Les âmes sauvées vont-elles [directement] au ciel après la mort ?

[La première partie de cet article est une traduction d’un texte de Bob Goodnough, publié ici: https://flatlanderfaith.com/2013/04/12/do-the-saved-go-to-heaven-when-they-die/]

J’ai longtemps cru que lorsqu’un chrétien mourait, il était aussitôt conduit à travers les portes de perle jusque dans le ciel. Je suppose que cette idée me venait de la perception populaire de ce que les chrétiens croient. Il y a dix ans, mon idée reçue a été remise en question sur la base des Écritures, et ma pensée a changé.

Aujourd’hui, je crois que la réponse à la question posée ci-dessus est : « Oui, mais pas immédiatement. » Permettez-moi de m’expliquer.

En Matthieu 25, versets 31 à 46, Jésus décrit ce qui se passera au grand jour du jugement, à la fin des temps. Toutes les nations (tous les peuples) seront rassemblées devant lui, et il séparera les brebis d’avec les boucs. Ceux qui seront comptés parmi les brebis entreront dans le ciel ; ceux qui seront comptés parmi les boucs seront jetés en enfer. Cette scène n’a aucun sens si les sauvés se trouvaient déjà au ciel avant ce moment.

La Bible se soucie davantage de nous voir entretenir une relation authentique et salvatrice avec Dieu dans cette vie que de nous décrire en détail comment les choses se passeront au ciel. Mais elle nous dit que, dans le ciel, nous aurons des corps ressuscités, semblables au corps de Jésus après sa résurrection d’entre les morts. En 2 Timothée 2.18, l’apôtre Paul condamne en termes sévères ceux qui enseignent que la résurrection est déjà arrivée. Cette résurrection corporelle n’aura lieu qu’au retour du Christ en gloire pour le jugement dernier. Apocalypse 6.9 parle d’âmes sous l’autel, qui attendent le jour de la résurrection.

Deux passages bibliques sont souvent mal interprétés, donnant naissance à l’idée d’une entrée immédiate dans le ciel. Le premier se trouve en Luc 23.43, où Jésus dit au malfaiteur sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui* tu seras avec moi dans le paradis ». L’autre est la parabole du riche et de Lazare, dans Luc 16.19-31. Le riche s’y éveille dans le « séjour des morts » et Lazare dans le « sein d’Abraham ».

* Il faut savoir que les manuscrits grecs du Nouveau Testament ne comportaient à l’origine ni virgules ni ponctuation d’aucune sorte. Les copistes écrivaient le texte en lettres majuscules continues, sans espaces ni marques de pause. La ponctuation que nous lisons aujourd’hui dans nos Bibles a été ajoutée des siècles plus tard par des éditeurs et des traducteurs, selon le sens qu’ils comprenaient du texte. Dans le cas de Luc 23.43, le placement de la virgule change tout. Si l’on ponctue « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », Jésus promet au malfaiteur qu’il sera avec lui ce jour même. Mais si l’on ponctue « Je te le dis en vérité aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis », Jésus fait sa promesse en ce jour solennel — sans préciser quand elle s’accomplira. À mon sens, c’est cette seconde lecture qui semble plus cohérente avec le reste de la Bible, car Jésus lui-même n’est pas monté au ciel le jour de sa crucifixion : il est d’abord descendu au séjour des morts, puis est ressuscité le troisième jour. Comment aurait-il pu promettre au malfaiteur d’être avec lui au paradis ce jour-là, alors que lui-même n’y serait pas ?

Il est utile de savoir que « Paradis » et « sein d’Abraham » étaient des expressions couramment employées par les Juifs pour désigner le lieu où les justes attendraient la fin du monde et la résurrection corporelle. On se le représentait comme un jardin magnifique et paisible, où rien ne viendrait troubler leur repos. Le « séjour des morts » mentionné en Luc 16.23 est en réalité le Hadès, le lieu où les pécheurs attendent le jugement dernier. Ce n’est pas l’étang de feu et de soufre, mais c’est manifestement un lieu fort déplaisant.

