Souvenirs d’enfance

Mon ami précieux, dis-moi, t’en souviens-tu ?
Ils s’appelaient Nanou, Gaby, Mimi, Lulu.
Il y avait aussi Raymond, Guy et Laurence.
Les fidèles compagnons de notre tendre enfance

Ils sont présents encore dans tous nos souvenirs,
Vivant les aventures qui restent en nos mémoires.
Et leur vie est liée à notre propre histoire,
Celle d’un temps révolu, où l’on a su souffrir.

C’était pendant la guerre ou bien l’occupation.
Rares étaient les voitures et la circulation.
Chacun se déplaçait à pied, à bicyclette.
À nous donc, la chaussée, en tacots à roulettes.

Et chaque jour, se retrouvant après l’école,
Goûter en main, on mange, on parle et on rigole,
Heureux ensembles. On boit l’eau fraîche du lavoir.
On joue passionnément avant de faire ses devoirs.

On joue à la balle au chasseur, à chat perché.
Ou bien aux billes qu’avec adresse il faut tirer.
Ce soir-là, nous parlions, assis près du bassin,
Quand arrivent, oh surprise ! les Américains.

Qu’ils nous semblèrent grands et forts ces militaires
Jeeps arrêtées, moteurs vibrants, ils nous hélèrent.
Ils mastiquaient du chewing-gum et nous donnèrent
Des friandises et du vrai café pour nos mères.

L’Amérique débarquait avec ses trésors,
Les pages de la guerre, pour nous, se refermaient.
Une ère nouvelle venait de prendre son essor,
Que rien dans l’avenir, jamais n’arrêterait.

Car, peu à peu, dans l’inconscience,
Les choses anciennes sont passées.
Des restrictions vers l’abondance,
Les mentalités vont glisser.

On ne va plus chez la mercière
Pour vingt centimètres de galon.
On commande la bobine entière,
C’est l’ère de la consommation.

Le bruit du marteau sur l’enclume
Révélant le maréchal ferrant,
Comme l’odeur de la corne qui brûle,
S’en sont allés, avec le vent.

Plus d’atelier la porte ouverte,
D’artisan qu’on voyait travailler.
Sur les toits des maisons recouvertes,
Finis les chants du charpentier.

Comme tout a changé au cours de notre vie !
Qui se souvient des ans où nous avons grandi ?
Qui parle encore de vous, Nanou, Gaby, Mimi ?

Vous êtes ma jeunesse et mon trésor perdu,
Une saison passée de ma vie révolue,
L’espace dont je garde encore la nostalgie,
Un goût lointain, la suggestion de l’infini.

Vous êtes l’herbe verte et qui s’est desséchée,
La fleur odoriférante dont l’éclat s’est fané,
Le souffle ténu d’une gloire éphémère,
De simples passagers disparus de la terre.

-Annick Markmann

Pardonner

La maîtresse se lève, il est l’heure de partir.
Vite se dit l’enfant, qui s’apprête à sortir.
Cartable sous le bras, elle court empressée.
Elle a vu au bazar un service à café.

Six tasses, six soucoupes qu’elle veut pour sa Maman,
Un décor japonais dans un coffret charmant.
Elle a compté ses sous. Si ce n’est pas trop cher,
Quel merveilleux cadeau pour la fête des Mères !

Elle pousse la porte, le timbre carillonne.
Oui, elle peut acheter, l’enfant s’en émotionne.
On le met de côté pour elle jusqu’à jeudi.
Maintenant il lui faut rattraper ses amis.

Elle a peur, l’enfant, de rencontrer Germaine,
Sa voisine de classe qui la traite avec haine.
Et qui, sans qu’on la voie, à l’aide d’un crochet
Déchire ses vêtements, l’enferme aux cabinets.

L’enfant court, vole, afin de pouvoir rattraper
Sa chère amie Andrée et ses frères plus âgés.
Elle veut se joindre à eux jusques à sa maison.
Germaine dépitée l’injurie sans raison.

Ses bons amis l’ont protégée, sa joie est vive.
Merci, Andrée, Luc et Vincent, l’enfant arrive.
Voici la porte, laquelle n’est pas fermée à clé,
Il suffit de pousser, la serrure est cassée.

On entre ainsi dans la cuisine, pièce de vie.
La tapisserie aux tons passés reste fleurie.
Rien n’est précieux dans ces lieux désuets,
De vieux meubles cirés en gardent les secrets.

Le trésor de l’endroit, ce sont ses habitants.
Il n’y a rien à prendre lorsqu’ils sont absents.
Un poste de radio sur un buffet sculpté
Y côtoie une boîte faite de bois doré.

