Dernières persécutions en Suisse mentionnées dans le Miroir des martyrs

SEPT CENTS PERSONNES OPPRIMÉES ET PERSÉCUTÉES À BERNE

En l’an 16711, une persécution sévère éclata de nouveau contre les anabaptistes dans le canton de Berne ; cette persécution fut si rigoureuse et si prolongée qu’il semblait que les autorités ne cesseraient pas avant d’avoir complètement chassé ce peuple de leur canton ou de l’avoir exterminé. Il en résulta qu’environ sept cents personnes, petites et grandes, se virent contraintes de quitter leur demeure, d’abandonner leurs biens et, pour beaucoup d’entre elles, leurs proches, ainsi que leur patrie terrestre, et de gagner le Palatinat avec les autres, dans l’espoir que le Seigneur ferait en sorte qu’elles puissent y trouver un lieu de résidence.

Nous avons été témoins oculaires de ce qui se passa à leur arrivée en ce lieu, et nous avons visité un à un les lieux où ils s’étaient rendus pour chercher demeure.

Cependant, comme nous avions reçu, juste avant de nous rendre là-bas, de la part des persécutés eux-mêmes, ainsi que d’autres personnes qui écrivaient en leur nom en s’appuyant sur leurs dires, plusieurs lettres qui décrivent clairement les circonstances et les conditions de cette persécution, telles que nous les avions entendues de leur propre bouche, nous avons jugé opportun de les reproduire ici, afin que le lecteur chrétien, en les lisant, puisse s’imaginer qu’il entend le récit, non pas de témoins oculaires ou auditifs, mais des personnes mêmes qui ont subi ladite persécution. En voici la teneur :

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EXTRAIT DE LA PREMIÈRE LETTRE, DATÉE DU 7 AVRIL 1671, EN PROVENANCE D’OBERSÜLZEN2

Quant à la demande de nos amis concernant la situation de nos frères suisses dans le canton de Berne, le fait est qu’ils se trouvent dans une situation très triste, comme nous l’avons appris de la bouche des fugitifs qui sont arrivés ici, dont certains se trouvent encore dans ma maison. 

Ils rapportent qu’ils sont quotidiennement traqués par les gendarmes et que tous ceux qui se font prendre sont emmenés prisonniers en la ville de Berne, de sorte qu’il y a environ quatre semaines, une quarantaine d’hommes et de femmes y étaient emprisonnés. On en a également flagellé certains et plusieurs ont été bannis du pays, dont l’un est arrivé ici. 

On a également flagellé un ministre de la Parole, puis on l’a conduit hors du pays, en Bourgogne, où, à son arrivée, on l’a d’abord marqué au fer rouge, puis laissé partir dans les vallées. 

Cependant, comme il ne pouvait se faire comprendre de personne, il dut marcher pendant trois jours avec son corps brûlé avant que ses plaies ne soient soignées et qu’il obtienne un peu de secours. Il était dans un tel état que, lorsqu’on le dévêtit pour panser ses plaies, le pus coula le long de son dos, comme me l’a raconté lui-même un frère qui aida à panser sa plaie. Cet ami est arrivé en Alsace avec deux femmes et un homme, qui avaient également été flagellés et exilés. 

Ils [les dirigeants bernois] agissent avec une grande sévérité et, semble-t-il, ne renonceront pas à leur objectif tant qu’ils n’auront pas complètement banni de leur pays et exterminé ce peuple inoffensif.

Il semble en outre que rien de plus ne puisse être fait en faveur de ces frères persécutés ; car outre le fait que les amis d’Amsterdam et d’ailleurs ont travaillé pendant plusieurs années à cette cause, de sorte que plusieurs lettres de recommandation favorables des seigneurs des États de Hollande, et en particulier de la ville d’Amsterdam, ainsi que d’autres personnes de qualité, ont été envoyées aux magistrats ; par ailleurs, en l’an 1660, un messager nommé Adolf de Vreede leur a été envoyé ; cependant, il n’a guère pu agir en faveur de nos amis là-bas. Par conséquent, je ne vois pas comment nos amis pourraient actuellement faire quoi que ce soit qui puisse soulager nos frères persécutés là-bas. Il nous faudra attendre patiemment la délivrance que le Seigneur notre Dieu se plaira à leur accorder.

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EXTRAIT DE LA DEUXIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 23 MAI 1671

La persécution de nos amis continue avec la même rigueur qu’auparavant, si bien que nous sommes étonnés qu’ils ne se hâtent pas davantage de quitter le pays. De temps à autre, un ou deux arrivent au compte-gouttes ; mais la plupart restent encore en amont de Strasbourg, en Alsace. 

Certains vont dans les forêts couper du bois, d’autres vont sur les coteaux travailler dans les vignobles, dans l’espoir, me semble-t-il, que la tranquillité reviendra peu à peu et qu’ils pourront alors retourner plus aisément dans leurs demeures abandonnées ; mais je crains que ce jour ne vienne pas si tôt et qu’ils ne se trouvent grandement déçus dans leur espoir.

Les magistrats de Berne ont fait enchaîner six des prisonniers, parmi lesquels se trouvait un père de neuf enfants, afin de les vendre pour être galériens entre Milan et Malte ; quant à ce qu’ils comptent faire des autres prisonniers, nous ne le savons pas. L’un des prisonniers, un vieil homme d’environ quatre-vingts ans, est mort en prison. Que le Seigneur les console dans leur chagrin et les fortifie dans leur faiblesse, afin qu’ils puissent porter patiemment la croix et lutter fidèlement jusqu’à la fin pour la vérité de l’Évangile, et ainsi obtenir finalement le salut promis et la couronne de vie. Amen.

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EXTRAIT DE LA TROISIÈME LETTRE D’OBERSÜLZEN, LE 13 OCTOBRE 1671

Hendrick de Backer, ami très estimé et frère bien-aimé en Christ, je te souhaite, ainsi qu’aux tiens, grâce et paix en abondance, de la part de Dieu notre Père céleste, par notre Seigneur Jésus-Christ, en guise de salut fraternel. Amen.

Pour répondre à ta demande touchant la situation de nos frères suisses persécutés : Le 11 du mois dernier, il fut décidé lors du conseil plénier à Berne d’envoyer les prisonniers masculins jeunes et robustes aux galères, comme cela avait déjà été fait pour six d’entre eux ; quant aux âgés et aux faibles, ils veulent soit les bannir, soit les garder en emprisonnement perpétuel. 

Un certain gentilhomme de Berne, apprenant cette décision et ému de compassion, se rendit auprès des magistrats et leur demanda de bien vouloir surseoir à l’envoi des prisonniers, le temps qu’il se rende auprès de leurs frères dans la foi résidant en Alsace pour voir s’ils consentiraient à se porter garants des prisonniers et à promettre que ceux-ci, après avoir quitté le pays, n’y reviendraient pas sans autorisation.

Il obtint gain de cause. Se rendant en Alsace chez nos amis, il leur présenta l’affaire ; ceux-ci, dès qu’ils l’eurent entendue, acceptèrent sur-le-champ les conditions et promirent que, si les autorités de Berne consentaient à leur remettre les prisonniers, ils se porteraient garants d’eux et les aideraient à trouver un lieu de résidence. 

Nos amis, si je ne me trompe, firent cette promesse au gentilhomme (il s’appelait Beatus Fischer), non seulement de vive voix, mais aussi par écrit. Sur ce, il leur promit à nouveau de faire de son mieux auprès des autorités de Berne, espérant obtenir d’elles qu’elles conduisent les prisonniers jusqu’à Bâle, d’où les amis pourront les emmener avec eux. Nous sommes donc impatients de les accueillir, attendant chaque jour d’apprendre qu’ils sont arrivés en Alsace ou qu’ils viennent ici nous rejoindre.

En ce moment même, quatre frères suisses sont arrivés chez moi avec leurs femmes et leurs enfants. Ils m’ont dit que beaucoup d’autres sont en route, car la persécution et les recherches s’intensifient quotidiennement. 

Sur ce, je te recommande, avec une salutation chrétienne et fraternelle, à la garde du Très-Haut, pour ton salut éternel.

Ton ami affectueux et frère en Christ,

JAKOB EVERLING

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EXTRAIT DE LA QUATRIÈME LETTRE, DATÉE DU 2 NOVEMBRE 1671

Quant à nos amis suisses, ils arrivent désormais par ici en grands groupes, si bien que plus de deux cents personnes sont déjà arrivées, parmi lesquelles se trouvent maintes personnes âgées, aux cheveux gris, hommes et femmes, qui ont atteint soixante-dix, quatre-vingts, voire quatre-vingt-dix ans ; il y en a aussi un certain nombre qui sont infirmes et boiteux. 

Portant leurs ballots sur le dos, des enfants dans les bras, certains de bonne humeur, d’autres les larmes aux yeux, en particulier les personnes âgées et fragiles, qui, dans leur grand âge, sont désormais contraintes d’errer dans la misère et de se rendre en des pays étrangers. Beaucoup d’entre eux n’ont rien sur quoi dormir la nuit, de sorte que moi-même et d’autres personnes avec moi avons dû, depuis environ deux semaines, nous donner pour mission régulière de leur fournir un abri et d’autres choses nécessaires.

