Le soir

Mon ombre, devant moi, s’allongeait sur la route
Et le soleil couchant réchauffait mon dos las.
Mon pas se faisait lourd, dans la crainte, le doute,
La peur du lendemain, sans appui ici-bas.

Puis un oiseau passa, blanc dans le ciel tout bleu,
Et son cri retentit comme un appel joyeux.
Malgré mes meurtrissures, malgré les jours d’orage,
Dans la douceur du soir, j’ai retrouvé courage.

-Annick Markamnn

Avoir peur

Tout commença quand la maman de Nicole,
Que nous avions hélée pour partir à l’école,
Nous dit avec angoisse, que notre amie souffrait
De maux de ventre si violents, qu’elle restait.

Au programme du jour, contrôle de grammaire
Sur les conjugaisons, les règles du sommaire.
Nicole n’apprend pas ses leçons d’où la peur
De se faire gronder, source de ses douleurs.

En marchant vers l’école, nous en avions parlé.
Comme c’était notre tour de faire un exposé,
Nous pourrions essayer de faire un court bilan
Sur le rôle que joue la peur, dans la vie des gens.

Nous partions du principe que la peur est utile,
Qu’elle est un garde-fou qui protège des tuiles.
Elle pressent les menaces, évite les dangers ;
Prudence et vigilance, lui furent attribuées.

Nous aimions bien Hortense vivant maintenant seule
Dans sa maison étroite aux volets vert tilleul.
Marius étant mort, elle devenait bizarre.
Nous commencions par elle, ce n’était pas hasard.

On frappe, elle nous ouvre. Nous lui tendons nos fleurs,
Bouquet de fleurs sauvages aux multiples senteurs.
Elle nous embrasse alors, nous mouillant de ses larmes
Puis se met à parler de tout ce qui l’alarme.

Car, la voilà dit-elle, seule, sans protection,
Saisie d’une panique dont elle ignore le nom.
Elle a peur de la foule, elle a peur de tomber.
Elle ne peut plus sortir sans être accompagnée.

Nous sommes très émus de la voir affligée,
Nous mettant sur sa liste pour l’accompagner.
Nous avons cependant, le sentiment certain,
Qu’Hortense aurait besoin de se reprendre en main.

Chez ses parents, ensuite, nous visitons Romain.
Il est dans notre école, c’est un gentil copain.
Invité par des grands, un soir pour le dîner,
Il avait vu un film qui l’avait bouleversé.

« Meurtres à la tronçonneuse. » Mais aussi, quelle idée ?
Car les films d’horreur, mieux vaut les éviter.
Depuis ce soir maudit, Romain ne va pas bien,
Ses pensées sont terribles, et de peurs il est plein.

Il a peur, lorsqu’il voit le moindre objet tranchant,
De s’en saisir afin de tuer ses parents.
C’est une peur panique qui a pouvoir sur lui.
Il a peur de tuer et n’en dort plus la nuit.

Alors, il ne veut pas rester seul un instant,
Dans la crainte du meurtre au pouvoir obsédant.
Sa famille est inquiète, l’entoure de ses soins,
Et les médicaments ne lui font aucun bien.

Nous rencontrons Nanou, sa phobie des souris.
Christophe a eu neuf ans, il a peur de la nuit.
Là nous avons pensé, ce sont des peurs d’enfants,
Qui les dispensent aussi des travaux embêtants.

Madame Brun nous voit, nous invite à entrer.
Chez elle c’est gâteau, chocolat chaud, ou thé.
Elle nous questionne et s’intéresse à notre étude.
La peur n’est certes pas, un problème qu’elle élude.

J’ai habité, dit-elle, à Lyon, chez ma sœur,
Au huitième, avec vue magnifique, ascenseur.
Mais je montais à pied, je prenais l’escalier,
J’avais peur de rester dans la cage enfermée.

Jusqu’au jour où j’ai dit : « Eh bien, cela suffit!
Je vais vaincre l’obstacle à partir d’aujourd’hui. »
J’ai appuyé sur le bouton, la porte s’est ouverte.
J’étais brisée de peur, mais ma foi s’est offerte.

