Vol à destination de…?

 

Rescapée du camp de concentration de Ravensbrück, Corrie Ten Boom a parcouru le monde pour témoigner de l’amour de Jésus Christ, ressenti dans les pires moments de sa détention. Elle saisissait toutes les occasions pour délivrer son message, non sans humour parfois.

Un jour, alors qu’elle préparait son retour en Hollande après une tournée en Extrême-Orient, elle alla réserver un vol comportant beaucoup d’escales: Hong-Kong, Sydney, Auckland, Le Cap, Tel-Aviv et Amsterdam.

– Quelle est votre destination finale? demande l’employée.

– Le ciel, répond Corrie.

L’hôtesse est embarrassée: – Comment cela s’écrit-il? Corrie épelle: – L.E.C.I.E.L.

Après un instant de réflexion, elle sourit et dit à Corrie: – Ah, j’ai compris! Mais ce n’est pas cela que je vous demandais.

– Mais c’est à cela que je pense. Pourtant, inutile de faire une réservation, j’ai déjà mon billet.

– Vous avez votre billet pour le ciel! Comment l’avez-vous obtenu?

– Il y a environ 2000 ans, répond Corrie, Quelqu’un me l’a payé. Je n’ai eu qu’à l’accepter. Mon bienfaiteur s’appelle Jésus Christ, et il a payé le passage en mourant sur la croix pour mes péchés. Puis elle ajoute: Sans réservation, on a généralement du mal à obtenir une place dans vos avions. Mais c’est pire quand il s’agit d’aller au ciel. J’espère que vous allez réserver votre place.

Introspections

Le maréchal de Lattre de Tassigny disait: « le lever des couleurs, C’est comme la prière du matin, et lorsqu’on les ramène, c’est le moment d’introspection du soir pour le soldat ».
Je crois que l’importance de la vie spirituelle dépasse celle de la vie militaire à telle point qu’on ne devrait pas les comparer de manière si sérieuse. Cependant, je dois avouer que si ces paroles prêtées au grand maréchal sont vraiment de lui, je devine que la prière et l’introspection tenaient une place importante dans sa vie.
Nous ne nous poserons plus de questions à sont sujet, ni à propos du salut d’hommes comme lui.
Je ne ferai que garder deux mots: le prière, et l’introspection.

Ce soir, alors que je revenais à pied d’un souper chez des amis Indiens, je me suis mis à penser à cette phrase du célèbre Maréchal de France. Il faisait déjà nuit; au loin je voyais des éclairs à la hauteur de la frontière entre l’Inde et le Bangladesh. Le terrain était sec, la route poussiéreuse: il n’a pas plu depuis deux jours, malgré que nous sommes au beau milieu de la mousson! Il paraît que cette année est anormale. À un moment donné, je me demandai si je ne venais pas d’apercevoir un éléphant à quelques pas. Fausse alerte!… On dit qu’ils rodent dans les parages nuitamment, et que plusieurs personnes ont été victimes de ces bêtes la nuit ou même au petit matin. Quelques cyclistes me dépassent, les phares d’une voiture m’éblouissent.

Mais qu’est-ce que je fais de mon temps? À quoi étais-je encore en train de penser? À un livre que j’aimerais lire? À une recherche que je veux faire sur Google aussitôt que j’arrive à la maison? au livre que je traduis? Aux problèmes économiques et sociaux de la France? À une jeune fille rencontrée ici en Inde ou encore au Canada?

Un peu de tout cela, pour vous donner une idée. Il y a des pensées qui sont bien-sûr plus édifiantes que d’autres, ou plus utiles. Mais à ce moment-là, je ne pensais pas vraiment à Dieu. Je ne pensais pas non plus à mon âme qu’il est venu secourir un jour quand elle avait soif. Depuis, comme il me l’a promis dans la Bible, j’ai accès à une source inépuisable de pensées, de courage, d’amour, vers laquelle il me suffit de me tourner pour m’en abreuver. Mais il paraît que parfois je préfère m’aventurer loin de ce puits qui m’a été donné, loin, oh si loin dans la sécheresse de la sagesse humaine.

À l’idée d’une rencontre avec un éléphant ou encore en pensant aux gens qui viennent peut-être d’être frappés par la foudre, mes pensées se tournent vers le Créateur de l’univers, mon Père.

« Père, J’ai besoin de ta présence! » C’est ma première réaction. Je suis honteux en pensant à tout ce qui a traversé mon esprit depuis ma dernière pensée accordée à Celui qui me protège et qui m’aime à chaque instant de ma vie. « Dieu, aide-moi à revoir ma journée, à y voir mes fautes, mes transgressions, mes motifs, afin de mieux faire demain. » C’est ma petite prière soupirée alors que je rencontre deux hommes dans le noir.

Je revois alors le moment ce matin où je n’avais accordé que deux minutes à la Parole de Dieu, parce que j’avais faim et que je voulais aller voir ma boîte de réception de courriels… Comme je suis ridicule d’accorder si souvent autant d’importance aux petites choses qui passent, alors que ma relation et ma communion avec mon Père importent par-dessus tout. Tout s’explique maintenant: j’ai laissé Dieu au chevet de mon lit ce matin après une courte prière, je ne l’ai pas invité à prendre part à toutes mes décisions du jour. Tout en priant à une ou deux reprises, je n’ai pas consciemment cherché son réconfort, son approbation, son amour au cours de la journée. Comment puis-je encore mériter son amour et sa protection? Mais au fait, où donc est passée cette sensation chaude qui m’envahit lorsque je le sens proche? Est-il parti? Ou est-ce moi qui me suis éloigné?

La réponse est claire, heureusement. C’est humiliant de l’avouer, mais depuis quelques temps, il est rare que je prête bien attention à la voix du Saint-Esprit. Je ne traite plus Jésus comme un frère. Je lis rarement ma Bible pendant plus de cinq minutes, et ma prière du matin est encore plus courte que ma lecture  de la Parole. Quelle honte, quelle misère.

Je pourrais me consoler en me disant que rares sont ceux sur cette terre qui lisent leur Bible autant que moi, qui font autant de bonnes œuvres ou qui sacrifient autant pour la cause de Christ; mais moi alors, quels sont mes motifs dans tout cela? Est-ce pour ma propre gloire que je continue de vivre une forme de vie chrétienne? Ou me suis-je peut-être trompé en pensant que mon enthousiasme et mon intérêt dans certaines choses de ma vie remplacerait ce que l’Esprit et la Parole m’avaient auparavant donné?

