Les paisibles du pays… (faut-il se taire ?)

[article inspiré de: https://flatlanderfaith.com/2024/05/18/we-must-use-words/]

On entend parfois le proverbe : « Prêchez l’Évangile en tout temps, et, si nécessaire, utilisez des mots. » On l’attribue à François d’Assise, et il faut admettre que cet homme a eu quelques intuitions justes : il avait compris que la pauvreté volontaire et la simplicité de vie étaient des témoignages puissants. En réalité, sa démarche était largement une réponse au mouvement vaudois, auquel il s’opposait, car il est resté dans le giron de l’Église de Rome. En effet, les vaudois avaient ébranlé l’Église romaine en dénonçant la richesse et la corruption des papes et des prélats, et en prêchant l’Évangile en langue populaire. François, pour sa part, choisit de vivre pauvrement afin que l’on ne puisse lui adresser les mêmes reproches qu’aux vaudois adressaient à la hiérarchie ecclésiastique. C’était une stratégie pastorale réfléchie, mais elle ne saurait servir de modèle pour l’évangélisation. Cette citation, si elle est vraiment de lui, ne fonctionne tout simplement pas.

Nous pouvons mener une vie chrétienne paisible et sainte, faire preuve de bonté et de compassion envers notre prochain. Les gens autour de nous le remarqueront, mais si nous gardons le silence sur notre foi, ils n’auront aucune idée de la raison pour laquelle nous vivons ainsi. Ils concluront probablement que nous sommes une sorte de petit groupe ethnique aux coutumes ancestrales. Mais ils ne feront pas le lien entre notre manière de vivre et l’Évangile de Jésus-Christ, à moins que nous le leur disions.

Je pourrais citer tant d’exemples de personnes qui m’ont relaté les idées farfelues qui circulent à notre sujet autour de nous. Voici quelques exemples entendus à titre personnel :

  1. « Est-ce que votre Église accepte des personnes nées dans d’autres milieux ? » (Réponse : Oui, dans notre assemblée, au moins le quart des membres le sont, et dans certaines assemblées, près de 100 % des membres sont des nouveaux convertis).
  2. Variante : « Votre Église est seulement ouverte aux personnes d’origine néerlandaise ou allemande, n’est-ce pas ? » (Même réponse qu’au numéro 1, en expliquant qu’en effet, pour des raisons historiques, une grande partie des membres sont issus de régions germaniques d’Europe, mais qu’il n’en a pas toujours été ainsi : vaudois en France, Italie, Suisse, Tchéquie, autres groupes aussi dans les Balkans ou dans le Maghreb.)
  3. « Tous vos cultes sont uniquement en anglais, n’est-ce pas ? » (Non, nous cherchons toujours à parler la langue locale, donc, dans les régions francophones, les cultes sont en français, souvent de concert avec une autre langue, comme l’anglais. Tout le monde doit se sentir à l’aise dans l’Église universelle de Dieu.)
  4. « Votre religion vous oblige-t-elle à travailler uniquement pour d’autres membres de votre communauté religieuse ? » (Non, pas le moins du monde. Beaucoup de frère sont employés pas des non-chrétiens, mais il est vrai que nos frères qui ont des entreprises ont tendance à embaucher des personnes ayant les mêmes valeurs, auxquelles ils peuvent faire confiance, car cela rend les choses plus simples et l’environnement de travail avec des chrétiens est plus agréable que là où il y a des gens en colère, des jurons, des blagues obscènes et même parfois des persécutions.)
  5. Une femme, qui avait rencontré 5 ou 6 sœurs de l’Église, avait remarqué que (par hasard) tous leurs prénoms se terminaient par la lettre A. Elle en a conclu que toutes les femmes de l’Église étaient obligées de porter un prénom se terminant par cette lettre. (Je vous rassure, elle a éventuellement rencontré des Astrid, Aimée, Viviane, etc. et s’est détrompée.)
  6. Beaucoup de gens pensent que notre foi est centrée sur des traditions et une certaine vie communautaire. Il y a tant à faire pour les détromper et leur montrer que c’est une foi vivante qui nous habite, une application totale de la Bible.
  7. Tout ceci sans compter les innombrables conversations où j’ai entendu dire « Oui, je crois qu’il y a Quelqu’un là-haut, mais il y a plusieurs chemins au paradis » (ou quelque chose du genre). Ou encore, « Votre foi marche pour vous, mais ça ne marcherait pas pour moi… » ou « Dieu n’envoie personne en enfer (sauf des gens comme Staline et Hitler), on passe juste plus longtemps au purgatoire… » et j’en passe, et des meilleures.

