Les martyrs de l’an 1022 à Orléans

[Texte tiré des pages 268 à 270 du Miroir des martyrs en néerlandais, ou 265 à 267 du Miroir des martyrs en anglais]

QUATORZE PERSONNES, DONT LA PLUS ÉMINENTE S’APPELAIT ÉTIENNE, BRÛLÉES COMME HÉRÉTIQUES POUR LE TÉMOIGNAGE DE LA VÉRITÉ, PAR LES PAPISTES, À ORLÉANS EN FRANCE, VERS LA FIN DE L’AN 1022

En l’an 1022, vers la fin de l’année, semble-t-il, ou, au plus tard, en l’an 1023, quatorze personnes furent arrêtées et brûlées publiquement en France, en présence du roi Robert II le Pieux, pour cause d’hérésie (selon les papistes). Certaines de ces personnes étaient des gens du commun, tandis que les autres étaient d’origine noble[1], et le personnage le plus éminent s’appelait Étienne.

Ces personnes étaient accusées d’avoir parlé en mal de Dieu et des saints sacrements, c’est-à-dire du saint baptême (le baptême des enfants, car c’était ce que pratiquaient généralement les papistes et au sujet duquel les disputes étaient fréquentes), et du corps et du sang du Seigneur (c’est-à-dire le sacrement de l’autel, que les romanistes avaient coutume d’appeler le corps et le sang du Seigneur) ; et aussi du mariage, etc.

« Cela semble avoir été la première exécution (par le bûcher) de personnes accusées d’hérésie dans l’Église romaine », dit Nicolas Vignier. Il poursuit en disant : « Dans un vieux livre, nous trouvons un récit selon lequel cette hérésie fut apportée dans ce pays d’outre-mer, c’est-à-dire de la Bulgarie, et que de là elle se répandit dans d’autres provinces, où elle fut par la suite très en vogue, principalement dans le Languedoc, autour de Toulouse et en Gascogne. »

Il déclare aussi que les gens qui maintenaient cette doctrine étaient appelés albigeois, ou bougres, c’est-à-dire Bulgares, ou encore cottereaux pour cathares. N. Vignier, Recueil de l’histoire de l’Église, pour l’an 1022, d’après Raoul Glaber et J. Papire Masson, Annales, ainsi qu’un autre auteur ancien ; cf. A. Mellinus, p. 381, col. 2, et p. 436, col. 1.

Quant aux accusations portées contre les quatorze personnes citées plus haut, elles étaient, à ce qu’on rapporte : Qu’ils avaient parlé contre l’article concernant Dieu ; contre les saints sacrements, le baptême et le sacrement de l’autel ; contre le mariage, etc. ; ce pour quoi ils subirent par le feu une mort très cruelle, épouvantable et misérable.

Mais ce qu’ils croyaient et maintenaient sur lesdits points, conformément au récit d’auteurs impartiaux, sera amplement exposé par la suite, dans la Confession des albigeois et des vaudois, qui tenaient la même foi ; puisque ces personnes sont tenues pour avoir été les prémices de ceux qui maintenaient la doctrine des albigeois (bien avant leur essor général). Voir les auteurs cités ci-dessus, surtout le dernier.

On verra qu’ils ne croyaient et ne professaient que ce que nous croyons et professons aujourd’hui ; et, en ce qui concerne le baptême, qu’ils baptisaient les croyants et s’opposaient au baptême des enfants ; et, touchant la Sainte-Cène, qu’ils l’observaient conformément à l’institution de Christ, mais rejetaient la messe et la transsubstantiation ; encore, qu’ils rejetaient la vengeance, le serment, la confession auriculaire, l’invocation des saints défunts, le purgatoire, etc.

14 personnes brûlées pour hérésie à Orléans en l’an 1022, Jan Luyken, p. 266 du Miroir anglais.

OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES CONCERNANT LESDITS QUATORZE MARTYRS, SELON LES RÉCITS DE DIVERS AUTEURS PAPISTES ET AUTRES, CONSIGNÉES DANS LE DEUXIÈME LIVRE D’ABRAHAM MELLINUS SUR LES PERSÉCUTIONS, P. 437, COL. 3-4

« Robert d’Auxerre déclare au sujet des martyrs d’Orléans qu’ils étaient parmi les plus éminents clercs d’Orléans, et que pour cette raison, un concile y fut convoqué, dans lequel ils furent unanimement jugés et condamnés au bûcher comme hérétiques ; et qu’ils furent ainsi brûlés vifs. »

Ce témoignage est confirmé par Jean de Ripoll, moine à Fleury, qui donne un récit plus circonstancié de l’affaire, dans sa lettre à Oliba (ou Olivarius), abbé de l’église d’Ausone, en disant : « Je vais te faire connaître cette hérésie (c’est ainsi qu’il nomme la vraie foi de ce peuple), qui se manifesta le jour des Saints Innocents[2], dans la cité d’Orléans ; car, si tu en as entendu parler, c’est la vérité. Le roi Robert II le Pieux fit brûler vifs quatorze des clercs les plus remarquables et de plus noble naissance de ladite ville ; qui, [Oh ! quel grand mensonge !] abominables devant Dieu et haïs du ciel et de la terre, ayant totalement nié la grâce du saint baptême [il veut dire le baptême des enfants, car la grâce du salut était attribuée aux enfants, ce que ces hommes niaient] ainsi que la consécration du corps et du sang du Seigneur, et ayant aussi nié que quiconque puisse ainsi obtenir la rémission des péchés, après avoir commis un crime. » J. Papire Masson, Annales Francorum, liv. III, sous Hugues et Robert.

Raoul Glaber (Historiarum libri quinque, liv. III, chap. 8), donne un récit beaucoup plus détaillé à propos de ces martyrs, rapportant non seulement comment cette (prétendue) hérésie fut découverte, mais aussi comment elle arriva jusqu’à Orléans et fut propagée ; ce que nous passons, pour abréger.

Il mentionne nommément, entre autres, deux de ces personnages, à savoir Héribert et Lisoie, qui étaient très estimés et aimés du roi et des seigneurs du royaume, tant que leur conviction n’était pas connue.

Glaber rapporte en outre de quelle manière ils furent découverts. À Rouen, ils cherchèrent à gagner à leur croyance un certain prêtre, au moyen de quelques hommes qu’ils avaient probablement envoyés expressément auprès de lui pour lui révéler les mystères de leur doctrine. Ceux-ci s’efforcèrent de le convaincre en affirmant que bientôt tout le peuple se rallierait à eux.

Lorsque le prêtre eut connaissance de cela, il se rendit immédiatement chez Richard, duc de Normandie, et lui raconta toute l’affaire. Celui-ci envoya aussitôt des lettres au roi par des messagers exprès, l’informant de cette peste secrète [c’est ainsi qu’il appelle la vraie foi].

Le roi Robert, fort affligé de cela, convoqua sans tarder un concile de nombreux évêques, abbés et autres ecclésiastiques [c’est ainsi qu’il appelle ce conseil avide de sang], et, par son intermédiaire, fit mener des enquêtes très diligentes, tant sur les auteurs que sur les adhérents de ladite hérésie.

Lorsque l’enquête fut faite parmi les clercs sur ce qu’étaient les croyances et la foi de chacun, lesdits Héribert et Lisoie révélèrent aussitôt qu’ils différaient dans leur croyance de l’Église romaine, et ensuite d’autres déclarèrent également qu’ils adhéraient à Héribert et Lisoie, et qu’ils ne sauraient en aucun cas être détournés de leur foi. Pressés de plus près de dire d’où et par qui cette conviction avait pris naissance, ils donnèrent cette réponse : « C’est ce que vous avez longtemps appelé une secte, et que vous reconnaissez maintenant, bien que tardivement. Mais nous attendions depuis longtemps que vous, ainsi que tous les autres, de quelque règle ou ordre qu’ils soient, puissiez venir et vous unir à cette secte ; ce que nous croyons d’ailleurs qui arrivera encore ».