Oui c’est ça! J’ai cru pouvoir changer le régime spirituel de mon âme sans qu’elle n’en pâtisse, mais je me suis endormi et maintenant je me rends compte de mes erreurs! Des centaines de pensées défilent dans mon petit cerveau. Je veux passer ce temps non à penser aux choses terrestres, mais aux choses célestes. Bientôt mon esprit se calme, je commence à voir comme tout ceci est si petit et comme mes pensées ambitieuses sont risibles pour Dieu. Ce n’est pas en menant une introspection égoïste, où je chercherais à m’améliorer pour avoir une bonne réputation, que je trouverai la paix. Ce qu’il me faut, c’est un moment de prière et d’introspection au cours duquel je communiquerai avec mon Seigneur. Je lui présente ce que j’ai fait aujourd’hui, ce que j’ai pensé, ce que j’ai dit. Je Lui appartiens, mes actions et mes pensées Lui appartiennent donc aussi. Plus je passe de temps à faire cela, plus sa voix devient claire à mes oreilles. Je vois maintenant quelles pensées adressées à mon ami Bryan ne provenaient pas de Dieu, mais de ma chair pécheresse. Ce mouvement d’humeur plutôt contre quelqu’un qui m’avait insulté… Cela non plus. Que faire? Je suis un pécheur!

C’est alors que des paroles réconfortantes viennent à l’esprit: « ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». 2 Corinthiens 12.9. Ces paroles adressées à Paul il y a 2000 ans, s’appliquent toujours à moi! Comme c’est merveilleux. Je continue ma route, arrivant finalement chez nous au bout d’une demi-heure. Je suis parvenu à penser et à parler à mon Père pendant la majorité du trajet. Cela n’a même pas vraiment été le fruit d’un effort de disciple: lorsque j’ai pris la peine de le regarder dans les yeux, ma conversation avec Dieu n’a pas laissé de place à la distraction. Bien-sûr, j’étais toujours conscient des piétons et des voitures occasionnellement rencontrées, mais mes soucis terrestres avaient disparu.

Dieu veut vous donner cette expérience comme il me l’a offerte une nouvelle fois. Il veut effacer vos péchés, vous réconforter, écarter vos soucis. Croyez-le il le fera en un rien de temps! Ne soyez pas ingrats envers votre Créateur: donnez-lui quelques minutes de chaque heure, pour qu’il puisse vous diriger, que sa Parole s’ancre dans votre cœur, que votre oreille devienne accoutumée au chuchotement du Saint-Esprit. Pour cela, il suffit de retirer vos écouteurs, de ne plus penser à votre portefeuille, de ne plus chercher la gratification de la chair, bref. Cela est un effort impossible pour une personne qui n’est pas née de nouveau, mais lorsque vous avez abandonné votre vie de manière inconditionnelle dans les mains de Dieu, vous comprendrez, et vous serez heureux à jamais.

Hugues

Mon emploi du temps à Siliguri

emploi du temps

 