« Seigneur, ai-je prié, merci pour l’ascenseur
Qui fonctionne très bien, je refuse la peur. »
La porte s’est fermée, j’étais seule dans la cage.
La peur m’avait quittée, je n’en fus plus l’otage.

Nous avons questionné Pierre, Paul, tous nos voisins.
Tous étaient dans la crainte quant à leurs lendemains.
Crainte de voir les hommes un jour détruire la terre.
Crainte de l’étranger, d’être dans la misère.

Obsession de vieillir, de la mise à l’écart,
De ne pouvoir rester chez soi, d’être tocard,
De n’être pas aimé, ou d’être rejeté,
Peur de la mort, d’être malade, handicapé.

Peur de devenir fou, de ne pouvoir se contrôler ;
Lorsqu’il ne le faut pas, peur de rire, de hurler.
La plupart des peurs demeuraient infondées,
Mais elles étaient venues s’ancrer dans les pensées.

Je me souviens encore de notre conclusion :
Que la peur est terrible dans ses oppressions,
Qu’on peut lui résister avec l’aide de Dieu,
Qu’il nous fallait apprendre à être courageux.

-Annick Markmann

Retour au pays des merveilles

La ville semblait abandonnée,
Toutes les boutiques étaient fermées.
Rue de Strasbourg, pas un péquin,
Pas âme qui vive sur mon chemin.

Je recherchais la rue Jean Bocq,
Elle ne devait plus être loin
Quand je ressentis un vrai choc,
Le voyant déboucher au coin.

Il avançait en sautillant.
Je le reconnus à l’instant :
Les yeux roses, un lapin blanc,
Celui d’Alice assurément.

S’approchant de moi, il me dit :
« Enfin ! c’est vous, j’en suis ravi ! »
Puis il repart d’un pas pressé,
Un registre sous le bras serré.

Je suis ce guide sans hésiter.
Et par une ouverture cachée,
Nous sommes dans une longue allée
Dont l’issue vient de se fermer.

Registre en main, il me fait face
Et lit alors à haute voix.
« Vingt-sixième, c’est votre place,
Votre oral n’a pas fait le poids. »

Vingt-cinq places sont à pourvoir,
Grande est ma désolation.
« Échec, usine obligatoire ! »,
Mots de Maman et sommation.

Qu’allait-il donc m’arriver ?
Mon cœur s’était accéléré.
Jusque-là je réussissais.
J’avais brillé, ça s’éteignait !

« Décision de dernier instant,
On vous repêche nonobstant.
Vous êtes donc ainsi admise. »
En esprit, je relativise…

« Les derniers seront les premiers ! »
Cela, peut-il m’encourager ?
Cet échec je vais l’accepter,
Et marcher dans la vérité.

« Allez, venez, le temps galope ! »
Mille portes étiquetées,
S’offraient à mon regard de myope,
Qui ne pouvait les déchiffrer.

L’une d’entre elles m’est désignée
« Pour vous la plus petite porte,
Vous apprendrez l’humilité. »
Et je suis entrée sans escorte.

Seule dans le hall j’ai constaté
Que la loge était éclairée.
Sur l’étagère j’ai retrouvé
Le vieux stylo et le cahier.

J’ai noté mon heure d’arrivée,
Le jour, le mois, aussi l’année.
Depuis ma précédente entrée,
Soixante-trois ans étaient passés.

Alors j’ai soufflé sur les pages,
La poussière s’en est envolée,
Et j’ai retrouvé vos visages,
Mes amies des temps écoulés.

Franchissant les trois hautes marches,
J’ouvrais la porte, et arrivais,
Dans la maison matriarche
Où notre passé reposait.

Prenant à droite, au réfectoire,
Je trouvais les tables alignées,
À l’office trônaient en gloire,
Assiettes et verres dans leurs paniers.

Mais la cuisine était déserte,
La vie l’avait abandonnée.
Pas de fou rire, de mots alertes,
Dans l’oubli tout semblait couché.

Pas de lait chaud, de confiture,
Pas de pain frais pour déjeuner,
Pas de sucre, de beurre nature,
Pas la senteur d’un bon café.