Nous nous attendons chaque jour à de nouveaux arrivants, et nous espérons que, lorsque la plupart d’entre eux auront quitté le pays, les prisonniers seront également libérés. Adieu.

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Par la suite, de plus en plus de fugitifs expulsés descendirent de Suisse vers le Palatinat, près de sept cents personnes au total, jeunes et vieux, parmi lesquelles des familles de huit, dix et même jusqu’à douze enfants, qui avaient à peine pu emporter assez pour leurs frais de voyage, comme le montre l’extrait suivant :

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EXTRAIT DE LA CINQUIÈME LETTRE PROVENANT D’OBERSÜLZEN, LE 5 JANVIER 1672

Il est arrivé dans la région en amont de Heidelberg un homme, ministre dans le Nord, ayant douze enfants, pour la plupart très jeunes, mais qui n’avait, si j’ai bien compris, emporté avec lui que quatre rixdales en argent et un cheval en très mauvais état. D’autres ont apporté avec eux un peu d’argent, mais beaucoup d’entre eux n’ont rien du tout, de sorte qu’après un examen approfondi, on a trouvé parmi deux cent quatre-vingt-deux personnes, mille quarante-six rixdales. Et dans le bailliage d’Alzey, parmi deux cent quinze personnes, six cent huit rixdales. Dans le bailliage de Dirmstein, on a compté cent quarante-quatre personnes ; mais je n’ai pas appris quels sont leurs moyens ; cependant, à en juger par les apparences, je les tiens pour étant les plus démunis. 

En somme, nous constatons que leur nombre se compose d’environ quatre-vingts familles complètes, auxquelles s’ajoutent des veuves, des personnes seules et des maris ou des femmes qui ont dû abandonner leurs conjoints, car ces derniers, étant attachés à la religion réformée, ne pouvaient se résoudre à partir. Au total, six cent quarante et une personnes, dont les fonds ne s’élèvent à rien de plus que la modeste somme déjà évoquée ; vous pouvez donc aisément concevoir qu’une aide considérable leur sera nécessaire. Par ailleurs, à ce que nous comprenons, une centaine de personnes supplémentaires séjournent en Alsace, que nous attendons également en début d’année. Adieu. 

Fin des extraits des lettres.

Par la suite, les assemblées de frères résidant dans les Provinces-Unies, en mars de la même année 1672, envoyèrent certains des leurs dans le Palatinat, lesquels, voyageant partout auprès des frères persécutés, les écoutant et les voyant, non seulement constatèrent que ce qui précède était vrai, mais aussi que certains de ces derniers étaient déjà arrivés d’Alsace, qui, n’ayant pas apporté plus de fonds que les autres, furent aidés et consolés comme les précédents, par l’aide commune des assemblées fortunées des Provinces-Unies.

De plus, ils apprirent de la bouche même de certains des quarante qui avaient été prisonniers, que ceux-ci avaient tous été libérés et, conformément à la demande du gentilhomme susmentionné, conduits à Bâle, où ils avaient été remis à leurs frères, auprès desquels ils s’étaient ensuite établis. 

Mais lorsqu’on demanda aux principaux d’entre eux pourquoi ils n’étaient pas partis plus tôt chercher des lieux où ils pourraient vivre plus librement selon leur conscience, vu que les autorités ne les empêchaient point de partir, ils donnèrent diverses raisons, dont les suivantes n’étaient pas les moindres :

1. Il semble que les assemblées s’étaient considérablement développées et multipliées, de sorte que, bien que sous la croix, elles avaient néanmoins prospéré comme une rose parmi les épines, et qu’on pouvait s’attendre à une accroissement quotidien encore plus important, car de nombreuses personnes se manifestaient, ayant vu la lumière jaillir des ténèbres, et commençaient à l’aimer et à la rechercher. 

Les ministres, considérant cela dans leur cœur, étaient réticents à quitter le pays, craignant que cette moisson prometteuse ne soit ainsi perdue et que beaucoup ne renoncent à leur bonne résolution ; c’est pourquoi ils préféraient souffrir un peu plutôt que de partir, afin de sauver encore quelques âmes de la perdition et les amener à Christ.

2. Une deuxième raison était qu’ils ne pouvaient partir si aisément vers d’autres pays, parce qu’il y avait parmi eux beaucoup de familles divisées, dont le mari ou la femme était dans l’Église, tandis que le conjoint fréquentait encore l’Église publique [réformée]. Si ce dernier ne consentait pas à suivre son conjoint persécuté en abandonnant tout pour quitter le pays, cela causait de grands tourments et beaucoup de chagrin. Il y avait même plusieurs ministres qui n’étaient pas exempts de cette difficulté. Deux ministres dont les femmes n’étaient pas dans l’Église, se trouvaient là dans le Palatinat. Ayant été secrètement avertis par un bon ami, ils avaient également dû s’enfuir nuitamment, sans savoir encore si leurs femmes les suivraient, ou si, aimant leurs biens plus que leurs maris, elles resteraient au pays et abandonneraient leurs maris. Ces situations créaient davantage de chagrin et de difficultés, d’autant plus que les autorités accordaient au conjoint resté au pays, la liberté de se remarier et de chercher un autre époux. Ces raisons, entre autres, les avaient retenus de quitter librement leur patrie terrestre et les avaient portés à attendre jusqu’à ce qu’il leur soit impossible d’y demeurer plus longtemps tout en conservant une bonne conscience.

En vérité, il est déplorable qu’à cette époque, alors que la lumière de l’Évangile a brillé depuis si longtemps parmi les protestants, on trouve encore parmi eux ceux qui jugent bon de persécuter des sujets qui sont à tous égards bons et pieux, et qui ne diffèrent d’eux que sur certains points touchant la religion chrétienne.

Ah, comme on tient si peu compte, dans une telle conduite, de l’enseignement de notre Sauveur, qui nous dit de faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent. Et pourtant, ils [ces mêmes réformés] se plaignent des persécutions infligées à leurs coreligionnaires en France, en Hongrie et ailleurs. Mais qu’en pensez-vous, ne serait-il pas juste de leur répondre de la même manière que l’apôtre Paul répondit aux Juifs, en Romains 2:21 ? Assurément, de plein droit.

Nous concluons ce récit par cette prière sincère, à savoir que Dieu le Seigneur daigne diriger les cœurs de ceux qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener sous leur gouvernement et leur domination une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Et s’il advenait que le grand Dieu juge bon de permettre la persécution de Ses croyants ici ou là, qu’Il daigne alors demeurer auprès d’eux dans Sa sollicitude et Sa consolation paternelles, et qu’Il accorde par Sa grâce que leurs afflictions soient accompagnées de patience, leur foi de persévérance, et leurs vertus de fidélité ; tout cela pour l’honneur de Son nom, qui ne saurait être assez loué, et pour le salut de leurs âmes, par Christ notre Seigneur et Sauveur. Amen.

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HANS HASLIBACHER, EN L’AN 1571

En lien avec le récit ci-dessus des persécutions qui s’abattirent sur les frères suisses, nous estimons qu’il n’est pas hors de propos d’ajouter ce qui suit, à savoir qu’un frère âgé et pieux (communément appelé Haslibacher, car il était né à Haslibach) fut arrêté pour sa foi et emmené à Berne, où il fut traité très cruellement en prison et gravement torturé.

Mais comme il demeurait, malgré tout, fermement attaché à sa foi, il reçut peu après, un vendredi, la visite en prison de plusieurs docteurs qui discutèrent avec lui ; il se comporta avec tant de courage, défendant sa simple confession de foi, qu’ils ne purent rien obtenir de lui. Sur ce, les docteurs revinrent le lendemain, samedi, lui parlèrent plus durement et plus sévèrement, le menaçant que s’il n’abjurait pas sa foi, sa tête serait posée à ses pieds. 

Le bon vieil homme répondit courageusement qu’il n’abjurerait en aucun cas sa foi, mais qu’il s’y tiendrait fermement attaché, car il était parfaitement sûr que sa foi était si agréable à Dieu qu’Il ne l’abandonnerait point dans la détresse et la mort.

Il arriva alors, selon des témoignages dignes de foi, que dans la nuit suivante, du samedi au dimanche, il fut réconforté et fortifié par une vision divine, et exhorté à demeurer fidèlement attaché à la foi qu’il avait embrassée ; et que, même s’ils le menaçaient terriblement, au point même de le mettre à mort par l’épée, il ne devait néanmoins point en être terrifié, car le Seigneur serait à ses côtés et ne permettrait pas qu’il en ressente la moindre douleur.