Un autre indice qu’il ne s’agit que d’un arrangement temporaire se trouve dans la possibilité de communication entre le Hadès et le sein d’Abraham, bien que le caractère définitif de la séparation soit déjà établi. On a du mal à imaginer que les saints dans le ciel seraient à si courte distance de l’étang de feu et de soufre.

Il ressort des protestations rapportées en Matthieu 7.22-23 qu’il y aura des gens convaincus d’avoir subi une grave injustice et qui pourront parler à Jésus. Ils diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? » Et Jésus leur répondra qu’ils n’avaient pas accompli ces œuvres à sa demande, par son Esprit ni par sa puissance, et déclarera ne les avoir jamais connus.

Je crois désormais que cette image d’une attente temporaire au Paradis ou dans le Hadès avant la résurrection correspond à l’enseignement de la Bible. Cela n’enlève rien à la promesse du ciel. Au contraire, cela la rend plus réelle.

À vrai dire, l’image populaire de saints éthérés flottant sur des nuages en grattant de la harpe ne m’a jamais semblé vraiment attrayante comme avenir à long terme. Ce vieux corps et cette vieille terre passeront, mais la Bible promet une existence corporelle dans un lieu décrit comme une terre nouvelle. Le ciel, tel que la Bible l’esquisse, semble garder une certaine ressemblance avec notre existence présente, mais sans tout ce qui cause aujourd’hui la souffrance et le chagrin, et dans la présence de notre Seigneur, de tous les saints et de tous les anges.

Quelques pensées sur la distinction entre le séjour des morts et la géhenne.

Je ne suis ni théologien ni linguiste grec ou hébreu, donc il est fort possible que je me trompe, mais je vais tenter d’expliquer mon point de vue. 

Séjour des morts

Dans le Nouveau Testament, il y a 10 références au hadès (grec)/schéol (hébreu)/séjour des morts. C’est un endroit qui ne semble pas être pas définitif, car en Apocalypse 20:14, nous voyons que le séjour des morts sera jeté dans l’étang de feu. Cela semble être un lieu de tourment déjà, dans l’attente du jugement dernier. Dans les Écritures hébraïques, le terme employé pour le royaume des morts est shéol, qui signifie tout simplement « lieu des morts » ou « des esprits/âmes décédés ». Dans le Nouveau Testament, le terme grec employé pour l’« enfer » est hadès, qui signifie également « lieu des morts ». D’autres passages du Nouveau Testament décrivent le shéol/hadès comme un lieu temporaire, où les âmes des incroyants sont gardées en attendant le jugement.

Géhenne

Pour ce qui est de la géhenne, il y a 12 références à ce terme dans le Nouveau Testament. Voici ce qu’en dit le site bible-ouverte.ch :

Le mot grec géenna vient de l’hébreu gé-Hinnom (vallée de l’Himmon) ; là où eurent lieu dans le passé des sacrifices humains (2 Chroniques 33.6, Jérémie 7.31). De ce fait, ce nom avait une consonance d’horreur pour les Juifs. De leur temps, le feu y brûlait continuellement les immondices, ce qui rappelait au peuple d’Israël le jugement réservé aux méchants. Le mot « géhenne » se trouve dans Matthieu 5.22, 29 et 30, 10.28, 18.9, 23.15 et 33, Marc 9.44, 46 et 47, Luc 12.5, Jacques 3.6.

Sauf pour cette dernière citation, c’est Jésus-Christ qui utilise cette expression pour avertir très solennellement des conséquences du péché. Il décrit la géhenne comme un endroit « où leur vers ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » Marc 9.48.

Le sens de cette expression me semble correspondre à l’« étang de feu » utilisé dans Apocalypse 19.20, 20.10, 14 et 15.

Qu’est-ce qu’un bon intendant (Luc 16?)