Nous essayons de notre mieux d’expliquer ces choses lorsque les gens nous posent des questions. Mais je remarque qu’il leur faut souvent une bonne dose de curiosité et de courage pour poser ces questions. Qu’en est-il de tous ceux qui n’ont pas eu une occasion de nous poser des questions, ou qui n’en ont pas eu le courage ? Qu’enseigne la Bible au sujet de l’évangélisation ?

L’apôtre Paul affirme en Romains 10.17 : « Ainsi la foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ. » Si les gens voient sans entendre, ils seront dans la confusion. IL FAUT OSER PARLER ! Nous devons employer des mots.

Peut-être y a-t-il un autre problème, plus profond ? En Romains 1.16, Paul déclare : « Car je n’ai point honte de l’Évangile : c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Pouvons-nous honnêtement dire que nous n’avons pas honte de l’Évangile ? Serions-nous gênés ou embarrassés de prononcer hardiment le nom de Jésus ? C’est une question que chacun de nous doit peser en conscience. Un frère exprimait récemment cette conviction : « Je ressens personnellement le besoin d’une plus grande hardiesse pour Christ et pour l’Église. Non pas une proclamation qui s’impose à l’autre, mais un partage librement consenti de ce que j’ai vu et entendu. » L’apôtre Jean écrivait en ce même esprit : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jean 1.3). C’est là l’évangélisation dans sa forme la plus authentique : le témoignage personnel, vécu et annoncé.

L’apôtre Pierre écrivait : « Mais sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur, étant toujours prêts à vous défendre, avec douceur et respect, devant quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous » (1 Pierre 3.15). Il faut toujours être prêt à répondre à ceux qui nous posent des questions au sujet de la foi. Pour ce faire, il faut vivre une vie de prière et lire la Parole régulièrement. Il faut être né de nouveau et obéissant à l’Esprit. Et parfois, l’Esprit nous demandera nous seulement de répondre aux questions des gens, mais aussi de proclamer la vérité à ceux qui n’ont pas tellement envie de l’entendre…

Les silencieux du pays

Aujourd’hui, beaucoup d’anabaptistes-mennonites (surtout les plus conservateurs) s’accrochent malheureusement à une autre expression : être « les gens paisibles du pays ». Ces mots se trouvent dans le Psaume 35.20, une complainte de David lorsqu’il était poursuivi par Saül : « Car ils tiennent un langage qui n’est point celui de la paix, Ils méditent la tromperie contre les gens tranquilles du pays. » Ce verset n’a vraiment rien à voir avec la vie chrétienne d’aujourd’hui, mais il a été saisi il y a des siècles par des piétistes allemands et certains mennonites comme justification pour garder le silence sur leur foi afin d’éviter la persécution.

Les piétistes allemands appartenaient à l’Église luthérienne, une Église d’État qui fermait les yeux face aux innombrables péchés de ses membres. Les piétistes, eux, se réclamaient cependant d’une vie chrétienne régénérée et spirituelle. Pour éviter la persécution, ils se conformaient à tous les rites de cette Église. Cette attitude séduisit les mennonites qui s’établirent en Europe de l’Est : ils pouvaient simplement se tenir cois, garder le silence sur leur foi, vaquer à leurs occupations et se donner l’illusion d’être de vrais chrétiens. Cela ne donna pas de bons fruits : celui qui a honte de parler de sa foi finit bientôt par n’avoir plus de foi dont parler. On parle alors des traditions de son peuple en se persuadant que c’est là la foi chrétienne historique. Rien n’est moins vrai.

Peut-être ce verset a-t-il été mal compris ? La traduction allemande de Luther dit die Stillen im Lande (les silencieux, ou les tranquilles, dans le pays). Luther a peut-être fait là un choix malheureux. Les Bibles françaises utilisent tranquilles, paisibles ou pacifiques ; la Bible italienne Diodati dit pacifici della terra (pacifiques, ou paisibles, de la terre). Ce que David voulait certainement exprimer, c’est la paix, non le mutisme.

