Éternel

Quelqu’un a frappé à ma porte,
C’était une femme inconnue.
L’étrangère était fort accorte,
Une bohémienne de la grand’ rue.

La grand’ rue était au village
Proche du bois de la Saint-Jean.
Les bohémiens sur leur passage,
Campaient ici dans un grand champ.

Ils y mettaient leurs caravanes,
Ils y dressaient un chapiteau.
Dans le bois paissaient leurs ânes
Et tous leurs autres animaux.

Habituellement leurs spectacles
Offraient de petits numéros,
Équilibristes, dresseurs, oracles,
Attiraient toujours les badauds.

Pourquoi et contre toute attente,
Ai-je accepté l’invitation?
Pourquoi suis-je allée sous la tente,
En quête de neuves émotions?

Je me suis assise sur un siège
Et quand le rideau se leva,
J’ai pensé être prise au piège,
Un prédicateur s’avança.

Car ce n’était pas un spectacle
Que proposaient mes bohémiens,
Mais de faire tomber les obstacles.
Ces bohémiens étaient chrétiens.

J’ai pris la main de l’Éternel,
Elle portait la marque du clou.
Et ma main dans sa main fidèle,
Alors, j’ai fléchi le genou.

Quand je lui ai livré mon âme,
Son pardon m’a vivifié.
Il a mis en moi une flamme
Qui brûle pour l’éternité.

Je me suis dit que sur la terre,
L’éphémère n’est que vanité
Et c’est d’une démarche altière
Que j’avance sur l’étroit sentier.

Que soit bénie la bohémienne
Qui était venue m’inviter.
J’ai pris la main de l’Éternel
Et ne l’ai jamais regretté.

-Annick Markmann

Éphémère

J’ai pris la main d’un éphémère
Et nous avons longtemps dansé,
Sous un ciel bleu, sous un ciel clair,
Sur de vieux airs du temps passé.

Airs de nos jours d’adolescence,
Ces jours qui ne reviennent plus,
Car l’éphémère est inconstance,
Le passé à jamais révolu.

Donne-moi ta main et prends la mienne,
Nous marcherons vers l’infini.
Et l’amour que nos mains soutiennent,
Résistera malgré les pluies.

Main dans la main sur cette terre,
Ensemble on a vécu la vie.
Ce qu’on construit reste éphémère,
On a victoires, défaites aussi.

Mais nos deux mains dans les épreuves,
Toujours sont demeurées unies.
Nos mains ridées portent la preuve,
Que le temps use et qu’il détruit.

Puis ta main a lâché la mienne,
Vers l’au-delà tu es parti.
Nos efforts jamais ne retiennent
L’éphémère qui un jour s’enfuit.

J’ai pris la main d’un éphémère,
Ensemble nous avons marché
En passagers sur cette terre,
Le regard vers l’éternité.

-Annick Markmann

Retour… (poème nostalgique)

J’ai voulu un jour revenir,
portant en moi vos souvenirs,
sur les sentiers de notre enfance.

Nous avions été si heureux,
je voulais retrouver les lieux
témoins de notre insouciance.

C’était un jour du mois de juin,
notre faubourg n’était pas loin,
je marchais avec assurance.

Le temps voilé et nuageux
teintait tout de mystérieux
et modifiait les apparences.

Lorsque j’arrivai sur la place
où nous jouions après la classe,
je ne trouvai que discordance.

Tout avait été bouleversé,
les vieilles maisons rasées,
des parkings en abondance.

Plus de demeures ancestrales,
on était dans un lieu banal,
sans chic, sans âme, sans substance.

J’ai pris la côte qui s’élevait,
qui au grand pré aboutissait
près de chez nous et quelle chance !

J’ai retrouvé la cour de pierre,
la maison blottie sous le lierre,
où nous vivions en confiance.

C’était dans les temps de la guerre,
des privations, de la misère,
mais aussi de la résistance.

J’ai tout revu: nos fleurs sauvages,
bleus myosotis et tussilage,
qui poussaient là avec vaillance.

Le clair talus de marguerites
qu’on effeuillait selon le rite,
des amours fous, des confidences.