Je me souvins des tables prêtes
Et de l’amour qui régnait.
Assiettes, bols et la serviette
Qu’à chaque place on déposait.

Et j’eus de la reconnaissance
Envers vous qui m’aviez donné,
Un de vos sucres avec constance,
Pour chaque compète de course à pied.

Dans cette école, l’amour régnait
Avec respect, et liberté.
Au-dessus des normes on vivait,
Bien que normale fût désignée.

Madame aussi veillait sans cesse
Dans la froideur d’un regard bleu,
À l’ordre toujours rigoureux,
Sous l’exigence et sans faiblesse.

Puis, dans l’escalier somptueux,
Je me suis alors engagée.
Sous mille pas, les vieux degrés,
S’étaient creusés en leur milieu.

La rampe était toujours solide.
J’aurais tant aimé y glisser
Lors de ma jeunesse stupide,
De ma fantaisie débridée.

J’ai redécouvert le dortoir
De nos trois premières années.
Moi, je dormais dans le couloir,
Ça ne m’a jamais dérangée.

Les chambres étaient ouvertes
Les lits défaits, rideaux tirés.
Les lavabos sous les fenêtres,
Et leurs cuvettes basculées.

Je suis descendue dans les classes
Et vous ai toutes recouvrées.
Douce Gisèle, ses joies fugaces,
Simone, et sa témérité.

J’ai vu Jeanine qui tricotait,
J’ai vu Michèle qui skiait,
Marie-Paule, et Jeanne, toutes,
Je vous aimais sans nul doute.

J’ai entendu chanter Arlette,
Son du piano et dans le noir,
Salle de dessin, c’est plutôt chouette,
Ses mains qui dessinaient l’espoir.

Je vous ai revues dans vos gestes,
Avec vos craintes et vos désirs,
Les lourds chagrins des grandes pertes
Où la mort a trouvé plaisir.

Dans l’amphi aux cent éprouvettes,
La blouse sombre de Mémé.
Cours de sciences, le seau obsolète,
Des grenouilles à décérébrer.

Et l’aquarium, et ses poissons,
Clair palier, précieuses plantes
Salle de lecture, petit salon,
Bureau de Madame, de l’intendante.

Tout de son âme était vidé,
Rien ne subsistait du passé.
L’existence j’ai contemplé :
Ici-bas tout est vanité.

La cloche sonne, est-ce Denise,
M’annonçant qu’il faut repartir.
Sur le tableau, une devise,
Je désirais encore écrire.

« Premier avril, ai-je noté
De l’an deux mille vingt et un.
Le monde entier est confiné,
Bien réfléchir est opportun.

Ce que nous sommes sur cette terre
Ne subsiste qu’un court instant.
Un régime totalitaire,
Se met en place sournoisement.

Ce qui fait notre humanité,
Est la liberté que Dieu donne.
Résister me semble un mot clé,
Afin de demeurer des hommes. »

Le lapin blanc est revenu,
Fini le pays des merveilles.
Il m’ouvre la porte sur la rue
Et me glisse ces mots à l’oreille :

« Vous sortez d’un temps révolu
Pour entrer dans une ère nouvelle
Celle du libre arbitre perdu
En échange de bienfaits matériels. »

-Annick Markmann

La Combe

Le soleil sur le val se couche en oranger,
Et son disque d’or pâle dans le ciel lavé,
Pose mille paillettes sur les feuilles qui tombent,
En nuages d’écus, des saules dans la combe.

Il a plu tout le mois et le sol d’eau gorgé,
Dans ce creux de la terre, accueille en mordoré,
Venant de l’infini où l’astre d’or décline,
Les doux rayons du soir qui en flaques scintillent.

La femme émerveillée traversait avec peine,
Au flanc du mont pentu, le bois sombre des chênes.
Car les pierres mouillées, dans le chemin montant,
Sous les feuilles tombées, rendaient son pas glissant.

Elle portait courbée, comme dans son enfance,
Son vieux sac à dos bleu, bien lourd et bien gonflé
Par la petite tente de ses jeunes vacances,
La toile, les piquets, le duvet du coucher.