[Cet article est une traduction d’un article en anglais paru sur https://flatlanderfaith.com/2012/09/03/what-is-good-stewardship/]

Les gouvernements ont toujours eu besoin de revenus pour administrer leur territoire, mais il fut un temps où la collecte des impôts ne se faisait pas du tout comme aujourd’hui. Le prélèvement des taxes était affermé à des hommes qui s’engageaient par contrat à verser une somme déterminée au souverain ou au gouverneur. Ces hommes percevaient ensuite l’argent auprès de leurs concitoyens, souvent sous forme de péages imposés aux voyageurs ou à ceux qui apportaient des marchandises au marché dans les villes et les cités. Ils s’assuraient d’amasser une quantité suffisante pour satisfaire les exigences du roi, ainsi que pour subvenir à leurs propres besoins.

En règle générale, la part qu’ils prélevaient pour eux-mêmes paraissait bien généreuse aux yeux de leurs concitoyens. C’était particulièrement vrai dans un lieu comme la Judée il y a deux mille ans, où les collecteurs d’impôts (péagers ou publicains) s’enrichissaient copieusement en levant des fonds pour le compte des conquérants romains détestés, ce qui était vu comme une haute trahison.

Cet emploi du terme « affermer » correspond au sens originel du mot « ferme ». Dans de nombreux pays, pendant une grande partie de l’histoire, les terres se trouvaient entre les mains de grands propriétaires fonciers, souvent porteurs de titres de noblesse : ducs, comtes, ou autres. Ces propriétaires affermaient ensuite la terre à des paysans qui la cultivaient pour en tirer des récoltes. Un fermier, à l’origine, était quelqu’un qui louait une terre pour la labourer et y faire pousser une récolte. Le mot ne comportait aucune connotation de propriété sur la terre exploitée. Le loyer se payait généralement en nature, avec le produit de la terre.

Le seigneur, comte, duc ou marquis qui possédait la terre ne s’occupait pas lui-même de l’affermage. Bien que les revenus de ses terres fussent en général sa seule source de richesse, il avait des affaires bien plus importantes à traiter pour se maintenir dans les bonnes grâces du roi ou du suzerain dont il dépendait.

La charge d’affermer les terres était déléguée à un intendant, ou régisseur, qui fonctionnait à peu près comme les collecteurs d’impôts. Il s’enquérait du revenu dont le seigneur avait besoin, puis affermait les terres à des conditions qui couvriraient les besoins du seigneur, plus un surplus pour lui-même. C’était là sa seule source de revenus : il ne recevait aucun salaire. Il n’était pas rare que l’intendant possède la deuxième plus grande demeure du domaine de son seigneur. Autrement dit, l’intendant savait fort bien veiller à ses propres intérêts.

Je crains que la conception courante de l’intendance parmi ceux qui se disent chrétiens ne ressemble beaucoup à cela. Nous voulons obtenir le prix le plus élevé possible lorsque nous vendons quelque chose, et payer le prix le plus bas possible lorsque nous achetons, parce que « c’est de la bonne intendance ». Mais le faisons-nous vraiment par souci du bien du Royaume de notre Seigneur, ou plutôt par souci de notre propre bien-être ?

Je crains que bien des prédicateurs et commentateurs bibliques soient à ce point prisonniers d’une conception égoïste de l’intendance qu’ils ne parviennent plus à comprendre les paroles pourtant limpides de Jésus dans la parabole de l’économe infidèle, en Luc 16. Suivons simplement la séquence des événements tels que Jésus les décrit. Versets 1-2 : « Jésus dit aussi à ses disciples : Un homme riche avait un économe[i], qui lui fut dénoncé comme dissipant ses biens. Il l’appela, et lui dit : Qu’est-ce que j’entends dire de toi ? Rends compte de ton administration, car tu ne pourras plus administrer mes biens. » Versets 3-5 : l’économe regarde la réalité en face et comprend qu’il lui faut agir tout autrement qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Versets 6-7 : il convoque chacun des débiteurs de son maître et leur dit de réduire le montant qu’ils s’étaient engagés à payer. Verset 8 : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. »

Or, si le maître qui possédait la terre s’est réjoui que l’économe ait réduit le montant du loyer des fermiers, pourquoi les prédicateurs et les commentateurs condamnent-ils cet homme pour l’avoir fait ? La réalité, c’est que l’économe avait lui-même négocié ces accords dès le départ — c’était précisément son rôle d’intendant — et que le montant qu’il retranchait désormais du loyer de chaque fermier correspondait à la part qu’il s’était attribuée à lui-même. Dans certains cas, il empochait presque autant que son maître. C’était là l’injustice pour laquelle il avait été mis en cause. Ses actions subséquentes ne réduisaient en rien la part revenant à son maître ; elles éliminaient simplement tout ce qu’il avait prélevé pour lui-même.