Voici un bref texte pour vous aider à mieux comprendre ce que je fais ici à Siliguri, ainsi que le rôle que Michael et Mélissa et Bryan jouent. J’exposerai donc notre routine hebdomadaire, comme elle est organisée actuellement. Elle a souvent changé, et elle changera surement lorsque Bryan Dirks et nous quittera au mois d’août et sera remplacé par Ethan Phelps, (18 ans, Floride). C’est déjà le cas lorsque nous partons en voyage à Calcutta ou au Manipour par exemple.
Lundi :
Tous les matins en semaine, Bryan et moi, qui habitons au rez-de-chaussée, nous levons aux alentours de 7h. À une époque, lorsqu’il faisait moins chaud, nous nous levions plus tôt pour courir dans les plantations de thé, mais nous n’en avons plus le cœur maintenant. Nous lisons notre Bible, regardons nos courriels, prenons une douche, à temps pour nous présenter à 8h à l’étage pour les dévotions en famille. Michael Nightingale, Bryan et moi lisons tour à tour des Écritures en apportant quelques pensées. Après la prière, nous parlons de notre plan de jeu pour la journée. Après quoi Bryan et moi redescendons pour faire le déjeuner : crêpes, œufs, pain perdu, rôties enduites de miel… bref, de quoi nous donner de l’énergie pour la journée. L’un de nous s’occupe de laver la vaisselle, alors que l’autre balaie le sol du rez-de-chaussée. Vers 9h ou 9h30 nous sommes prêts à travailler. (N’ayez pas peur, s’il le faut nous pouvons faire tout cela beaucoup plus tôt et plus vite, mais en général il n’y pas le feu.) Nous passons souvent la matinée à répondre à une lettre ou deux, à remplir quelques boîtes de traités, ou à aller visiter un pasteur de la région. L’heure du dîner est aux environs de 12h30.
Après le dîner, Bryan va souvent à la poste, pour envoyer les boîtes de traités remplies, alors que je me prépare à accueillir Samuel Mahakal, mon enseignant particulier de hindi, ainsi que notre traducteur anglais/hindi. Il arrive habituellement juste après 14h. Nous discutons d’abord des difficultés rencontrées lors de la traduction d’un traité ou d’un livre qu’il est en train de traduire pour nous. Cette discussion se déroule généralement en anglais, mais j’apprends des mots de hindi. Parfois il y a même une discussion au sujet des doctrines des Églises avoisinantes ou de L’Église de Dieu en Christ. Puis nous passons à la leçon proprement dite : plus un mot d’anglais à moins d’une nécessité absolue, ou s’il n’y a pas de mot équivalent en hindi. Je lis un texte écrit en Dévanagari dans un livre d’école du primaire. Je marque les nouveaux mots dans un cahier où j’essaierai de jeter un coup d’œil de temps en temps pendant la semaine. Il me pose aussi des questions du genre : « comment dirait-on… Ma belle-mère est décédée avant que ma femme ne soit née » (enfin pas toujours autant d’humour), ou « Il est devenu très difficile d’emprunter cette route à cause des dommages occasionnés par les pluies ». Bien-sûr, quand je traduis de telles phrases, le style n’est pas aussi beau qu’en français, parce que je n’ai qu’un vocabulaire de base. Nous parlons aussi de sujets d’actualité en hindi. Vers 16h, Samuel monte à l’étage donner une leçon de 90 minutes à Michael. Pendant ce temps, je suis habituellement libre de faire ce que je veux : écrire, aller au marché, chez le coiffeur, chez mon tailleur… à moins d’avoir à m’occuper de l’inventaire ou d’aller chez l’imprimeur, chercher des traités nouvellement imprimés.
Souper vers 7h ou 7h30. Moment de détente ;). Les garçons (B et moi) lavent la vaisselle. Puis nous vidons les poubelles : les matières recyclables sont brûlées (horreur!), et les matières compostables jetées dans un terrain vague où les chiens et les cochons se les disputeront. Je vérifie à nouveau mes courriels, j’écris ou je lis, ou encore je parle avec Bryan en jouent un jeu de carrom.
Mardi :
Je m’occupe de la traduction de nos traités dans d’autres langues dont le hindi, le népali, le marathi, le sadri, l’assamais, le santali et le dzongkha. Je suis donc en contact avec les traducteurs de chaque langue. Je leur fais savoir s’il y a un nouveau traité à traduire, je trouve aussi des personnes qui pourront relire le texte des traducteurs pour déceler des fautes. Puis j’apporte la copie terminée chez l’imprimeur. J’ai la responsabilité de rappeler les exigences de la Société Évangélique de Bibles et Traités en matière d’exactitude dans la traduction aux traducteurs, ainsi qu’en matière de qualité d’impression avec l’imprimeur. (en pratique, Michael se charge plutôt de ce dernier point) Je suis aussi en théorie celui qui doit évaluer la nécessité de dévier du contenu de l’original anglais, et permettre aux traducteurs d’adapter légèrement le contenu à leur langue ou à leur culture. Ceci doit se faire avec l’approbation de Michael, et parfois de Lyndon Toews, le secrétaire aux États-Unis. C’est donc ce travail, où boire du thé en compagnie d’un traducteur joue un rôle important, qui remplit souvent la matinée du mardi. Je dois souvent communiquer avec des gens aux États-Unis ou au Canada pour avoir des renseignements.
L’après-midi du mardi est parfois employé à laver la voiture, aller au marché du centre-ville, aller au bureau de poste central, à 40 minutes de chez nous, seul endroit où il y a des casiers postaux. (Nous pouvons envoyer des colis d’un endroit plus proche, c’est pourquoi nous ne cherchons nos lettres qu’une fois par semaine d’habitude.)
Le soir, nous allons dans un orphelinat raconter une histoire aux enfants grâce à un jeu d’images en feutre (flanel graph en anglais). Nous avons trois orphelinats dans lesquels nous participons régulièrement aux dévotions du soir. Ils sont tous situés à moins 15 minutes à pied de chez nous. Outre l’histoire, nous chantons ensemble et nous apportons des images à colorier pour les enfants. C’est toujours l’une des meilleures soirées de la semaine.
Mercredi :
Après les dévotions, B et moi préparons des paquets de traités pour aller remplir des pochettes de traités dans différents endroits : à l’entrée d’hôpitaux catholiques, des écoles catholiques ou baptistes, des églises évangéliques, d’une église anglicane, d’une librairie chrétienne, des commerces appartenant à des chrétiens. Nous essayions de passer toutes les deux semaines à chaque endroit. C’est-à-dire que nous alternons les établissements visités. Ex : semaine A, banlieue ouest de Siliguri (Agam Singh Nagar, Matigara, Shiv Mandir, Bagdogra…), semaine B, centre-ville de Siliguri et banlieue nord (notre secteur, Champasari, Pradhan Nagar). Jusqu’à récemment, cela ne nous occupait pas toute la journée, alors nous passions beaucoup de temps à visiter de églises et à parler à différents contacts pour savoir où exposer nos traités, sans courir de danger auprès des autorités, opposées à l’évangélisation, surtout si elle est pratiquée par des étrangers.
Nous dînons souvent dans un petit restaurant local, à moins d’avoir envie d’une nourriture plus hygiénique, que l’on peut trouver dans les grands restaurants Indiens ou dans les chaînes américaines (Pizza Hut, Subway, KFC, mais pas de MacDonald). Aucun repas restaurant à Siliguri ne peut coûter plus de 10$, somme astronomique pour la majorité des Indiens. (Je connais plusieurs personnes qui ne gagnent pas 20$ par mois, mais alors il y en a aussi des milliers qui gagnent 500 à 2000$ par mois.) D’habitude, un repas moyen dans un petit restaurant coûte 2-3$, mais parfois seulement 1$. Nous revenons aux alentours de 17h. Après avoir rangé ce qui reste de notre matériel (traités, pochettes en plastique, perceuse pour fixer les pochettes à un mur), il est presque l’heure du souper.
Même routine le soir. Parfois nous chantons en famille, ou bien je parle au téléphone avec des amis ou de la famille au Canada.
Jeudi :
La journée commence comme d’habitude. Nous remplissons généralement quelques boîtes de traités que nous allons poster juste avant le dîner. Nous restons en ville pour le dîner. L’après-midi est libre pour nous. Nous faisons un tour au marché pour faire des achats personnels, ou bien nous prenons un taxi collectif pour Kurseong, Mirik ou Kalimpong dans les montagnes (Himalaya) pour faire un peu de tourisme, et respirer un air plus pur et frais.
Vendredi :
Nous commençons par un nettoyage à fond de nos appartements : poussière, moquettes, passer la serpillière, nettoyer la salle de bains. Un peu de tout après cela, selon les besoins : inventaire, remplir des commandes, visiter un ami, acheter du porc, comme c’est le seul jour de la semaine où l’on en trouve ici à Devidanga. L’après-midi se déroule comme celui du lundi avec une leçon de hindi à l’ordre du jour.
Samedi :
Journée polyvalente. Nous sommes parfois allés à un camp d’assistance médicale, où l’on paye un docteur pour venir ausculter gratuitement 100 à 200 personnes. Nous leur offrons d’écouter une partie du récit biblique pendant qu’un pharmacien remplit un sac des médicaments prescrits. Nous leur donnons tous 2 ou trois traités. Les enfants ont droit à une histoire à part et à un traité en couleur pour chacun.
Nous allons parfois jouer avec les enfants d’un des orphelinats voisins, ou encore nous racontons une histoire biblique dans un village en compagnie d’un interprète. Ceci se fait surtout pour les enfants, auxquels nous enseignons des chants en anglais et en hindi.
Dimanche :
Nous restons habituellement chez nous le dimanche, à moins d’être invité à prêcher dans une autre assemblée. Le culte commence vers 10h30 pour se terminer entre 12h et 12h30. Chacun prend son tour pour prêcher, raconter une histoire aux enfants, diriger les cantiques, diriger la discussion lors de l’école du dimanche. Les visiteurs sont rares, parce que nous ne pouvons pas publier que nous nous rassemblons chez nous, et que les gens ont peur que nous ne parlions pas bien leur langue (avec raison).
Après un gros dîner, B et moi faisons la vaisselle, puis nous nous retirons habituellement pour nous reposer ou lire. Nous nous promenons régulièrement dans la plantation de thé avoisinante.
Le soir, un des garçons du voisinage, Loun, vient souvent nous rendre visite. Nous essayions de l’encourager à rester fidèle à son engagement envers Dieu. Il est souvent un peu découragé. Il se cherche un emploi, et songe à choisir l’armée. Sa connaissance de la Bible est l’une des meilleures parmi les jeunes chrétiens du village. Il aime beaucoup chanter et possède une très belle voix et un sens de l’harmonie, même s’il ne sait pas lire des notes. Il est originaire du Manipour, mais n’a pas vécu avec ses parents depuis 12 ans. Il a maintenant 25 ans.
S’il ne vient pas, nous chantons sans lui, puis j’écris, ou bien j’écoute le culte de Roxton Falls (au Québec) par téléphone. Nous ne mangeons qu’une petite collation le dimanche soir.