Les papillons de forme étrange,
ailés de bleu, noir et d’orange
volaient toujours en abondance.

Les grappes en fleur du lilas blanc,
que ma douce mère aimait tant
embaumaient pour la circonstance.

J’ai mis à jour la grande dalle
où les Boches avaient fait escale,
par un sombre soir de vacances.

Ils s’étaient assis pour manger,
du pain de saindoux tartiné,
qui repoussait notre appétence.

L’un d’eux a frappé chez Nanou,
demandant à jouer pour nous,
sur le piano, des airs de France.

Je m’en souviens, je m’étais dit,
qu’il avait l’air plutôt gentil,
et assez digne de confiance.

Nos parents nous avaient redit
« N’acceptez rien de l’ennemi. »
Nous demeurions dans la méfiance.

Cette dalle, je l’ai dégagée,
des branchages accumulés,
durant des ans de négligence.

Sur elle nous posions nos tréteaux
nous déclamions Labiche, Feydeau,
pour un public plein d’indulgence.

Fête annuelle dans le quartier,
des talents étaient révélés,
sur cette scène, en abondance.

Claudette chantait avec passion
chaque année la même chanson,
celle des tristes roses blanches.

Je retrouvais vos noms enfouis
dans ces lieux où coulait l’oubli.
Et contre toute convenance,

Vos prénoms m’étant revenus,
je les ai criés vers les nues,
Et j’ai pleuré sur votre absence.

Oh mes parents, oh mes amis,
Vous me manquez tant aujourd’hui!
La mort crée de la souffrance.

Je ne vais jamais revenir,
mais je garde vos souvenirs,
qui ont fondé mon existence.

– Annick Markmann

Poème # 25 Réflexions de Covid

[Contexte: ce poème a été écrit en 2021 par une chrétienne âgée habitant en France, comme vous le savez probablement déjà, si vous suivez la série depuis le début. J’habite au Québec, je m’efforce de ne pas m’impliquer dans la politique et avec le recul d’aujourd’hui peut-être écrirait-elle autre chose, mais je le laisse ici pour sa valeur spirituelle sans nécessairement entièrement partager son analyse.]

La plage était déserte et le vent soufflait fort,
La mer rugissait dans un violent effort,
Les vagues déferlaient et moussaient sur le sable.
Nicolas marchait seul dans l’embrun redoutable.

C’était un temps terrible qui se revêtait d’ombre.
L’avenir se fermait sous des pièges sans nombre.
Il allait de l’avant résistant malgré tout,
La marée qui montait lui mouillait les genoux.

Nicolas connait bien le rythme des marées,
En dépit de la nuit, son pas reste assuré.
Encore quelques minutes et il allait atteindre
La plage et son voilier que le vent faisait geindre.

Il marchait sur le gué qu’envahissaient les eaux,
Le passage caché balisé de poteaux.
Il allait traverser, atteindre l’amarrage
Sans que soit submergé le chemin d’étiage.

Ses pensées vers Jésus alors se portaient :
Comme le seul chemin pour aller vers le Père,
Ainsi en était-il du sentier solitaire,
Conduisant au bateau qu’alors il atteignait.

C’est fou se disait-il, comme tout a changé
Et comme peu à peu s’enfuient nos libertés.
Diviser pour régner, voilà la solution.
Le village mondial se pointe à l’horizon !

De cette pandémie, on ne sortait pas vite,
Elle avait engendré un effroi sans limites.
Il y avait eu des morts, n’était-ce pas voulu ?
On n’avait pas soigné, alors qu’on l’aurait pu.

S’étaient manifestés des hommes de combat
Disant pouvoir traiter et guérir bien des cas.
Mais on les a exclus, appelés charlatans.
Et l’opinion trompée suivit ce mouvement.

Les infos diffusées avaient pour but inique,
De troubler les consciences et créer la panique.
Les nombres avancés étaient souvent faussés,
Les esprits scientifiques contestés, condamnés.

Il fallait vacciner. Ce fut la politique
De nos gouvernements, on bouscula l’éthique.
Sans recul, à tout bras, on a fait des rappels
Une fois, deux fois puis trois, et c’était sans appel.