Les vaudois l’avaient bien compris avant nous. Poursuivis, dispersés, massacrés, ils n’ont jamais cessé de prêcher. Ils colportaient les Écritures, copiaient des manuscrits, envoyaient des barbes (leurs prédicateurs itinérants) de village en village à travers les Alpes, dans presque toute la France, l’Allemagne, l’Italie, la Flandre et jusqu’en Bohême. Leur témoignage n’était pas silencieux : il était courageux, endurant et fondé sur la Parole. Plusieurs payèrent très chèrement ce témoignage presque téméraire. Voir à ce sujet les exemples de l’Église primitive et des vaudois rapportés dans le Miroir des martyrs.

Menno Simons était un homme de paix, mais il ne croyait pas au silence. Il écrivit : « Les régénérés ne vont pas à la guerre et ne combattent pas. Ils sont les enfants de la paix qui ont forgé leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes, et ne connaissent point la guerre. Ils rendent à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Leur épée est la Parole de l’Esprit qu’ils manient avec une bonne conscience par le Saint-Esprit. » Et encore : « Dans ce but, nous prêchons autant que l’occasion et la possibilité nous le permettent, de jour comme de nuit, dans les maisons et dans les champs, dans les forêts et les déserts, dans ce pays et à l’étranger, en prison et dans les fers, dans l’eau, le feu et sur l’échafaud, sur la potence et sur la roue, devant les seigneurs et les princes, oralement et par écrit, au risque de nos biens et de notre vie, comme nous l’avons fait ces nombreuses années sans relâche. »

Ces paroles de Menno Simons s’opposent tellement à la pensée piétiste qu’en 1829, des ministres de la colonie mennonite de Molotschna, en Ukraine, de tendance piétiste, interdirent la lecture et même la possession des écrits de Menno Simons. Ils prétendirent ne pas vouloir que ces écrits tombent entre de mauvaises mains (celles des autorités russes, par exemple). D’autres soupçonnaient qu’ils ne voulaient pas que leurs propres membres les lisent, craignant qu’ils ne découvrent à quel point ces Églises, qui se réclamaient encore du nom de mennonites, avaient dévié de leur vocation première.

Nous sommes appelés à être la lumière du monde, une ville placée sur une montagne. Une lumière que l’on cache sous le boisseau ne sert à rien. Puissions-nous ne pas avoir honte de laisser cette lumière briller à travers nous : par notre vie certes, mais aussi par la parole prononcée et l’écrit diffusé, car c’est ainsi que la foi vient à ceux qui ne l’ont pas encore.

Naissance du petit Étienne

La fausse promesse de la « parentalité douce »

Article traduit de l’anglais. Article original écrit par le frère Ben Friesen: https://www.roadmaptomorning.com/post/the-false-promise-of-gentle-parenting

Un bref exposé

Le terme « parentalité douce » (gentle parenting) a été introduit dans notre vocabulaire vers 2015 par une auteure britannique nommée Sarah Ockwell-Smith (bien qu’elle n’en soit probablement pas à l’origine). Cette auteure était sans aucun doute bien intentionnée et a tenté d’offrir une alternative aux méthodes dites « traditionnelles » qui semblent dures et intransigeantes pour beaucoup dans la société d’aujourd’hui. Mais qu’est-ce que l’éducation en douceur ? Et ce style est-il une approche sûre pour élever des enfants ? Ce que j’ai trouvé a suscité chez moi des questions et des inquiétudes que j’ai souhaité partager ici.

Commençons par quelques définitions. En voici une, tirée d’un coach parental :

La parentalité douce, également connue sous le nom de parentalité collaborative, est un style de parentalité dans lequel les parents ne contraignent pas les enfants à se comporter par la punition ou le contrôle, mais utilisent plutôt la connexion, la communication et d’autres méthodes démocratiques pour prendre des décisions ensemble en tant que famille. (Danielle Sullivan, coach parental, à Lafayette, au Colorado)

En voici une autre :

La parentalité douce est un moyen d’élever les enfants sans honte, sans blâme et sans punition. Elle est centrée sur le partenariat, les parents et les enfants ayant tous deux leur mot à dire dans ce style de collaboration. Les parents et les personnes qui s’occupent des enfants qui pratiquent l’éducation en douceur le font en guidant leurs enfants avec des limites cohérentes et compatissantes, et non avec une main ferme (parents.com).

