POLYCARPE, DISCIPLE DE L’APÔTRE JEAN ET ÉVÊQUE DE L’ÉGLISE DE SMYRNE, MIS À MORT PAR LE FEU ET PAR L’ÉPÉE, POUR SA FOI AU FILS DE DIEU, EN L’AN 168
Nous lisons dans l’Apocalypse de Jean, que le Seigneur commanda à Son serviteur Jean d’écrire certaines choses à l’ange (c’est-à-dire l’évêque ou le docteur) de l’Église de Smyrne, pour avertir le docteur ainsi que pour le service de l’Église : « Écris à l’ange de l’Église de Smyrne : Voici ce que dit le premier et le dernier, celui qui était mort, et qui est revenu à la vie : Je connais ta tribulation et ta pauvreté… Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Voici, le diable jettera quelques-uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés, et vous aurez une tribulation de dix jours. Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Ap 2:8-10). Ces paroles du Seigneur Jésus indiquent que les croyants de Smyrne, et leur docteur, étaient dans la tribulation et la pauvreté, et que davantage de souffrances les attendaient encore. Le Seigneur les exhorta donc à la constance et promit de leur donner la couronne de vie.
En ce qui concerne le docteur de cette Église, la plupart des écrivains anciens l’appellent Polycarpe et disent qu’il était un disciple de l’apôtre Jean. Il avait entendu Jean prêcher la Parole de Dieu et s’était associé à ceux qui avaient connu le Seigneur Jésus-Christ personnellement. Jean l’avait nommé évêque ou surveillant de l’Église de Smyrne.
Quant aux souffrances dont le Seigneur a dit qu’elles lui arriveraient ainsi qu’à l’Église dont il était le docteur, elles commencèrent quelque temps après. Ainsi, ce bon berger précéda bon nombre de brebis de son troupeau, qui le suivirent fidèlement. Cependant, nous ne parlerons ici que du berger, Polycarpe.
Nous lisons que trois jours avant d’être arrêté et condamné à mort, il fut soudainement pris de sommeil, au milieu de sa prière. Alors qu’il rêvait, il eut une vision dans laquelle il vit l’oreiller sur lequel sa tête était couchée s’enflammer soudainement et être consumé. Instantanément réveillé, il conclut qu’il devait être brûlé à cause du nom de Christ.
Lorsque ceux qui cherchaient à l’arrêter se furent approchés de très près, ses amis s’efforcèrent de le cacher et l’amenèrent donc dans une autre localité. Ses persécuteurs le découvrirent néanmoins peu après. En effet, ils avaient saisi deux garçons qu’ils flagellèrent pour les obliger à dire où se trouvait Polycarpe. Bien qu’il eût pu facilement s’enfuir de la chambre où il était vers une autre maison voisine, il ne le fit pas, mais dit : « Que la volonté du Seigneur soit faite ». Il descendit donc les escaliers, à la rencontre de ses persécuteurs, qu’il reçut si gentiment que ceux qui ne l’avaient pas connu auparavant dirent avec regret : « Pourquoi devions-nous tant nous hâter pour arrêter un si vieil homme ? »
Polycarpe fit immédiatement dresser une table pour les gens d’armes et les pressa affectueusement de manger. Il les supplia de lui accorder une heure pour prier dans le calme sans être dérangé, pendant qu’ils mangeraient, ce qu’ils lui accordèrent. Lorsqu’il eut fini sa prière et que fut écoulée l’heure au cours de laquelle il avait réfléchi sur sa vie et recommandé à Dieu et à son Sauveur l’Église dont il était le docteur, les gens d’armes le juchèrent sur un âne et le conduisirent en ville, le jour du sabbat de la grande fête.
Nicétès et son fils Hérode, appelé le prince de paix, allèrent à sa rencontre, le prirent de l’âne, et le firent asseoir avec eux dans leur carrosse, cherchant ainsi à l’inciter à apostasier Christ. Ils disaient : « Que vous importe de dire : Seigneur empereur, et d’offrir devant lui un sacrifice ou de l’encens, pour vous sauver la vie ? » Au début, Polycarpe ne fit aucune réponse, mais comme ils persistaient à lui poser la question et à exiger une réponse, il finit par dire : « Je ne ferai jamais ce que vous me demandez et me conseillez de faire. » Lorsqu’ils virent qu’il était inébranlable dans sa foi, ils commencèrent à l’insulter et, en même temps, le poussèrent hors du chariot, de sorte qu’en tombant, il se blessa grièvement la jambe. Il ne laissa cependant jamais paraître qu’il avait été blessé par la chute, mais, dès qu’il se releva, il se rendit de nouveau volontairement entre les mains des gens d’armes pour être conduit plus loin jusqu’au lieu d’exécution, marchant aussi rapidement que si rien ne l’empêchait.
Dès que Polycarpe fut entré dans le cirque, ou l’amphithéâtre, où il devait être exécuté, une voix lui vint du ciel, disant : « Sois fort, ô Polycarpe ! et vaillant dans ta confession, et dans les souffrances qui t’attendent. » Personne ne vit celui dont on entendit la voix, mais beaucoup de chrétiens qui se tenaient autour l’entendirent. Cependant, à cause du grand tumulte, la plupart du peuple ne put l’entendre. Néanmoins cela servit à fortifier Polycarpe et ceux qui entendirent la voix.