Ils présentèrent alors immédiatement leur croyance, sans doute à la manière des albigeois et des vaudois, comme cela sera démontré plus loin.

Lorsque le roi et tous ceux qui étaient présents virent qu’ils ne pouvaient être dissuadés de leur croyance, il ordonna qu’un très grand bûcher soit allumé non loin de la ville, afin que peut-être, terrifiés par ce spectacle, ils puissent renoncer à leur croyance. Mais, au moment où ils allaient être conduits au bûcher, ils crièrent à haute voix, disant qu’ils le désiraient ardemment, et se livrèrent entre les mains de ceux qui devaient les mener au bûcher. Ils furent livrés aux flammes, au nombre de treize, et tous ceux qui, par la suite, furent reconnus être leurs adhérents furent mis à mort par le même supplice.

De même, dans les archives d’une paroisse d’Orléans, appelée église Saint-Mesmin, la date à laquelle cela a eu lieu est précisée. Il y est déclaré que cela se produisit publiquement à Orléans, en l’an 1022, dans la vingt-huitième année du roi Robert II, lors de la cinquième indiction, lorsque Étienne, dit l’hérésiarque, et ses compagnons furent condamnés et brûlés. J. Papire Masson, au lieu cité. De même, A. Mellinus, Historie der vervolgde Christenen, liv. II, éd. 1619, p. 436, col. 3–4, etc.

Les citations ci-dessus sont tirées des écrits des papistes ; c’est pourquoi le lecteur est exhorté à juger charitablement les accusations que ces adversaires acharnés ont si amèrement portées contre ces pieux témoins de Jésus-Christ.

NOTE : Nous avons rapporté plus haut que ces quatorze martyrs furent considérés par les anciens comme les premiers-nés des vaudois ; mais les papistes les appelaient hérétiques. Il n’y a là rien d’étonnant, car, au fil du temps, ils ont pris l’habitude d’appeler les hérétiques et les vaudois du même nom. Nous en présenterons quelques exemples.

Le prêtre Reinerius[3] a écrit un livre qu’il a intitulé Summa contra Haereticos, c’est-à-dire « Somme contre les hérétiques. » Les jésuites donnèrent ensuite à ce livre le titre Contra Valdenses, ou « Contre les vaudois » ; comme si toutes les erreurs combattues dans ledit livre étaient propres aux vaudois, ce qui est aussi faux que le mensonge. Comparez Rainier Sacco, Summa de Catharis et Leonistis, avec A. Mellinus, liv. II, p. 437, col. 4.

Évrard de Béthune avait donné à son livre le titre Antihaeresis, ce qui revient à dire Antihérésie, etc. ; mais le jésuite Gretser, lorsqu’il publia ledit livre, l’intitula Everhardus contra Valdenses, comme si Évrard avait écrit uniquement contre les vaudois, alors que seule une infime partie est dirigée contre eux. On cherchait néanmoins, par ce titre, à accuser les pauvres vaudois de toutes les hérésies mentionnées dans ce livre. Voir l’ouvrage cité plus haut.

Par la suite, un certain Ermengaud écrivit un livre contre les esprits grossièrement égarés qui soutenaient dans leur confession que le monde et toutes les choses visibles n’avaient pas été créés par Dieu, mais (Ah, quel horrible mensonge !) par Satan ; laquelle doctrine est imputée aux manichéens par la plupart des écrivains anciens. Cependant, le falsificateur susmentionné, Jacob Gretser, n’a pas hésité à écrire Ermengaud contre les vaudois en en-tête de chaque page du livre, alors que l’auteur réfutait expressément les manichéens, avec lesquels les vaudois n’avaient rien en commun. Voir Jacob Gretser, Trias scriptorum adversus Waldensium sectam ; Évrard de Béthune, Liber Antihaeresis ; Ermengaud de Béziers, Opusculum contra haereticos, ainsi que les commentaires de Balthasar Lydius.