Et enfin :

La parentalité douce est une approche de l’éducation des enfants qui met l’accent sur l’empathie, le respect et la compréhension plutôt que sur la punition ou le contrôle autoritaire. Elle se concentre sur l’entretien d’un lien parent-enfant fort, encourage la communication positive et enseigne aux enfants la régulation émotionnelle et la capacité à résoudre les problèmes. Au lieu de recourir à une discipline sévère, l’éducation douce consiste à fixer des limites claires avec gentillesse et patience, en guidant les enfants à travers leurs émotions et leurs comportements. Cette approche a pour avantage de favoriser un attachement sécurisant, de promouvoir l’autodiscipline, d’améliorer l’intelligence émotionnelle et d’instaurer un respect mutuel entre le parent et l’enfant. Elle peut également conduire à des enfants plus coopératifs et plus confiants, car ils se sentent soutenus et compris dans leur croissance émotionnelle et développementale (Dr. Ayoush Saxena).

Comme nous pouvons le voir à partir de ces définitions, il y a des idées qui sont bonnes, louables et qui méritent d’être mises en pratique. Nous nous efforçons de nous connecter mentalement et émotionnellement avec nos enfants ; nous nous efforçons d’entretenir des liens solides entre parents et enfants ; nous nous efforçons de comprendre, d’écouter et de communiquer. Nous voulons être patients, gentils et aimants.

D’un autre côté, certains aspects de ces définitions suscitent de sérieuses réserves. Des partenariats enfants-parents et des processus démocratiques à la place d’un leadership clair et bien défini ? Des approches douces au lieu d’une main ferme ? Pas de punition ni de contrôle ? Même les meilleures techniques parentales n’entraîneront-elles pas, en cas de désobéissance ou de résistance, de la honte, de la culpabilité ou des reproches ?

D’après ce que j’ai observé, entendu et lu, j’en suis venu à penser que la parentalité douce n’est peut-être pas si douce que cela. En effet, le terme semble chaleureux, confortable et attachant ; mais pourquoi est-ce que je ressens un net refroidissement dans l’air, une pointe d’amertume, un courant d’air glacial presque toutes les fois qu’il en est question ? Pourquoi est-ce que je crains que les enfants élevés selon ce style d’éducation ne soient laissés à la dérive et dans le froid ? Je ressens de la tromperie et de l’escroquerie. Pourquoi ? Parce que la vie sur la planète Terre, à bien des égards, n’est pas douce. Elle n’est pas gentille. La réalité peut être brutale, sauvage et vicieuse.

Ces éléments du nouvel âge affirment que les anciennes méthodes traditionnelles sont dures, contrôlantes, autoritaires, cruelles et intransigeantes. Ces méthodes traditionnelles ne sont pas sans inconvénient ni risque, mais ce sont elles qui ont produit les explorateurs et les pionniers intrépides, les inventeurs et les innovateurs curieux, ainsi que les dirigeants et les légendes les plus efficaces de l’histoire de notre nation. Ces méthodes, lorsqu’elles sont appliquées correctement, produisent une chose étrange appelée « le cran », qui est un mélange subtil de courage, de bravoure, de résilience et de force.

Y a-t-il eu des abus avec les anciennes méthodes ? Bien sûr, il y aura toujours des déviances, des distorsions et des fossés. Cela vaut pour beaucoup de choses bonnes et justes. Le vrai problème est qu’en supprimant les anciennes méthodes, nous risquons de jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous ferions bien d’examiner très attentivement les raisons des clôtures avant de les supprimer. Depuis des milliers d’années, les enfants sont élevés essentiellement de la même manière, c’est-à-dire d’une manière fondée sur la Bible à bien des égards. Bien sûr, les cultures et les religions varient considérablement, mais les enfants ont été traditionnellement élevés d’une manière étrangère aux techniques parentales douces. Ce n’est que depuis une quinzaine ou une vingtaine d’années que des esprits libéraux ont introduit l’idée que l’ancienne méthode constituait une maltraitance. Le monde s’en porte-t-il mieux ? Moins de criminalité, moins de toxicomanie, moins de dysfonctionnements ? Je ne le crois pas.

Certains types d’abus sont faciles à définir. D’autres le sont moins. La parentalité douce comporte un potentiel très réel pour un type d’abus qui est dissimulé dans la subtilité et qui n’est pas clairement perceptible à première vue. Envoyer un guerrier au combat sans l’entraînement ou les outils adéquats pourrait être qualifié de maltraitance. Envoyer un enfant à l’école, un jeune à son premier emploi ou un jeune adulte dans le mariage sans les outils nécessaires pour affronter la vie avec toutes ses déceptions, ses rigueurs et ses réalités me semble être une forme de maltraitance. Dans cette optique, la parentalité douce devient, à tout le moins, un mauvais service.