Lorsque, le lundi, ces docteurs vinrent à nouveau le voir et discutèrent avec lui comme auparavant, s’efforçant de l’ébranler dans sa foi, ajoutant que s’il n’abjurait pas, il serait puni de mort le lendemain, Haslibacher répondit hardiment : « Je préfère qu’on me coupe la tête plutôt que d’apostasier ma foi. »

Sur ce, lorsque les docteurs le quittèrent, il tomba dans un profond sommeil qui dura jusqu’à minuit ; on raconte qu’il fit alors un rêve dans lequel il lui fut montré qu’ils allaient le décapiter (ce qui le réveilla brusquement), et il lui fut révélé d’une manière particulière qu’il serait puni par l’épée, mais qu’il y aurait trois signes particuliers par lesquels son innocence apparaîtrait aux yeux des hommes.3

1.  Was wend wir aber heben an, Zu singen von ein’m alten Mann,    Der war von Haßlibach, Haßlibacher ward er genannt, Aus der Kilchöri Summiswald.1.  Mais de quoi voulons-nous commencer À chanter, sinon d’un vieil homme,    Qui venait de Haslibach, On l’appelait Haslibacher, De la paroisse de Sumiswald.
2.  Da das der lieb Gott zu thät lan, Daß er wurd hart geklaget an,    Wohl um den Glauben sein, Da hat man ihn gefangen hart, Führt ihn gen Bern wohl in die Stadt.2. Quand le Dieu d’amour permit Qu’il soit durement accusé,    À cause de sa foi, Alors on le captura brutalement, Et on le mena dans la ville de Berne.
3. Und da er nun gefangen ward, Gepeinigt und gemartert hart,    Wohl um sein Glauben schon, Jedoch war er beständig g’seyn, In seiner Marter, Angst und Pein.3. Et lorsqu’il fut donc fait prisonnier, Tourmenté et durement martyrisé,    Pour sa foi assurément, Il demeura pourtant ferme et constant Dans son martyre, son angoisse et sa douleur.
4. An ein’m Freytag, thut mich verstahn, Thäten die G’lehrten zu ihm gahn,    Wohl in die G’fangenschaft, Fingen zu disputieren an, Er soll von sein’m Glauben abstahn.4. Un vendredi, comprenez-le bien, Les érudits vinrent auprès de lui,    Jusque dans sa prison ; Ils commencèrent à disputer, Exigeant qu’il renonce à sa foi.
5. Der Haßlibacher auf der Stätt Sie überdisputiret hätt,    Da sprach er bald zu ihn’n, Von mein’m Glaub’n thu ich micht abstan, Eh will ich Leib und Leben lahn.5. Haslibacher, sur-le-champ, Les surpassa dans le débat ;    Alors il leur dit aussitôt : Je ne renonce point à ma foi ; Je donnerai plutôt mon corps et ma vie.
6. Und da es nun am Samstag war, Die G’lehrten gingen aber dar,    Redten ihm heftig zu, Du mußt von deinem Glauben stahn, Oder man wird dein Haupt abschlan.6. Et lorsque vint le samedi, Les docteurs s’y rendirent encore,    Et lui parlèrent vivement : Tu dois renoncer à ta foi, Ou l’on te tranchera la tête.
7. Gar bald er ihn’n zur Antwort gab, Ich steh nicht von mein’m Glauben ab,    Ich halt ihn festiglich, Dann mein Glaub ist vor Gott so gut, Er wird mich han in Schirm und Hut.7. Aussitôt il leur répondit : Je ne renonce point à ma foi,    Je m’y tiens fermement ; Car ma foi est agréable devant Dieu, Il me gardera sous Sa protection.
8. Und wie es war am Samstag Nacht, Ein Engel Gottes kam mit Macht,    Zum Haßlibacher hin, Sprach, Gott hat mich zu dir gesendt, Zu trösten dich vor deinem End.8. Et quand vint la nuit du samedi, Un ange de Dieu vint avec puissance    Auprès de Haslibacher, Et dit : Dieu m’a envoyé vers toi, Pour te consoler avant ta fin.
9. Weiters thu ich dir zeigen an, Von deinem Glauben thu nicht stahn,    Darauf bleib steif und vest, Dein Glaub der ist vor Gott so gut, Er hält dein Seel in guter Hut.9. Je t’annonce encore ceci : Ne renonce point à ta foi ;    Demeure ferme et constant en elle. Ta foi est agréable devant Dieu, Il garde ton âme sous bonne protection.
10. Ob man dir schon wird dräuen hart, Man woll dich richten mit dem Schwerdt,    Erschrick du nicht darob, Ich will an deiner Seiten stahn, Kein Schmerzen wirst dardurch ampfahn.10. Même si l’on te menace durement, Disant qu’on veut t’exécuter par l’épée,    Ne t’en effraie point ; Je me tiendrai à tes côtés, Et tu n’en recevras aucune douleur.
11. Und da es an dem Montag war, Die G’lehrten kamen nochmal dar,    Zum Haßlibacher hin, Fingen mit ihn zu reden an, Er soll von seinem Glauben stahn.11. Et lorsque vint le lundi, Les docteurs revinrent encore    Auprès de Haslibacher ; Ils commencèrent à lui parler, Pour qu’il renonce à sa foi.
12. Wo nicht, sagten sie ohne Spott, Morgen mußt du leiden den Tod.    Der Haßlibacher sprach : Eh ich von meinem Glauben stahn, Eh laß ich mir mein Haupt abschlan.12. Sinon, dirent-ils sans détour, Demain tu devras souffrir la mort.    Le Haslibacher dit : Plutôt que de renoncer à ma foi, Je me laisserai trancher la tête.
13. Hört wie es am Montag zu Nacht, Der Haßlibacher hart entschlaft,    Bis um die Mitternacht, Da traumet ihm es seye Tag, Man wolle ihm sein Haupt abschlagn.13. Écoutez comme, dans la nuit du lundi, Haslibacher dormait profondément    Jusqu’à minuit ; Alors il rêva qu’il faisait jour, Et qu’on allait lui trancher la tête.
14. Der Haßlibacher wacht darob, Da war es bey ihm heiter Tag,    Ein Büchlein lag vor ihm, Ein Engel Gottes zu ihm sagt: Lies du was in dem Büchlein staht.14. Alors Haslibacher se réveilla, Voici, il faisait clair comme en plein jour autour de lui,    Un petit livre était posé devant lui ; Un ange de Dieu lui dit : Lis ce qui est écrit dans ce petit livre.
15. Da er das Büchlein lesen thät, Fand er daß es darinnen steht,    Man werd sein Haupt abschlan, Drey Zeichen werd Gott sehen lahn, Daß man ihme unrecht gethan.15. Quand il lut le petit livre, Il trouva qu’il y était écrit    Qu’on lui trancherait la tête ; Dieu ferait paraître trois signes, Montrant qu’on lui avait fait injustice.
16. Und da ers ausgelesen hat,  Da wurd es wieder finster Nacht,    Gar bald er wied’r entschlief, Und schlaft bis an den heitern Tag, Daß man zu ihm ihns G’fängniß kam.16. Et lorsqu’il eut fini de le lire, La nuit redevint obscure ;    Bientôt il se rendormit, Et dormit jusqu’au grand jour, Lorsque l’on vint à lui dans la prison.
17. Da wünscht man ihm ein guten Tag, Gar bald er ihn’n gedanket hat,    Darnach sagt man zu ihm, Das Göttlich Wort er hören soll. Sonst müßt er ess’n das Henkermahl.17. On lui souhaita le bonjour ; Il les en remercia aussitôt.    Puis on lui dit Qu’il devait entendre la Parole divine, Sinon il lui faudrait prendre le repas du condamné.
18. Von mein’m Glaub thu ich nicht abstahn, Das Göttlich Wort ich selber kann,    Mein Sach befehl ich Gott, Es ist mein’m Herz ein ringe Buß, Wann ich unschuldig sterben muß.18. Je ne renonce point à ma foi ; La Parole divine, je la connais moi-même.    Je remets ma cause à Dieu ; C’est pour mon cœur une peine légère  De devoir mourir innocent.
19. Ins Wirthshaus führt man ihn fürwahr, Man stellt ihm Ess’n und Trinken dar,    Dan Henker neben ihm Daß er soll in ein Grausen komm’n Und noch vom Glauben gar abstohn.19. On le mena, en vérité, dans l’auberge, On mit devant lui mets et breuvage,    Le bourreau assis près de lui, Afin qu’il soit saisi d’effroi Et renonce encore à sa foi.
20. Der Täufer sprach zum Henker gut, Nun eßt und trinkt, seyd wohl zu Muth,    Ihr werdet heutigs Tags Hinrichten mein unschultig Blut, Ist aber meiner Seelen gut.20. L’anabaptiste parla avec bonté au bourreau : Maintenant, mangez et buvez, et prenez courage.    Aujourd’hui même, Vous répandrez mon sang innocent, Mais c’est pour le bien de mon âme. 
21. Er sprach auch, Gott wird sehen lan Drey Zeichen, das thut wohl verstahn,    Die wird man sehen bald, Wann ihr mir schlaget ab mein Haupt, Springts in mein Hut und lachet laut.21. Il dit aussi : Dieu fera voir Trois signes, comprenez-le bien,    Et on les verra bientôt : Quand vous me trancherez la tête, Elle sautera dans mon chapeau et rira tout haut.
22. Das ander Zeichen wird geschehn, Das wird man an der Sonnen sehn,    Aufs dritt habt fleißig Acht, Die Sonn wird werd’n wie rothes Blut, Der Stadel-Brunn auch schwitzen Blut.22. Le deuxième signe se produira, On le verra sur le soleil.    Au troisième signe, prenez bien garde : Le soleil deviendra comme du sang rouge, Et la fontaine de la ville suintera aussi du sang.
23. Der Richter zu den Herren sagt, Auf die drey Zeichen habet Acht,    Und sehet wohl darauf, Wann nun diß alles soll geschehn, So g’schicht es eurer Seelen weh.23. Le juge dit aux seigneurs : Prenez garde aux trois signes,    Et observez-les bien ; Si tout cela devait advenir, Ce serait pour le malheur de vos âmes.
24. Und da das Mahl nun hat ein End, Man wolt ihm binden seine Händ,    Der Haßlibacher sprach : Ich bitt euch Meister Lorenz schon, Ihr wollt mich ungebunden lohn.24. Et quand le repas fut terminé, On voulut lui lier les mains,    Mais Haslibacher dit : Je vous prie, Maître Lorenz, De me laisser sans liens.
25. Ich bin gutwillig und bereit, Mein Tod mich heftig wohl erfreut,    Daß ich von hinnen soll, Aber Gott woll erbarmen sich, Die zum Tod verurtheilet mich.25. Je suis de bonne volonté et prêt, Ma mort me réjouit grandement,    Puisqu’il me faut partir d’ici ; Mais que Dieu ait pitié De ceux qui m’ont condamné à mort.
26. Da er nun auf die Richtstatt kam, Sein Hut von seinem Haupt abnahm,    Und legt ihn für die Leut, Euch bitt ich Meister Lorenz gut, Laßt mir hie liegen meinen hut.26. Lorsqu’il arriva au lieu de l’exécution, Il ôta son chapeau de sa tête    Et le posa devant le peuple. Bon Maître Lorenz, je vous prie, Laissez-moi poser mon chapeau ici.
27. Hiemit fiel er auf seine Kney, Ein Vater Unser oder zwey    Er da gebetet hat, Mein Sach ist jetzt gesetzt zu Gott, Thust jetzt nur eurem Urtheil Statt.27. Alors il tomba à genoux, Un Notre Père ou deux    Là, il pria. Ma cause est désormais remise à Dieu, Exécutez donc votre sentence.
28. Darnach man ihm sein Haupt abschlug, Da sprang es wieder in sein Hut,    Die Zeichen hat man g’seh’n, Die Sonne ward wie rothes Blut. Der Stadel-Brunn thät schwitzen Blut.28. Puis on lui trancha la tête ; Elle rebondit dans son chapeau,    On vit les signes, Le soleil devint rouge comme du sang. Et la fontaine de la ville suinta du sang.
29. Da sprach ein alter Herre gut, Des Täufers Mund lacht in dem Hut,    Da sagt ein grauer Herr, Hätt ihr den Täufer leben lahn, Es würd euch ewig wohl ergahn.29. Alors un vieux seigneur dit avec gravité : La bouche du baptiste rit dans le chapeau.    Puis un seigneur aux cheveux gris dit : Si vous aviez laissé vivre l’anabaptiste, Il en eût été bien pour vous à jamais.
30. Die Herren sprachen insgemein, Kein Täfer wir mehr richten wend,    Da sprach ein alter Herr : Wär es nach meinem Willen gahn, Den Täufer hätt man leben lahn.30. Les seigneurs dirent tous ensemble : Nous ne voulons plus condamner de baptiste ;    Alors un vieux seigneur dit : S’il en avait été selon ma volonté, On aurait laissé vivre l’anabaptiste.
31. Der Henker der sprach mit Unmuth : Heut hab ich g’richt unschuldig Blut.    Da sprach ein alter Herr, Des Täufers Mund hat g’lacht im Hut, Das bedeut Gottes Straff und Ruth.31. Le bourreau parla avec amertume : Aujourd’hui, j’ai jugé du sang innocent.    Alors un vieil homme dit : La bouche du baptiste a ri dans le chapeau ; Cela annonce le châtiment et la verge de Dieu.
32. Der uns diß Liedlein hat gemacht, Der war ums Leb’n in G’fangenschaft,    Den Sündern thät ers z’Lieb, Ein Herr ihm Federn und Tinten bracht, Er schenkt uns das zu guter Nacht.32. Celui qui nous composa ce petit chant Était emprisonné, risquant sa vie ;    Il le fit par amour pour les pécheurs. Un seigneur lui apporta plumes et encre ; Il nous l’a offert pour nous souhaiter Adieu.

