commune sur l’ordre à suivre pour maintenir la […]

Entente fraternelle de l’an 1527

Le martyre d’Ignace vers l’an 111

Cet article réunit deux passages du premier livre du Miroir des martyrs : le témoignage d’Ignace touchant le baptême et le récit de son martyre.

DU TÉMOIGNAGE D’IGNACE TOUCHANT LE BAPTÊME

De l’an 71 à l’an 111 — On dit qu’Ignace prospéra en ce temps-là. Il fut le deuxième évêque d’Antioche après Pierre et, selon les chroniques, il exerça son ministère au temps de l’apôtre Jean. Écrivant sur le baptême, il n’en parle que d’une manière qui implique clairement qu’il doit être accompagné de foi, d’amour et de patience.

Dans sa lettre à Polycarpe, évêque de Smyrne, il écrit entre autres : « Qu’aucun de vous ne soit trouvé apostat. Que votre baptême soit votre arme, votre foi votre casque, l’amour une lance, la patience une armure complète ».

Dans une lettre aux Tralliens, il écrit encore : « Il me semble que vous ne vivez pas selon la chair, mais selon Jésus-Christ, qui est mort pour nous ; afin que, croyant en Sa mort, vous puissiez, par le baptême, participer à Sa résurrection. »

Dans la lettre adressée à ceux de Philadelphie, il dit ceci : « Voyant, donc, qu’il y a un seul Dieu et Père non engendré et un seul Fils, Verbe et Homme engendré, un seul Consolateur, l’Esprit de Vérité, et une seule foi, un seul baptême et une seule Église, que les apôtres ont fondée avec leur sueur et leur travail, dans le sang de Christ d’un bout de la terre à l’autre, c’est pourquoi vous, en tant que peuple particulier et génération sainte, devez aussi faire toutes choses avec un cœur unanime en Christ ».

Qui ne voit pas qu’Ignace, en plaçant dans cet ordre la prédication, la foi, le baptême et l’Église, entend montrer que, selon l’ordonnance de Christ, la prédication doit précéder la foi ; que la foi conduit au baptême ; et qu’après le baptême, le croyant devient membre de l’Église ? Et ces membres, en tant que peuple particulier et génération sainte, doivent agir d’un même cœur en Christ ? Car c’est là le sens des paroles d’Ignace. Voir, concernant les lettres d’Ignace citées plus haut : H. Montanus, De Nietigheydt van den Kinder-doop, 2ᵉ éd., p. 4–5 ; ainsi que J. du Bois (quoique interprétant mal ces lettres), Contre Montanus, éd. 1648, p. 16–22.

IGNACE, DISCIPLE DE L’APÔTRE JEAN, DÉVORÉ PAR DES FAUVES DANS UN CIRQUE À ROME, POUR AVOIR TÉMOIGNÉ DU FILS DE DIEU, EN L’AN 111

Ignace, disciple de l’apôtre Jean et successeur de Pierre et d’Évode, était au service de l’Église de Christ à Antioche en Syrie. C’était un homme craignant Dieu, très pieux, fidèle et diligent dans ses ministères. Il était surnommé Théophore, c’est-à-dire Porteur de Dieu, apparemment parce qu’il portait souvent dans sa bouche le nom de Dieu et de son Sauveur et qu’il menait une vie pieuse. Il avait coutume de dire fréquemment : « La vie de l’homme est une mort continuelle, à moins que Christ ne vive en nous. » De même : « Le Christ crucifié est mon seul et entier amour. » Et : « Celui qui se laisse appeler d’un autre nom que Christ n’est pas de Dieu. » Et encore : « Autant le monde hait les chrétiens, autant Dieu les aime. » A. Mellinus, p. 15, col. 1, au sujet d’Ignace d’Antioche (Epist. ad Romanos et autres).

Après ses victoires sur les Daces, les Arméniens, les Assyriens et d’autres peuples d’Orient, l’empereur Trajan en remercia les dieux à Antioche, leur offrant de riches sacrifices comme si c’étaient eux qui lui avaient donné la victoire. Ignace, rapporte Nicéphore, l’ayant appris, le reprit publiquement dans le temple même.

L’empereur, extrêmement en colère à ce sujet, fit arrêter Ignace, mais, par crainte de tumulte, parce qu’Ignace était tenu en grand respect à Antioche, il ne le fit pas punir là, mais le confia entre les mains de dix soldats et l’envoya lié à Rome, pour y être puni.

Entre-temps, sa condamnation à mort lui fut annoncée : de quelle manière et en quel lieu il devait mourir ; en l’occurrence, qu’il serait mis en pièces par des bêtes sauvages à Rome.