Il résulte de tout cela qu’il ne doit pas paraître étrange au lecteur que les papistes appellent les vaudois orthodoxes, ou du moins ceux qui s’opposaient à la doctrine romaine ainsi qu’aux prêtres et aux moines, du nom odieux de manichéens ou d’hérétiques, comme c’était fréquemment le cas, et nous le démontrerons à présent, en ce qui concerne de bons martyrs qui, par la méchanceté des papistes, furent pendus à Goslar, en Allemagne.

Notes

[1] Clercs et nobles, etc., dit l’écrivain papiste.

[2] Le 28 décembre. – NDLT

[3] Reinerius désigne ici soit Rainier Sacco (Raniero Sacconi, v. 1200 – v. 1263), ex-albigeois devenu inquisiteur dominicain, soit l’Anonyme de Passau (pseudo-Reinerius, v. 1260), clerc qui reprit et compléta des matériaux associés à Rainier. – NDLT

Autre image trouvée en ligne concernant cet événement.

[1] Laïcs et nobles, etc. dit l’écrivain papiste.

Le martyre de Pothin

Tiré du Miroir des martyrs

UN VIEILLARD DE QUATRE-VINGT-DIX ANS APPELÉ POTHIN, MISÉRABLEMENT MALTRAITÉ À CAUSE DU TÉMOIGNAGE DE JÉSUS-CHRIST, DEVANT LE TRIBUNAL, À LYON, EN FRANCE. IL MOURUT ENSUITE EN PRISON, VERS L’AN 179

Dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe, ainsi que chez plusieurs autres auteurs anciens, il est fait mention d’un certain vieillard de plus de quatre-vingt-dix ans, appelé Pothin, docteur de l’Église de Lyon, en France. Il est écrit qu’en raison de son âge avancé il ne pouvait pas marcher, mais, ayant un désir si ardent de mourir à cause du nom de Christ, il se fit, comme le rapporte A. Mellinus, porter devant le tribunal pour être condamné à mort avec les autres martyrs. Lorsque les soldats l’amenèrent au tribunal, le magistrat de la ville de Lyon se mit à crier qu’il était chrétien, avec beaucoup de calomnies et un langage abusif, et toute la multitude du peuple le suivit. Eusèbe dit que, tandis que ce vieil homme se tenait devant le juge du tribunal, les gens ordinaires se mirent à crier : « Ceci est Christ Lui-même ». Lorsque le juge lui demanda alors qui était le Dieu des chrétiens, il répondit avec une candeur remarquable : « Si tu en es digne, tu le sauras ». Cela déplut tellement au juge, qu’il commanda qu’on frappât ce pieux témoin de Jésus au visage, à coups de poing. Sur ce, on le poussa impitoyablement, on le frappa, le tira et le cogna. Les badauds lui jetèrent tout ce qui leur tombait sous la main, sans égard à la faiblesse de son âge. Pire, ils considéraient que ceux qui n’avaient pas fait preuve d’assez de diligence en agressant et en maltraitant de toutes les manières ce vieil homme étaient ses complices. Pothin, ayant été ainsi maltraité, roué de coups au point que la vie semblait presque éteinte, fut ramené du tribunal au cachot. Là, après deux jours de grande souffrance, ayant remis son âme entre les mains de Dieu, il mourut et atteignit ainsi une fin bienheureuse.

Sources: Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl., liv. V, chap. 2, p. 83, col. 1–2 ; J. Gysius, Hist. Mart., p. 17, col. 1 (sous « Photinus ») ; A. Mellinus, liv. I, p. 46, col. 2 ; Introduction au Miroir des martyrs des chrétiens sans défense, p. 38, col. 1 (appelé « Photimus »).