(Soit dit en passant, il est fort probable que cet économe n’était plus un jeune homme : une telle charge ne se confiait pas à quelqu’un de jeune et d’inexpérimenté. Nul besoin de mettre en doute sa déclaration au verset 3, lorsqu’il dit ne plus être en état de labourer la terre « Travailler à la terre ? je ne le puis ».)

Les paroles de Jésus aux versets 9 à 14 nous invitent à suivre l’exemple de cet économe. Au commencement, il agissait en serviteur de son maître, mais il servait aussi Mamon en cherchant à amasser des richesses pour lui-même, au détriment des fermiers des terres de son seigneur. À la fin, il ne prend plus rien pour lui ; il s’abaisse au niveau des gens du commun et s’en remet à leur bienveillance pour l’accueillir dans leurs maisons s’il venait à être dans le besoin.

Cela correspond-il à notre conception de l’intendance ? J’ai la nette impression que Jésus a raconté cette parabole pour renverser notre vision de l’intendance, pour nous enseigner qu’il importe davantage de traiter nos semblables avec justice que de nous assurer de toujours tirer le meilleur parti d’une transaction.


[i] οἰκονόμος en grec, oikonomos, traduit par économe ou intendant selon les versions de la Bible. D’autres sens du terme seraient trésorier, régisseur, dispensateur ou administrateur.

Les petits-fils de Jude (frère de Jésus) et un Royaume qui n’est pas de ce monde

Parmi les récits conservés de l’Église primitive, certains sont courts, presque anecdotiques, et pourtant d’une richesse singulière. Celui que rapporte Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique (livre III, chapitres 19-20), en citant l’historien chrétien Hégésippe, en fait partie. C’est un épisode que l’historien Richard Bauckham, spécialiste des origines du christianisme, qualifie d’un des témoignages les plus éclairants sur la famille de Jésus à la fin du premier siècle.

Le contexte : Domitien et la peur d’un roi

Nous sommes entre l’an 81 et l’an 96, sous le règne de l’empereur Domitien. Ce dernier est connu pour sa méfiance et ses tendances tyranniques. Comme autrefois Hérode le Grand, il redoute toute prétention royale liée au Messie juif. Selon Eusèbe, il avait même ordonné la mise à mort des descendants de la lignée de David.

C’est dans ce climat de suspicion que deux hommes sont dénoncés non pour un crime, mais pour leur origine. Il s’agit des petits-fils de Jude, lui-même frère du Seigneur selon la chair (Matthieu 13.55 ; Marc 6.3). Des manuscrits anciens (notamment le Paris MS 1555A et le Bodleian MS Barocc. 142, conservé à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford) nous ont transmis leurs noms : Zokèr (Ζωκήρ) et Jacques (Ἰάκωβος).

Ces hommes sont arrêtés par un evocatus (un ancien soldat de l’ordre équestre rappelé au service) et conduits devant l’empereur lui-même.

L’interrogatoire

Hégésippe, écrivain chrétien du IIe siècle dont les Mémoires ne survivent que par fragments dans l’œuvre d’Eusèbe, rapporte la scène avec des détails très concrets.

Domitien leur pose trois questions :

Êtes-vous de la lignée de David ? Ils répondent simplement : oui.

Quelle est votre fortune ? Leur réponse est frappante par sa modestie. À eux deux, ils ne possèdent qu’environ neuf mille deniers, non pas en argent liquide, mais en valeur foncière. Leur bien se résume à trente-neuf plèthres de terre (environ quatre hectares), qu’ils cultivent de leurs propres mains pour payer les impôts et subvenir à leurs besoins.