En chemin, il écrivit plusieurs épîtres de consolation à ses amis, les fidèles en Jésus-Christ et aussi à différentes Églises, comme à celles de Smyrne, d’Éphèse, de Philadelphie, de Tralles, de Magnésie, de Tarse, de Philippes et surtout à l’Église de Christ à Rome. Il envoya ces lettres avant son arrivée là-bas. Il semble que l’idée d’être mis en pièces par les dents des bêtes sauvages était constamment présente dans son esprit pendant le voyage, non avec crainte, mais plutôt avec un désir sincère. C’est ce qu’il mentionne dans sa lettre à l’Église de Rome, écrivant ainsi : « En voyageant de Syrie à Rome, sur mer et sur terre, de jour et de nuit, je combats avec des fauves, lié entre dix léopards[1], et plus je les caresse et me montre amical envers eux, plus ils deviennent cruels et malins. Cependant, à travers les cruautés et les tourments qu’ils m’infligent quotidiennement, je suis de plus en plus exercé et instruit. Néanmoins, je n’en suis pas justifié. Ah, si seulement j’étais déjà avec les bêtes, prêtes à me dévorer ! J’espère que d’ici peu, je les trouverai telles que je souhaite qu’elles soient, c’est-à-dire assez cruelles pour me détruire promptement. Mais si elles ne me tombent pas dessus et ne me mettent pas en pièces, je les séduirai gentiment, afin qu’elles ne m’épargnent pas, comme elles ont déjà épargné plusieurs chrétiens, mais qu’elles me déchirent rapidement et me dévorent. Pardonnez-moi de parler ainsi ; je sais ce dont j’ai besoin. Maintenant seulement je commence à être un disciple de Christ. Je ne considère ni les choses visibles ni les invisibles dont le monde est étonné. Il me suffit de devenir participant de Christ. Que le diable et les méchants m’affligent de toutes sortes de douleurs et de tourments, par le feu, par la croix, par la lutte contre les bêtes sauvages, par la dispersion des membres et des os de mon corps. Tout cela, je l’estime fort peu, si seulement je jouis de Christ. Priez seulement pour moi, afin que la force intérieure et extérieure me soit donnée, non seulement pour dire ou écrire cela, mais aussi pour l’accomplir et le supporter, afin que je puisse non seulement être appelé chrétien, mais aussi être trouvé tel en vérité. » Ignace d’Antioche, Epist. ad Romanos.

Arrivé à Rome, il fut remis par les soldats au consul, avec les lettres de l’empereur qui contenaient sa condamnation à mort. Il fut gardé en prison plusieurs jours, jusqu’à un certain jour de fête des Romains, où le consul[2], conformément à l’ordre de l’empereur, le fit amener dans l’amphithéâtre. Tout d’abord, ils cherchèrent, par de nombreux tourments, à l’inciter à blasphémer le nom de Christ et à offrir des sacrifices aux dieux. Mais comme Ignace ne faiblissait pas dans sa foi, mais, plus le supplice durait, plus il était fortifié dans son refus d’offrir des sacrifices païens, il fut aussitôt condamné par le Sénat romain et immédiatement jeté devant les lions.

Alors qu’Ignace était emmené hors de la présence du Sénat vers l’enceinte la plus intime, ou fosse aux lions, il répétait fréquemment le nom de Jésus dans la conversation qu’il avait, en chemin, avec les croyants, ainsi que dans sa prière secrète à Dieu. Lorsqu’on lui demanda pourquoi il agissait ainsi, il répondit : « Mon cher Jésus, mon Sauveur, est si profondément inscrit dans mon cœur, que je suis convaincu que si mon cœur devait être ouvert et découpé en morceaux, le nom de Jésus se trouverait écrit sur chaque morceau. » Par cela, cet homme pieux indiquait que non seulement sa bouche, mais les parties les plus intimes de son cœur étaient remplies de l’amour de Jésus, car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. Ainsi, Paul aussi, étant rempli de l’amour de Jésus-Christ, a employé, dans ses lettres, jusqu’à deux cents fois (selon ce qu’on a compté) le terme « Notre Seigneur Jésus-Christ ». Il répète aussi le nom « Jésus » jusqu’à cinq cents fois.

Lorsque toute la multitude du peuple fut rassemblée pour assister à la mort d’Ignace (car le bruit s’était répandu dans toute la ville qu’un évêque avait été amené de Syrie, qui, selon la sentence de l’empereur, devait combattre contre les bêtes sauvages), Ignace fut amené et placé au milieu de l’amphithéâtre. Alors Ignace, avec un cœur audacieux, s’adressa ainsi au peuple qui se tenait autour : « Ô Romains, vous tous qui êtes venus assister à ce combat de vos propres yeux, sachez que ce châtiment ne m’a pas été infligé à cause d’un méfait ou d’un crime, car je n’en ai jamais commis, mais pour parvenir à Dieu, que je désire ardemment, et dont la jouissance est mon désir insatiable. Car, je suis le grain de Dieu. Je suis broyé par les dents de la bête, afin que je sois trouvé un pain pur de Christ, qui est pour moi le pain de vie. » Ces paroles furent prononcées par Ignace alors qu’il se tenait au milieu de l’amphithéâtre et qu’il entendait les lions rugir, ce que les frères de l’Église qui se tenaient également parmi le peuple entendirent et attestèrent.

Aussitôt qu’il eut prononcé ces mots, deux lions épouvantables et affamés furent lâchés de leurs fosses, qui le mirent en pièces et le dévorèrent aussitôt, ne laissant presque rien, ou du moins très peu, même de ses os. Ainsi s’endormit, heureux dans le Seigneur, ce fidèle martyr de Jésus-Christ, en l’an 111, la douzième année de l’empereur Trajan. Comparez avec A. Mellinus, Hist. der vervolg. en ’t martelaers der eerste christenen, liv. I, (Dordrecht, éd. 1619), p. 25, col. 1–4, et p. 26, col. 1 ; avec J. Gysius, Hist. Mart., p. 15, col. 2–3 ; ainsi qu’avec W. Baudart, dans Apophthegmata Christiana, (Dordrecht, 1640), liv. I, dans le 2e Apophtegme, sous le nom d’Ignace, p. 37–38, et de divers autres auteurs.

Notes

[1] Toutes les traductions du grec que nous avons pu consulter ajoutent ici un élément de contexte manquant dans le texte néerlandais du Miroir : après la mention des dix léopards, Ignace précise « je veux parler des soldats qui me gardent », ce qui semble plus plausible étant donné le comportement de ces « léopards ». – NDLT

[2] D’autres sources affirment qu’Ignace fut jugé directement par l’empereur Trajan. – NDLT

Un baptême authentique: pourquoi le baptême est si important (pas pour les raisons habituellement évoquées)