[Texte tiré des pages 268 à 270 du Miroir des martyrs en néerlandais, ou 265 à 267 du Miroir des martyrs en anglais]
QUATORZE PERSONNES, DONT LA PLUS ÉMINENTE S’APPELAIT ÉTIENNE, BRÛLÉES COMME HÉRÉTIQUES POUR LE TÉMOIGNAGE DE LA VÉRITÉ, PAR LES PAPISTES, À ORLÉANS EN FRANCE, VERS LA FIN DE L’AN 1022
En l’an 1022, vers la fin de l’année, semble-t-il, ou, au plus tard, en l’an 1023, quatorze personnes furent arrêtées et brûlées publiquement en France, en présence du roi Robert II le Pieux, pour cause d’hérésie (selon les papistes). Certaines de ces personnes étaient des gens du commun, tandis que les autres étaient d’origine noble[1], et le personnage le plus éminent s’appelait Étienne.
Ces personnes étaient accusées d’avoir parlé en mal de Dieu et des saints sacrements, c’est-à-dire du saint baptême (le baptême des enfants, car c’était ce que pratiquaient généralement les papistes et au sujet duquel les disputes étaient fréquentes), et du corps et du sang du Seigneur (c’est-à-dire le sacrement de l’autel, que les romanistes avaient coutume d’appeler le corps et le sang du Seigneur) ; et aussi du mariage, etc.
« Cela semble avoir été la première exécution (par le bûcher) de personnes accusées d’hérésie dans l’Église romaine », dit Nicolas Vignier. Il poursuit en disant : « Dans un vieux livre, nous trouvons un récit selon lequel cette hérésie fut apportée dans ce pays d’outre-mer, c’est-à-dire de la Bulgarie, et que de là elle se répandit dans d’autres provinces, où elle fut par la suite très en vogue, principalement dans le Languedoc, autour de Toulouse et en Gascogne. »
Il déclare aussi que les gens qui maintenaient cette doctrine étaient appelés albigeois, ou bougres, c’est-à-dire Bulgares, ou encore cottereaux pour cathares. N. Vignier, Recueil de l’histoire de l’Église, pour l’an 1022, d’après Raoul Glaber et J. Papire Masson, Annales, ainsi qu’un autre auteur ancien ; cf. A. Mellinus, p. 381, col. 2, et p. 436, col. 1.
Quant aux accusations portées contre les quatorze personnes citées plus haut, elles étaient, à ce qu’on rapporte : Qu’ils avaient parlé contre l’article concernant Dieu ; contre les saints sacrements, le baptême et le sacrement de l’autel ; contre le mariage, etc. ; ce pour quoi ils subirent par le feu une mort très cruelle, épouvantable et misérable.
Mais ce qu’ils croyaient et maintenaient sur lesdits points, conformément au récit d’auteurs impartiaux, sera amplement exposé par la suite, dans la Confession des albigeois et des vaudois, qui tenaient la même foi ; puisque ces personnes sont tenues pour avoir été les prémices de ceux qui maintenaient la doctrine des albigeois (bien avant leur essor général). Voir les auteurs cités ci-dessus, surtout le dernier.
On verra qu’ils ne croyaient et ne professaient que ce que nous croyons et professons aujourd’hui ; et, en ce qui concerne le baptême, qu’ils baptisaient les croyants et s’opposaient au baptême des enfants ; et, touchant la Sainte-Cène, qu’ils l’observaient conformément à l’institution de Christ, mais rejetaient la messe et la transsubstantiation ; encore, qu’ils rejetaient la vengeance, le serment, la confession auriculaire, l’invocation des saints défunts, le purgatoire, etc.
OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES CONCERNANT LESDITS QUATORZE MARTYRS, SELON LES RÉCITS DE DIVERS AUTEURS PAPISTES ET AUTRES, CONSIGNÉES DANS LE DEUXIÈME LIVRE D’ABRAHAM MELLINUS SUR LES PERSÉCUTIONS, P. 437, COL. 3-4
« Robert d’Auxerre déclare au sujet des martyrs d’Orléans qu’ils étaient parmi les plus éminents clercs d’Orléans, et que pour cette raison, un concile y fut convoqué, dans lequel ils furent unanimement jugés et condamnés au bûcher comme hérétiques ; et qu’ils furent ainsi brûlés vifs. »
Ce témoignage est confirmé par Jean de Ripoll, moine à Fleury, qui donne un récit plus circonstancié de l’affaire, dans sa lettre à Oliba (ou Olivarius), abbé de l’église d’Ausone, en disant : « Je vais te faire connaître cette hérésie (c’est ainsi qu’il nomme la vraie foi de ce peuple), qui se manifesta le jour des Saints Innocents[2], dans la cité d’Orléans ; car, si tu en as entendu parler, c’est la vérité. Le roi Robert II le Pieux fit brûler vifs quatorze des clercs les plus remarquables et de plus noble naissance de ladite ville ; qui, [Oh ! quel grand mensonge !] abominables devant Dieu et haïs du ciel et de la terre, ayant totalement nié la grâce du saint baptême [il veut dire le baptême des enfants, car la grâce du salut était attribuée aux enfants, ce que ces hommes niaient] ainsi que la consécration du corps et du sang du Seigneur, et ayant aussi nié que quiconque puisse ainsi obtenir la rémission des péchés, après avoir commis un crime. » J. Papire Masson, Annales Francorum, liv. III, sous Hugues et Robert.
Raoul Glaber (Historiarum libri quinque, liv. III, chap. 8), donne un récit beaucoup plus détaillé à propos de ces martyrs, rapportant non seulement comment cette (prétendue) hérésie fut découverte, mais aussi comment elle arriva jusqu’à Orléans et fut propagée ; ce que nous passons, pour abréger.
Il mentionne nommément, entre autres, deux de ces personnages, à savoir Héribert et Lisoie, qui étaient très estimés et aimés du roi et des seigneurs du royaume, tant que leur conviction n’était pas connue.
Glaber rapporte en outre de quelle manière ils furent découverts. À Rouen, ils cherchèrent à gagner à leur croyance un certain prêtre, au moyen de quelques hommes qu’ils avaient probablement envoyés expressément auprès de lui pour lui révéler les mystères de leur doctrine. Ceux-ci s’efforcèrent de le convaincre en affirmant que bientôt tout le peuple se rallierait à eux.
Lorsque le prêtre eut connaissance de cela, il se rendit immédiatement chez Richard, duc de Normandie, et lui raconta toute l’affaire. Celui-ci envoya aussitôt des lettres au roi par des messagers exprès, l’informant de cette peste secrète [c’est ainsi qu’il appelle la vraie foi].
Le roi Robert, fort affligé de cela, convoqua sans tarder un concile de nombreux évêques, abbés et autres ecclésiastiques [c’est ainsi qu’il appelle ce conseil avide de sang], et, par son intermédiaire, fit mener des enquêtes très diligentes, tant sur les auteurs que sur les adhérents de ladite hérésie.
Lorsque l’enquête fut faite parmi les clercs sur ce qu’étaient les croyances et la foi de chacun, lesdits Héribert et Lisoie révélèrent aussitôt qu’ils différaient dans leur croyance de l’Église romaine, et ensuite d’autres déclarèrent également qu’ils adhéraient à Héribert et Lisoie, et qu’ils ne sauraient en aucun cas être détournés de leur foi. Pressés de plus près de dire d’où et par qui cette conviction avait pris naissance, ils donnèrent cette réponse : « C’est ce que vous avez longtemps appelé une secte, et que vous reconnaissez maintenant, bien que tardivement. Mais nous attendions depuis longtemps que vous, ainsi que tous les autres, de quelque règle ou ordre qu’ils soient, puissiez venir et vous unir à cette secte ; ce que nous croyons d’ailleurs qui arrivera encore ».
Ils présentèrent alors immédiatement leur croyance, sans doute à la manière des albigeois et des vaudois, comme cela sera démontré plus loin.
Lorsque le roi et tous ceux qui étaient présents virent qu’ils ne pouvaient être dissuadés de leur croyance, il ordonna qu’un très grand bûcher soit allumé non loin de la ville, afin que peut-être, terrifiés par ce spectacle, ils puissent renoncer à leur croyance. Mais, au moment où ils allaient être conduits au bûcher, ils crièrent à haute voix, disant qu’ils le désiraient ardemment, et se livrèrent entre les mains de ceux qui devaient les mener au bûcher. Ils furent livrés aux flammes, au nombre de treize, et tous ceux qui, par la suite, furent reconnus être leurs adhérents furent mis à mort par le même supplice.