Le Gange ou le Calvaire?

« Si donc le Fils vous affranchit, vous serez véritablement libres. » Jean 8.36

Tous les trois ans, des vagues fantastiques d’hindous viennent se plonger dans le Gange, fleuve majestueux du nord de l’Inde. Chaque fois que je vais à Calcutta, ce que je fais toujours en train, mes pensées se tournent vers la religion hindoue en franchissant le long pont qui enjambe cette étendue d’eau brunâtre. Tant de gens à bord du train récitent des prières à leurs dieux ou se précipitent pour vois ce fleuve lorsque nous commençons sa traversée. C’est un spectacle qui fait toujours un peu mal au cœur. Ils croient que les eaux jaillies des sources pures de l’Himalaya, mais déjà devenues boueuses, laveront tous leurs péchés. Ils ont confiance que l’accomplissement de ce rituel les aidera à atteindre le « nirvana », c’est-à-dire la libération du cercle de la mort et de la réincarnation, l’une des particularités de la croyance hindoue.

Des dizaines de millions d’êtres humains, empruntant des routes noires de monde, se réunissent dans quatre « villes saintes » comme la ville de Haridwar, afin de se baigner dans les eaux du grand fleuve. Ceux qui s’y attardent trop longtemps sont retirés de l’eau par la police afin de faire place aux autres. Selon la légende, il arriva que lors d’un combat entre dieux et démons pour la possession d’un pichet contenant le nectar de l’immortalité, quelques gouttes du précieux liquide tombèrent en ces quatre endroits le long du Gange.

Contrairement à cette triste et trompeuse croyance, la vérité des Écritures nous libère (voir Jean 8.32) et le Sauveur peut rendre chaque homme et chaque femme entièrement libre (Jean 8.36).

1. Nous avons besoin de purification, mais l’absolution n’est pas l’œuvre des eaux du Gange, mais s’accomplit par la foi en Jésus qui a versé son sang pour cette seule raison. « En qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés, selon la richesse de sa grâce » (Éphésiens 1.7).
2. Il y aura bien un bonheur suprême, mais ce n’est pas seulement le nirvana, c’est le ciel. En outre, une personne pécheresse ne sera pas réincarnée (sous la forme d’un corbeau, d’un babouin, d’une vache ou d’une salamandre), mais trouvera la damnation éternelle. Plutôt, l’admission au ciel par le Chemin, c’est-à-dire Jésus-Christ, libère l’homme du jugement et de la damnation éternelle.
3. La porte du salut ne sera pas ouverte éternellement, mais ne se fermera pas au terme du festival, mais plutôt à la fin de notre vie, ou lors du retour de Christ. Nous n’aurons aucune deuxième chance sous la forme d’un éléphant, d’un lion ou d’un rat. Paul nous écrit en Hébreux 9.27 : « Et comme il est réservé aux hommes de mourir une fois, et après cela vient le jugement ».
4. La vie éternelle est atteignable, pas à Haridwar, mais au Calvaire. Ce n’est pas le nectar de l’immortalité qui fut versé, mais le sang de Jésus.
5. Il y a de la place pour tous au pied de la croix. Comme il est écrit en Romains 10.13 : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé ».

Lisez aussi Hébreux 9.11-28

Nombreux sont ceux qui pensent que c’est l’athéisme ou plutôt la croyance en la politique, en l’écologie ou en les droits de l’homme qui les affranchira. Je ne commencerai pas une dispute ici, mais je leur dirai une chose : avant de parler, essayez le chemin de la Bible. Ne suivez pas une Église particulière, il y a tant d’erreurs dans le monde, mais choisissez de vivre selon la Bible pendant un certain temps, en cherchant la paix avec Dieu, par la nouvelle naissance. Si vous le faites de manière sceptique, il y a peu de chances que vous rencontriez Dieu, faites-le donc avec ouverture d’esprit. Qu’avez-vous à perdre? Dans votre religion athée, vous n’avez rien à perdre ni à gagner sauf sur terre. Dans la religion de la Bible, vous avez une promesse du ciel et du bonheur sur terre si vous vous soumettez à Dieu, ou du désespoir et de l’enfer si vous désobéissez et ne croyez pas en Dieu. S’il n’y pas de Dieu, vous n’encourez aucun risque en croyant à un dieu, mais si Dieu existe, vous mourrez si vous n’avez pas cru en Lui. Vous éprouverez certes des pressions sociales immenses si vous vous convertissez, mais ce n’est rien à côté du réconfort qu’offre le Saint-Esprit. Et dans la plupart des pays, si vous suivez la bible, vous n’aurez pas de problèmes face à la loi, car les principes de la Bible sont encore très utilisés dans la législation, bien que de moins en moins dans les pays occidentaux.