Le pharisaïsme

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/30/pharisaism/

L’ère de l’Ancien Testament prend fin avec Esdras, Néhémie et Malachie. De nombreux Juifs étaient revenus de captivité, les murs de Jérusalem avaient été reconstruits et le second temple était en cours de construction. Selon une ancienne source juive, cinq éléments manquaient dans le second temple par rapport au premier : l’Arche de l’alliance, qui contenait le propitiatoire ; le feu sacré qui était tombé du ciel lors de la dédicace du premier temple et qui brûlait continuellement ; la chékhina, la nuée le jour et la colonne de feu la nuit, qui se trouvait au-dessus du propitiatoire ; l’ourim et le thoummim par lesquels le souverain sacrificateur recevait les réponses de Dieu ; et le Saint-Esprit. En outre, il n’y a pas eu de prophètes depuis Malachie jusqu’à Jean-Baptiste. Ainsi, pendant 400 ans, Dieu n’a pas eu son mot à dire dans la vie spirituelle du peuple juif.

Au moins trois groupes ont émergé durant cette période : les esséniens, les sadducéens et les pharisiens. Les esséniens vivaient en communauté, développaient des croyances mystiques et ne maintenaient qu’un contact limité avec la vie religieuse du reste du peuple. La plupart des prêtres et des scribes étaient des sadducéens, qui s’accrochaient à leur position de respect, mais qui pensaient de manière largement matérialiste. Ils ne croyaient pas aux anges ni à la résurrection des morts.

Il semble que les pharisiens auraient dû être « les bons » ou « les gentils ». Ils étudiaient les Écritures, s’efforçaient de respecter la loi et d’éviter les corruptions du monde. Ils croyaient aux anges et à la vie après la mort. Mais quelque chose a terriblement mal tourné. Bien qu’ils soient grandement respectés pour leur mode de vie irréprochable, leurs cœurs étaient devenus insensibles, ne laissant transparaître aucune once de compassion. Jean-Baptiste les a qualifiés de « génération de vipères ». Jésus les a qualifiés d’hypocrites, « car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, tandis qu’au-dedans vous êtes pleins de rapines et d’intempérance » (Matthieu 23.25).

Le pharisaïsme, c’est se croire plus juste que les autres en raison d’une pratique religieuse stricte, tout en dissimulant des pensées et des actions impures. C’est cette forme de « conservatisme rigide » qui érige en preuve unique de la foi l’observance formelle des rites, sans tenir compte de l’état interne. Il a toujours été une tentation pour ceux qui voient une dérive vers la mondanité dans leur communauté religieuse, mais qui n’ont aucune vision ou connaissance de la puissance du Saint-Esprit qui conduirait à une piété authentique. Certains groupes mennonites sont tombés dans ce piège, ainsi que la branche Raven-Taylor des Frères de Plymouth (darbystes) et d’autres groupes.

Bob Goodnough

Le piétisme

La piété sans contraintes ?

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/26/pietism-2/

Jésus a dit : « La lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3.19). L’apôtre Paul a écrit : « Et ne prenez aucune part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais bien plutôt condamnez-les » (Éphésiens 5.11). Les personnes qui ont été poussées par le Saint-Esprit à vivre leur relation avec Dieu dans une véritable piété sont devenues une lumière qui a révélé le mal dans le monde qui les entourait. Il n’est pas étonnant que cela ait attiré sur eux les feux de l’opposition et de la persécution.

Mais certains désiraient le même type de relation personnelle avec Dieu, sans devoir s’attirer des ennuis. À la fin du XVIIe siècle, un mouvement a vu le jour au sein de l’Église luthérienne d’Allemagne, connu sous le nom de piétisme. Les piétistes mettaient l’accent sur la relation personnelle avec Dieu et la droiture morale, tout en restant membres de l’Église luthérienne, en participant régulièrement à la communion et en amenant leurs enfants au baptême.

L’appellation « les tranquilles du pays » (die Stillen im Lande) était le qualificatif attribué à ce mouvement religieux qui mettait l’accent sur la foi personnelle, la spiritualité intérieure et la vie morale plutôt que sur le formalisme et l’orthodoxie théologique.