On lave les cerveaux, on arrive à ses fins.
Il faut être injecté pour rester citoyen.
Les vaccinés pourtant, tombent malades aussi,
Ils sont contaminants, où est la tromperie ?

Un esprit de mensonge, esprit d’aveuglement,
Souffle sur le pays, comme souffle le vent
Qui persiste et finit par amener la pluie.
Mais Nicolas n’est pas dehors sans abri.

Dans son voilier solide, comme il se sent bien
Malgré les pandémies, l’avenir incertain.
Sa vie reste fondée sur ce que dit la Bible,
La parole d’un Dieu qui demeure invincible.

Et bien que la folie sévisse dans le monde,
Il est ici paisible. Dehors le tonnerre gronde.
Son cœur se réjouit quand l’orage prend fin,
Il réglera ses voiles et partira demain.

  • Annick Markmann

Le soir

Mon ombre, devant moi, s’allongeait sur la route
Et le soleil couchant réchauffait mon dos las.
Mon pas se faisait lourd, dans la crainte, le doute,
La peur du lendemain, sans appui ici-bas.

Puis un oiseau passa, blanc dans le ciel tout bleu,
Et son cri retentit comme un appel joyeux.
Malgré mes meurtrissures, malgré les jours d’orage,
Dans la douceur du soir, j’ai retrouvé courage.

-Annick Markamnn

Avoir peur

Tout commença quand la maman de Nicole,
Que nous avions hélée pour partir à l’école,
Nous dit avec angoisse, que notre amie souffrait
De maux de ventre si violents, qu’elle restait.

Au programme du jour, contrôle de grammaire
Sur les conjugaisons, les règles du sommaire.
Nicole n’apprend pas ses leçons d’où la peur
De se faire gronder, source de ses douleurs.

En marchant vers l’école, nous en avions parlé.
Comme c’était notre tour de faire un exposé,
Nous pourrions essayer de faire un court bilan
Sur le rôle que joue la peur, dans la vie des gens.

Nous partions du principe que la peur est utile,
Qu’elle est un garde-fou qui protège des tuiles.
Elle pressent les menaces, évite les dangers ;
Prudence et vigilance, lui furent attribuées.

Nous aimions bien Hortense vivant maintenant seule
Dans sa maison étroite aux volets vert tilleul.
Marius étant mort, elle devenait bizarre.
Nous commencions par elle, ce n’était pas hasard.

On frappe, elle nous ouvre. Nous lui tendons nos fleurs,
Bouquet de fleurs sauvages aux multiples senteurs.
Elle nous embrasse alors, nous mouillant de ses larmes
Puis se met à parler de tout ce qui l’alarme.

Car, la voilà dit-elle, seule, sans protection,
Saisie d’une panique dont elle ignore le nom.
Elle a peur de la foule, elle a peur de tomber.
Elle ne peut plus sortir sans être accompagnée.

Nous sommes très émus de la voir affligée,
Nous mettant sur sa liste pour l’accompagner.
Nous avons cependant, le sentiment certain,
Qu’Hortense aurait besoin de se reprendre en main.

Chez ses parents, ensuite, nous visitons Romain.
Il est dans notre école, c’est un gentil copain.
Invité par des grands, un soir pour le dîner,
Il avait vu un film qui l’avait bouleversé.

« Meurtres à la tronçonneuse. » Mais aussi, quelle idée ?
Car les films d’horreur, mieux vaut les éviter.
Depuis ce soir maudit, Romain ne va pas bien,
Ses pensées sont terribles, et de peurs il est plein.

Il a peur, lorsqu’il voit le moindre objet tranchant,
De s’en saisir afin de tuer ses parents.
C’est une peur panique qui a pouvoir sur lui.
Il a peur de tuer et n’en dort plus la nuit.

Alors, il ne veut pas rester seul un instant,
Dans la crainte du meurtre au pouvoir obsédant.
Sa famille est inquiète, l’entoure de ses soins,
Et les médicaments ne lui font aucun bien.

