Les âmes sauvées vont-elles [directement] au ciel après la mort ?

[La première partie de cet article est une traduction d’un texte de Bob Goodnough, publié ici: https://flatlanderfaith.com/2013/04/12/do-the-saved-go-to-heaven-when-they-die/]

J’ai longtemps cru que lorsqu’un chrétien mourait, il était aussitôt conduit à travers les portes de perle jusque dans le ciel. Je suppose que cette idée me venait de la perception populaire de ce que les chrétiens croient. Il y a dix ans, mon idée reçue a été remise en question sur la base des Écritures, et ma pensée a changé.

Aujourd’hui, je crois que la réponse à la question posée ci-dessus est : « Oui, mais pas immédiatement. » Permettez-moi de m’expliquer.

En Matthieu 25, versets 31 à 46, Jésus décrit ce qui se passera au grand jour du jugement, à la fin des temps. Toutes les nations (tous les peuples) seront rassemblées devant lui, et il séparera les brebis d’avec les boucs. Ceux qui seront comptés parmi les brebis entreront dans le ciel ; ceux qui seront comptés parmi les boucs seront jetés en enfer. Cette scène n’a aucun sens si les sauvés se trouvaient déjà au ciel avant ce moment.

La Bible se soucie davantage de nous voir entretenir une relation authentique et salvatrice avec Dieu dans cette vie que de nous décrire en détail comment les choses se passeront au ciel. Mais elle nous dit que, dans le ciel, nous aurons des corps ressuscités, semblables au corps de Jésus après sa résurrection d’entre les morts. En 2 Timothée 2.18, l’apôtre Paul condamne en termes sévères ceux qui enseignent que la résurrection est déjà arrivée. Cette résurrection corporelle n’aura lieu qu’au retour du Christ en gloire pour le jugement dernier. Apocalypse 6.9 parle d’âmes sous l’autel, qui attendent le jour de la résurrection.

Deux passages bibliques sont souvent mal interprétés, donnant naissance à l’idée d’une entrée immédiate dans le ciel. Le premier se trouve en Luc 23.43, où Jésus dit au malfaiteur sur la croix : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui* tu seras avec moi dans le paradis ». L’autre est la parabole du riche et de Lazare, dans Luc 16.19-31. Le riche s’y éveille dans le « séjour des morts » et Lazare dans le « sein d’Abraham ».

* Il faut savoir que les manuscrits grecs du Nouveau Testament ne comportaient à l’origine ni virgules ni ponctuation d’aucune sorte. Les copistes écrivaient le texte en lettres majuscules continues, sans espaces ni marques de pause. La ponctuation que nous lisons aujourd’hui dans nos Bibles a été ajoutée des siècles plus tard par des éditeurs et des traducteurs, selon le sens qu’ils comprenaient du texte. Dans le cas de Luc 23.43, le placement de la virgule change tout. Si l’on ponctue « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis », Jésus promet au malfaiteur qu’il sera avec lui ce jour même. Mais si l’on ponctue « Je te le dis en vérité aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis », Jésus fait sa promesse en ce jour solennel — sans préciser quand elle s’accomplira. À mon sens, c’est cette seconde lecture qui semble plus cohérente avec le reste de la Bible, car Jésus lui-même n’est pas monté au ciel le jour de sa crucifixion : il est d’abord descendu au séjour des morts, puis est ressuscité le troisième jour. Comment aurait-il pu promettre au malfaiteur d’être avec lui au paradis ce jour-là, alors que lui-même n’y serait pas ?

Il est utile de savoir que « Paradis » et « sein d’Abraham » étaient des expressions couramment employées par les Juifs pour désigner le lieu où les justes attendraient la fin du monde et la résurrection corporelle. On se le représentait comme un jardin magnifique et paisible, où rien ne viendrait troubler leur repos. Le « séjour des morts » mentionné en Luc 16.23 est en réalité le Hadès, le lieu où les pécheurs attendent le jugement dernier. Ce n’est pas l’étang de feu et de soufre, mais c’est manifestement un lieu fort déplaisant.

Un autre indice qu’il ne s’agit que d’un arrangement temporaire se trouve dans la possibilité de communication entre le Hadès et le sein d’Abraham, bien que le caractère définitif de la séparation soit déjà établi. On a du mal à imaginer que les saints dans le ciel seraient à si courte distance de l’étang de feu et de soufre.

Il ressort des protestations rapportées en Matthieu 7.22-23 qu’il y aura des gens convaincus d’avoir subi une grave injustice et qui pourront parler à Jésus. Ils diront : « Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom ? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom ? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? » Et Jésus leur répondra qu’ils n’avaient pas accompli ces œuvres à sa demande, par son Esprit ni par sa puissance, et déclarera ne les avoir jamais connus.

Je crois désormais que cette image d’une attente temporaire au Paradis ou dans le Hadès avant la résurrection correspond à l’enseignement de la Bible. Cela n’enlève rien à la promesse du ciel. Au contraire, cela la rend plus réelle.

À vrai dire, l’image populaire de saints éthérés flottant sur des nuages en grattant de la harpe ne m’a jamais semblé vraiment attrayante comme avenir à long terme. Ce vieux corps et cette vieille terre passeront, mais la Bible promet une existence corporelle dans un lieu décrit comme une terre nouvelle. Le ciel, tel que la Bible l’esquisse, semble garder une certaine ressemblance avec notre existence présente, mais sans tout ce qui cause aujourd’hui la souffrance et le chagrin, et dans la présence de notre Seigneur, de tous les saints et de tous les anges.

Quelques pensées sur la distinction entre le séjour des morts et la géhenne.

Je ne suis ni théologien ni linguiste grec ou hébreu, donc il est fort possible que je me trompe, mais je vais tenter d’expliquer mon point de vue. 