La plupart d’entre nous sont câblés pour apprendre à la dure. Certains adultes peuvent apprendre des erreurs des autres, mais peu d’enfants sont capables de le faire. Les leçons les mieux apprises sont souvent celles qui sont servies par la douleur, la honte et la culpabilité, les aspects exacts que la parentalité douce s’efforce de diminuer et d’effacer de la vie d’un enfant. Les coups durs de la vie ne s’oublient pas facilement. Je pense que l’on peut dire que la cuisinière chaude ne s’oublie jamais. Une vie émotionnellement sédentaire axée sur le confort et la protection contre les luttes, les sacrifices, les conflits et la douleur ne produit pas un adulte discipliné capable de naviguer dans le monde dans lequel nous vivons. Et je ne crois pas qu’elle produise un adulte capable de naviguer dans notre propre monde intérieur fait d’appétits égoïstes, de sentiments peu fiables et d’émotions fluides et inconstantes.

Comme on l’a dit, si les parents ne forment pas leurs enfants, c’est la société qui le fera, et cette voie est la plupart du temps celle du chagrin, de l’inconfort et de la tristesse.

Des voix s’élèvent dans la société pour dénoncer les effets négatifs d’une éducation douce. Matt Walsh, commentateur vedette et animateur de balado, a déclaré que « l’éducation douce produit des personnes qui ont droit à l’erreur, qui se complaisent dans leur propre rôle et qui sont faibles ». Il ajoute que « l’éducation à l’ancienne a fait ses preuves. Elle nous a aidés à passer des huttes aux gratte-ciel. Elle a produit des enfants qui sont devenus des pionniers et des guerriers ».

L’éducation douce commence tout juste à être étudiée par les chercheurs en psychologie et les résultats préliminaires ne sont pas positifs. Ce qu’ils ont découvert, c’est que les parents sont à la dérive dans l’idéologie, c’est-à-dire sans guide ou direction claire, et qu’ils souffrent d’épuisement professionnel et d’épuisement. Les chercheurs ont déclaré que « les parents font tant de choses avec les meilleures intentions, mais ironiquement, ils peuvent rendre un mauvais service avec tous les soins prodigués et les discussions cérébrales et capiteuses qu’ils ont avec leurs enfants… L’approche parentale douce pourrait ne pas servir leurs enfants tout en s’épuisant elle-même » (Macalester College, 2024). Ces chercheurs ont également noté que les nobles idéaux de l’éducation douce, tels que le maintien des limites et la prise de décisions partagées, semblent bons, mais sont très difficiles à expliquer, et encore plus difficiles à mettre en œuvre au niveau pratique.

À ce stade de notre discussion, j’ai envie de faire une mise en garde importante. Je me demande si, au sein de notre culture chrétienne et de notre Église, il n’y a pas eu parfois des malentendus concernant une approche traditionnelle par rapport à une approche plus douce ou plus connectée de l’éducation des enfants. Ceux d’entre nous qui travaillent dans le domaine de la santé mentale et émotionnelle et qui se sont occupés d’enfants adoptés ou placés en famille d’accueil, ont encouragé l’éducation des enfants en mettant l’accent sur la connexion et la communication, tout en recommandant d’éviter la plupart des types de châtiments corporels. Il convient de préciser que ces directives ont été formulées dans un contexte de traumatisme, d’abus et de négligence. Ces distinctions sont importantes. Souvent, chez les enfants qui ont été victimes d’abus, une fessée, par exemple, est contre-productive et n’apporte pas le résultat escompté. Chez certains enfants issus de milieux difficiles, la fessée aggrave le comportement. Je ne dis pas qu’il en est toujours ainsi, chaque enfant est différent, et chaque enfant doit être élevé dans la crainte et l’attention du Seigneur. Mais ce qu’il faut retenir ici, c’est qu’il faut rechercher la sagesse et faire preuve de prudence lorsqu’on utilise une méthode de punition plus sévère. Il faut faire en sorte que les enfants qui ont subi un traumatisme se sentent en sécurité et aimés avant d’explorer diverses méthodes de punition, de discipline et de formation.