Nous rencontrons Nanou, sa phobie des souris.
Christophe a eu neuf ans, il a peur de la nuit.
Là nous avons pensé, ce sont des peurs d’enfants,
Qui les dispensent aussi des travaux embêtants.

Madame Brun nous voit, nous invite à entrer.
Chez elle c’est gâteau, chocolat chaud, ou thé.
Elle nous questionne et s’intéresse à notre étude.
La peur n’est certes pas, un problème qu’elle élude.

J’ai habité, dit-elle, à Lyon, chez ma sœur,
Au huitième, avec vue magnifique, ascenseur.
Mais je montais à pied, je prenais l’escalier,
J’avais peur de rester dans la cage enfermée.

Jusqu’au jour où j’ai dit : « Eh bien, cela suffit!
Je vais vaincre l’obstacle à partir d’aujourd’hui. »
J’ai appuyé sur le bouton, la porte s’est ouverte.
J’étais brisée de peur, mais ma foi s’est offerte.

« Seigneur, ai-je prié, merci pour l’ascenseur
Qui fonctionne très bien, je refuse la peur. »
La porte s’est fermée, j’étais seule dans la cage.
La peur m’avait quittée, je n’en fus plus l’otage.

Nous avons questionné Pierre, Paul, tous nos voisins.
Tous étaient dans la crainte quant à leurs lendemains.
Crainte de voir les hommes un jour détruire la terre.
Crainte de l’étranger, d’être dans la misère.

Obsession de vieillir, de la mise à l’écart,
De ne pouvoir rester chez soi, d’être tocard,
De n’être pas aimé, ou d’être rejeté,
Peur de la mort, d’être malade, handicapé.

Peur de devenir fou, de ne pouvoir se contrôler ;
Lorsqu’il ne le faut pas, peur de rire, de hurler.
La plupart des peurs demeuraient infondées,
Mais elles étaient venues s’ancrer dans les pensées.

Je me souviens encore de notre conclusion :
Que la peur est terrible dans ses oppressions,
Qu’on peut lui résister avec l’aide de Dieu,
Qu’il nous fallait apprendre à être courageux.

-Annick Markmann

Retour au pays des merveilles

La ville semblait abandonnée,
Toutes les boutiques étaient fermées.
Rue de Strasbourg, pas un péquin,
Pas âme qui vive sur mon chemin.

Je recherchais la rue Jean Bocq,
Elle ne devait plus être loin
Quand je ressentis un vrai choc,
Le voyant déboucher au coin.

Il avançait en sautillant.
Je le reconnus à l’instant :
Les yeux roses, un lapin blanc,
Celui d’Alice assurément.

S’approchant de moi, il me dit :
« Enfin ! c’est vous, j’en suis ravi ! »
Puis il repart d’un pas pressé,
Un registre sous le bras serré.

Je suis ce guide sans hésiter.
Et par une ouverture cachée,
Nous sommes dans une longue allée
Dont l’issue vient de se fermer.

Registre en main, il me fait face
Et lit alors à haute voix.
« Vingt-sixième, c’est votre place,
Votre oral n’a pas fait le poids. »

Vingt-cinq places sont à pourvoir,
Grande est ma désolation.
« Échec, usine obligatoire ! »,
Mots de Maman et sommation.

Qu’allait-il donc m’arriver ?
Mon cœur s’était accéléré.
Jusque-là je réussissais.
J’avais brillé, ça s’éteignait !

« Décision de dernier instant,
On vous repêche nonobstant.
Vous êtes donc ainsi admise. »
En esprit, je relativise…

« Les derniers seront les premiers ! »
Cela, peut-il m’encourager ?
Cet échec je vais l’accepter,
Et marcher dans la vérité.

« Allez, venez, le temps galope ! »
Mille portes étiquetées,
S’offraient à mon regard de myope,
Qui ne pouvait les déchiffrer.

L’une d’entre elles m’est désignée
« Pour vous la plus petite porte,
Vous apprendrez l’humilité. »
Et je suis entrée sans escorte.

Seule dans le hall j’ai constaté
Que la loge était éclairée.
Sur l’étagère j’ai retrouvé
Le vieux stylo et le cahier.