NOTE : Lorsque l’édition allemande du Miroir des martyrs était sur le point d’être imprimée, un extrait fut reçu et inséré, que Hans Lötscher4 avait copié du Turm Buch5 à Berne et qui avait été conservé par Christian Kropf ; en voici la teneur :

Dans le canton de Berne, les personnes suivantes furent exécutées à cause de leur foi :

En l’an 1529 : Hans Seckler6, menuisier et chapelier, d’Aarau.

En l’an 1530 : Konrad Eicher de Steffisburg ; deux croyants de la seigneurie de Biglen ; un rétameur7 de l’Emmental ; Ulrich Schneider, de Lützelflüh ; un jeune garçon du Valais ; Högerli8, de la seigneurie d’Aarbourg.

En l’an 1536 : le 2 mai, Moritz Losenegger.

En l’an 1537 : Bernhard Wälti de Rüderswil, le 7 juillet ; Hans Schweitzer de Rüegsau, Jürg Hoffser d’Obergallbach, de la seigneurie de Signau, le 28 août, Ulrich Bichsel ; Barbeli Willer de Hasli ; Barbeli zur Studen de Sumiswald ; Catharina Friedli Imhoff ; Verena Issoli de Schüpbach, de la seigneurie de Signau ; Ulrich de Rüegsau.

En l’an 1538 : Cunas Seidenkohen de Constance, le 28 mars ; Peter Stucki, de Wimmis, le 16 avril ; Ulrich Huber de Röthenbach im Emmental, de la seigneurie de Signau ; Hans Willer, en août ; Elsbeth Kipfer de Sumiswald ; deux femmes, le 28 mai, l’une de Sumiswald, l’autre de Grosshöchstetten ; Peter Wessenmiller de Wimmis, le 17 septembre ; Steffen Rüegsegger, le 8 décembre, qui fut exécuté à Einigen ; un habitant de la seigneurie de Signau ; un habitant de Sumiswald ; Rudolph Iseli de Tannental.

En l’an 1539 : Lorenz Eberli de Grünenmatt, le 3 juin ; Hans Schumacher d’Argovie, de Wynstägen9.

En l’an 1542 : un habitant d’Oberbipp, le 1er mai ; Peter Ancken, de Siebenthal.

En l’an 1543 : Christian Oberlen, le 17 septembre ; Hans Ancken d’Amsoldingen ; Wälti Gerber10 du Streithalter, de la seigneurie de Signau.

En l’an 1571, le 20 décembre : Hans Haslibacher, de la seigneurie de Sumiswald, qui fut exécuté à Haslibach11.