Ils avaient choisi de considérer uniquement leur ressenti interne comme indicateur exclusif de leur dévotion, ignorant ainsi toute contrainte doctrinale, œuvre ou preuve scripturaire. Étant donné qu’ils ne comptaient que sur leur sentiment intérieur, ils accordaient une importance disproportionnée aux expériences spectaculaires et émouvantes plutôt qu’à l’obéissance à Dieu, qui devrait découler naturellement d’une véritable soumission à sa volonté.

Lorsque l’impératrice Catherine II de Russie [d’origine allemande elle-même] lança un appel aux colons allemands pour peupler ses territoires nouvellement conquis en Ukraine, un grand nombre de luthériens, de catholiques et de mennonites germanophones répondirent à l’appel. La plupart de ces colons allemands étaient des luthériens piétistes. Environ 20 % d’entre eux étaient des mennonites prussiens. La langue allemande étant leur passeport pour cette nouvelle terre, ils abandonnèrent tout usage persistant de la langue néerlandaise et devinrent exclusivement germanophones. Ils étaient las des restrictions et des difficultés qu’ils avaient rencontrées à cause de leur foi et ils acceptèrent volontiers le concept piétiste d’être « les plus tranquilles du pays ».

En l’an 1835, les 29 dirigeants et ministres de la colonie de Molotchna ont émis une directive interdisant à leurs membres de consulter les écrits de Menno Simons et exigeant la restitution de tous les exemplaires du livre. La raison invoquée était que si l’un de leurs voisins ou des représentants du gouvernement lisaient le livre, ils auraient tous des ennuis. Certains membres soupçonnèrent que les ministres avaient plus peur que leurs fidèles ne lisent le livre et n’apprennent combien leur Église s’était éloignée de la foi et de la vie décrites par Simons.

Il semble donc que, si la peur de l’opposition nous pousse à maintenir la communion avec ceux qui vivent dans les ténèbres, alors nous avons abandonné la foi. Bien que nous puissions partager des histoires émouvantes et des expériences chaleureuses, l’absence de résultats tangibles devrait nous alerter sur la nature véritable de notre relation avec notre Créateur.

Bob Goodnough

Le martyre de Blandine

J’aimerais m’attaquer à un autre sujet : les martyrs pour la foi. Je compte donc partager quelques récits de martyrs, tirés, le plus souvent, du Miroir des martyrs.

Voici le premier : Blandine, connue en France, et particulièrement à Lyon, sous le nom de sainte Blandine.

MATUR, SANCTE, BLANDINE ET UN JEUNE DU PONT,
TRÈS MISÉRABLEMENT TOURMENTÉS, DANS LA VALLÉE DU RHÔNE,
VERS L’AN 172

Il est manifeste d’après les auteurs anciens, qu’au temps où Attale fut immolé et autour de cette époque, divers autres martyrs furent également mis à mort pour l’amour de Jésus-Christ, presque de la même manière, ou, du moins, avec des tourments tout aussi grands. Certains de ces martyrs ne sont pas nommés, tandis qu’on en mentionne d’autres, en l’occurrence, Matur, Sancte, Blandine et un jeune de quinze ans, originaire du Pont[1]. Concernant les circonstances de leurs souffrances et de leur mort, nous constatons qu’en substance, cela se produisit comme suit :

Premièrement, on tourmenta très cruellement trois des personnes mentionnées ci-dessus, c’est-à-dire Matur, Sancte et Blandine, en particulier Blandine, pour laquelle les autres craignaient beaucoup qu’elle ne pût supporter la douleur et ne fût en danger de renier Christ. Mais elle fut si ferme dans toutes ses souffrances que les mains des bourreaux se fatiguèrent avant que son cœur ne défaillît. Ce qu’Eusèbe de Césarée a écrit à son sujet est un sujet de grand étonnement, à savoir que les bourreaux commencèrent tôt le matin et continuèrent à la tourmenter toute la journée jusqu’au soir, de sorte qu’ils furent très étonnés : comment était-il possible que la vie ne fût pas encore éteinte en elle ? Cependant, Eusèbe explique cela en disant que chaque fois qu’elle répétait sa confession en criant « Je suis chrétienne », son cœur se fortifiait, de sorte qu’elle était à nouveau capable d’endurer la douleur.