De même, dans les archives d’une paroisse d’Orléans, appelée église Saint-Mesmin, la date à laquelle cela a eu lieu est précisée. Il y est déclaré que cela se produisit publiquement à Orléans, en l’an 1022, dans la vingt-huitième année du roi Robert II, lors de la cinquième indiction, lorsque Étienne, dit l’hérésiarque, et ses compagnons furent condamnés et brûlés. J. Papire Masson, au lieu cité. De même, A. Mellinus, Historie der vervolgde Christenen, liv. II, éd. 1619, p. 436, col. 3–4, etc.
Les citations ci-dessus sont tirées des écrits des papistes ; c’est pourquoi le lecteur est exhorté à juger charitablement les accusations que ces adversaires acharnés ont si amèrement portées contre ces pieux témoins de Jésus-Christ.
NOTE : Nous avons rapporté plus haut que ces quatorze martyrs furent considérés par les anciens comme les premiers-nés des vaudois ; mais les papistes les appelaient hérétiques. Il n’y a là rien d’étonnant, car, au fil du temps, ils ont pris l’habitude d’appeler les hérétiques et les vaudois du même nom. Nous en présenterons quelques exemples.
Le prêtre Reinerius[3] a écrit un livre qu’il a intitulé Summa contra Haereticos, c’est-à-dire « Somme contre les hérétiques. » Les jésuites donnèrent ensuite à ce livre le titre Contra Valdenses, ou « Contre les vaudois » ; comme si toutes les erreurs combattues dans ledit livre étaient propres aux vaudois, ce qui est aussi faux que le mensonge. Comparez Rainier Sacco, Summa de Catharis et Leonistis, avec A. Mellinus, liv. II, p. 437, col. 4.
Évrard de Béthune avait donné à son livre le titre Antihaeresis, ce qui revient à dire Antihérésie, etc. ; mais le jésuite Gretser, lorsqu’il publia ledit livre, l’intitula Everhardus contra Valdenses, comme si Évrard avait écrit uniquement contre les vaudois, alors que seule une infime partie est dirigée contre eux. On cherchait néanmoins, par ce titre, à accuser les pauvres vaudois de toutes les hérésies mentionnées dans ce livre. Voir l’ouvrage cité plus haut.
Par la suite, un certain Ermengaud écrivit un livre contre les esprits grossièrement égarés qui soutenaient dans leur confession que le monde et toutes les choses visibles n’avaient pas été créés par Dieu, mais (Ah, quel horrible mensonge !) par Satan ; laquelle doctrine est imputée aux manichéens par la plupart des écrivains anciens. Cependant, le falsificateur susmentionné, Jacob Gretser, n’a pas hésité à écrire Ermengaud contre les vaudois en en-tête de chaque page du livre, alors que l’auteur réfutait expressément les manichéens, avec lesquels les vaudois n’avaient rien en commun. Voir Jacob Gretser, Trias scriptorum adversus Waldensium sectam ; Évrard de Béthune, Liber Antihaeresis ; Ermengaud de Béziers, Opusculum contra haereticos, ainsi que les commentaires de Balthasar Lydius.
Il résulte de tout cela qu’il ne doit pas paraître étrange au lecteur que les papistes appellent les vaudois orthodoxes, ou du moins ceux qui s’opposaient à la doctrine romaine ainsi qu’aux prêtres et aux moines, du nom odieux de manichéens ou d’hérétiques, comme c’était fréquemment le cas, et nous le démontrerons à présent, en ce qui concerne de bons martyrs qui, par la méchanceté des papistes, furent pendus à Goslar, en Allemagne.
Notes
[1] Clercs et nobles, etc., dit l’écrivain papiste.
[2] Le 28 décembre. – NDLT
[3] Reinerius désigne ici soit Rainier Sacco (Raniero Sacconi, v. 1200 – v. 1263), ex-albigeois devenu inquisiteur dominicain, soit l’Anonyme de Passau (pseudo-Reinerius, v. 1260), clerc qui reprit et compléta des matériaux associés à Rainier. – NDLT
[1] Laïcs et nobles, etc. dit l’écrivain papiste.