Selon d’autres sources, ils habitaitent le village de Koukab, en Batanée, à 18 km au sud-ouest de Damas, dans la même localité où Paul aurait rencontré le Seigneur sur la route de Damas!

Cette carte montre le village de Kaukab ou Koukab, où auraient vécu les petits-fils de Jude. La croix rouge situe une église qui commémore la conversion de Paul. Les lignes bleues représentent les tracés probables (mais incertains) de la voie romaine Via Maris, reliant Damas à la Galilée.

Quelle est la nature du royaume du Christ ? Voilà la question décisive. Mais avant même de répondre par des mots, Zokèr et Jacques font un geste éloquent : ils tendent les mains devant l’empereur. Des mains dures, calleuses, la peau épaissie par le labeur quotidien. Rien de royal ici, sinon la dignité humble du travailleur.

« Mon royaume n’est pas de ce monde »

Leur réponse verbale est tout aussi limpide, et rejoint exactement l’enseignement du Seigneur (Jean 18.36) :

Le royaume du Christ n’est ni terrestre, ni de ce monde, mais céleste et angélique. Il sera manifesté à la fin des temps, lorsque Christ viendra en gloire juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres.

Tout est dit.

Ils ne revendiquent aucun pouvoir politique. Ils n’organisent aucune révolte. Ils n’attendent pas un royaume politique ici-bas. Ils vivent, travaillent, espèrent et témoignent.

La réaction de Domitien

La suite est surprenante. L’empereur, visiblement déçu et étonné par le caractère insignifiant de ces deux paysans, ne prononce aucune condamnation. Hégésippe note qu’il les traita avec mépris, les jugeant indignes d’attention, et les relâcha.

Mais il fit davantage encore : selon le même récit, il aurait publié un édit mettant fin à la persécution contre l’Église (d’autres sources soutiennent cependant que Domitien continua sa persécution jusqu’à sa mort par assassinat).

Après la libération

Zokèr et Jacques, une fois libres, retournèrent tout naturellement au service des Églises. Hégésippe rapporte qu’ils prirent la direction de communautés chrétiennes, ce qui était considéré comme normal pour des hommes qui étaient à la fois confesseurs de la foi et parents du Seigneur selon la chair.

Ils vécurent ensuite en paix jusqu’au règne de Trajan (98–117). L’historien Hégésippe lui-même, né vers l’an 110, appartenait à la génération immédiatement suivante, ce qui confère à son témoignage une proximité remarquable avec les faits.

Après Zokèr, Jacques et Siméon fils de Clopas (leur cousin, martyrisé sous Trajan vers 107), la famille terrestre de Jésus disparaît des sources historiques. Un dernier membre possible serait un certain Conon, jardinier sur un domaine impérial, martyrisé à Magydos en Pamphylie sous la persécution de Dèce, vers 250-251.

Ce que ce récit nous enseigne

Ce court épisode contient plusieurs leçons simples, mais profondes.

Le royaume de Dieu ne menace pas les royaumes de ce monde. Ce n’est pas un royaume politique. Ceux qui le cherchent comme tel, qu’ils soient empereurs romains ou chrétiens tentés par le pouvoir temporel, se trompent de nature. C’est là la conviction des vaudois et des anabaptistes également.

La simplicité protège parfois mieux que la puissance. Ces hommes n’avaient ni richesse, ni influence, ni armée, et c’est précisément ce qui les a préservés. Leur pauvreté était leur défense.

Le témoignage passe aussi par la vie quotidienne. Leurs mains calleuses parlaient autant que leurs paroles. On pense ici à la parole de l’apôtre Paul : « Travaillez de vos propres mains, comme nous vous l’avons recommandé » (1 Thessaloniciens 4.11).

Dieu conserve toujours un reste. Même après les persécutions, il reste des témoins fidèles, souvent inconnus du monde, mais bien réels devant Dieu. Zokèr et Jacques étaient de ceux-là.