Le proconsul de la ville l’exhorta à avoir compassion pour son grand âge, et, en jurant par la fortune de l’empereur, à renier Christ. Polycarpe donna la réponse franche suivante, « Cela fait quatre-vingt-six ans que je sers mon Seigneur Jésus-Christ, et Il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment puis-je renier mon Roi, qui m’a jusqu’ici préservé de tout mal et qui m’a si fidèlement racheté ? »
Alors le proconsul le menaça de le faire déchirer par des fauves, s’il ne renonçait pas à sa résolution, disant : « Les bêtes auxquelles je te livrerai, sont prêtes, à moins que tu ne changes d’avis. » Sans crainte, Polycarpe répondit : « Qu’elles viennent, car ma détermination est immuable. L’affliction ne peut nous convertir ni nous faire passer du bien au mal ; mais il vaudrait mieux que ceux (les méchants) qui persistent dans leur méchanceté se convertissent au bien. » Le magistrat répondit : « Si tu ne te repens pas encore et que tu méprises les fauves, je te ferai brûler au feu. » Une fois encore Polycarpe répondit : « Tu me menaces d’un feu qui brûlera peut-être pendant une heure, puis s’éteindra bientôt ; mais tu ne connais pas le feu du futur jugement de Dieu, qui est préparé et réservé pour la punition et le tourment éternels des impies. Mais pourquoi tardes-tu ? Apporte les bêtes, ou le feu, ou tout ce que tu choisiras : tu ne me pousseras pas, par l’un ou l’autre, à renier Christ, mon Seigneur et Sauveur. »
Finalement, lorsque le peuple réclama sa mort, le proconsul le livra pour être brûlé. On rassembla instantanément un grand tas de fagots et de copeaux de bois. Lorsque Polycarpe vit cela, il se déshabilla et ôta ses chaussures pour se coucher sur le bois, sans vêtements. Les bourreaux s’apprêtaient à le clouer au bois, mais il dit : « Laissez-moi ainsi. Celui qui m’a donné la force de supporter la douleur du feu, me fortifiera aussi pour que je reste immobile dans le feu, même si vous ne me clouez pas au bois. » Ils ne l’attachèrent donc pas avec des clous, mais simplement avec une corde, lui liant les mains derrière le dos. Ainsi, préparé pour un sacrifice consumé par le feu et placé sur le bois comme un agneau sacrificiel, il pria Dieu : « Ô Père de Ton Fils bien-aimé et béni, notre Seigneur Jésus-Christ, par qui nous avons reçu la connaissance salvatrice de Ton saint nom ; Dieu des anges et des puissances, et de toutes les créatures, mais surtout de tous les justes qui vivent sous Tes yeux, je Te remercie de ce que Tu m’as appelé à ce jour et à cette heure, et de m’avoir jugé digne d’avoir ma part et ma place au nombre des saints martyrs, et dans la coupe des souffrances de Christ. Ainsi, je souffre avec Lui, et je participe à Ses douleurs. Je Te prie, ô Seigneur, que Tu veuilles bien me recevoir aujourd’hui comme une offrande grasse parmi le nombre de Tes saints martyrs, comme Toi seul, ô Dieu de vérité, qui ne peux mentir, tu m’y as préparé et tu me l’as fait connaître, oui, et tu l’as ultimement accompli. C’est pourquoi je Te remercie et Te loue devant les autres hommes, et j’honore Ton saint nom par Jésus-Christ, Ton Fils bien-aimé, le Souverain Sacrificateur éternel, à qui, avec Toi et le Saint-Esprit, soit la gloire, maintenant et à jamais. Amen. »
Dès qu’il eut prononcé le dernier mot de sa prière (le mot « Amen »), les bourreaux allumèrent le bois sur lequel il était placé ; et lorsque les flammes s’élevèrent au-dessus du corps de Polycarpe, on constata, au grand étonnement de tous, que le feu ne le blessait que peu, ou pas du tout. On ordonna alors au bourreau de le transpercer avec une épée, ce qui fut fait immédiatement, de sorte que le sang, soit à cause de la chaleur du feu, soit pour quelque autre raison, sortit si abondamment de la blessure que le feu en fut presque éteint. C’est ainsi que ce témoin fidèle de Jésus-Christ, étant mort par le feu et par l’épée, entra dans le repos des saints vers l’an 168.
Sources: Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl., liv. IV, chap. 15 (1588), p. 66–70 ; cf. A. Mellinus, liv. I, Van de Historie, p. 40–41, col. 1–4 ; d’après Irénée de Lyon, liv. III, chap. 3 ; Épiphane de Salamine, Panarion (hér.) ; Jérôme, De viris illustribus (art. « Polycarpe ») ; Eusèbe de Césarée, liv. IV, chap. 13 ; liv. V, chap. 19 ; J. Gysius, Hist. Mart., an 168, p. 17, col. 2 ; P. J. Twisck, Chronijck, liv. II (an 168), p. 45, col. 2.

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