_______________________________________________________

  1. Il s’agit ici d’un ajout de l’édition néerlandaise de 1685. Certains des faits évoqués ici datent donc d’un peu après la mort de l’auteur original, Thieleman van Braght, décédé en 1664. ↩︎
  2. Petite commune dans le Palatinat, à environ 27 km d’Alzey. Ces lettres n’ont peut-être pas toutes été écrites par la même personne, le seul signataire connu étant Jakob Eberling. Elles étaient vraisemblablement destinées à Hans Vlamingh, diacre de l’assemblée mennonite d’Amsterdam (mennonite flamand zoniste pour être précis). — NDLT ↩︎
  3. Comme il est fait mention de trois signes, qui ne sont toutefois pas détaillés, mais qui figurent dans une hymne (la dernière du Gesangbuch der Taufgesinnten), nous insérons ici, afin de compléter le récit, cette hymne dans son intégralité. Nous ajouterons toutefois que ni cette hymne ni la liste des martyrs suisses, copiée par Hans Lötscher, qui le suit, ne figuraient dans les éditions néerlandaises du Miroir des martyrs, mais furent ajoutées par la suite dans les éditions allemandes. L’hymne, qui ne figure que partiellement en allemand, est ici donnée dans son intégralité. — Note des éditeurs de la version anglaise.
    Gesangbuch der Taufgesinnten: Recueil de cantiques des anabaptistes, plus connu sous le nom “Ausbund”. Ce cantique fut imprimé séparément à de nombreuses reprises en Europe. Il fut relié avec un Ausbund paru au milieu des années 1660, sans toutefois en faire partie (Wolkan, p. 154). En dehors de cela, il ne figure dans aucune édition européenne de l’Ausbund, mais apparaît dans la première édition américaine de 1742, sous le titre « Das 140. Lied » (cantique 140), ainsi que dans chacune des éditions américaines suivantes. — NDLT ↩︎
  4. Hans Lötscher (souvent orthographié Lörsch ou Latschar dans les archives de Pennsylvanie) n’était pas un historien, mais lui-même un prisonnier. Il était pasteur dans le Simmental et fut emprisonné le 26 septembre 1667 à l’orphelinat bernois (qui servait de prison). Pendant sa détention, avant d’être condamné aux galères, il réussit à accéder au « livre de la tour » (registre officiel de la Commission anabaptiste). Il copia secrètement les noms de 40 martyrs exécutés à Berne entre 1529 et 1571. Cette liste fut sortie clandestinement de la prison. Elle fut ensuite apportée en Pennsylvanie et, lorsque le Miroir des martyrs fut traduit en allemand au cloître d’Ephrata en 1748, on ajouta cette liste dans la marge. Hans Lötscher passa 4 ans en prison et 2 ans sur les galères, après quoi il mourut, vers l’an 1673. — NDLT ↩︎
  5. Le Turm Buch, le « livre de la tour » fait référence au registre de la Täuferkammer (la commission anabaptiste) ou aux registres pénitentiaires conservés aux archives de l’État de Berne. Ces livres étaient appelés « livres de la tour » car ils consignaient les noms, les interrogatoires et les condamnations des personnes détenues dans les différentes tours des remparts de la ville (comme la Käfigturm) ou à l’orphelinat (Waisenhaus). — NDLT ↩︎
  6. Hans Seckler (également connu sous le nom de Hans Hansmann, maroquinier) fut torturé puis noyé à Berne le 8 juillet 1529, avec Hans Dreier (Treyer) et Heini Seiler. Ils furent les premières victimes de la persécution des anabaptistes à Berne. — NDLT ↩︎
  7. Moritz Kessler, mis à mort en 1535. — NDLT ↩︎
  8. Mis à mort en l’an 1532 ou 1535. — NDLT ↩︎
  9. « Wynstägen » désigne un lieu ou une ferme spécifique, souvent orthographié Wünistern ou Wüni- dans les documents anciens, situé à Safenwil, une commune du district de Zofingen dans le canton d’Argovie, en Suisse. — NDLT ↩︎
  10. Wälti Gerber, de Röthenbach im Emmental, aurait été exécuté le 30 juillet 1566. — NDLT ↩︎
  11. Hans Haslibacher – Le dernier nom sur la liste. Décapité le 20 octobre 1571 et non le 20 décembre. Hans Haslibacher fut exécuté à Berne et non à Haslibach. Après 1571, les autorités bernoises changèrent de tactique, passant de l’exécution à l’emprisonnement à perpétuité, aux amendes lourdes et au bannissement (y compris vers les galères) 
    Ici se termine l’ajout de l’édition allemande. — NDLT
    ↩︎

Qu’est-ce que l’économat chrétien ? (1ʳᵉ partie)

[Traduction de l’article https://flatlanderfaith.com/2012/11/30/what-is-christian-stewardship-part-1/ de Bob Goodnough]

Voir aussi l’article: https://missionnaireanabaptiste.org/2026/04/13/quest-ce-quun-bon-intendant-luc-16/

Le chrétien vit dans un monde presque entièrement gouverné par la poursuite du gain matériel. Des gouvernements qui semblaient inébranlables sont tombés parce qu’ils n’ont pas pu fournir les biens matériels que leurs citoyens convoitaient. Le christianisme nominal a depuis longtemps conclu une alliance avec les forces matérialistes.

L’Église catholique a maintenu pendant de nombreux siècles un enseignement contre l’usure ; mais des catholiques entreprenants ont trouvé des moyens de contourner cet enseignement. Au Moyen Âge, l’Église catholique s’est vue contrainte d’emprunter à intérêt auprès de banquiers juifs [qui ne pouvaient exercer l’usure envers d’autres juifs, mais qui n’avaient pas d’interdit concernant les chrétiens]. Jean Calvin fut le premier des réformateurs à approuver explicitement l’usure. C’est aussi lui qui formula les principes par lesquels une grande partie de la chrétienté moderne s’engage pleinement dans le domaine matériel au nom de l’« économat » (ou « intendance »).

Chrétiens et non-chrétiens ont cherché à résoudre la domination que Mammon exerce sur l’humanité. Nous connaissons l’oppression causée par les tentatives de mise en œuvre de la société idéale de Karl Marx. La doctrine protestante de l’économat ne diffère guère, en réalité, de l’enseignement de Marx : les chrétiens doivent s’efforcer de gagner tout ce qu’ils peuvent, afin de pouvoir ensuite partager avec ceux qui sont dans le besoin. Les disciples des réformateurs ne se sont pas montrés sensiblement plus compatissants que ceux de Marx. Les protestants se sont engagés dans le colonialisme, l’esclavage et le commerce d’une manière plus froide et plus calculée que les catholiques. Ils croyaient que la prospérité matérielle était une preuve de la faveur de Dieu. Cette position rendait, selon eux, juste et convenable que le groupe favorisé détermine dans quelle mesure les moins favorisés pouvaient participer aux bénédictions matérielles.

Nos ancêtres anabaptistes et mennonites n’ont jamais pris part à une telle oppression, parce qu’ils avaient une conception différente de la place des biens matériels dans la vie chrétienne. Si, aujourd’hui, notre vision de la nature et du danger du matérialisme manque de clarté, ne serait-ce pas parce que nous avons, sans nous en rendre compte, absorbé une grande part de l’enseignement protestant concernant l’argent et les possessions ?

Dans les épîtres du Nouveau Testament, le concept d’« intendance » n’est employé que dans le sens de l’administration de l’Évangile (le grec oikonomos est traduit par dispensateur ou économe) :

— 1 Pierre 4:10 :
« Comme de bons dispensateurs des diverses grâces de Dieu, que chacun de vous mette au service des autres le don qu’il a reçu. »

— Tite 1:7 :
« Car il faut que l’évêque soit irréprochable, comme économe de Dieu ; qu’il ne soit ni arrogant, ni colère, ni adonné au vin, ni violent, ni porté à un gain honteux. »

— 1 Corinthiens 4:1-2 :
« Ainsi, qu’on nous regarde comme des serviteurs de Christ, et des dispensateurs des mystères de Dieu. Du reste, ce qu’on demande des dispensateurs, c’est que chacun soit trouvé fidèle. »

En Romains 16:23 et Galates 4:2, où le sens désigne clairement une fonction civile, les traducteurs ont employé d’autres termes :

— Romains 16:23 :
« Gaïus, mon hôte et celui de toute l’Église, vous salue ; Éraste, le trésorier de la ville, vous salue, ainsi que le frère Quartus. »

— Galates 4:2 :
« Mais il est sous des tuteurs et des administrateurs jusqu’au temps marqué par le père. »

Quant au mot oikonomia, traduit par « administration » dans Luc 16, il est rendu différemment dans les épîtres, notamment par charge ou dispensation :

— 1 Corinthiens 9:17 :
« Si je le fais de bon cœur, j’en ai la récompense ; mais si je le fais malgré moi, c’est une charge qui m’est confiée. »

— Éphésiens 1:10 :
« pour le mettre à exécution lorsque les temps seraient accomplis, de réunir toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre. »

— Éphésiens 3:2 :
« si du moins vous avez appris quelle est la dispensation de la grâce de Dieu, qui m’a été donnée pour vous. »

— Colossiens 1:25 :
« C’est d’elle que j’ai été fait ministre, selon la charge que Dieu m’a donnée auprès de vous, afin que j’annonce pleinement la parole de Dieu. »

Les âmes sauvées vont-elles [directement] au ciel après la mort ?

[La première partie de cet article est une traduction d’un texte de Bob Goodnough, publié ici: https://flatlanderfaith.com/2013/04/12/do-the-saved-go-to-heaven-when-they-die/]

J’ai longtemps cru que lorsqu’un chrétien mourait, il était aussitôt conduit à travers les portes de perle jusque dans le ciel. Je suppose que cette idée me venait de la perception populaire de ce que les chrétiens croient. Il y a dix ans, mon idée reçue a été remise en question sur la base des Écritures, et ma pensée a changé.

Aujourd’hui, je crois que la réponse à la question posée ci-dessus est : « Oui, mais pas immédiatement. » Permettez-moi de m’expliquer.

En Matthieu 25, versets 31 à 46, Jésus décrit ce qui se passera au grand jour du jugement, à la fin des temps. Toutes les nations (tous les peuples) seront rassemblées devant lui, et il séparera les brebis d’avec les boucs. Ceux qui seront comptés parmi les brebis entreront dans le ciel ; ceux qui seront comptés parmi les boucs seront jetés en enfer. Cette scène n’a aucun sens si les sauvés se trouvaient déjà au ciel avant ce moment.

La Bible se soucie davantage de nous voir entretenir une relation authentique et salvatrice avec Dieu dans cette vie que de nous décrire en détail comment les choses se passeront au ciel. Mais elle nous dit que, dans le ciel, nous aurons des corps ressuscités, semblables au corps de Jésus après sa résurrection d’entre les morts. En 2 Timothée 2.18, l’apôtre Paul condamne en termes sévères ceux qui enseignent que la résurrection est déjà arrivée. Cette résurrection corporelle n’aura lieu qu’au retour du Christ en gloire pour le jugement dernier. Apocalypse 6.9 parle d’âmes sous l’autel, qui attendent le jour de la résurrection.