En conclusion. Il semble que, pour réussir son rôle de parent et élever une personne bien équilibrée et adaptée, il soit préférable d’adopter une approche intermédiaire stimulante. Il est impératif pour un père et une mère d’établir un lien émotionnel avec leurs enfants ; il est impératif de leur montrer de la gentillesse, de la miséricorde et de la compassion, car c’est en montrant ces qualités que nous les définissons et que nous les modélisons. Mais la voie du milieu comporte aussi le jugement et la justice, la récompense et la punition. C’est ainsi que ces valeurs sont introduites et qu’elles deviennent la partie inévitable de la vie. Un enfant bien adapté connaîtra bien les sentiments de culpabilité, mais aussi la rédemption et le pardon, ainsi que la libération de cette culpabilité. Les parents qui guident leurs enfants à travers la perte et la déception, sans les dorloter ni les protéger, leur rendent service et, en fin de compte, les guident vers la résilience et la force.

Ben Friesen

Je souhaite à tous bénédictions, bienfaits et beauté pour la nouvelle année.

Au sujet des assurances

“Au cours de ma vie, je me suis assuré contre tout, sauf contre la mort. Et maintenant, je dois mourir sans y être aucunement préparé.” – auteur inconnu

Êtes-vous assuré contre la mort?  Vous savez où se trouve la réponse…

Mais que penser des autres assurances? Qu’en dit la Bible?

Selon les Écritures, la sécurité d’un chrétien se trouve en Dieu et en sa providence. Ce principe est enseigné clairement dans la Parole de Dieu. Par conséquent, nous ne croyons pas qu’un chrétien doit assurer ses biens avec les compagnies d’assurance de ce monde.

« Mieux vaut chercher un refuge en l’Éternel que de se confier à l’homme » (Psaume 118.8).

« Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, qui prend la chair pour son appui, et qui détourne son cœur de l’Éternel » (Jérémie 17.5).

« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6.33).

« Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car lui-même prend soin de vous » (1 Pierre 5.7).

Dieu, dans son amour et pouvoir infini, pourvoit pour ceux qui lui appartiennent dans toutes les circonstances de la vie. « Ne vend-on pas cinq passereaux pour deux sous ? Cependant, aucun d’eux n’est oublié devant Dieu. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point : vous valez plus que beaucoup de passereaux » (Luc 12.6-7).

Presque tous les biens de Job ont été dérobés, consumés par le feu ou emportés par le vent. Toutefois, il est demeuré ferme dans sa confiance en l’Éternel et disait : « L’Éternel a donné, et l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni » (Job 1.21).

L’économie moderne tend à ébranler la foi des croyants en Dieu en matière d’assurance. Il s’agit là d’un défi pour les chrétiens de résister aux tentations matérialistes et de placer leur confiance non pas dans les finances, mais dans les promesses divines. Les chrétiens regardent aux promesses de Dieu pour leur sécurité et ils évitent, autant que possible, d’avoir recours aux compagnies d’assurance du monde.

L’acquisition d’un contrat d’assurance vie est clairement défendue aux membres de l’église de Dieu. Outre les réserves émises à l’égard d’autres types d’assurance, l’assurance-vie dévalorise et commercialise la vie humaine, que nous considérons comme sacrée, et elle s’oppose aux enseignements bibliques.

Les chrétiens sont attentifs à la responsabilité de chaque personne de prendre soin d’elle-même et de ses possessions. Il est parfois avancé que souscrire une assurance pour ses biens, sa santé ou sa vie est une bonne gestion financière et évite de devenir dépendant des autres. Bien que ceci soit un raisonnement logique selon « les rudiments du monde » (Colossiens 2.8), cela mine la foi d’un chrétien dans le pouvoir de Dieu.

La famille de Dieu a le devoir et l’honneur de supporter les fardeaux les uns des autres. Elle doit aussi partager avec ceux qui ont souffert, selon 2 Corinthiens 8. Cette tâche peut être accomplie par les dons personnels d’amour, ou par les opérations des programmes d’aide mutuelle gérés par l’Église. De cette façon, celui qui donne et celui qui reçoit sont tous deux bénis et Dieu est glorifié. « Et mon Dieu pourvoira à tous vos besoins selon sa richesse, avec gloire, en Jésus-Christ » (Philippiens 4.19).