J’ai noté mon heure d’arrivée,
Le jour, le mois, aussi l’année.
Depuis ma précédente entrée,
Soixante-trois ans étaient passés.

Alors j’ai soufflé sur les pages,
La poussière s’en est envolée,
Et j’ai retrouvé vos visages,
Mes amies des temps écoulés.

Franchissant les trois hautes marches,
J’ouvrais la porte, et arrivais,
Dans la maison matriarche
Où notre passé reposait.

Prenant à droite, au réfectoire,
Je trouvais les tables alignées,
À l’office trônaient en gloire,
Assiettes et verres dans leurs paniers.

Mais la cuisine était déserte,
La vie l’avait abandonnée.
Pas de fou rire, de mots alertes,
Dans l’oubli tout semblait couché.

Pas de lait chaud, de confiture,
Pas de pain frais pour déjeuner,
Pas de sucre, de beurre nature,
Pas la senteur d’un bon café.

Je me souvins des tables prêtes
Et de l’amour qui régnait.
Assiettes, bols et la serviette
Qu’à chaque place on déposait.

Et j’eus de la reconnaissance
Envers vous qui m’aviez donné,
Un de vos sucres avec constance,
Pour chaque compète de course à pied.

Dans cette école, l’amour régnait
Avec respect, et liberté.
Au-dessus des normes on vivait,
Bien que normale fût désignée.

Madame aussi veillait sans cesse
Dans la froideur d’un regard bleu,
À l’ordre toujours rigoureux,
Sous l’exigence et sans faiblesse.

Puis, dans l’escalier somptueux,
Je me suis alors engagée.
Sous mille pas, les vieux degrés,
S’étaient creusés en leur milieu.

La rampe était toujours solide.
J’aurais tant aimé y glisser
Lors de ma jeunesse stupide,
De ma fantaisie débridée.

J’ai redécouvert le dortoir
De nos trois premières années.
Moi, je dormais dans le couloir,
Ça ne m’a jamais dérangée.

Les chambres étaient ouvertes
Les lits défaits, rideaux tirés.
Les lavabos sous les fenêtres,
Et leurs cuvettes basculées.

Je suis descendue dans les classes
Et vous ai toutes recouvrées.
Douce Gisèle, ses joies fugaces,
Simone, et sa témérité.

J’ai vu Jeanine qui tricotait,
J’ai vu Michèle qui skiait,
Marie-Paule, et Jeanne, toutes,
Je vous aimais sans nul doute.

J’ai entendu chanter Arlette,
Son du piano et dans le noir,
Salle de dessin, c’est plutôt chouette,
Ses mains qui dessinaient l’espoir.

Je vous ai revues dans vos gestes,
Avec vos craintes et vos désirs,
Les lourds chagrins des grandes pertes
Où la mort a trouvé plaisir.

Dans l’amphi aux cent éprouvettes,
La blouse sombre de Mémé.
Cours de sciences, le seau obsolète,
Des grenouilles à décérébrer.

Et l’aquarium, et ses poissons,
Clair palier, précieuses plantes
Salle de lecture, petit salon,
Bureau de Madame, de l’intendante.

Tout de son âme était vidé,
Rien ne subsistait du passé.
L’existence j’ai contemplé :
Ici-bas tout est vanité.

La cloche sonne, est-ce Denise,
M’annonçant qu’il faut repartir.
Sur le tableau, une devise,
Je désirais encore écrire.

« Premier avril, ai-je noté
De l’an deux mille vingt et un.
Le monde entier est confiné,
Bien réfléchir est opportun.

Ce que nous sommes sur cette terre
Ne subsiste qu’un court instant.
Un régime totalitaire,
Se met en place sournoisement.

Ce qui fait notre humanité,
Est la liberté que Dieu donne.
Résister me semble un mot clé,
Afin de demeurer des hommes. »

Le lapin blanc est revenu,
Fini le pays des merveilles.
Il m’ouvre la porte sur la rue
Et me glisse ces mots à l’oreille :

« Vous sortez d’un temps révolu
Pour entrer dans une ère nouvelle
Celle du libre arbitre perdu
En échange de bienfaits matériels. »

-Annick Markmann