Deux passages bibliques sont souvent mal interprétés, donnant naissance à l’idée d’une entrée immédiate dans le ciel. Le premier se trouve en Luc 23.43, où Jésus dit au malfaiteur sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui* tu seras avec moi dans le paradis ». L’autre est la parabole du riche et de Lazare, dans Luc 16.19-31. Le riche s’y éveille dans le « séjour des morts » et Lazare dans le « sein d’Abraham ».

* Il faut savoir que les manuscrits grecs du Nouveau Testament ne comportaient à l’origine ni virgules ni ponctuation d’aucune sorte. Les copistes écrivaient le texte en lettres majuscules continues, sans espaces ni marques de pause. La ponctuation que nous lisons aujourd’hui dans nos Bibles a été ajoutée des siècles plus tard par des éditeurs et des traducteurs, selon le sens qu’ils comprenaient du texte. Dans le cas de Luc 23.43, le placement de la virgule change tout. Si l’on ponctue « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », Jésus promet au malfaiteur qu’il sera avec lui ce jour même. Mais si l’on ponctue « Je te le dis en vérité aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis », Jésus fait sa promesse en ce jour solennel — sans préciser quand elle s’accomplira. À mon sens, c’est cette seconde lecture qui semble plus cohérente avec le reste de la Bible, car Jésus lui-même n’est pas monté au ciel le jour de sa crucifixion : il est d’abord descendu au séjour des morts, puis est ressuscité le troisième jour. Comment aurait-il pu promettre au malfaiteur d’être avec lui au paradis ce jour-là, alors que lui-même n’y serait pas ?

Il est utile de savoir que « Paradis » et « sein d’Abraham » étaient des expressions couramment employées par les Juifs pour désigner le lieu où les justes attendraient la fin du monde et la résurrection corporelle. On se le représentait comme un jardin magnifique et paisible, où rien ne viendrait troubler leur repos. Le « séjour des morts » mentionné en Luc 16.23 est en réalité le Hadès, le lieu où les pécheurs attendent le jugement dernier. Ce n’est pas l’étang de feu et de soufre, mais c’est manifestement un lieu fort déplaisant.

Un autre indice qu’il ne s’agit que d’un arrangement temporaire se trouve dans la possibilité de communication entre le Hadès et le sein d’Abraham, bien que le caractère définitif de la séparation soit déjà établi. On a du mal à imaginer que les saints dans le ciel seraient à si courte distance de l’étang de feu et de soufre.

Il ressort des protestations rapportées en Matthieu 7.22-23 qu’il y aura des gens convaincus d’avoir subi une grave injustice et qui pourront parler à Jésus. Ils diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? » Et Jésus leur répondra qu’ils n’avaient pas accompli ces œuvres à sa demande, par son Esprit ni par sa puissance, et déclarera ne les avoir jamais connus.

Je crois désormais que cette image d’une attente temporaire au Paradis ou dans le Hadès avant la résurrection correspond à l’enseignement de la Bible. Cela n’enlève rien à la promesse du ciel. Au contraire, cela la rend plus réelle.

À vrai dire, l’image populaire de saints éthérés flottant sur des nuages en grattant de la harpe ne m’a jamais semblé vraiment attrayante comme avenir à long terme. Ce vieux corps et cette vieille terre passeront, mais la Bible promet une existence corporelle dans un lieu décrit comme une terre nouvelle. Le ciel, tel que la Bible l’esquisse, semble garder une certaine ressemblance avec notre existence présente, mais sans tout ce qui cause aujourd’hui la souffrance et le chagrin, et dans la présence de notre Seigneur, de tous les saints et de tous les anges.

Quelques pensées sur la distinction entre le séjour des morts et la géhenne.

Je ne suis ni théologien ni linguiste grec ou hébreu, donc il est fort possible que je me trompe, mais je vais tenter d’expliquer mon point de vue. 

Séjour des morts

Dans le Nouveau Testament, il y a 10 références au hadès (grec)/schéol (hébreu)/séjour des morts. C’est un endroit qui ne semble pas être pas définitif, car en Apocalypse 20:14, nous voyons que le séjour des morts sera jeté dans l’étang de feu. Cela semble être un lieu de tourment déjà, dans l’attente du jugement dernier. Dans les Écritures hébraïques, le terme employé pour le royaume des morts est shéol, qui signifie tout simplement « lieu des morts » ou « des esprits/âmes décédés ». Dans le Nouveau Testament, le terme grec employé pour l’« enfer » est hadès, qui signifie également « lieu des morts ». D’autres passages du Nouveau Testament décrivent le shéol/hadès comme un lieu temporaire, où les âmes des incroyants sont gardées en attendant le jugement.

Géhenne

Pour ce qui est de la géhenne, il y a 12 références à ce terme dans le Nouveau Testament. Voici ce qu’en dit le site bible-ouverte.ch :

Le mot grec géenna vient de l’hébreu gé-Hinnom (vallée de l’Himmon) ; là où eurent lieu dans le passé des sacrifices humains (2 Chroniques 33.6, Jérémie 7.31). De ce fait, ce nom avait une consonance d’horreur pour les Juifs. De leur temps, le feu y brûlait continuellement les immondices, ce qui rappelait au peuple d’Israël le jugement réservé aux méchants. Le mot « géhenne » se trouve dans Matthieu 5.22, 29 et 30, 10.28, 18.9, 23.15 et 33, Marc 9.44, 46 et 47, Luc 12.5, Jacques 3.6.

Sauf pour cette dernière citation, c’est Jésus-Christ qui utilise cette expression pour avertir très solennellement des conséquences du péché. Il décrit la géhenne comme un endroit « où leur vers ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » Marc 9.48.

Le sens de cette expression me semble correspondre à l’« étang de feu » utilisé dans Apocalypse 19.20, 20.10, 14 et 15.

À propos du sabbat

tiré du Spiegel der Wahrheit (Miroir de la vérité) de Jean Holdeman, partie 2, pages 127-128

traduit de l’allemand

Je n’ai trouvé aucune confession vaudoise sur le sabbat et serais très reconnaissant à quiconque pourrait m’éclairer sur ce point. Les écrits de nos frères mentionnent également peu le sabbat.

Menno écrit : « Si quelqu’un est en Jésus-Christ, il est une nouvelle créature. L’ancien est passé, voici, toutes choses sont devenues nouvelles », etc. C’est là la première résurrection : nous sommes greffés en lui par la ressemblance de sa mort, c’est-à-dire par la mort de la nature pécheresse de l’Adam terrestre avec tous ses membres et mauvais désirs. Ainsi pouvons-nous participer à la résurrection, sachant que notre vieil homme doit être crucifié avec lui, afin que le corps pécheur puisse se reposer et observer le sabbat spirituel en Christ. Œuvres complètes (en néerlandais), page 173.

« Le saint sabbat du Seigneur – désormais spirituel et non littéral, perpétuel pour les vrais chrétiens – ne se célèbre pas par des vêtements coûteux, des festins, la boisson, la vanité et l’oisiveté (comme le fait le monde insouciant lors de ses sabbats extérieurs et jours de loisirs). Il se vit dans la véritable crainte de Dieu, avec une conscience pure et libre, une conduite irréprochable dans l’amour de Dieu et du prochain – ce qui constitue le véritable culte – afin de célébrer et sanctifier éternellement le Seigneur.

Les fidèles évitent les rassemblements publics qui, hélas, ne sont pas consacrés à Christ mais à l’Antéchrist, dans toute sorte de vanité, d’hypocrisie, de pompe et de splendeur, lors des sabbats et jours fériés, avec leur culte impénitent qui ne mène qu’à la séduction. Ainsi, d’un cœur pur dans la crainte de Dieu, ils peuvent témoigner aux assemblées des saints dans le véritable culte, convaincre les injustes, et faire connaître la vérité et la saine doctrine pour le bien et l’amélioration de tous. » Œuvres complètes (en néerlandais), page 262.

Claes Ganglofs dit : « Il en va de même pour les jours et fêtes annuelles qu’Israël devait observer selon la Loi, y compris la célébration du septième jour du sabbat. Tout cela n’était que jusqu’au Christ, qui en était la véritable essence. Ces observances ont pris fin en Christ, comme l’Écriture le montre clairement (Col. 2.16-17).

Cependant, à l’époque des apôtres, certains croyants issus du judaïsme voulaient encore observer certains jours et aliments selon la Loi. Cela créa des obstacles et des désaccords parmi les croyants : certains voulaient maintenir l’observance des sabbats et fêtes annuelles selon la Loi, tandis que d’autres ne distinguaient aucun jour particulier et les considéraient tous égaux. » Article sur l’Église de Dieu, page 109.