Ce coffret, qu’on appelle la boîte à offenses,
Est plus simple d’emploi que ne l’est la vengeance.
À l’intérieur, de quoi écrire rapidement,
Un briquet à molette ; une longueur de ruban.

L’enfant en sort feuille et crayon puis écrit :
« Germaine, en classe, a tout déchiré mes habits.
À la récré, dans les toilettes, elle m’a bloquée »
« Le grand-père de Josette voulait m’humilier. »

Elle signe ce dépôt de son simple prénom,
Le place dans la boîte avec le crayon.
Le dernier jour de la semaine, le samedi,
On se lave le corps et l’on pardonne aussi.

Lorsque tous sont propres et avant le dîner
Son père met sur la table la boîte concernée.
Il ajoute une assiette, et le ruban noué.
Chacun prend le papier qu’il a un jour signé.

Et devant la famille qui s’est rassemblée,
Les offenses vécues sont alors exposées.
La mère de l’enfant redoutant la violence
Ira voir la maîtresse pour plus de vigilance.

Le Grand-père de Josette, eh bien, qu’avait-il dit ?
L’enfant porte à Josette ses devoirs par écrit,
Car Josette est malade. Et l’enfant écrit bien.
« Belle écriture, science des ânes », dit le doyen.

C’est un temps solennel, et l’enfant va parler :
« À Germaine qui m’a, à l’école attaquée,
Je choisis librement d’accorder mon pardon.
Un choix irrévocable et signé de mon nom. »

« Et je pardonne aussi au grand-père de Josette. »
Elle fait alors brûler son papier dans l’assiette.
Puis elle défait le nœud dans le ruban formé,
« Je libère maintenant tous ceux qui m’ont blessée. »

Autour de la table, successivement on pardonne.
Offenses effacées, la liberté est bonne.
Il est l’heure de dîner, le repas est si bon
Quand le cœur est léger par l’accord du pardon.

-Annick Markmann

Le mot

Attention, j’entre en scène, les trois coups sont frappés.
Je vais dire un seul mot, tu ne vas pas l’aimer.
C’est un mot tout petit que tu m’as dit haïr.
Pourtant ce mot maudit, laisse-moi te le dire.

« Pécher. » « Les péchés. ». « Le péché. »
C’est un mot, c’est un verbe à conjuguer : « Pécher. »
Une action que je fais, je m’en donne le droit.
Je choisis de la faire ou la fais malgré moi.

« Les péchés ». Ils sont là, car je les ai commis.
Je peux les ignorer, ils restent sur ma vie.
Mais je ferme les yeux, ça n’appartient qu’à moi.
Mes péchés sont cachés, personne ne les voit.

Nom commun singulier à mon être attaché,
« Le péché » vit en moi et j’en suis héritier.
Il habite en mon âme et depuis ma naissance
Il domine sur moi, j’en ai pris conscience.

Il ne me gênait pas, mais voici qu’un jour J,
J’ai commis un péché qui bouscula ma vie.
Mon péché était là et j’en fus tourmentée.
Je me dis ; « J’ai eu tort, mais comment réparer ? »

« J’ai fait ce qui est mal et condamné en autrui,
Je voulais faire le bien, je n’ai pas réussi. »
J’avais déjà tenté et voulu résister,
Je n’avais pas la force de vaincre le péché.

J’avais parfois choisi de tricher, de mentir,
Mais à ce moment même, je peux bien te le dire,
J’ai pleuré d’impuissance, comment sortir de là ?
Jésus avait vaincu, je ne le savais pas.

Pour que l’homme soit libre, Christ a payé le prix
La liberté s’acquiert, mais ce n’est pas gratuit.
Tu me dis préférer une vie entachée,
Simplement tu refuses qu’on parle de péché.

Voilà que je t’ennuie, car à tout bien peser,
Si Dieu n’existait pas, pourquoi se purifier ?
Tu nommes liberté ce que Dieu nomme souillure,
Tu as d’autres principes, le plaisir est plus sûr.

Tu sais bien cependant que ce que tu refoules
Reste inscrit en toi-même, t’enveloppe d’un moule.
Tu deviens insensible et ton cœur s’endurcit,
Car te voilà esclave de ton péché chéri.

Mon ami, repens-toi et sors du péché.
Avec Jésus-Christ on n’est plus prisonnier.
Je sais de quoi je parle et je vis libérée,
Par la grâce de Dieu, du pouvoir du péché.

Annick Markmann

Mission

Il y a de cela des centaines d’années,
dans la forêt profonde, au sein d’une tribu,
un missionnaire était venu pour annoncer,
le pardon des péchés, par la mort de Jésus.