Roi, libère-toi toi-même

Jésus leur répondit: En vérité, en vérité, je vous dis: Quiconque pratique le péché est esclave du péché.

Jean 8. 34

Si donc le Fils (de Dieu) vous affranchit, vous serez réellement libres.

Jean 8. 36

Roi, libère-toi toi-même

Un roi vint un jour voir Épictète, le philosophe esclave qu’il admirait, et lui offrit de le libérer. “Libère-toi toi-même”, répliqua Épictète. Son visiteur protesta: “Mais je suis roi!” Le philosophe répondit: “Un roi, dominé par ses passions, est en esclavage; un esclave qui domine ses passions est libre. Roi, libère-toi toi-même!”

Le philosophe avait ainsi l’intuition que la vraie liberté est d’abord intérieure. Et cela, c’est un des messages de la foi chrétienne, bien qu’elle soit souvent perçue comme un ensemble de règles, de frustrations, d’interdits. L’évangile est bien plutôt un message de liberté! Une libération qui n’est pas à acquérir par nos propres efforts, comme le pensait Épictète, mais à recevoir comme un don de Dieu.

C’est une affaire de confiance. Nous recevons cette liberté en croyant au Seigneur Jésus qui, par sa mort sur la croix, nous apporte le pardon de toutes nos fautes et nous libère de notre asservissement au mal.

Cette liberté nouvelle est à vivre chaque jour. Et là se manifeste pleinement le paradoxe énoncé par Jésus: “Quiconque voudra sauver sa vie la perdra; mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera” (Matthieu 16. 25). En d’autres termes: qui veut à tout prix défendre sa liberté la perdra, mais qui accepte de la “perdre” en se plaçant avec confiance entre les mains de Dieu, trouvera la vraie liberté, comme un merveilleux cadeau de l’amour de Dieu.

Le chemin de l’unité chrétienne

Aujourd’hui les croyants sont troublés, peut-être dirait-on même contrariés, par les divisions entre chrétiens. Il est certain que Dieu n’a jamais voulu qu’il y ait ce genre schismes et de divisions (« Afin qu’il n’y ait point de division dans le corps » I Corinthiens 12.25). Pourtant, les schismes ont fait partie de l’histoire chrétienne depuis ses débuts.

L’étude de tous ces schismes, de leur histoire, de leurs circonstances et de leurs conséquences peut être tout-à-fait fascinante, peut-être même salutaire si elle nous permet d’éviter ces schismes aujourd’hui. Mais si nous cherchons simplement à trouver un bouc émissaire . . . eh bien, c’est chercher le problème, pas la solution. Il faudra autre chose pour surmonter nos sentiments et nous empêcher de perdre la vision de la beauté de l’unité de l’Église.

Voici quelques conseils de la Parole de Dieu pour nous montrer ce qu’il nous faut pour trouver ou garder une véritable unité chrétienne.

Tous les membres de l’Église doivent être nés de nouveau, chrétiens dirigés par l’Esprit Saint.

• Si un homme ne naît d’eau et d’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu (Jean 3.5).
• Or, si quelqu’un n’a point l’Esprit de Christ, celui-là n’est point à Lui (Romains 8.9).

Baptiser des nourrissons ne créera pas un corps de croyants. Certains se convertiront peut-être plus tard dans la vie, mais nombreux sont ceux qui ne le feront pas. L’évangélisation des enfants n’est pas la solution non plus. Enseigner aux enfants innocents à prier pour le salut avant que Dieu ne les appelle les conduit à la confusion, surtout lorsque Dieu les appelle quelques années plus tard. Ce n’est pas non plus en récitant la prière du pécheur qu’ils seront convertis, à moins que cela ne devienne beaucoup plus profond qu’une simple litanie.

Tous les membres de l’Église doivent se tourner vers la Parole de Dieu comme la source de la vérité

• Vous sondez les Écritures, parce qu’en elles vous croyez avoir la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi (Jean 5.39).
• À la loi et au témoignage! Et si le peuple ne parle pas ainsi, point d’aurore pour lui! (Ésaïe 8.20).
• Sachez tout d’abord ceci, que nulle prophétie de l’Écriture ne vient d’une interprétation particulière (2 Pierre 1.20).
• Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous prescris, et vous n’en diminuerez rien; afin d’observer les commandements de l’Éternel, votre Dieu, que je vous prescris (Deutéronome 4.2).
• Je proteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre que si quelqu’un y ajoute, Dieu fera tomber sur lui les plaies écrites dans ce livre; et si quelqu’un retranche des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part du livre de vie, et de la sainte cité, et des choses qui sont écrites dans ce livre (Apocalypse 22.18-19).

Une des principales tendances humaines est de penser que nous avons besoin de bien comprendre les objectifs et les plans de Dieu. Cela a conduit à l’émergence de courants de pensée contradictoires du point de vue doctrinal, qui peuvent être intellectuellement satisfaisants, mais qui sont en conflit les uns avec les autres et avec la Parole de Dieu. Il est normal de trouver des divergences au niveau de l’application et de l’enseignement de la Parole d’un endroit à l’autre ou d’une époque à l’autre, mais il ne faut jamais accorder de place aux doctrines humaines.

Tous les membres doivent reconnaître que Christ est à la tête de l’Église

• Et c’est lui qui est la tête du corps de l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin qu’il tienne le premier rang en toutes choses (Colossiens 1.18).
• Et qu’il devait réaliser à l’accomplissement des temps, à savoir de réunir toutes choses en Christ, tant ce qui est dans les cieux, que ce qui est sur la terre… Et il a mis toutes choses sous ses pieds, et l’a donné pour chef suprême de l’Église (Éphésiens 1.10 et 22).

Afin que les corps des croyants vive et fonctionne correctement, des hommes et des femmes doivent être placés dans des postes de responsabilité. Mais il n’existe aucune disposition dans la Parole de Dieu qui permette à un dirigeant d’exercer la domination sur les autres croyants. (1 Pierre 5.3)

Il doit y avoir un véritable amour fraternel entre tous les membres

• Ayant purifié vos âmes, en obéissant à la vérité, par l’Esprit, pour avoir un amour fraternel et sans hypocrisie, aimez-vous avec constance les uns les autres d’un cœur pur (1 Pierre 1.22).
• Vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant les uns les autres, si l’un a quelque sujet de plainte contre l’autre. Comme Christ vous a pardonné, vous aussi, faites de même (Colossiens 3.13).
• Jésus [parlant de pardonner un frère] lui répondit: Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à septante fois sept fois (Matthieu 18.22).
• C’est à ceci que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres (Jean 13.35).