Ganglofs enseigne ensuite (pages 110-111) que les croyants doivent se tolérer mutuellement s’ils ont des opinions différentes sur le sabbat et la nourriture, s’appuyant sur Romains 14. Il précise : « Le véritable sabbat consiste désormais à être libre du péché et à vivre en Christ, qui est notre véritable jour de repos. Comme la Pâque israélite préfigurait le Christ, véritable agneau pascal sacrifié pour nous, tous les croyants en Christ doivent maintenant célébrer spirituellement leur Pâque au Seigneur. De même, lors de la Pentecôte israélite, l’assemblée apportait les prémices au Seigneur – ce qui représente maintenant les fruits de l’Esprit, répandus sur les croyants par le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte. »

Témoignages des martyrs

Le Miroir des martyrs rapporte que Wolfgang de Mos déclara : « Je ne dis rien d’autre au sujet des jours de jeûne, des dimanches et des jours saints que ce qui est écrit dans le Nouveau Testament. » Martyrs Mirror, p.435

Mankager de Füssen est cité ainsi : « Au sujet du dimanche : Dieu tout-puissant créa le monde en six jours et se reposa le septième ; de là vient l’origine du dimanche. J’en reste là : le travail n’est pas interdit, mais il faut célébrer et jeûner des péchés. » Martyrs Mirror, p. 436.

Les premiers chrétiens et le sabbat

Eusèbe affirme que les premiers chrétiens n’observaient pas le sabbat – il fait sans doute référence au sabbat juif (ouvrage anglais, page 14 ; voir aussi page 332, note de bas de page). Schaff, dans son histoire, soutient que le dimanche fut célébré depuis l’époque apostolique (Volume 2, page 378).

De nombreux auteurs s’accordent avec Eusèbe et Schaff, mais d’autres affirment que l’observance du dimanche comme sabbat fut introduite par Constantin. Je laisse ces débats en suspens pour l’instant, n’ayant pas eu l’occasion de rechercher suffisamment dans les sources pour trancher.

Clarification sur Constantin

Après recherche, je constate que Constantin n’a pas inauguré l’observance du dimanche, mais qu’il l’a légalement imposée aux sujets de son empire – nuance importante.

Notre pratique actuelle

Si Dieu m’accorde sa grâce et me maintient en vie, j’ai l’intention d’étudier plus profondément l’histoire du sabbat. Depuis le début de mon ministère, nous n’avons connu ni trouble ni désaccord sur cette question dans l’Église, et je n’ai trouvé aucune discordance à ce sujet dans les écrits des frères.

Nous observons le premier jour de la semaine car nous avons été éduqués ainsi, et nous l’observons strictement – du moins certains d’entre nous. Nous exigeons que tous les membres marchent sans reproche, honorent les autorités et n’offensent personne, car Paul enseigna que les Corinthiens ne devaient offenser ni les Juifs, ni les Grecs, ni l’Église de Dieu (1 Cor. 10,32).

Réflexions personnelles et questions

Je regrette de ne pouvoir écrire plus en détail sur cet article. La raison en est simple : je ne suis pas aussi éclairé sur ce sujet que je le souhaiterais.

Mes convictions actuelles

J’ai lu de nombreuses explications sur la doctrine du sabbat, mais je ne veux pas prendre l’espace pour exposer ces différentes opinions. Aucune explication ne me satisfait davantage que celles de Menno Simons et Claes Ganglofs, et pourtant j’ai quelques réserves. Je suis disposé à faire la volonté de Dieu, et si jamais je trouve une meilleure explication, directement ou indirectement, je m’y conformerai.

Il me paraît clair que Dieu donna le sabbat aux Israélites par la loi pour leur rappeler leur repos après la servitude d’Égypte. Ils ne devaient ni allumer de feu, ni cuire, ni cuisiner, mais se reposer complètement comme ils se reposaient maintenant du service d’Égypte. Ceci préfigurait Christ, notre sabbat spirituel, dans lequel nous nous reposons de nos péchés (Deutéronome 5.15 ; Colossiens 2.16-17 ; Hébreux 10.1).

Je ne veux pas suggérer que les enfants de Dieu n’observaient aucun jour de repos avant la sortie d’Égypte, mais plutôt qu’ils ne l’observaient pas selon cette loi spécifique.

Questions non résolues

Bien que le Christ soit la fin de ce sabbat légal et simultanément notre repos du péché et le repos éternel promis au peuple de Dieu, il me semble que, selon le principe de la création et la nature des choses, un temps défini devrait être consacré au repos et au culte jusqu’à notre entrée dans le repos céleste.

Or, bien que nous célébrions le dimanche, je ne trouve pas dans l’Évangile, avec la clarté nécessaire, la raison du changement du septième jour au premier jour de la semaine :

  • Où trouve-t-on le commandement de célébrer le premier jour de la semaine ?
  • Où est-il écrit que les disciples de Jésus célébraient ce jour comme sabbat ?
  • Comment prouver de manière irréfutable que le Saint-Esprit fut répandu le premier jour de la semaine ?

Je demande plus de lumière sur ces questions.

Je confie cette question à Dieu. Si Dieu m’accorde sa grâce, j’espère en dire davantage à l’avenir – mais quand, ou même si cela arrivera, Dieu seul le sait.

Funérailles de Maman

Nécrologie de Tina Andries


Tina Andries, fille de Cornelius et Mary Kornelsen Reimer, vit le jour le 23 novembre 1963 à Spanish Lookout, au Belize. Elle s’est paisiblement endormie dans le Seigneur le 2 juillet 2025, à son domicile de Roxton Falls, au Québec, à l’âge de 61 ans, après un combat courageux de quatre années contre le glioblastome, une tumeur au cerveau. Les dernières années furent marquées par une perte progressive du langage, mais sa sincérité, son regard lumineux et son sourire demeurèrent intacts jusqu’à la fin.


Tina passa les treize premières années de sa vie au Belize, troisième d’une fratrie de huit enfants. Fille aînée, avec une mère à la santé fragile, elle dut très tôt apprendre à veiller sur la maisonnée. Elle forgea ainsi un esprit de service et de responsabilité qui ne la quitta jamais. Ses frères et sœurs se souviennent d’elle comme d’une travailleuse dévouée et désintéressée, prête à s’occuper sans se plaindre des corvées les plus ingrates. Elle s’en acquittait avec joie, laissant les plus jeunes jouer ou participer à des activités plus agréables. Elle possédait un talent naturel pour masser le dos de ses frères et sœurs et pour prendre soin de leurs petits maux.


Ses parents déménagèrent à plusieurs reprises durant son enfance, à la recherche du peuple de Dieu. Cette quête les mena finalement à Rosenort, au Manitoba, alors que Tina avait treize ans. C’est là que, touchée par l’appel de Dieu à la repentance, elle connut la nouvelle naissance et, après avoir confessé sa foi, elle fut baptisée dans l’Église de Dieu en Christ, mennonite, par le ministre Jacob Bartel, le 14 janvier 1979. Elle demeura fidèle à ses vœux jusqu’à la fin de sa vie, marchant dans une piété simple, constante et joyeuse.


À l’adolescence, Tina continua de servir sa famille avec dévouement, assumant une lourde part du travail domestique : la lessive presque quotidienne pour dix personnes, la préparation chaque jour de plus de trente sandwichs pour les travailleurs et les écoliers de la famille. Puis elle consacra plusieurs années à prendre soin d’enfants orphelins ou abandonnés, tant au Manitoba qu’à Fort Vermillion, en Alberta. Elle savait écouter, consoler et faire sourire ceux que Dieu plaçait sur son chemin.


Au début de 1992, elle fit la connaissance de Papa, qui avait immigré depuis peu de Belgique. Papa et Maman ne mirent pas beaucoup de temps à comprendre que Dieu les avait destinés l’un pour l’autre. Ils s’unirent par les liens du mariage le 4 septembre 1992, à Rosenort, au Manitoba.


Le jeune couple s’installa d’abord à Grunthal, où ils vécurent un peu plus d’un an, avant de poser leurs valises à Montréal en janvier 1994. Maman aborda ce changement avec optimisme et bonne humeur, malgré les difficultés liées à ce déménagement : une autre langue à apprendre, la vie dans un appartement en ville bien loin de la jungle bélizienne ou des prairies du Manitoba. Elle apprit le français et le parla tout le temps avec Papa, autant par amour pour son mari que par envie de s’intégrer et de pouvoir parler à tous. Toujours souriante et attentive, cuisinière hors pair, elle aimait recevoir les nombreux invités avec le sourire et de bons plats.


En 2003, la famille s’installa à Roxton Falls, où les enfants purent grandir dans un milieu rural. Ce fut aussi pour elle l’occasion de vivre entourée d’une plus large communauté de foi, ce qu’elle apprécia profondément. Elle occupa quelques emplois de ménagère au fil des années, mais l’essentiel de son travail demeura centré sur sa maison, sa famille, ses amis de l’assemblée et du village. Maman cultivait plusieurs amitiés précieuses, notamment avec des femmes seules ou isolées de son entourage. Nombreuses furent les parties de Scrabble, de Qwirkle ou d’un autre jeu de société. Elle n’hésitait pas à prêter main-forte en cuisine, à écouter longuement, ou simplement à jaser autour de la table. Ces moments de partage faisaient partie intégrante de sa vocation de cœur, vécue sans bruit, mais avec une constance touchante.