Et le sentier s’élève dans le sous-bois qui sombre
Peu à peu dans le soir et qui s’estompe d’ombre.
Elle parvient enfin, après les résineux,
Au pied du roc aride, c’est l’endroit périlleux.

Il faut encore franchir l’étroite cheminée,
Où la roche fendue ménage un escalier.
Son souffle devient court, son cœur bat la chamade,
La nuit tombe, elle est seule, sa voie se fait bravade.

Dans l’escalier de pierre qui la mène au plateau,
Elle affermit ses prises et parvient tout en haut.
Quand le sac tombé, elle lève les yeux,
Quand elle a redressé son vieux dos douloureux,

La terre disparaît, d’obscurité noyée.
Alors à son regard s’ouvre l’éternité.
L’étendue infinie des astres se dévoile,
Le monde en expansion lui offre ses étoiles.

La Grande Ours, la Petite et l’étoile polaire,
Cassiopée, Andromède à tant d’années-lumière!
Constellations, étoiles, le ciel est sans limite.
Dans cette immensité, elle est là si petite!

Elle s’est installée et a passé la nuit,
Son matelas gonflé, loin du monde et du bruit,
Remerciant comblée, le puissant Créateur,
Pour son si grand amour et toute cette splendeur.

-Annick Markmann

Liberté (poème #20)

Le soleil, qui se couche au-delà des bois sombres,
Embrase d’écarlate les cirrus dans la nue.
Un épervier s’élève sur-le-champ qui s’obombre.
Le soir s’installe vite en douceur gris ténu.

Et je ne sais pourquoi la lumière diffuse,
La lumière qui décline et disparaît soudain,
Illumine en mon âme des images confuses
D’un soleil couchant, des pierres d’un chemin.

Un sentier sinueux qui ma ville surplombe.
On le trouve au sommet d’un escalier sans fin,
Il est moussu, herbeux et déjà la nuit tombe.
J’y marche entre papa et maman, les tenant par la main.

Nous venons du grand pré, aux portes de la ville,
Car c’est là que les cirques plantent leurs chapiteaux
Pour offrir le spectacle des jongleurs habiles,
Des clowns, équilibristes et dresseurs d’animaux.

C’est leur ménagerie, objet de la visite
Dont nous venions, heureux, parlant sur le chemin.
Marchant d’un même pas dans la nuit qui hésite,
Des animaux captifs, évoquant le destin.

Maman avait cité les éléphants très lourds,
Forts et puissants de la savane africaine.
On attache à un pieu au moyen d’une chaîne,
L’éléphanteau âgé seulement de quelques jours.

Il est trop faible encore, ne peut ses liens briser.
Il acquiert la conscience qu’il ne peut se sauver
S’il ressent à son pied, le poids du lien fixé.
Et l’éléphant trompé, n’a plus sa liberté.

Les hommes, disait père, se laissent aussi tromper,
Par ce qu’on leur suggère, s’y croyant limités.
Il parla des voisins qui s’étaient séparés
Sans avoir fait l’effort, pour chacun de changer.

Il parla de la guerre, de la France occupée,
Certains collaboraient au lieu de résister ;
Du poids de l’influence des slogans répétés,
D’utiliser la peur pour soumettre et régner.

Maman avait alors raconté une histoire,
Sur un marché d’esclaves et la traite des Noirs.
Un vieil homme est vendu pour un prix dérisoire,
Un jeune homme l’achète, rentre avec lui le soir.

Le vieil homme est usé par sa vie de labeur,
Le jeune homme le voit, c’est un homme de cœur.
« Si je t’ai racheté dit-il avec bonté,
C’est pour te rendre libre. Va, tu es libéré. »

« Mais où veux-tu que j’aille, je n’ai pas de maison?
Je choisis de rester, tu es un maître bon. »
Sortir d’un esclavage, ce n’est pas si facile,
Avoir un maître bon ne rend jamais servile.

La menace de mort en nos jours fait rage,
Utile pour dominer, réduire en esclavage.
Tous les dés sont pipés, où est la vérité ?
Il faut bien réfléchir, garder sa liberté.