La pureté de l’Église doit être maintenue

• Frères, si un homme a été surpris en quelque faute, vous qui êtes spirituels, redressez-le dans un esprit de douceur. Prends garde à toi-même, de peur que tu ne sois aussi tenté (Galates 6.1).
• Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul: s’il t’écoute, tu as gagné ton frère. Mais s’il ne t’écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que tout soit réglé sur la parole de deux ou de trois témoins. Que s’il ne daigne pas les écouter, dis-le à l’Église; et s’il ne daigne pas écouter l’Église, regarde-le comme un païen et un péager (Matthieu 18.15-17).
• Et ne prenez aucune part aux œuvres infructueuses des ténèbres, mais bien plutôt condamnez-les (Éphésiens 5.11).
• Vous appliquant à conserver l’unité de l’esprit, par le lien de la paix (Éphésiens 4.3).

Quand elles respectent les enseignements de la Parole et la direction du Saint-Esprit, les actions menées dans le dessein de maintenir la pureté de l’Église inspireront confiance à la fraternité. C’est lorsque les querelles et le péché sont tolérés dans un corps de croyants que la suspicion et la méfiance surviennent.

Ce texte est une traduction libre d’un article paru sur le blog de Bob Goodnough (flatlanderfaith.com)

Voyage au pays des Nagas (partie II)

(SVP lisez la partie I avant de lire cet article)

Rebonjour tout le monde! Voici un rapport de mon voyage dans l’État du Manipour, il y a un mois environ. Je suis navré d’avoir mis si longtemps à le composer, je n’ai eu que très peu de temps récemment pour écrire, à part ma correspondance personnelle. Vous pouvez vous abonner à mes lettres si celle-ci vous plaît. J’écris une lettre à tous les mois environ, mais pas toujours dans le même style. Dans ces quelques pages, je raconterai comment moi, Hugues Andries, et Bryan Dirks, lui aussi missionnaire avec moi en Inde, sommes allés visiter des missionnaires américains au Manipour (Shane et Rachel Koehn et leurs trois enfants, Sherlyn Friesen, tutrice de leurs enfants, et Nelson et Marilyn Dyck), ainsi que des membres de l’Église récemment baptisés (Shangba et Rhina Maram et Kabijohn). N’hésitez pas à critiquer ou à poser des questions! 

Suite du Voyage au pays des Nagas

Vendredi, le 30 mai

Nous posons le drain et remplissons la tranchée creusée deux jours plus tôt. Toujours pas de courant, ce qui nous force à laver nos vêtements à la main. Comme j’ai fort à faire, Sherlyn offre de laver les miens, je n’ai eu qu’à l’aider à les essorer puis à les pendre sur l’une des cordes à linge. Comme le soleil n’illumine pas très bien la clairière, ils ne sécheront pas avant la prochaine pluie. À midi, nous descendons la colline vers l’école de Shangba, où je dois raconter une histoire biblique aux enfants grâce à un jeu d’images en feutre. Après quoi ils chantent quelques chants et nous prions ensemble. Il y a peut-être quarante enfants. Au retour, nous empruntons un autre chemin, qui nous fera découvrir les restes d’une batterie antiaérienne japonaise. En 1944, les forces nippones se mettent en devoir d’assiéger Imphal et Kohima, les deux derniers verrous avant la plaine du Brahmapoutre, qu’ils n’atteindront jamais. Les Japonais craignent les chasseurs de têtes Nagas et n’osent donc pas entièrement occuper la région, mais seulement des points clés, comme dans le cas de Maram, qui se trouve le long de la route entre Imphal et Kohima. Ils installeront une batterie antiaérienne sur la pointe de la colline de Kabinam pour contrôler une vallée importante que longe l’autoroute. L’endroit est idéal pour voir les chasseurs britanniques arriver de loin. On observe plusieurs trous de tirailleurs et quelques tranchées en arrivant près de la pointe. Puis des cratères laissés par les bombes des Rosbifs. On observe des terrassements effectués par les Japonais pour installer leurs canons à l’abri des regards, mais on voit aussi que ce fut en vain. Plusieurs énormes trous dans la colline témoignent de l’attaque implacable des Anglais. Il ne reste plus rien des canons. Les Nagas en ont fondu tout l’acier. On dit que de temps en temps on retrouve encore des vieux fusils ou même des bombes qui n’ont pas explosé. À ce propos, je vous ferai remarquer que toutes les cloches d’églises de la région sont faites de vieux obus. Les Nagas n’ont pas peur de les décortiquer avec un marteau et une cisaille. Quelques-uns y ont laissé leur vie.

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Bryan, Kabijohn et moi profitons de la beauté du paysage et de la température idéale, pour parler pendant une heure ou deux de l’Église en Amérique, de la culture locale, de la haine des villageois, et du besoin de renouveau parmi les baptistes de la région, dont la grande majorité n’est pas née de nouveau. Le soir, à la lumière de quelques lampes solaires, nous sommes une quinzaine à nous réunir dans la maison de Nelson pour chanter en anglais et en maram. Il y a un chant maram que j’aime beaucoup; il parle du besoin impérieux de naître de nouveau. C’est une mélodie que je n’ai encore jamais entendue, mais elle est tellement touchante lorsqu’elle est chantée par des Nagas, qui ont des voix magnifiques…

Samedi, le 31 mai.