Sa foi était le cœur battant de sa vie. Le dimanche était son jour favori, elle aimait tellement écouter la Parole de Dieu qu’elle écoutait parfois 2 autres cultes par téléphone en plus de celui de l’assemblée locale. Elle aimait beaucoup recevoir ou être invitée et profitait bien de ces occasions pour s’intéresser aux autres, les servir et parfois faire part des fardeaux qui lui pesaient sur le cœur. En voyage, parfois à l’autre bout du monde, elle évitait les sites touristiques pour aller plutôt à la rencontre des gens et leur prêter une oreille attentive.
Malgré plusieurs épreuves dans la vie, Maman chantait souvent. Elle était très reconnaissante envers Dieu de lui avoir donné quatre enfants, qu’elle chérissait de tout son cœur. Elle désirait ardemment que chacun d’eux serve le Seigneur et bénéficie de l’amour et de la sécurité que l’Église peut offrir. Son attachement profond à sa famille, bien que source de grande richesse, fut aussi parfois éprouvant pour elle.


Un nouveau chapitre commença en juin 2021, lorsque Maman fut soudainement frappée par une crise épileptique. Quelques mois plus tard, le diagnostic tomba : elle était atteinte d’une tumeur cérébrale réputée très agressive. En novembre de la même année, elle subit une opération qui permit de retirer 95 % de la masse tumorale. Elle traversa avec courage les traitements de radiothérapie et de chimiothérapie, et recouvra presque entièrement ses capacités, malgré des séquelles persistantes au niveau du langage.


Mais peu à peu, une nouvelle tumeur recommença à croître. Malgré plusieurs traitements qui ralentirent la progression, il devint évident que Dieu allait bientôt la rappeler à lui. Malgré la maladie, Maman garda le sourire jusqu’à la fin, sans se plaindre.


Nous pouvons tous témoigner de la manière extraordinaire dont elle s’intéressait aux autres, même affligée par la maladie. Son aphasie grandissante n’éteignit jamais l’élan de son cœur. Elle tenait à voyager, à rencontrer des gens, à poser des questions, à écouter. Elle s’intéressait sincèrement aux projets des uns et des autres, tout particulièrement ceux de sa famille proche. Elle continua de montrer de l’intérêt pour la vie de chacun aussi longtemps qu’elle fut capable de les écouter.


Il y a six mois, devant l’absence de traitements efficaces, elle confia son corps et son avenir au Seigneur. Début mars, elle dut accepter de se déplacer en fauteuil roulant. Sa sœur Martha est venue passer les derniers mois avec elle, prenant en charge une grande partie de ses soins, ce pour quoi nous lui sommes très reconnaissants en tant que famille. Les dernières pages tournées, le livre de la vie terrestre de Maman s’est fermé, mais l’éternité s’ouvre. Bien que nous ayons le cœur lourd, nous sommes heureux de la savoir enfin en paix.


Elle laisse dans le deuil son mari éploré, Patrick Andries, ses quatre enfants : Hugues (et Amy), Thierry (et Chandra), Astrid (et Jesse), et Arnaud, ainsi que trois petits-fils bien-aimés. Son décès attriste également ses trois frères et trois sœurs, leurs époux et de nombreux neveux et nièces. Elle fut précédée dans la mort par ses parents ainsi qu’un frère.

Les funérailles auront lieu dimanche 6 juillet 2025, à 10h00, heure du Québec.

Infolettre – Été 2025 – 7 nouveaux traités

Bonjour à tous !

Comment allez-vous?

Je voulais prendre cette occasion pour saluer les 250 abonnés. L’année scolaire vient de se terminer et nous allons entamer la récolte de camerises à partir de demain, Dieu voulant. Comme j’écris rarement ces derniers temps, je voulais laisser un petit message pour confirmer que nous sommes toujours en vie et toujours là pour vous servir.

Merci au passage pour tous les commentaires, les témoignages, les lettres et les commandes de documentation évangélique que je continue à recevoir personnellement plusieurs fois par jour. C’est toujours encourageant !

Quoi de neuf au niveau des traités ?

Nouveaux traités en français depuis l’an dernier (cliquez sur les titres pour les lire en ligne)

Vous pouvez vous abonner ici pour recevoir un traité par semaine par voie électronique : t.me/traites.

Traités au format audio

Dans mes moments libres, je travaille à l’enregistrement de traités audio. Il y en a déjà une quinzaine disponibles sur le site. Ils sont destinés aux enfants, aux personnes illettrées et aux malvoyants notamment. Si vous connaissez une personne qui aimerait écouter ces histoires, il suffit de chercher les symboles « casque audio ».

Vous pouvez en apprendre plus au sujet de la SEBT ainsi que commander des traités gratuits sur la page suivante : https://missionnaireanabaptiste.org/societe-evangelique-de-bibles-et-traites/ ou directement à travers le formulaire ci-dessous.

Là où la SEBT a envoyé des représentants officiels, elle ne s’occupe pas uniquement de distribuer des traités et des petites bibles, mais aide aussi à soutenir des orphelinats, des maisons de retraite, des personnes en difficulté, des prisonniers, des personnes souffrant de dépendances diverses, des villageois pauvres dans des situations critiques. Ce n’est pas notre mission numéro 1 en tant qu’organisation d’évangélisation, mais cela fait partie de l’œuvre que Jésus nous a enseigné de faire pour notre prochain, et nul chrétien, quelle que soit sa profession ou sa vocation principale, ne peut ignorer ceux qui sont dans le besoin matériel ou émotionnel autour de lui.

Vous pouvez vous abonner ici pour recevoir un traité par semaine par voie électronique : t.me/traites.

Nouveaux livres des Éditions de l’Évangile

Le foyer chrétien

Reuben Koehn.
Un solide enseignement biblique concernant la vie au foyer et l’éducation des enfants. Écrit à I’attention des parents qui veulent amener leurs enfants à une vie mûre, agréable à Dieu et à I’homme. Les thèmes abordés sont : le foyer, les parents, l’enfant, le développement mental et social, la discipline, l’utilisation de l’argent, l’adolescence, le début de la vie adulte, les relations amoureuses, etc.

144 pages ; format papier ; Éditions de l’Évangile. 14,25$ (dollars canadiens)

La famille Andries vous souhaite un été rempli de bénédictions, de victoires spirituelles et d’occasions de servir et d’adorer.

Pour nous, nous rendons grâce à Dieu, car malgré quelques brèves maladies, nous nous portons très bien.

Louis et Étienne grandissent très bien.

Ma mère continue son combat contre le cancer. Elle ne peut plus parler (parfois un mot), et a du mal à avaler. Elle est alitée la plupart du temps, mais nous la sortons parfois en fauteuil roulant. SVP continuez de prier pour elle, elle a aussi des maux de tête.

Merci d’avoir pris le temps de lire cette infolettre. Vos commentaires, questions et conseils sont les bienvenus !

Que Dieu vous bénisse tous !

Bien chaleureusement en Christ,

Hugues & Amy Andries (et Louis et Étienne)

La piété

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/24/piety

Le terme grec Eusebia, tel qu’il est défini dans le Vine’s Expository Dictionary of New Testament Words, signifie « la piété, une disposition favorable à l’égard de Dieu qui conduit à accomplir ses désirs ». Ce concept est généralement rendu par « piété » dans les versions françaises, « pietà » dans les versions italiennes et « godliness » dans la version AV/KJV en anglais.

La piété se caractérise par une relation vivante avec Dieu, la soumission à sa volonté et l’obéissance au Saint-Esprit. L’abnégation et le fait de porter la croix, la volonté d’obéir à Dieu quoi qu’il en coûte, sont essentiels à la piété. Il leur dit à tous : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive » (Luc 9.23). « Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple » (Luc 14.27).

La piété n’est pas un jugement ni une défense, mais une paix. Elle n’est pas vantarde, mais la lumière de la présence de Dieu sera perçue par les autres. La piété est aimable et compatissante envers tous, quels que soient leur origine ethnique, leur statut social ou leurs moyens économiques.

La piété est capable de percevoir les aspirations spirituelles des autres, y compris de ceux qu’elle aurait pu regarder de haut. Elle est capable de voir Christ en des personnes d’origines diverses et de reconnaître ceux qui sont frères et sœurs dans la foi. « Ici il n’y a ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni Barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout en tous « (Colossiens 3.11).

Menno Simons évoque une doctrine pure, un usage scripturaire des signes sacramentels, un amour fraternel sincère, l’obéissance à la Parole, une profession hardie de Dieu et de Christ, ainsi que l’oppression et les épreuves endurées à cause de l’amour pour la Parole du Seigneur comme des signes permettant d’identifier l’Église de Christ. C’est cela la piété, la vraie, et je suis convaincu qu’il y a beaucoup de gens, non loin de nous, qui aspirent à trouver un endroit où ils peuvent faire l’expérience d’une telle communion.

Le Miroir des Martyrs est un témoignage des persécutions et des tribulations vécues par des personnes d’une grande piété pendant les siècles passés. Il s’agissait de personnes très semblables à nous, sans doute tout aussi enclines à la timidité et à la peur que nous le sommes. Pourtant, ce livre n’est pas déprimant. Il relate le triomphe de la foi, la façon dont Dieu a soutenu ses enfants dans leurs épreuves. C’est l’histoire de la victoire de la foi et de la piété sur tout ce que le monde maléfique peut leur opposer.

Bob Goodnough