Le soir qui décline, de sa douceur m’inonde.
Étrangère à la peur qui sévit dans le monde,
Et fondée sur Dieu seul, je demeure à jamais,
Dans la douceur suprême, d’une parfaite paix.

-Annick Markmann

Lisette

Te souviens-tu de la Lisette ?
J’en parle à toi qui l’as connue.
Moi, je la trouvais plutôt chouette,
Comme tous les gars de l’avenue.

C’était une fille coquette
Qui marchait toujours les pieds nus
Dans ses sandales à talonnettes,
Prenait grand soin de sa tenue.

Voyait ses amants en cachette,
Mais cela m’était inconnu.
J’ai vraiment côtoyé Lisette,
En militant pour le salut.

Elle a quitté ses amourettes,
Et s’est décidée pour Jésus.
J’ai visité sa maisonnette
Étroit logis dans notre rue.

Sa demeure était proprette
Et son mobilier bien tenu.
Délicats comme l’était Lisette
Et petits comme sa vertu.

Elle a changé, douce Lisette
Et son passé lui a déplu.
On la baptise et place nette,
Commence sa vie en Jésus.

Les années passent. Vieille Lisette
Est seule chez elle, toute chenue.
Mais elle a perdu de l’assiette
Et dans un faux pas, elle a chu.

D’hôpital en maison de retraite,
Notre Lisette est soutenue.
Sous prétexte de sécurité parfaite,
Son indépendance est perdue.

Elle fut plumée, l’alouette.
Par sa famille, maison vendue.
Finis ses meubles, sa vie douillette,
C’est à l’hospice qu’on l’a rendue.

Elle s’affaiblit dans la disette
Et peu à peu, ne marche plus.
Les visites se font simplettes,
Car notre Lisette s’est tue.

Pour manger, elle porte bavette,
Infantiliser, c’est connu.
Et dans sa petite chambrette,
La vie ne l’intéresse plus.

De la main même de sa sœurette
Qui réchauffait sa main menue,
On a privé aussi Lisette,
Car la covid est apparue.

Et on l’a mise aux oubliettes,
Les rencontres sont défendues.
Ce sont des masques à l’aveuglette,
Qui lui servent tous ses menus.

Elle somnole, confinée, seulette,
Sans avenir, privée de but.
Ce matin, elle est morte Lisette,
De tout ce qu’elle n’avait plus.

-Annick Markmann

Rose blanche

En novembre neigeux, la rose elle a cueillie.
Une rose toute blanche sur la branche a fleuri,
La branche d’un vieux rosier du jardin endormi.
Un minuscule enclos dont le lierre endimanche,
Sous la neige tombée, les murs de pierre blanche.

Ce coin de terre vit des soins qu’elle fournit,
Comme Grand-mère le fit, au jardin tout petit,
Qui demeure enfoui sous les roses et les fruits.
Des chrysanthèmes or et pourpre l’inondent,
De leurs tons précieux aux nuances profondes.

L’enfant qui autrefois sautillait dans le vent,
Est une vieille femme qui marche lentement.
Devant la simple tombe où dorment ses parents,
Elle tient en sa main les fleurs qu’elle a cueillies,
Au jardin du rosier où la rose a fleuri.

De la forêt profonde, qui entoure ce lieu,
Monte une odeur de terre, celle des résineux.
Dans l’ancien cimetière, un soleil peureux
Éclaire le souvenir de ceux qui sont partis
Loin de nos soucis d’hommes, vers les temps infinis.

Le nom de ses ancêtres est gravé sur la pierre
Que la neige recouvre de blancheur éphémère.
Combien furent sauvés avant l’heure dernière ?
Dans le livre éternel, leur nom fut-il inscrit ?
C’est l’affaire de Dieu qui seul sonde les vies.

Le soleil s’est voilé et la neige est tombée.
Elle a posé ses fleurs sur la tombe enneigée.
D’abord les chrysanthèmes rouge-sombre et dorés
Et puis la rose blanche, à la branche cueillie
La branche d’un rosier du jardin endormi.

-Annick Markmann