Le pharisaïsme

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/30/pharisaism/

L’ère de l’Ancien Testament prend fin avec Esdras, Néhémie et Malachie. De nombreux Juifs étaient revenus de captivité, les murs de Jérusalem avaient été reconstruits et le second temple était en cours de construction. Selon une ancienne source juive, cinq éléments manquaient dans le second temple par rapport au premier : l’Arche de l’alliance, qui contenait le propitiatoire ; le feu sacré qui était tombé du ciel lors de la dédicace du premier temple et qui brûlait continuellement ; la chékhina, la nuée le jour et la colonne de feu la nuit, qui se trouvait au-dessus du propitiatoire ; l’ourim et le thoummim par lesquels le souverain sacrificateur recevait les réponses de Dieu ; et le Saint-Esprit. En outre, il n’y a pas eu de prophètes depuis Malachie jusqu’à Jean-Baptiste. Ainsi, pendant 400 ans, Dieu n’a pas eu son mot à dire dans la vie spirituelle du peuple juif.

Au moins trois groupes ont émergé durant cette période : les esséniens, les sadducéens et les pharisiens. Les esséniens vivaient en communauté, développaient des croyances mystiques et ne maintenaient qu’un contact limité avec la vie religieuse du reste du peuple. La plupart des prêtres et des scribes étaient des sadducéens, qui s’accrochaient à leur position de respect, mais qui pensaient de manière largement matérialiste. Ils ne croyaient pas aux anges ni à la résurrection des morts.

Il semble que les pharisiens auraient dû être « les bons » ou « les gentils ». Ils étudiaient les Écritures, s’efforçaient de respecter la loi et d’éviter les corruptions du monde. Ils croyaient aux anges et à la vie après la mort. Mais quelque chose a terriblement mal tourné. Bien qu’ils soient grandement respectés pour leur mode de vie irréprochable, leurs cœurs étaient devenus insensibles, ne laissant transparaître aucune once de compassion. Jean-Baptiste les a qualifiés de « génération de vipères ». Jésus les a qualifiés d’hypocrites, « car vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, tandis qu’au-dedans vous êtes pleins de rapines et d’intempérance » (Matthieu 23.25).

Le pharisaïsme, c’est se croire plus juste que les autres en raison d’une pratique religieuse stricte, tout en dissimulant des pensées et des actions impures. C’est cette forme de « conservatisme rigide » qui érige en preuve unique de la foi l’observance formelle des rites, sans tenir compte de l’état interne. Il a toujours été une tentation pour ceux qui voient une dérive vers la mondanité dans leur communauté religieuse, mais qui n’ont aucune vision ou connaissance de la puissance du Saint-Esprit qui conduirait à une piété authentique. Certains groupes mennonites sont tombés dans ce piège, ainsi que la branche Raven-Taylor des Frères de Plymouth (darbystes) et d’autres groupes.

Bob Goodnough

Le piétisme

La piété sans contraintes ?

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/26/pietism-2/

Jésus a dit : « La lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises » (Jean 3.19). L’apôtre Paul a écrit : « Et ne prenez aucune part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais bien plutôt condamnez-les » (Éphésiens 5.11). Les personnes qui ont été poussées par le Saint-Esprit à vivre leur relation avec Dieu dans une véritable piété sont devenues une lumière qui a révélé le mal dans le monde qui les entourait. Il n’est pas étonnant que cela ait attiré sur eux les feux de l’opposition et de la persécution.

Mais certains désiraient le même type de relation personnelle avec Dieu, sans devoir s’attirer des ennuis. À la fin du XVIIe siècle, un mouvement a vu le jour au sein de l’Église luthérienne d’Allemagne, connu sous le nom de piétisme. Les piétistes mettaient l’accent sur la relation personnelle avec Dieu et la droiture morale, tout en restant membres de l’Église luthérienne, en participant régulièrement à la communion et en amenant leurs enfants au baptême.

L’appellation « les tranquilles du pays » (die Stillen im Lande) était le qualificatif attribué à ce mouvement religieux qui mettait l’accent sur la foi personnelle, la spiritualité intérieure et la vie morale plutôt que sur le formalisme et l’orthodoxie théologique.

Ils avaient choisi de considérer uniquement leur ressenti interne comme indicateur exclusif de leur dévotion, ignorant ainsi toute contrainte doctrinale, œuvre ou preuve scripturaire. Étant donné qu’ils ne comptaient que sur leur sentiment intérieur, ils accordaient une importance disproportionnée aux expériences spectaculaires et émouvantes plutôt qu’à l’obéissance à Dieu, qui devrait découler naturellement d’une véritable soumission à sa volonté.