La journée entière se passera à Maram Khullen, capitale du royaume Maram Naga, qui se trouve à 2200m d’altitude, soit 500m de plus que Kabinam, où Shane et sa famille habitent. On nous montre la hutte du roi, puis d’un vice-roi. Cette dernière sert aussi de refuge réservé aux garçons. Selon la tradition, ils peuvent venir ici trouver du repos, jouer, s’amuser sans restriction, avec la seule condition d’apporter du bois pour le feu. Les filles n’ont pas le droit de visiter les lieux. Belle collection de lances, boucliers et javelots. À l’extérieur, on observe des squelettes d’oiseaux attrapés strictement à la main lors de cérémonies rituelles. L’extérieur de la majorité des habitations est décoré de têtes en bois, symbolisant le nombre de têtes coupées par l’ancêtre de la famille. J’ai compté cinquante-trois têtes sur celle de la famille de Kabijohn. À une époque on exhibait les crânes humains, mais depuis la prohibition de cette pratique dans les années 30, on les a remplacées par des répliques en bois. Aujourd’hui les tribus se battent toujours, mais avec des armes à feu, et en général on ne tue plus un membre d’une tribu voisine sous seul prétexte qu’il est d’une tribu ennemie. Le dernier incident de cette sorte dans la région de Maram remonte aux années 90.
Tout au long de la journée, Kabi nous sert de guide, expliquant mille et une traditions de sa tribu. Nous prenons tous quelques tours à jeter une grosse pierre en essayant de la faire atterrir sur le sommet d’une butte. D’autres épreuves plus loin demandent un peu plus de virilité. Il fallait sauter par-dessus une pierre qui faisait 1,2 mètre de haut sans élan, en écartant les jambes, et atterrir à au moins un mètre de la pierre. On nous montra des piliers de granite semblables à ceux que les Celtes érigèrent. On dit qu’autrefois les hommes de la tribu devaient démontrer leur courage en sautant d’une roche à l’autre. Ces roches font presque trois mètres de haut, mais leur circonférence n’excède pas 50 cm et elles sont espacées de près de 2 mètres chacune. La vue de la vallée me coupe le souffle… Je pense que cette région peut prétendre au titre de « paradis sur terre » ou de « jardin d’Eden » autant que l’île de Bora Bora, le plateau du Cachemire, ou encore le Machu Picchu.
J’ai pris un coup de soleil semblable à celui que j’avais eu à Cusco au Pérou il y a quatre ans. Comme quoi il faut se méfier du soleil quand on est dans les montagnes; pour ceux qui ne le savaient pas. Rouge comme un homard, je ne me suis plus exposé au soleil pendant le reste de notre séjour. Cela m’a empêché d’avoir d’aussi bons souvenirs de mes derniers jours au Manipur que des premiers. Je me suis souvent enduit de lotion et d’aloès, mais rien n’y faisait : mon visage, mes oreilles, ma nuque et mes bras étaient grillés : ma peau a pelé légèrement en plusieurs endroits environ une semaine après l’incident.

Dimanche, le 1er juin

Après un petit déjeuner de bonne heure, nous dévalons la pente vers l’église construite par Shangba. Plusieurs missionnaires venus prêcher dans ce bâtiment ont avoué qu’ils n’avaient jamais encore été dans une église d’où l’on a une si belle vue de la création de Dieu. Pour ma part, je m’y dirige en cherchant à rester hors de vue du soleil; un parapluie m’étant d’une assistance inestimable. Le culte commence juste après 7h30 et dura jusqu’à 9h. Les chants en maram sont une fois de plus les plus captivants. L’assemblée est constituée d’environ 20 adultes, dont plusieurs étudiants, et 20 enfants. Frère Shangba apporte des pensées au sujet de l’amour de Dieu, de comment nul n’a mérité cet amour, mais qu’il l’offre à chacun. Son sermon est en somme un appel à naître de nouveau si tel n’était pas encore le cas, ou à redédier notre vie à Lui, parce qu’il nous a tant aimés.
Après ce culte Kabi, Bryan et moi nous nous séparons du reste de l’assemblée. Tandis qu’ils vont prendre le thé et que Shane raconte une histoire biblique aux enfants de l’orphelinat de Shangba, Kabi gravit la montagne pour raconter une autre histoire aux enfants d’un autre village. Une quarantaine d’enfants se réunissent dans un vieux bâtiment qui ressemble à une grange, mais qui est en réalité la salle communautaire. C’est un village catholique. Kabi raconte l’histoire de Noé en maram, illustrant le récit grâce au jeu d’images en feutre. Puis les enfants chantent et colorient des images. Quand tout est fini, je ramasse les crayons et nous redescendons vers la maison de Shane où nous mangerons un délicieux repas de viande de buffle.
L’après-midi vers 15h nous filons à Maram centre où se trouve le centre de documentation de notre Église. Il abrite un bureau de traités, une bibliothèque où chacun peut emprunter des livres, quelques étagères de livres à vendre, des imprimantes pour photocopier, imprimer ou numériser des documents pour les élèves de Don Bosco. On y trouve aussi des boissons gazeuses, une machine Nescafé et des paquets de biscuits. À l’arrière se trouve un petit local où depuis peu quelques voisins se rassemblent avec la famille de Shane, Kabi, ainsi que John et sa sœur. Bryan y apporta un récit de la Bible analysé d’un point de vue plus adulte que les précédents qui étaient plutôt destinés aux enfants. Après quelques chants et quelques paroles d’encouragement de Shane, nous mettons un terme à la réunion. Nous passons au Centre de documentation, qui est habituellement fermé le dimanche pour faire quelques photocopies de nos passeports que Shane et Rachel devront présenter aux services de renseignement lors de leur interrogatoire mensuel. Le curé de la paroisse se présente sous prétexte de vouloir acheter des minutes pour son portable. Mais plusieurs croient qu’il est venu voir ce qui se passait, attiré par les chants. On dit que les catholiques de la région font tout leur possible pour empêcher leurs fidèles d’aller au Centre de documentation, une élève ayant été menacée d’être boutée hors de son auberge si elle n’arrêtait pas d’y aller,  il semble donc suspect que le curé lui-même enfreigne ce boycottage.
Le soir, nous nous réunissons encore chez Shangba pour chanter et lire des versets. Chacun est invité à apporter un témoignage. Shane m’avait demandé d’avance si je serais prêt à partager le récit de ma nouvelle naissance avec mes nouveaux amis. Je raconterai volontiers cette expérience. Bryan, Kabi et Shangba font de même. C’est une soirée touchante, où j’ai compris combien nous étions devenus proches en l’espace de quelques jours. Les garçons présents étaient captivés. Pour beaucoup, je pense que c’était la dernière fois que je les voyais sur cette terre. Un nouveau venu : Yurthing, de la tribu Tangkhul Naga. Il se lia si bien d’amitié avec nous qu’il se présenta le matin suivant, vers 5h, une heure avant notre départ. Ici à Maram il vit dans un foyer catholique, bien qu’il soit baptiste d’origine. C’est pourquoi il n’a pas pu venir à nos cultes avant aujourd’hui, car maintenant il est libre de faire ce qu’il veut, le semestre vient de se terminer, il va retourner dans son village demain.