Conclusion

À première vue, ce récit pourrait sembler secondaire. Il ne raconte ni un martyre spectaculaire, ni une grande controverse doctrinale.

Et pourtant, il met en lumière quelque chose de fondamental : la nature véritable du royaume de Christ et des vrais chrétiens. Un royaume invisible, humble, patient, mais bien réel. Un royaume qui ne s’impose pas par la force, mais qui se reconnaît dans la vérité, la simplicité… et des mains marquées par le travail.


Sources et références

Il était une foi (recueil de poèmes), Table des matières

Voilà plus d’un mois que je n’ai rien publié! Le temps passe vite lorsqu’on est occupé!

J’ai terminé la publication des 48 poèmes d’Annick Markmann, une chrétienne octogénaire habitant en Bretagne.

Voici la table des matières de tous ses poèmes, avec un lien vers chaque article.

Introduction

Sur une pensée de :

* Charles Spurgeon
** Somerset Maugham
*** Auteur inconnu
**** Louis Aragon

Bonne Lecture à tous et que dieu vous inspire et vous bénisse!

Jésus pardonne

(Marc 2, Luc 5)

Ils le savaient : hier quand le jour se couchait,
Dans la maison de Pierre, le prophète revenait.
On le leur avait dit, les rumeurs courent vite,
C’est pourquoi, ce matin, le bonheur les habite.

Ils sont là, tous les quatre, marchant d’un pas altier,
Sur la voie qui, longeant le lac de Galilée,
Va à Capernaüm. Pour se synchroniser,
Ils chantent en marchant, les psaumes des degrés.

Car il leur faut marcher d’un pas bien ajusté.
Ils portent à l’épaule les branches d’un brancard
Où un paralytique par leur marche est bercé.
Ils veulent arriver ce matin sans retard.

Oui, le Nazaréen guérira leur ami.
Il étendra sa main au-dessus de sa tête,
Parlera à son corps qui retrouvera vie,
Ils en sont réjouis, c’est déjà jour de fête.

Les voilà arrivés à la demeure de Pierre,
Mais une grande foule entoure la maison.
Et comment approcher pour cette guérison
Ils ne peuvent entrer avec cette civière.

Voilà la solution ! il leur faut des cordages !
Un pêcheur dans sa cour en a pour son usage.
Ils montent sur le toit par le simple escalier,
Le découvrent en partie, passent le paralysé.

Le Rabbi dans la salle commune enseignait.
Pharisiens et docteurs de la loi l’écoutaient.
Lorsqu’au milieu d’eux, la civière descendit,
Jésus mesure la foi animant ces amis.

« Prends courage, dit-il, tes péchés sont ôtés. »
Les spécialistes de la loi se dirent en eux-mêmes.
« Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi, il blasphème !
Dieu seul peut pardonner aux hommes leurs péchés. »

Sachant ce qu’ils pensaient, Jésus leur avait dit :
« Pourquoi donc, dans vos cœurs, raisonnez-vous ainsi ?
Qu’est-il le plus facile de dire à ce paralysé :
Que ses péchés sont pardonnés ou de marcher ? »

Or, afin que vous sachiez que le fils de l’homme
A sur terre, le pouvoir de pardonner les péchés,
« Je te l’ordonne, lève-toi, dit-il au paralysé,
Prends ton brancard et retourne à ton home. »

À l’instant, devant tous ces témoins rassemblés,
Sautant hors de son lit, l’homme s’était levé
Avait pris la civière où il était couché.
Et tous louaient Dieu pour sa grande bonté.

Nos cinq amis reprirent la route en Galilée.
Ils marchaient, célébrant en mutuelle harmonie,
Pleins de reconnaissance, et leur foi comblée,
La gloire du grand Dieu qui pardonne et guérit.

  • Annick Markmann

Le jardin intérieur

Il est bon de savoir cultiver son jardin,
Disait Candide sous la plume de Voltaire.
Le jardin intérieur est un précieux bien,
Un coin du cœur caché, enfoui, solitaire.