Sancte, qui était diacre, ou l’un de ceux qui servaient les pauvres, fut tourmenté avec des plaques de cuivre chauffées à blanc, appliquées sur son ventre. On l’interrogea, entre-temps, sur son nom, sa filiation et son pays natal. Il ne nomma ni l’un ni l’autre, mais dit simplement : « Je suis chrétien, c’est mon nom, ma filiation et mon pays ; en effet, je ne suis en somme rien d’autre qu’un chrétien. » Cela enflamma les tyrans d’une rage indescriptible contre lui, et ils continuèrent à le tourmenter sur tout son corps, à tel point qu’il semblait n’être qu’une grande blessure. Mais il resta sans peur et imperturbable, car la chaleur du feu était tempérée par les consolations célestes de Jésus-Christ, qu’il éprouvait dans son âme.

Matur fut traité presque de la même manière et resta tout aussi ferme.

Après avoir été terriblement tourmentées, les trois personnes citées plus haut furent de nouveau jetées en prison. Puis on les retira de nouveau de la prison et on les tourmenta une fois de plus ; d’abord Blandine, puis Matur et Sancte. Selon Eusèbe, le mode de torture fut une flagellation intense, mais Abraham Mellinus déclare : « Ils furent flagellés une deuxième ou une troisième fois avec toutes sortes de fouets, ainsi que battus avec des bâtons, des gourdins et des piques barbelées à trois pointes. On les pinça, les coupa, les lacéra et les déchira avec toutes sortes de crochets, de couteaux tranchants, de griffes, de tenailles et de peignes en fer. » Finalement, lorsque plusieurs milliers de personnes se furent rassemblées au sein de l’amphithéâtre, on plaça Matur et Sancte, de la même manière qu’Attale, sur des chaises de fer, sous lesquelles on alluma un grand feu, de sorte que leur chair, lacérée par de nombreuses meurtrissures, fut aussitôt consumée par le feu. Cependant, lorsque les ennemis de la vérité virent que leur esprit était inébranlable, ils les décapitèrent tous deux.

De Blandine, on précise qu’elle fut étendue en croix et attachée à un pieu, pour être jetée comme nourriture devant les fauves. Cependant, on l’emmena de nouveau en prison. Mais ensuite, le dernier jour des jeux, on la présenta de nouveau à la foule avec un jeune du Pont (dont nous avons parlé plus haut), et qui, par commandement du juge, avait été témoin des souffrances et de la mort des précédents martyrs, afin de semer la terreur dans son cœur. Étant placés au milieu du lieu d’exécution, devant le juge, il leur fut commandé de jurer par les dieux, ce qu’ils refusèrent de faire, réprouvant en même temps l’idolâtrie des païens. Les païens en furent très révoltés et les tourmentèrent de nouveau grandement, à tel point que le jeune homme, incapable de le supporter, rendit l’âme. Blandine se réjouit si grandement (de la fermeté du jeune défunt, qu’elle avait adopté comme son fils, ainsi que de la mort de ses fidèles amis qui avaient combattu avant elle) qu’elle tressaillit de joie lorsqu’elle fut battue par les tyrans. Concernant sa mort, on raconte qu’elle fut rôtie sur un gril, puis qu’on l’enroula dans un filet et qu’on la jeta devant des taureaux, qui la projetèrent souvent très haut avec leurs cornes, puis la laissaient encore retomber. Cependant, comme elle n’était pas encore morte, le juge commanda de l’égorger, ce qui fut fait. Néanmoins, certaines sources disent qu’elle fut transpercée par une épée. C’est ainsi que cette pieuse martyre et les trois autres martyrs de Jésus finirent leurs vies et attendent maintenant la récompense bénie que le Seigneur donnera au grand jour de rétribution à tous ceux qui auront souffert et combattu jusqu’à la mort pour l’amour de Son nom. Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl., liv. V, chap. 1–3 (Dordrecht, 1588), p. 81–86 ; A. Mellinus, liv. I, p. 43, col. 2–4 (Blandine et Pontique) ; p. 44, col. 1–2 (Sancte et Matur) ; Introduction au Miroir des martyrs des chrétiens sans défense (1631), p. 38, col. 1–2 ; J. Gysius, Hist. Mart. (1657), p. 17, col. 3–4.