Lundi, le 2 juin

Comme je disais donc, Yurthing se présente chez nous le matin de notre départ. John arrive bientôt, suivi de près par Kabijohn. Je passe 45 minutes à parler de mon pays à ces amis qui m’interrogent beaucoup au sujet de l’agriculture, puis de notre Église. J’aurais tant à leur dire! Nous passons quelque temps à manier la nouvelle catapulte de Bryan, qui lui a été offerte en cadeau d’adieu par Kabijohn. Vers 6 heures, toute la famille de Shane ainsi que Sherlyn, Bryan et moi nous entassons dans le Boléro, disant adieu à cette merveilleuse contrée.
Le voyage pour Dimapour, ville située au Nagaland, durera près de quatre heures, avec un bref arrêt à Kohima. À Dimapour, nous faisons le tour de 6 librairies chrétiennes pour y déposer des traités. J’achète aussi du miel du Nagaland, provenant d’une petite abeille sans dard, appelée Trigona sps.
À l’hôtel, je déguste un délicieux curry d’œuf, alors que Bryan ne parvient pas à se détacher de son téléphone… (Je ne savais pas à l’époque qu’il était fiancé, à une fille des Philippines qui plus est, c’est pourquoi je ne pouvais pas comprendre pourquoi il était toujours au téléphone ou en train de rédiger un texto.)
Dans la chambre d’hôtel, nous jouons quelques jeux de cartes avec Shane et Sherlyn, alors que Rachel se repose et que les enfants jouent d’autres jeux. Sherlyn mentionne son bonheur d’avoir eu la visite de quelques jeunes pendant les deux ans de travail missionnaire qu’elle vient de terminer (elle quitte l’Inde le 10 juin). Elle disait s’être sentie très seule parfois, et déconnectée, décalée des jeunes restés en Amérique. Une heure de sommeil.

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En rouge, les étapes en train: de Siliguri à Gauhati et de Dimapour à Siliguri au retour. En bleu, le trajet en avion de Gauhati à Imphal. En vert, les trajets en voiture d’Imphal à Maram et de Maram à Dimapour en passant par Kohima. Point jaune: Maram.

Mardi le 3 juin 2014

Vers 0h30, Shane nous conduit (Bryan et moi) à la gare de Dimapour. Comme il n’y a pas de trains au Manipour, nous avons dû venir ici pour nous embarquer pour Siliguri, sur le Rajdhani Express. Ayant dit nos adieux, il ne nous reste qu’à trouver un endroit pour nous asseoir en attendant le train, qui devrait arriver en gare vers 2h. Il y a beaucoup de monde à la gare, même au milieu de la nuit. Plusieurs sont étendus sur le sol, profondément endormis. Un jeune homme Naga cherche ostensiblement à impressionner les jeunes femmes qui passent par là en riant très fort, en les apostrophant au passage, ou en se battant avec d’autres hommes, s’en prenant même à un nain. J’ai bien envie de lui dire deux mots, mais au lieu je me mets à prier pour lui. Pour la première fois, je comprends pourquoi ce pays a un taux de viol élevé, bien que bien moindre que celui des États-Unis, champions du monde incontestés en la matière. (Selon les journaux locaux en tout cas, un tiers des viols déclarés à la police dans le monde sont aux États-Unis, alors que l’Inde se placerait au troisième rang.)

Notre train arrive enfin. Il a dix minutes de retard. Nous nous installons dans nos couchettes. Après vingt minutes, le contrôleur vient vérifier nos billets. Il nous signale que nos billes sont pour 24 heures plus tard… Le problème est que nous avons dû payer pour un billet de Dibrugarh à Siliguri, alors que nous ne nous embarquons qu’à Dimapour. À l’agence de voyages, j’avais donc demandé un billet pour le 3 juin, puisque c’était à cette date que nous quittions Dimapour. Mais ce train-ci s’appelait le train du 2 juin, puisqu’il quittait Dibrugarh le 2. Donc nous sommes sur le mauvais train. On nous menace de nous faire débarquer au prochain arrêt ou de nous faire payer une amende de 14 000 roupies, alors que nos billets n’avaient coûté que 4 000 roupies. Un voyageur qui dort dans le même compartiment prend notre parti et offre de payer un pot-de-vin au contrôleur. Au bout de 30 minutes de discussions, lorsque le contrôleur se rend compte que nous ne sommes pas Indiens (apparemment l’obscurité et mon hindi approximatif l’avaient trompé), mais « Canadiens » (je n’avais pas pris la peine de mentionner la nationalité de Bryan, généralement moins bien accueillie que la mienne), le contrôleur ne demande pas de pot-de-vin, mais seulement qu’à la gare de Gauhati nous payions on billet de deuxième classe pour le trajet Gauhati-Siliguri. J’appelle donc mon agence de voyages pour annuler le billet du lendemain. En fin de compte, nous parvenons à épargner 500 roupies parce que même après de frais d’annulation et un billet de dernière minute entre Gauhati et Siliguri, le voyage revient moins cher, car nous n’avons pas eu à payer pour le trajet de Dimapour à Gauhati. Mais nous avons perdu une heure de sommeil par contre. Enjambant le Brahmapoutre une dernière fois, nous continuons vers Siliguri à travers les rizières, la jungle et les petits villages adhivasis ou bengalis. Arrivée à Siliguri vers 14h.

Tout est bien qui finit bien, merci Seigneur, de nous avoir protégés tout au long du voyage. Nous aurons toujours de très bons souvenirs de cette excursion dans le Nord-Est.
Bon, il faut continuer la vie de tous les jours et ne pas trop rêver ou envier les missionnaires postés là-bas…

Que Dieu vous bénisse tous!

Hugues

« Afin que Christ habite dans vos cœurs par la foi; et que, enracinés et fondés dans la charité, vous puissiez comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu. » (Épître de Saint Paul aux Éphésiens, chapitre 3, versets dix-sept à dix-neuf)