Séjour des morts

Dans le Nouveau Testament, il y a 10 références au hadès (grec)/schéol (hébreu)/séjour des morts. C’est un endroit qui ne semble pas être pas définitif, car en Apocalypse 20:14, nous voyons que le séjour des morts sera jeté dans l’étang de feu. Cela semble être un lieu de tourment déjà, dans l’attente du jugement dernier. Dans les Écritures hébraïques, le terme employé pour le royaume des morts est shéol, qui signifie tout simplement « lieu des morts » ou « des esprits/âmes décédés ». Dans le Nouveau Testament, le terme grec employé pour l’« enfer » est hadès, qui signifie également « lieu des morts ». D’autres passages du Nouveau Testament décrivent le shéol/hadès comme un lieu temporaire, où les âmes des incroyants sont gardées en attendant le jugement.

Géhenne

Pour ce qui est de la géhenne, il y a 12 références à ce terme dans le Nouveau Testament. Voici ce qu’en dit le site bible-ouverte.ch :

Le mot grec géenna vient de l’hébreu gé-Hinnom (vallée de l’Himmon) ; là où eurent lieu dans le passé des sacrifices humains (2 Chroniques 33.6, Jérémie 7.31). De ce fait, ce nom avait une consonance d’horreur pour les Juifs. De leur temps, le feu y brûlait continuellement les immondices, ce qui rappelait au peuple d’Israël le jugement réservé aux méchants. Le mot « géhenne » se trouve dans Matthieu 5.22, 29 et 30, 10.28, 18.9, 23.15 et 33, Marc 9.44, 46 et 47, Luc 12.5, Jacques 3.6.

Sauf pour cette dernière citation, c’est Jésus-Christ qui utilise cette expression pour avertir très solennellement des conséquences du péché. Il décrit la géhenne comme un endroit « où leur vers ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » Marc 9.48.

Le sens de cette expression me semble correspondre à l’« étang de feu » utilisé dans Apocalypse 19.20, 20.10, 14 et 15.

Trop tard!

J’ai entendu un jour le récit peu banal
De l’aventure vécue par un chrétien normal.
À ma manière, je vais essayer de transcrire
Ce que l’homme en question était venu nous dire.

J’arrivais, disait-il, ce soir-là chez ma mère.
J’avais les jambes lourdes et le cœur chagrin.
Je revenais près d’elle, lui conter mes misères,
Elle m’avait consolé, soigné comme un gamin.

Puis je m’étais couché pour passer la nuit,
Dans le lit de l’alcôve attenante au salon.
J’étais très fatigué, je me suis endormi,
Plongeant rapidement dans un sommeil profond.

Quelle fût la durée de ce temps d’inconscience?
Je ne saurais le dire quand je me retrouvai
Debout près de mon lit où je prenais conscience
Que mon corps était là, allongé, qu’il dormait.

J’ai entendu et vu ma mère qui pleurait.
Le médecin de famille était auprès d’elle.
Il venait de signer un acte officiel.
De la mort de son fils, il la consolait.

Et puis je suis parti plus vite que l’éclair.
Dans le bleu, tellement bleu du ciel, je montais
Jusqu’à apercevoir une immense lumière
Et une grande porte qui devant moi s’ouvrait.

Alors je suis entré dans un lieu admirable.
J’ai vu de grands jardins où mille fleurs poussaient.
Le sol était d’or pur, les couleurs incroyables,
La paix et la beauté en ce lieu habitaient.

Un homme s’avança vers moi, il rayonnait
De tendresse et d’amour et aussi de lumière.
Il marchait lentement, son vêtement brillait
Comme brille la neige sous un soleil d’hiver.

Il me dit: « Te voilà, mais ce n’est pas ton heure.
Il te faut retourner sur la terre prêcher.
Tu peux sauver des âmes, être prédicateur,
Annoncer le Royaume, l’abandon du péché. »

« Oh, non Seigneur, lui avais-je rétorqué,
Je veux rester ici, près de toi, c’est si beau!
Les hommes ne veulent pas se repentir, changer,
Ils ne veulent pas de toi, ça m’est un lourd fardeau. »

« Alors viens! » m’a-t-il dit, me prenant par la main.
Et il me conduisit sur un étroit chemin.
Ce chemin surplombait une vallée profonde,
Une fumée blanchâtre montait de ce lieu sombre.

On ne pouvait pas voir le fond de cet abîme,
Mais des gémissements, des cris s’en échappaient,
Comme une multitude affaiblie qui hurlait.
Il semble que d’en bas, on nous vit sur la cime,

Car des voix en grand nombre alors s’élevaient,
Dans les pleurs et les cris, on pouvait distinguer
Cette supplication mille fois répétée:
« Pardon, Seigneur ! Seigneur, pardon ! Pardon ! »

Alors la voix puissante du Seigneur plein d’amour,
De celui qui est mort pour payer nos péchés,
Cette voix s’élevait, en écho alentour:
« Trop tard! C’est trop tard! Trop tard! »

Nous sommes revenus ensemble à la porte.
« Retourneras-tu, maintenant, dit le Seigneur? »
Ils résonnaient en moi, les mots et la voix forte.
« Oui, ai-je répondu, maintenant, j’irai ! »

Je me suis retrouvé dans mon corps à l’instant,
Le médecin partait, il parlait à maman.
Et j’ai ouvert les yeux, j’ai souri à ma mère,
Puis je me suis assis, j’ai mis les pieds à terre.

C’est pourquoi, disait-il, me voici parmi vous.
Aujourd’hui, sans attendre, pour Christ, décidez-vous.
Il est mort sur la croix, faites aussi votre part,
Il faut vous repentir avant qu’il soit trop tard.

– Annick Markmann