Notes

[1] Connu sous le nom de Pontique, ou Ponticus, en français – NDLT

Le Miroir des martyrs : Le témoignage d’une foi qui ne pouvait être supprimée

Un chant

Mon récit de ce jour vient du siècle dernier,
D’une mine à charbon au beau Pays de Galles.
Sur un coup de grisou, tout s’était éboulé
Les parois, le plafond, d’une galerie principale.

L’alerte a retenti jusque dans le village.
Vite s’est rassemblée l’équipe de sauvetage.
Dans un lieu confiné, des mineurs sont bloqués,
L’oxygène va manquer, ils peinent à respirer.

Serré, tout contre l’autre, chacun d’eux est conscient
Qu’il vit probablement, là, ses derniers instants.
Cependant, deux chrétiens disaient avec bonheur
Être prêts à partir rencontrer leur Seigneur.

Ils prêchent l’Évangile parmi leurs compagnons
Qui écoutent, attentifs, ce qui leur semble bon.
Adonc, chacun désire mettre en ordre sa vie,
C’est comment les voilà sauvés par Jésus-Christ.

La gloire de l’Éternel remplit la galerie,
Alors spontanément tous les mineurs saisis,
S’unissent pour chanter un merveilleux cantique,
Qui monte de leur être en ce temps dramatique :

« Torrents d’amour et de grâce,
Amour du Sauveur en croix.
À ce grand fleuve qui passe,
Je m’abandonne et je crois.

Je crois en ton sacrifice, Ô Jésus, Agneau de Dieu.
Et couvert par ta justice, J’entrerai dans le saint lieu. »

Les sauveteurs cherchant le lieu de l’accident,
Entendent s’élever un doux murmure, un chant.
Une course effrénée s’engage contre le temps,
Pour dégager l’équipe avant étouffement.

Les familles accourues attendent anxieusement,
Quand arrive l’annonce : « Ils sont tous vivants. »
Ils remontent en effet, fourbus et épuisés,
Couverts de poussière, noirs de la tête aux pieds.

Leurs proches stupéfaits les voient se rassembler,
Se prendre par la main, et tous s’agenouiller.
Le regard vers le ciel, alors ils entonnèrent,
Le chant que dans l’Esprit, unis, ils composèrent :

« Ah, que partout se répande,
Ce fleuve à la grande voix,
Que tout l’univers entende,
L’appel qui vient de la croix.

Je crois à ton sacrifice, Ô Jésus, Agneau de Dieu,
Et couvert par ta justice, J’entrerai dans le Saint lieu. »

Et lorsque l’écrivain connu, A. J. Cronin,
Qui était là présent au carreau de la mine,
Vit ces hommes blafards, tout souillés de charbon,
Qui avaient échappé à l’enfer des grands fonds,

Tournés entièrement vers leur puissant Sauveur,
L’homme athée qu’il était laissa couler ses larmes,
Il lâcha le péché, le doute, toutes leurs armes,
Et se livra contrit au grand Dieu Rédempteur.

« Que toute âme condamnée,
Pour qui tu versas ton sang,
Soit au Père ramenée
Par ton amour tout puissant.

Je crois à ton sacrifice, Ô Jésus, Agneau de Dieu,
Et couvert par ta justice, J’entrerai dans le saint lieu. »