Éternel

Quelqu’un a frappé à ma porte,
C’était une femme inconnue.
L’étrangère était fort accorte,
Une bohémienne de la grand’ rue.

La grand’ rue était au village
Proche du bois de la Saint-Jean.
Les bohémiens sur leur passage,
Campaient ici dans un grand champ.

Ils y mettaient leurs caravanes,
Ils y dressaient un chapiteau.
Dans le bois paissaient leurs ânes
Et tous leurs autres animaux.

Habituellement leurs spectacles
Offraient de petits numéros,
Équilibristes, dresseurs, oracles,
Attiraient toujours les badauds.

Pourquoi et contre toute attente,
Ai-je accepté l’invitation?
Pourquoi suis-je allée sous la tente,
En quête de neuves émotions?

Je me suis assise sur un siège
Et quand le rideau se leva,
J’ai pensé être prise au piège,
Un prédicateur s’avança.

Car ce n’était pas un spectacle
Que proposaient mes bohémiens,
Mais de faire tomber les obstacles.
Ces bohémiens étaient chrétiens.

J’ai pris la main de l’Éternel,
Elle portait la marque du clou.
Et ma main dans sa main fidèle,
Alors, j’ai fléchi le genou.

Quand je lui ai livré mon âme,
Son pardon m’a vivifié.
Il a mis en moi une flamme
Qui brûle pour l’éternité.

Je me suis dit que sur la terre,
L’éphémère n’est que vanité
Et c’est d’une démarche altière
Que j’avance sur l’étroit sentier.

Que soit bénie la bohémienne
Qui était venue m’inviter.
J’ai pris la main de l’Éternel
Et ne l’ai jamais regretté.

-Annick Markmann