Cette Bonne Nouvelle, il vint la proposer,
à des hommes sanguinaires, vivant en débauchés,
adorant mille dieux tous plus exigeants
et à qui ils offraient des sacrifices sanglants.

C’était une mission difficile, dangereuse,
d’autant que la tribu se trouvait gouvernée,
par une reine tyrannique et ombrageuse,
qui invita notre prêcheur à déjeuner.

Quel présent offrir à l’hôtesse redoutable ?
Il ne possédait rien que sa prédication
révélant à toute âme ce qu’elle a d’abhorrable
afin qu’elle se repente, change de direction.

Il se souvint avoir, au fond de son bagage,
un miroir face-à-main, à monture d’argent,
lui venant de sa mère, gardé précieusement.
Il alla à la reine, offrir son héritage.

La femme l’attendait. Il donne selon l’usage,
son cadeau dont l’éclat révélait la valeur.
Mais lorsque l’hôtesse y mire son visage,
elle pousse un grand cri en découvrant l’horreur.

Car la dame était laide, d’une grande laideur.
Jeté à terre, le miroir qu’elle piétine est brisé.
Les gardes ont saisi notre prédicateur,
qui osait dévoiler péchés, défauts cachés.

Annick Markmann

Je ne le savais pas

J’avais pris l’habitude, au temps où j’enseignais,
de m’occuper d’abord, de toute ma maison.
Et le soir venu, lorsque tous dormaient,
je préparais mes cours, faisais les corrections.

Ce soir-là, cette nuit, car très tard il était,
j’avais enfin fini tout ce qui m’incombait,
mon cartable était prêt, ma journée prenait fin,
je pouvais me coucher, dormir jusqu’à demain.

J’étais lasse à l’extrême de cette vie terrible,
sans jamais une pause, sans atteindre une cible.
Les jours se succédaient et j’étais épuisée.
Je me sentais si seule et tellement chargée.

Je n’avais plus la force de lutter pour survivre.
J’aspirais à partir vers un lieu de repos
où je serais comprise, déchargée des fardeaux.
C’était trop lourd pour moi, je ne voulais plus vivre.

Mais j’étais partagée, car j’aimais mes enfants.
Ils étaient fragiles, jeunes encore, ils m’aimaient.
Et que deviendraient-ils si je disparaissais ?
Il y avait mon mari et aussi mes parents.

Vue de l’extérieur, seule je n’étais pas.
Et pourtant je l’étais au plus profond de moi.
Quelqu’un sonde nos cœurs et nos reins, il nous voit.
Quelqu’un me connaissait, je ne le savais pas.

Avant de me coucher, mes enfants j’embrassais.
Dans sa chambre chacun paisiblement dormait.
Un baiser sur le front et puis je ressortais.
Un désespoir sans nom, ce soir-là m’étreignait.

Malgré tous ceux que j’aime, ai-je alors pensé,
je me sens seule au monde, ça ne peut pas durer.
Quittant la chambre de mon fils, je pleurais,
alors sur mon épaule, une main se posait.

Une main irradiant courage, amour réel.
Et une voix très douce à mon cœur parlait :
« Tu n’es pas seule, moi je suis là. », dit-elle.
Peine et pensées de mort, à l’instant, s’enfuyaient.

Une douce présence de paix m’enveloppa.
Qui était près de moi, qui me parlait ainsi ?
Sans hésiter, c’était le Prince de la Vie,
Je n’en ai pas douté, Jésus-Christ était là.

J’ai retrouvé des forces et un sens à ma vie.
Il est intervenu à de nombreux instants.
Je me souvins qu’Il est la Parole et je lis,
la Bible chaque jour, depuis ces doux moments.

Il est comme un ami, Jésus, mon Rédempteur.
Je ne suis jamais seule, son Esprit me conduit.
Dans les jours difficiles, il est mon sûr appui.
Il est fidèle et bon, en Lui est le bonheur.

– Annick Markmann

Paladru

  1. Paladru

L’horizon a lancé sa courbe au bout du monde,
dans la profondeur bleue de l’infini des nues.
Les rayons du soleil qui plonge là, inondent,
de reflets d’or et d’ambre, le lac de Paladru.

Tout près du ciel, au plat sommet de la colline,
dans les mauves bruyères, le safran des genêts,
trois croix sont élevées. Sombres, elles dominent
le creux vallon que déjà, le crépuscule revêt.

Et ces trois croix qui sur les cieux se dessinent,
rappellent à mon cœur les croix de Golgotha.
La lumière s’y attarde bien que le jour décline
sur la campagne qui s’estompe en contre- bas.