C’est là que Matthias enterrait ses mensonges,
Ses craintes et ses peurs, ce qui ruine ou qui ronge.
Dans ce lieu il creusait un trou et déposait,
Ce qui lui faisait honte, le gênait, l’humiliait.

Il recouvrait le tout des plaisirs de ce monde,
Amourettes, copains, vantardise, faconde.
Du rosé de ses vignes, ensuite il l’arrosait,
Et quand il était gris, tout ça, il l’oubliait.

C’était un cimetière, son jardin personnel.
Il décorait ses tombes des fleurs qu’il étalait,
Moto, voiture, et réussite professionnelle.
Mais au fond de son cœur, il n’avait pas la paix.

Sur cette voie mortelle, Matthias avançait,
Le parfum du péché toujours le séduisait.
Jusqu’à une heure bénie, où sans savoir comment,
Il fût convaincu d’un jour de jugement.

Il comparaîtrait devant le Juge suprême,
Et serait condamné pour ce qu’il avait fait.
Ses cadavres cachés se levèrent d’eux-mêmes,
Défilèrent, révélant combien ils étaient laids.

Alors il les cita un à un par leur nom,
Pleurant amèrement de les avoir commis.
Ils lui faisaient horreur, ses désirs, ses passions,
Et le fils de Dieu, à son compte les prit.

Il fut pardonné, Matthias, le pécheur,
Car son cœur repentant aspirait au pardon.
Il quitta le péché, la dissimulation,
Son jardin refléta la gloire du Seigneur.

  • Annick Markmann

Clément

C’est une vieille église, au cœur d’un vieux village
Avec sa haute nef, ses travées, ses statues,
La lumière colorée rayonnant des vitrages,
Ses portes latérales qui donnent sur la rue.

Quiconque veut entrer, pousse le lourd battant
De l’une de ces portes ouvertes à tout passant.
Or, Monsieur le curé est tourmenté de voir
Depuis une quinzaine, qu’un homme entre le soir.

Quand sonne l’Angélus, c’est réglé, il est là,
Il entre, et peu de temps après, il s’en va.
Il y a dans l’église de multiples trésors
Des statues polychromes, même des coupes d’or.

Il faudra surveiller dit le prêtre au bedeau,
Ce que cet homme fait chaque soir dans l’église.
L’homme, on le connaît peu, il est un chemineau
Qui passe chaque année au moment des cerises.

Pour mieux tout observer, le Bedeau s’est caché
L’Angélus vibre encore dans le soir printanier,
L’homme qui est entré, vient au pied de la croix,
S’assied sur l’un des bancs, et élève sa voix:

« Jésus, c’est Clément! »
Il attend un moment puis se lève et s’en va.
Le même scénario marque le jour suivant.
Mais le troisième soir, la porte ne s’ouvre pas.

Car à un coin de rue, quand il traversa,
Clément fut renversé par une automobile.
À l’hôpital, une ambulance le porta.
Bassin lésé, il lui faut rester immobile.

De jour en jour, il va de mieux en mieux
Sans jamais que l’on voit venir une visite.
La chaise près du lit ne gêne pas qu’un peu,
On lui avait donné la chambre la plus petite.

Aussi, ce matin-là, l’infirmière pressée,
Avait saisi la chaise afin de l’enlever.
Mais Clément l’en avait vivement dissuadée,
Sous prétexte que le soir il était visité.

Aux membres du service, l’infirmière en parlait.
On jugea le malade tant soit peu dérangé.
Personne n’avait vu qui que ce soit entrer,
Dans la petite chambre où Clément guérissait.

L’infirmière revient auprès de son patient.
« Vous êtes seul au monde, dites-le simplement.
La visite dont vous parlez, personne ne l’a vue,
Nous sommes prêts à penser qu’elle est non avenue. »

Ce n’est pas étonnant, que personne ne l’ait vue,
Pourtant à l’Angélus elle vient près de mon lit.
Elle s’assied sur la chaise et doucement me dit:
« Clément, c’est Jésus! »

Annick Makmann