Lorsque l’impératrice Catherine II de Russie [d’origine allemande elle-même] lança un appel aux colons allemands pour peupler ses territoires nouvellement conquis en Ukraine, un grand nombre de luthériens, de catholiques et de mennonites germanophones répondirent à l’appel. La plupart de ces colons allemands étaient des luthériens piétistes. Environ 20 % d’entre eux étaient des mennonites prussiens. La langue allemande étant leur passeport pour cette nouvelle terre, ils abandonnèrent tout usage persistant de la langue néerlandaise et devinrent exclusivement germanophones. Ils étaient las des restrictions et des difficultés qu’ils avaient rencontrées à cause de leur foi et ils acceptèrent volontiers le concept piétiste d’être « les plus tranquilles du pays ».

En l’an 1835, les 29 dirigeants et ministres de la colonie de Molotchna ont émis une directive interdisant à leurs membres de consulter les écrits de Menno Simons et exigeant la restitution de tous les exemplaires du livre. La raison invoquée était que si l’un de leurs voisins ou des représentants du gouvernement lisaient le livre, ils auraient tous des ennuis. Certains membres soupçonnèrent que les ministres avaient plus peur que leurs fidèles ne lisent le livre et n’apprennent combien leur Église s’était éloignée de la foi et de la vie décrites par Simons.

Il semble donc que, si la peur de l’opposition nous pousse à maintenir la communion avec ceux qui vivent dans les ténèbres, alors nous avons abandonné la foi. Bien que nous puissions partager des histoires émouvantes et des expériences chaleureuses, l’absence de résultats tangibles devrait nous alerter sur la nature véritable de notre relation avec notre Créateur.

Bob Goodnough

La piété

Traduction d’un article en anglais paru sur le site : https://flatlanderfaith.com/2024/10/24/piety

Le terme grec Eusebia, tel qu’il est défini dans le Vine’s Expository Dictionary of New Testament Words, signifie « la piété, une disposition favorable à l’égard de Dieu qui conduit à accomplir ses désirs ». Ce concept est généralement rendu par « piété » dans les versions françaises, « pietà » dans les versions italiennes et « godliness » dans la version AV/KJV en anglais.

La piété se caractérise par une relation vivante avec Dieu, la soumission à sa volonté et l’obéissance au Saint-Esprit. L’abnégation et le fait de porter la croix, la volonté d’obéir à Dieu quoi qu’il en coûte, sont essentiels à la piété. Il leur dit à tous : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix, et qu’il me suive » (Luc 9.23). « Et quiconque ne porte pas sa croix, et ne me suit pas, ne peut être mon disciple » (Luc 14.27).

La piété n’est pas un jugement ni une défense, mais une paix. Elle n’est pas vantarde, mais la lumière de la présence de Dieu sera perçue par les autres. La piété est aimable et compatissante envers tous, quels que soient leur origine ethnique, leur statut social ou leurs moyens économiques.

La piété est capable de percevoir les aspirations spirituelles des autres, y compris de ceux qu’elle aurait pu regarder de haut. Elle est capable de voir Christ en des personnes d’origines diverses et de reconnaître ceux qui sont frères et sœurs dans la foi. « Ici il n’y a ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni Barbare ni Scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout en tous « (Colossiens 3.11).

Menno Simons évoque une doctrine pure, un usage scripturaire des signes sacramentels, un amour fraternel sincère, l’obéissance à la Parole, une profession hardie de Dieu et de Christ, ainsi que l’oppression et les épreuves endurées à cause de l’amour pour la Parole du Seigneur comme des signes permettant d’identifier l’Église de Christ. C’est cela la piété, la vraie, et je suis convaincu qu’il y a beaucoup de gens, non loin de nous, qui aspirent à trouver un endroit où ils peuvent faire l’expérience d’une telle communion.

Le Miroir des Martyrs est un témoignage des persécutions et des tribulations vécues par des personnes d’une grande piété pendant les siècles passés. Il s’agissait de personnes très semblables à nous, sans doute tout aussi enclines à la timidité et à la peur que nous le sommes. Pourtant, ce livre n’est pas déprimant. Il relate le triomphe de la foi, la façon dont Dieu a soutenu ses enfants dans leurs épreuves. C’est l’histoire de la victoire de la foi et de la piété sur tout ce que le monde maléfique peut leur opposer.

Bob Goodnough