Une brune alouette plane, plonge et se pose
au faîte d’un poteau qui borde mon sentier.
Dans le silence du moment, l’oiseau compose,
un hymne qui s’élève en notes nuancées.

C’est un instant privilégié avant nuit noire,
temps de recueillement, temps mystérieux.
Un temps rempli de paix profonde, d’espoir.
Je m’abandonne, confiante, aux plans de Dieu.

Annick Markmann

Il était une foi (recueil de poèmes)

Voilà bien des années depuis que j’ai écrit ou publié des poèmes. Et pourtant, la poésie chrétienne, qu’elle soit chantée ou déclamée, me paraît l’une des formes d’expression les plus touchantes et inspirantes. Elle parvient souvent à exprimer au moins en partie les bouleversements du cœur, ainsi que la grandeur de Dieu qui nous a donné un riche langage à dessein. Nous nous devons d’employer notre langue pour sa gloire et non pas la réduire seulement à un vocabulaire utilitariste de la vie matérielle.

J’aime beaucoup la poésie, mais j’ignore si je suis poète.

Cependant, une dame de 85 ans avec qui j’écris depuis 2016, m’a demandé de publier sa collection de 48 poèmes dans mon cercle d’amis et de lecteurs. Le recueil s’intitule « Il était une foi ».

Voici ce que l’autrice, Annick Markmann, qui habite à Poilley en Bretagne, dit au sujet de la diffusion de son œuvre, sur laquelle il n’y a pas de droits réservés :

« Je me permets de vous joindre le petit livre que j’ai rédigé et dont je vous avais parlé. Il s’adresse, finalement, comme vos traités, plus aux inconvertis qu’aux chrétiens. Je le fais circuler le plus possible. Si Dieu peut s’en servir pour sauver quelques personnes, c’est mon but. Que Dieu soit béni pour l’amour qu’il porte à tous les hommes.

Certainement, je suis d’accord pour que vous diffusiez ces poèmes sur votre blogue. Si ces petites histoires peuvent aider au salut de quelque personne, je n’ai pas d’autre but que cela.

Les mois passent à toute vitesse, les évènements portent à penser au retour proche du Seigneur Jésus.

Avec le témoignage de ma reconnaissance.

Que Dieu vous bénisse,

Annick Markmann »

Je demande cependant que par respect pour œuvre et par honnêteté, vous citiez l’autrice si vous rediffusez ce contenu. Si Dieu le permet, je vais commencer à publier ces poèmes au rythme de 1 par semaine, ce qui devrait donc se répartir sur presque 1 an. Tous les poèmes seront publiés dans l’ordre qu’elle les a placés dans son manuscrit. Chaque article contiendra les étiquettes « Il était une foi » et « Annick Markmann », ainsi que le numéro du poème.

Je commencerai donc aujourd’hui avec le prologue :

Annick Markmann

Il était une foi

48 courtes histoires

Poésie

« La vie est dans le chemin de la justice. »

Salomon.

« Pendant des années, j’ai attendu que ma vie change…  Mais, maintenant, je sais que c’était elle qui attendait que moi, je change. »

Fabio Voto

Prologue

Avant de commencer, je veux dire simplement,
ma conviction profonde que pour tous les vivants,
chaque rencontre, circonstance, événement,
la maladie, tout le fortuit, est signifiant.

Tout a un sens en ce qui concerne l’homme,
chaque geste, parole, regard, même chaque pensée.
Ce qui sous-tend l’action de tout être autonome
a du sens. C’est sur lui que l’action est fondée.

Dans ce qu’il nous advient, ce qu’on a voulu faire,
il est bon de toujours savoir s’interroger.
Le sens du cohérent, discerné, découvert,
de ma responsabilité, peut tout illuminer.

Il semble qu’aujourd’hui, tout soit organisé
pour divertir l’homme et pouvoir l’éloigner
du sens du vécu, et du questionnement,
de la remise en cause de ses agissements.

Que d’images, de jeux, de divertissements !
Et l’on passe des heures, seul devant son écran.
Surtout ne pensez pas! on pense à votre place.
Le monde entier s’amuse, et tout l’humain s’efface.

L’homme fut créé libre, il est manipulé,
et le roseau pensant plie sous les dominants.
Une pensée unique, un jour va s’imposer.
Il nous faut réagir, voir le sens du présent.

Voilà pourquoi je livre ce qui m’a fondée,
des histoires sans éclat, mais sensées cependant.
Je me suis fait veilleur dans la nuit installée,
faible parmi les faibles, mais libre et discernant.

Bonne lecture, ami, tu es si précieux,
ta vie a tant de prix, au regard de Dieu.
Les jours sont difficiles, réfléchir est de mise,
chacun est responsable de ses décisions prises.